"Socialistes" à la dérive, grands patrons du Cac40... Mais à quoi servent ces gens ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porchet. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, décrypter et analyser avec Thomas. L'actualité ne s'arrête pas et nous non plus. Avec tous ces discours environnants tout autour de nous, notre meilleure arme c'est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, Anne Hidalgo appelle les poids lourds du PS pour sauver la campagne. Quelle stratégie pour le parti en difficulté ? On revient également sur les profits records de Total Energy et ses copains du CAC 40 pour comprendre et analyser tout ça, toujours avec Thomas, c'est l'instant porchet. Quelle stratégie pour le parti socialiste ?
Vous commencez à le savoir maintenant. Thomas aime vous décrypter ce qui se passe derrière nos écrans pendant cette campagne présidentielle. Campagne qui se suive mais ne se ressemble pas, quoique. Le parti socialiste, un parti historique, stagne à 3% dans les sondages. Quoi qu'il val, Anne Hidalgo se retrouve en difficulté. La semaine dernière, on apprend dans Le Monde que Bernard Cazeneuve prend la tête du comité de soutien national de la maire de Paris L'ancien Premier ministre dit ne pas avoir assez travaillé collectivement. François Hollande n'est jamais loin non plus. Après les multiples divisions qui marquent dans sa chair le parti, essaie-t-on de recomposer la famille ?
On va demander à Thomas pourquoi Anne Hidalgo demande le soutien des poids lourds du PS ?
Vous l'avez dit, Anne Hidalgo est à 3%. Donc je pense que là, il faut s'accrocher à toutes les branches pour passer la barre des 5%. Mais il faut quand même rappeler quelle est la stratégie du PS depuis Hollande. En fait, François Hollande a été élu. Le PS était un grand parti. Il y avait souvent une alternance entre gauche-droite. Il a été élu. Il a fait un an et demi, deux ans d'un quinquennat qui est un quinquennat socialiste. C'est-à-dire où il y avait Cécile Duflo avec l'encadrement des loyers, où il y avait Aurélie Filippetti, où il y avait quelques mesures, on va dire, Arnaud Montebourg sur le redressement productif.
Donc il y avait en fait une palette de ce qu'on appelle la social-démocratie, comme elle est normalement. Et puis il y a eu le tournant avec Valls. On est passé de la social-démocratie au libéral des démocrates, plutôt. Où là, il y a eu la politique de l'offre, le CICE, la loi travail, Valls, les manifestations qui ont été sévèrement réprimandées, les 49-3, etc. Et vous avez une partie des frondeurs qui sont arrivés au PS et qui ont contesté cette politique-là. Et le PS ne s'est jamais remis de ce tournant qu'a opéré Hollande. Jamais remis. Vous avez une partie qui est partie avec Macron. Vous avez une partie qui a quitté le PS.
Vous avez des militants qui n'ont pas renouvelé leur abonnement. Et puis vous avez le PS qui est resté là, qui est toujours un petit peu entre les deux, c'est-à-dire qui n'a pas franchi le cap pour aller vers Macron, qui essaye d'être un parti d'opposition. Mais comment être un parti d'opposition quand vous avez voté les lois de travail et vous dites, je suis opposé à la loi de travail 2 de Macron, alors que vous avez voté finalement le commencement de cette loi ? Comment dire que vous êtes contre la baisse d'impôts sur les entreprises quand vous avez voté le CICE ? C'est très difficile de le voir comme un parti d'opposition.
Donc à chaque élection, la stratégie du PS, c'est toujours de faire comme si on mettait quelqu'un qui était un petit peu éloigné de l'appareil. Vous voyez ? Tout en faisant semblant, autour de cette personne que l'on met en avant qui est éloignée de l'appareil, de faire une liste de rassemblements. Alors c'est ce qui a été fait aux Européennes, avec Raphaël Glucksmann, qui était d'un parti Place Publique, où on l'a mis en avant. Et puis après, on a fait un semblant de rassemblement avec le PRG, avec d'autres petits partis satellites. C'est ce qui a été fait avec Audrey Pulvar, où on met quelqu'un d'autre en avant, au régional qui n'est pas issu du parti, etc.
Et puis on met d'autres partis derrière, on appelle ça Paris en commun, ou je ne sais pas si c'était toujours. Et puis là, maintenant, on a choisi Anne Hidalgo. Et Anne Hidalgo, c'est quand même quelqu'un qui a souvent été très critique d'Hollande. Moi, je me souviens qu'au dernier municipal, pas pas celles qui sont passées en 2019, celles d'avant, elle était sortie deuxième derrière Nathalie Kosciuszko-Morizet au premier tour, et elle avait fustigé l'action du gouvernement qui, selon elle, avait dynamité une partie de sa campagne. Donc elle a toujours été un peu en dehors du Parti Socialiste, critique de Macron, critique d'une partie de la politique d'Hollande.
Donc elle était la candidate idéale pour représenter le PS, puisqu'elle était éloignée de la doctrine traditionnelle du PS. Sauf que ça ne suffit pas. Le PS a tellement une mauvaise réputation que ça ne suffit pas. Donc qu'est-ce qui se passe ? On lance des candidats comme ça, qui au début s'aventuent en espérant qu'on ait comme ça quelqu'un qui a un nouvel emballage sur le PS, qui puisse faire illusion, et que les scores vont monter à 10%, et puis ça ne marche jamais. Aux Européennes, on a des scores à 4%, là on a des scores à 3%. Donc une fois qu'on a ces scores-là qui descendent, qu'est-ce qu'on fait ? On se raccroche aux branches, et on fait appel aux poids lourds.
Aux Européennes, c'est Cavesneuf qui a soutenu la liste de Raphaël Glucksmann, mais c'est aussi Hollande, c'est aussi Jospin qu'on a ressorti des tiroirs, Taubira à l'époque, etc. Et là, il faut que des gens se remobilisent autour d'Hidalgo, donc il y a Cavesneuf. Bon, Cavesneuf, on peut penser ce qu'on en pense, mais je ne pense pas qu'en termes de stratégie politique, ce soit avantageux pour lui d'aller soutenir Hidalgo, et puis on va ramener Hollande, on va essayer de ressortir Jospin également, pour qu'on arrive de 3% à 6% maximum, parce que ça n'irra pas plus haut, et puis que le Parti socialiste puisse sauver la face.
C'est ça l'objectif de cette stratégie ?
L'objectif de cette stratégie, c'est que le PS existe. C'est ça l'objectif de cette stratégie, c'est que le PS existe, ils savent très bien qu'ils ne vont pas gagner, il faut préparer derrière la législative, donc il faut faire un score qui soit honorable aujourd'hui pour le PS, c'est-à-dire 6%, 6%, pas plus. Et pour faire 6%, il faut mobiliser tous les éléphants du PS restant, tous les militants qui sont là depuis 20 ans et qui ne veulent pas changer leur carte, même s'ils sont plus ou moins d'accord avec la ligne du Parti socialiste, il faut mobiliser tous ces gens-là pour atteindre la barre difficile des 6% et dire qu'on existe encore.
Si on n'atteint pas cette barre du 6%, c'est une claque tellement forte que là, vous disparaissez du paysage politique.
Et quelle leçon devrait tirer le PS de tout ça, selon toi ?
Là, on se rend compte que le PS ne veut pas gagner. Il sait très bien qu'il ne gagnera pas. Il fait une candidature pour dire qu'il existe. Donc, il prend des voix à d'autres, je ne pense pas qu'il prenne des voix à Jean-Luc Mélenchon, mais il prend des voix à Yannick Jadot, qui est mieux classée, juste pour dire qu'ils existent et pour peser ensuite dans les négociations sur les circonscriptions, ce qui est déjà en train de se faire. C'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de gens du PS, là, qui savent qu'ils vont être mis en difficulté s'il y a quelqu'un qui représente les Verts ou quelqu'un qui représente la France Insoumise plus le PC.
Donc, ils sont en train de tracter, notamment avec Europe Écologie Les Verts, pour dire, bon, laissez-moi. Ce qui les avantage, c'est surtout ça, d'avoir une position de force pour commencer à se dire, voilà, on se retire là et vous vous retirez là, on en sacrifie un au PS, mais vous en sacrifiez un à Europe Écologie Les Verts pour pouvoir être élu.
Et moi, je trouve que cette stratégie, c'est une stratégie petite, en fait, de courte vue, parce qu'en réalité, le PS accepte de perturber une campagne où il y a deux, allez, on va dire, deux candidats qui dépassent un petit peu les autres, qui sont Mélenchon en premier et Jadot en deuxième, juste pour dire qu'ils existent, alors qu'ils ne pèsent pas grand-chose. S'ils avaient une certaine honnêteté pour les valeurs qu'ils défendent, c'est-à-dire, ce qu'ils n'arrêtent pas de dire aujourd'hui et qui fait doucement sourire, la justice sociale et la justice environnementale, pour faire gagner ces deux choses, ils devraient tout simplement se retirer.
Mais comme ces gens ont, on va dire, comme principaux moteurs, quand même les postes, ce sont des professionnels de la politique, ils ne peuvent pas dire ça, donc ils sont dans la stratégie politique pour faire cinq, six, et pouvoir négocier quand même des circonscriptions et ne pas disparaître complètement. Donc, écoutez, voilà, c'est un peu triste de voir qu'un aussi grand parti est arrivé à ce point-là, mais je pense qu'aujourd'hui, il faudrait que ce parti change de nom et puis qu'il fasse un peu un mea culpa sur la deuxième partie. Ils ont essayé de le faire, mais ça n'a pas marché, la deuxième partie du quinquennat d'Hollande.
Quoi qu'il en ait, il faudra quand même un certain temps, je pense beaucoup d'années, pour que ce parti puisse retrouver des postes et des places importantes dans le jeu politique, parce qu'ils ont trop trahi et ils ont été aussi la rampe de lancement de Macron. Et ça, c'est difficilement pardonnable pour un parti de gauche.
15 milliards d'euros, c'est le bénéfice record de Total Energy pour l'année 2021, sur un chiffre d'affaires de 179,4 milliards d'euros. Les autres entreprises pétrolières profitent aussi du rebond pétrolier de l'année passée. Et nous, dans la vie normale, les prix à la pompe explosent. Alors, pour calmer les Français qui auraient envie de revêtir leur gilet jaune, Total Energy a annoncé une ristourne dans ces stations rurales et un chèque gaz de 100 euros pour les clients en précarité énergétique. Coût de la solidarité, selon le groupe, environ 50 millions d'euros, on rappelle, 15 milliards de profits. Profits d'ailleurs, qui iront pour moitié en dividendes aux actionnaires.
Thomas, est-ce que tu peux nous expliquer la hausse des profits des compagnies pétrolières ?
Alors, Total a fait un profit record, mais cette hausse concerne toutes les compagnies pétrolières au niveau mondial. Exxon, Shell, etc. ont renoué avec des profits faramineux qu'on n'avait pas vus depuis l'année 2008. 2008, où les prix du pétrole avaient atteint des records. Alors, à quoi s'explique cette hausse des profits ? Elle s'explique tout simplement par la hausse des prix du pétrole. Ce qu'il faut savoir, c'est que ces grosses compagnies-là, qui vont de l'extraction de pétrole à la distribution d'essence, donc qui sont parfaitement intégrées de l'amont à l'aval, en fait, profitent plein pot de la hausse des prix du pétrole.
Chaque fois que vous avez un bon des prix du pétrole, et là, les prix du pétrole, ils ont augmenté de plus de 80 % en un an, vous avez, en fait, ces bénéfices qui explosent. Donc là, on se trouve dans une situation où toutes ces compagnies vont faire des bénéfices records, alors que nous ne sommes pas revenus à notre niveau de richesse d'avant-crise, et que les prix flambent sur les carburants, ce qui pèse sur le pouvoir d'achat. Mais c'est le cas dans toutes les compagnies pétrolières, et c'est dû à la hausse des prix du pétrole.
C'est quoi le risque d'avoir des profits aussi élevés ?
En fait, c'est ce qui s'est passé en 2008. En 2008, quand il y a eu ces profits, rien ne s'est passé. On a dit, écoutez, ces profits dépassent 20 milliards pour la plupart des dollars, 20 milliards de dollars pour la plupart des grandes entreprises. On ne peut rien faire, les prix mondent, c'est la loi du marché, on ne fait rien. Et en fait, ces compagnies se retrouvées avec une manne d'argent qu'elles ont investie, alors elles ont donné aux actionnaires beaucoup, mais la partie qu'elles ont investie, elles l'ont investie en exploration-production. Donc elles ont été, en fait, on était en 2008, il n'y a pas si longtemps que ça.
La question du réchauffement climatique était connue, la question du fait que ce sont les énergies fossiles qui sont majoritairement en cause dans le réchauffement climatique était connue, et elles ont investi cet argent dans l'exploration-production de pétrole, principalement du pétrole non conventionnel ou offshore très profond, c'est-à-dire qu'on va creuser des puits à plusieurs centaines de mètres de profondeur en Guyane, on va chercher des pétroles de schiste qui ont un coût d'extraction plus élevé, des sables bitumineux, parce qu'on a de l'argent.
Et donc, en réalité, ces bénéfices, on remit une pièce dans le jukebox pour produire des énergies fossiles, alors même qu'aujourd'hui, nous savons que quasiment deux tiers des énergies fossiles sur les réserves prouvées que nous avons doivent rester sous terre. Donc pourquoi rajouter des nouvelles réserves comme ça ? Puisque si on les utilise, on porte atteinte au réchauffement climatique. Donc soit le réchauffement climatique n'existe pas et on investit là-dedans, soit ça existe et on n'investit pas là-dedans. Donc il ne faut pas refaire la même erreur. Cette fois-ci, il faut faire comme ça a été fait dans les années 70 aux Etats-Unis.
Vous savez, quand il y a eu les chocs pétroliers, les prix du pétrole ont augmenté, le gouvernement américain a considéré que ces profits étaient imprévus pour les compagnies pétrolières et il les a taxés. Il a dit, bon, c'est des profits qui sont tirés par la hausse des prix du pétrole, c'est imprévu, on va les taxer. Dans les années 70, aux Etats-Unis, pays libéral. Moi, je pense qu'il faudrait faire la même chose aujourd'hui. Il faudrait les taxer pour, en partie, ce qu'a fait, mais à plus grande échelle, peut-être aider le pouvoir d'achat des Français, mais surtout, financer la transition énergétique.
Si une compagnie pétrolière, majoritairement pétrolière, même si aujourd'hui il s'appelle Total Energy, mais c'est majoritairement pétrolière, fait des bénéfices liés à la spéculation et à la hausse des prix, il faut qu'une partie soit reversée soit au pouvoir d'achat ou à la transition énergétique. Et ça, c'est l'État qui doit décider. Ce n'est pas l'entreprise qui décide de donner des clopinettes à droite, à gauche, quand bien même que c'est sympathique, on est très content, mais ce n'est pas à elle le décider, c'est à l'État de décider ce qu'il fait de l'argent s'il le taxe.
Et donc là, il faudrait faire cette taxe exceptionnelle qui a été faite dans les années 70 à l'échelle de la France, même à l'échelle de l'Europe et si on pouvait aller plus loin à l'échelle mondiale puisque Biden aujourd'hui prête l'oreille à ce type de mesures et puis financer la transition énergétique.
Ça repart comme 4,40. C'est le titre de libération de jeudi dernier car il n'y a pas que les entreprises en énergie qui ont enregistré des milliards de profits en 2021. Je cite l'IB. La banque BNP Paribas a dégagé 9,5 milliards de profits. Dans le luxe, LVMH a annoncé 12,2 milliards et le laboratoire pharmaceutique Sanofi a gagné l'an dernier 8,2 milliards d'euros, un montant qui ne doit rien à la lutte contre le Covid-19 puisque la firme n'a toujours pas mis de vaccins sur le marché.
Au total, selon une estimation de l'agence d'information économique Bloomberg, les profits cumulés des entreprises du 4,40 devraient atteindre 137 milliards d'euros, soit plus qu'en 2019, année de référence d'avant la crise sanitaire. Fin de citation. 137 milliards, on partage, se demande le journal. Autre exemple, jamais la Société Générale n'a connu d'aussi belle année que 2021 un revenu en hausse de 17% et les plus gros bénéfices de son histoire à 5,6 milliards d'euros. Chouette ! Thomas, tu vas nous le dire, doit-on se réjouir de ces profits records puisque ce sont des entreprises françaises ?
Si on vivait dans un monde parfait, on devrait se réjouir de ces bénéfices. Si on vivait dans un monde où ces bénéfices seraient repartagés plus équitablement entre actionnaires, investissements et salariés, ce qui n'est pas le cas puisque ces bénéfices vont profiter majoritairement aux actionnaires à plus de 60%, comme c'est le cas à chaque fois. Il va rester des clopinettes 10% pour augmenter les salaires alors qu'on pourrait les reverser aux salariés, surtout dans une période où l'inflation augmente et dans une période où on parle d'augmentation des salaires plus librement qu'avant. Mais dans les faits, rien ne change.
On parle d'augmentation des salaires, mais on reverse une plus grosse partie aux actionnaires. Et puis, il y a aussi la question de comment ces entreprises ont pu faire un résultat aussi élevé. Elles ont eu énormément d'aides de l'État, baisse d'impôts, baisse d'impôts de production, baisse de l'IS, sous le quinquennat, etc. Puis, il y a énormément de niches fiscales aussi, de baisses de fiscalité via les niches fiscales. Et puis après, ces profits, c'est bien, mais c'est des entreprises qui pratiquent beaucoup d'optimisation fiscale. Je veux dire, le 440, il y a plus de 1400 filiales dans des paradis fiscaux. Ça veut dire à peu près 36 par entreprise.
Donc voilà, si vous faites un profit énorme qui ne profite qu'aux actionnaires et à quelques cadres dirigeants des entreprises contre les salariés, contre les recettes publiques, avec un soutien de l'État massif qui entraîne des coupes ailleurs sur la dépense publique, c'est très difficile de se réjouir de ces profits en disant vive la France, cocorico. C'est un peu plus compliqué que ça.
Et comment faire justement pour que tu parlais des salaires, comment faire pour que les entreprises, elles les augmentent ?
Il faut, visiblement, elles ne le font pas tout seules. Elles en parlent. Elles en parlent aujourd'hui. Aujourd'hui, ce qui est dingue, c'est qu'on est à un point où le MEDEV va parler des inégalités, le MEDEV va parler du réchauffement climatique, mais dans les faits, il n'y a pas de changement. Ils en parlent seulement. Donc il faut se méfier des éléments de langage et des faits. Là, dans les faits, on est dans la même situation qu'avant l'inflation, qu'avant les débats sur la hausse des salaires. C'est-à-dire la majorité va aux actionnaires.
De manière générale, en dehors de la crise, il faudrait qu'une plus grosse partie de ces bénéfices, je parle bien, aille à l'augmentation des salaires plus qu'aux actionnaires. Il y a une époque, je le rappelle, en 50-70, c'était 35 à 45 % de la part des bénéfices qui allaient aux actionnaires. Aujourd'hui, c'est 60, voire parfois 80 %. Donc il faudrait revenir dans un partage un peu plus équitable de ces bénéfices entre actionnaires, investissements et salariés. Et là, en période de pandémie, où vous avez l'État qui a quand même soutenu majoritairement les entreprises sans aucune condition.
On pourrait s'interroger sur le fait qu'une plus grosse partie de ces profits largement aillent à la hausse des salaires ou à l'investissement plutôt qu'aux actionnaires. Et là, l'État, qu'est-ce qu'il fait ces dernières années ? Il ne fait qu'accompagner les entreprises dans les souhaits du MEDEF. C'est-à-dire, il faut baisser la fiscalité, on est étouffé par la fiscalité parce que c'est la baisse de la fiscalité qui fait notre compétitivité. Très bien, la Sanofi est très compétitif en termes de coûts, mais en termes de produits, il est compétitif à zéro puisqu'il n'a même pas réussi à sortir un vaccin. Donc la compétitivité, ce n'est pas que des coûts que l'on compresse.
On peut être rentable comme Sanofi sans savoir faire un vaccin. À quoi ça sert ? À rien. Je veux dire, la compétitivité, c'est aussi le produit que vous faites. Si vous faites un produit de qualité, vous êtes très compétitif même s'il a un prix supérieur. S'ils avaient été les premiers à faire le vaccin, ils auraient été le jackpot pour eux. Peut-être qu'il y aurait eu un peu moins de méfiance parce que c'est un vaccin français et ils auraient été compétitifs en termes de produits. Là, ils ne font que de la compétition sur la baisse des coûts.
Donc la compétitivité, ce n'est pas que des coûts à compresser pour faire plus de profits comme le dit souvent le MEDEF et pour négocier des baisses de fiscalité qui finissent dans les poches des actionnaires. Donc c'est ça le vrai problème, c'est qu'on a accompagné des entreprises, on a aidé des entreprises, on a réalisé les souhaits du MEDEF avec des promesses d'un million d'emplois qui n'ont pas été réalisées. Aujourd'hui, je rappelle que l'Institut IFRA dit qu'il faut encore baisser la fiscalité pour créer 2 millions d'emplois alors que les 1 million n'ont jamais été créés. Il y en a eu 100 000 de créés ou maintenus. Vous voyez, pas plus.
Ce n'est pas moi qui le dit, c'est encore une fois l'étude de France Stratégie. Donc je veux dire, ça ne fonctionne pas. Le chantage qui a été fait par les entreprises n'a pas fonctionné. Elles ont continué à délocaliser, elles ont continué à fermer. Depuis 2008, il y a 900 usines de plus de 50 salariés qui ont fermé. Vous voyez, 900 sur 12 ans, ça fait quand même pas mal par an. Dans l'indifférence la plus totale quasiment. Et elles payent moins leurs impôts. Donc est-ce qu'il faut continuer dans ce chantage, je ne crois pas.
Merci Thomas. Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché. Et si Le Média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média indépendant et une information différente. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine car l'élection présidentielle approche à grands pas et c'est difficile de faire le tri avec tout ce qu'on entend autour de nous. Merci de nous avoir suivis. On attend vos pouces en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.
Anne Hidalgo