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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 13 mars 2026 40 minContradictoireMixteCulture, médias & sport

80 ans du Petit Prince, chef-d'œuvre ou mirage ?

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0:01
Présentateur

France Culture, question du soir, Quentin l'a fait.

0:05
Invité

Certains, je dis bien certains, prétendent qu'il s'agit d'un livre niais, cuculapraline, tiède, consensuel, depuis des décennies, huit exactement. Les critiques sont vives à l'encontre du Petit Prince. Oui mais voilà, dans le même temps, l'ouvrage est aussi l'un des plus lus au monde, demandé autour de vous. Unanimisme, tout le monde aime, tout le monde adore Le Petit Prince, le livre non religieux le plus lu, le plus vendu au monde, c'est ce que l'on affirme. Alors un débat ce soir à l'occasion justement des 80 ans de sa publication en français. Ce conte est-il un chef-d'oeuvre ou une arnaque façonnée par et pour les adultes ? Deux invités pour en débattre, Alban Cerisier, bonsoir. Bonsoir.

Vous êtes secrétaire général des éditions Gallimard, éditeur et spécialiste de l'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry. Et je précise qu'à l'occasion de l'anniversaire des 80 ans de la publication en France du Petit Prince, Gallimard republie le manuscrit en version augmentée, facsimilée et transcription. Et chez Gallimard Jeunesse, je tignale par ailleurs une édition illustrée interactive par le studio Minalima qui paraîtra le 2 avril prochain. Face à vous, et c'est le cas de le dire, Raphaël Antoven, bonsoir.

1:11
Présentateur

Bonsoir Quentin.

1:12
Invité

Vous êtes écrivain et essayiste, auteur du livre, notamment de ce livre, L'Albatros, qui a paru en août dernier aux éditions de l'Observatoire. Merci donc à vous deux d'être présents ce soir dans Question du Soir. J'ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement. Jusqu'à une panne dans le désert du Sahara il y a 6 ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur, et comme je n'avais avec moi ni mécanicien ni passager, je me préparais à essayer de réussir tout seul une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour 8 jours. Le premier soir, je me suis donc endormi sur le sable, à mille milles de toutes terres habitées.

J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. S'il vous plaît, dessine-moi un mouton. Hein ? Dessine-moi un mouton. J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien frotté mes yeux, j'ai bien regardé. Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Lecture sublime de Gérard Philippe. Et je commence à le banseriser, non pas avec l'éditeur que vous êtes, mais avec le lecteur. Qu'est-ce qui vous touche ? Qu'est-ce qui vous emporte lorsque vous lisez, relisez Le Petit Prince ?

Je pense que c'est le climat émotionnel du livre, la façon dont Saint-Exupéry parvient à faire de ce récit une émotion à l'état brut. Ce qui, de fait, explique sa réception prolongée. Je veux dire, c'est que cette émotion, la preuve de cette émotion, c'est qu'elle soit encore là en réalité. Et qu'elle est là pour le lecteur d'aujourd'hui et pour la multitude d'aujourd'hui. Voilà, donc ça, c'est effectivement, je pense, la réussite de cette œuvre-là et l'équilibre avec, finalement, la faiblesse des moyens mis en œuvre pour cela. C'est-à-dire une littérature très simple qui se donne toute seule et une écriture toute simple, limpide.

Et le dessin qui est omniprésent, on le voit bien d'ailleurs dans l'extrait que vous présentez là, qui est le point de rencontre entre le monde des adultes et le monde de l'enfance. Ce qui est le grand mystère, en fait, pour Saint-Exupéry. Il a tourné autour de cette question pendant toute sa vie et dans toute son œuvre, que ce soit dans le pilote de guerre ou dans le petit prince. Comment le lien avec ce territoire abandonné qu'est l'enfance demeure possible ? Et la réponse de Saint-Exupéry, elle est double, en l'occurrence. C'est le voyage et c'est le dessin. Le dessin ne forme pas la jeunesse, il permet de retourner à la jeunesse. C'est-à-dire revivre les émotions de la jeunesse.

Vous aurez pour mission, Alban Ceriser, de tenter de convaincre Raphaël Antoven de la force de ce texte, puisque vous avez vous-même écrit, Raphaël, dans le point que ce texte, c'était 100 pages de trop pour une salade consensuelle. Expliquez-nous. Oui, c'est un rebours de la vie générale.

4:23
Présentateur

Oui, alors ça, on peut en parler. Un rebours de la vie générale. Pour être tout à fait honnête, je ne connais pas grand monde qui aime le petit prince. Pour être tout à fait honnête, je ne connais pas un enfant qui aime le petit prince. Je ne connais que des adultes qui disent l'avoir aimé, qui se souviennent du plaisir qu'ils ont pris à cette lecture. Et c'est ça qui m'a mis la puce à l'oreille. Bon, moi, je suis complètement passé à côté, si vous voulez. Enfin, je l'ai lu plusieurs fois, avec intérêt, etc. Lorsque vous étiez enfant ? Non, non. J'avoue que je n'ai pas réussi à aller au bout quand j'étais petit. J'y suis arrivé plus tard. Mais bon, je l'ai lu. Je l'ai lu.

Mais c'était un effort pour moi. Et ce qui est intéressant, c'est cette idée-là qui m'a mis la puce à l'oreille. Pourquoi ce livre est-il tant aimé par des gens qui disent l'avoir aimé, qui se souviennent d'avoir été enfant ? Parce que c'est le livre de l'idée que les adultes se font de l'enfance. Et ça, une fois qu'on a cet angle de vue sur le texte, j'avoue que plein de choses s'éclairent. Plein de choses s'éclairent. Bon, les citations sont innombrables et on aura l'occasion d'y revenir. Mais quand il dit, par exemple, les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules. Et c'est fatigant pour les enfants de toujours et toujours leur donner des explications.

C'est tout sauf la pensée d'un enfant. C'est l'idée que l'adulte se fait de l'enfance. Un enfant tient l'adulte pour omniscient, au contraire, nanti d'un pouvoir magique. Il n'a pas le sentiment. L'enfant n'a pas la nostalgie de sa propre naïveté devant l'adulte qui ne comprend rien, qui est devenu trop intelligent pour comprendre. C'est ça que je veux dire. C'est que moi, j'ai toujours eu l'impression avec ce livre d'être en présence, non pas d'une arnaque. Je ne me permettrai pas. Et j'adore Saint-Ex, qui est un homme admirable. Il n'y a pas de question là-dessus. Et Terre des Hommes, c'est magnifique. Donc, ce n'est pas ça que je questionne. Mais je ne parlerai pas d'arnaque, non.

En revanche, il me semble qu'il y a Erreur sur le destinataire. C'est un livre pour adultes.

6:24
Invité

Erreur sur le destinataire, elle banchorisée. Au fond, c'est un livre écrit au sujet de l'enfance par un adulte, pour les adultes ? À certains égards, oui. D'ailleurs, ce trouble, d'une certaine façon, dans la réception, existe dès l'origine. Puisque le livre, il faut redire, là, on fête les 80 ans d'éducation en France. Le livre a paru trois ans plus tôt aux Etats-Unis, Saint-Exupéry. C'est un livre de l'exil aussi, très clairement. De la solitude, de la désolation. Et quand la critique américaine reçoit le livre, il y a une petite publicité qui paraît dans la presse. Ils disent que la critique est unanime.

100% des critiques disent que c'est un livre pour enfants et que ce n'est pas un livre pour enfants. 100% des critiques disent que c'est un livre pour adultes et que ce n'est pas un livre pour adultes. Et 99,5% des critiques disent que c'est un livre pour moi. Voilà, ça résout la question. Ça la résout peut-être partiellement. Mais c'est intéressant parce que c'est quand même un livre que l'on offre à des enfants.

7:17
Présentateur

Au tout début du livre, c'est oui, mais quelle erreur. Quelle idée. Quelle idée de remettre ça à des enfants. Quelle idée de donner ça à un enfant. C'est comme lui offrir le mythe de Sisyphe, si vous voulez. Ce n'est pas fait pour lui. Non, mais par exemple, je prends un exemple. Le tout début. Tout le monde se souvient du début. Le chapeau, c'est le boa qui mange un éléphant. Et les adultes...

7:39
Invité

Dessinés par l'aviateur.

7:41
Présentateur

Dessinés par l'aviateur. Et les adultes, ces imbéciles, ces aveugles, que voient-ils ? Ils voient un chapeau. Seuls les enfants savent que derrière le chapeau, il y a un boa qui mange un éléphant. De la même manière, le mouton est dessiné dans sa caisse. Les enfants ont le génie de voir le mouton dans la caisse, alors que les adultes, ces imbéciles, ne voient qu'une caisse. Or, l'enfance, c'est précisément l'inverse. L'enfance est dans la capacité à voir un chapeau là où un boa mange un éléphant. C'est l'adulte, le scientifique, qui dit mais non, c'est un boa qui mange un éléphant. L'enfant, lui, il voit le chapeau. Et en cela, il voit plus juste que l'adulte.

8:21
Invité

C'est précisément ce que dit Saint-Exupéry.

8:24
Présentateur

Ah mais non, il dit, c'est l'adulte. Il dit à un moment, je suis comme les grandes personnes, j'ai dû vieillir, je ne sais pas voir les moutons à travers les caisses. De la même manière...

8:37
Invité

L'enfant voit le mouton à travers la caisse ?

8:39
Présentateur

Oui, c'est bien l'erreur. C'est bien ça. C'est bien ça l'erreur qu'il fait. La capacité à voir au-delà des apparences. La capacité à surmonter les apparences. La capacité à voir ce qu'il en est du phénomène qui nous surprend. C'est une capacité à considérer que l'essentiel est invisible pour les yeux. C'est une capacité proprement adulte. Alors que l'enfance est précisément dans la capacité à s'émerveiller des apparences ou dans la capacité à voir un chapeau là où le boa mange un éléphant.

9:10
Invité

Albin Sorisi, alors votre lecture justement entre ce contenant et ce contenu, on pourrait dire aussi, j'allais dire même défendre, que c'est une ode à l'imagination dans cette caisse, dans ce contenant. On peut y mettre tout ce qu'on veut et le monde entier. Tout ce qu'on veut et la vérité dans le regard, pas dans ce qui est regardé. C'est ce que dit Saint-Exupéry. Ça c'est affreusement subjectif. C'est un puissant idéaliste, un idéaliste radical, Saint-Exupéry évidemment, puisqu'il ne cesse de nous dire que la vérité de ce qu'on voit ne se situe pas exactement dans ce qu'on voit, mais dans ce qu'on aurait pu y voir. Et qui a potentiellement disparu. La fameuse couleur des blés, etc.

C'est la persistance de ce qui a disparu, mais qui reste à disposition, puisque encore une fois, l'important est le regard, l'âme qui regarde, qui habite le monde, et pas le monde en tant que tel seul, qui reste finalement un bloc de granit noir, ou quelque chose de menaçant. Il y a tous ces personnages très déplaisants que le petit prince rencontre. Ce sont des personnages qui ont été pris dans la glaise du monde. Ils sont embarqués dans le monde, mais ils se sont laissés embarquer dans le monde. Ils n'ont plus cette capacité précisément à faire du monde le lieu de l'esprit humain. C'est ça que dit Saint-Exupéry avec ses mots à lui.

Après, comme le disait Michel Tournier, c'est de la philosophie de contrebande, comme tous les contes. Vous y retrouvez toute la philosophie du monde. C'est là où Raphaël se trompe. Quand il dit que tout ça a déjà été dit, vu mille fois, mille fois mieux théorisé, que Pascal a précédé Saint-Exupéry. Mais bien sûr que Pascal a précédé Saint-Exupéry. Ça va de soi. Mais c'est vrai de tous les contes. Dans ces cas-là, vous interdisez la lecture des contes aux enfants.

10:52
Présentateur

Je n'interdis rien du tout, Dieu le préserve. En revanche, je m'insurge contre cette topéa sur l'enfance qui est réalisée par ce livre et par son lectorat. D'abord, il faut dire que l'enfance est une catégorie en philosophie. C'est une façon de regarder. Pour Bergson, il faut retrouver une façon virginale de voir, d'entendre et de penser. Pour Nietzsche, l'enfant rétablit l'innocence du devenir. Pour Camus, c'est la même chose. Donc, l'enfance est un point d'aboutissement. C'est une sagesse supérieure. Quelle est cette sagesse ? En quoi consiste-t-elle ? Elle consiste à chérir le monde sans lui demander de nous aimer en retour. C'est ça la sagesse de l'enfant.

C'est celui qui ne demande pas au monde d'être indulgent envers lui puisqu'il vit comblé des biens de ce monde, à l'image du jeune Camus qui se promène dans la nature, etc., dans le premier homme. Donc, l'enfance, c'est ça. C'est ça. En philosophie, c'est une catégorie très importante. Mais l'idée, ça n'a rien à voir avec la contrefaçon d'enfance qu'on a sous les yeux quand on lit Le Petit Prince où un jeune garçon nous dit « Dites à un adulte, tu parles comme les grandes personnes, tu confonds tout, tu mélanges tout, tu t'occupes de choses sérieuses. » Ce n'est pas comme ça que les enfants pensent. Ce n'est pas comme ça que les enfants réfléchissent.

12:13
Invité

Mais Saint-Exupéry n'a pas le projet de faire un portrait de l'enfance. Il fait le portrait de l'enfance continué dans le monde adulte. C'est ça son sujet. Pour lui, les hommes se sont perdus dans un monde dont ils ont perdu d'une certaine façon, avec lequel ils ont perdu le contact. Et donc, il va chercher dans une certaine idée, une certaine image de l'enfance qui n'est pas l'enfance véritable, mais la voie pour reconquérir quelque chose qui relève d'une relation humaine au monde. Et la voie, c'est l'enfance. C'est cette vision de l'enfance. C'est l'enfance continuée dans le personnage de l'aviateur, notamment, qui a encore la possibilité de créer ce contact-là et d'atteindre ça.

13:02
Présentateur

Je trouve que c'est comme la chirurgie esthétique. Le jeunisme nous vieillit. Et il y a ici quelque chose, je trouve, par contre-coup de cette enfance continuée qui augmente l'âge de l'adulte, précisément, qui vieillit lui-même l'adulte. Il y a plein de contre-exemples d'enfance qui ne sont pas sur ce modèle-là. Miyazaki, par exemple, raconte le pancrase de l'enfance et de la guerre dans tous ses films, c'est magnifique. Il ne méconnaît pas la cruauté ni la dureté des choses et en même temps, il ne cherche pas à édifier le monde avec une philosophie de bas étage. idem pour la vie de Vansoie, idem même pour Mort à Crédit.

Même Mort à Crédit est un récit d'enfance extraordinaire qui n'essaie pas d'édifier son lecteur. Moi, c'est ça qui me gêne.

13:56
Invité

Si on tente d'inverser les choses plutôt qu'un livre au sujet de l'enfance, à propos de l'enfance, est-ce qu'on ne peut pas voir non plus ce texte comme, au fond, une critique de ce que c'est que de grandir, de ce que c'est que d'être adulte, de perdre une forme d'illusion ? Si on fait la liste des adultes et des personnages rencontrés par le petit prince, on trouve un monarque qui règne sur un faux empire, un homme extrêmement vaniteux, un buveur qui boit pour oublier qu'il boit, un businessman qui s'imagine propriétaire des étoiles. Bref, au fond, c'est là peut-être toutes les tares, tous les défauts à le banc cerisier que l'on pourrait accorder au fait d'être adulte.

C'est surtout aussi la description d'une terre de désolation. Le premier constat du petit prince, ce qui d'ailleurs est lié aussi aux circonstances de son écriture et aux intentions même de l'auteur, c'est de décrire un monde qui va très mal, qui a perdu le sens de son propre fonctionnement et de son sens d'une certaine forme de légitimité à lui-même d'une certaine façon. Et il décrit ça.

D'ailleurs, il y a un moment dans le livre, Saint-Exupéry prend le soin, et c'est le narrateur qui prend soin de préciser que finalement, la terre dans son ensemble est constituée de tous ces personnages que le petit prince rencontre, de ces tristes métiers, de ces sauts métiers qu'il décrit, qui sont précisément l'inscription de la vanité d'un monde qui s'est perdu totalement à lui-même, du fait en particulier des circonstances de la guerre, mais pas uniquement.

Donc, ce passage-là à la désolation souligne, crée le décor ensuite du second moment du livre, qui est précisément l'apprentissage qui se joue avec la rencontre avec le renard, qui est une sorte de rebond d'une certaine façon du récit et qui lui permet d'aller vers la voie de la consolation précisément. On va revenir à ce renard, mais une réaction d'abord en fois à l'Antoine.

15:54
Présentateur

Oui, c'est très intéressant les personnes qu'il rencontre. Il y a le roi Chanteclair, en fait, qui fonctionne comme le coq convaincu que c'est son cri qui fait lever le soleil puisqu'il exige que les choses arrivent exactement comme elles arrivent et ils se sont très puissants. Il y a le vaniteux qui demande qu'on l'admire, il y a le buveur qui boit pour oublier qu'il a honte de boire, il y a le riche qui possède les étoiles pour pouvoir les compter, pour mieux les posséder et il y a l'allumeur de Réverbère. Et l'allumeur de Réverbère, c'est le seul... C'est un beau personnage. C'est un beau personnage. Justement, c'est ça qui est intéressant.

L'allumeur de Réverbère, c'est le seul qui plaît au petit prince. Pourquoi ? C'est utile parce que c'est joli, dit-il. Et le petit prince dit, c'est le seul qui ne me paraisse pas ridicule, peut-être parce qu'il s'occupe d'autre chose que de soi-même. Or, ce qui est très intéressant, c'est que, encore une fois, c'est l'enfant, le roi qui se prend pour l'origine de la naissance du soleil. C'est l'enfant, le vaniteux qui demande qu'on l'admire. C'est l'enfant, le buveur qui boit pour oublier qu'il a honte de boire. Et c'est l'enfant, le riche qui se prend pour le possesseur des étoiles, le seul qui ne soit pas enfant dans cette histoire.

C'est l'allumeur de réverbère qui se soucie d'autre chose que de lui-même alors que l'enfant c'est l'âge d'un égoïsme forcené. Donc,

17:11
Invité

le syntaxe

17:11
Présentateur

se trompe de défaut, se trompe de tard, justement ? C'est très intéressant. Je le vois à chaque fois qu'il décrit les calamités du monde adulte, les calamités de ce monde oublieux, de l'essentiel, etc. Il décrit des comportements de gamin. Il décrit des comportements infantiles et quand il s'étonne en revanche de la qualité de quelqu'un, il s'étonne de cette qualité en vertu d'une qualité précisément adulte, c'est-à-dire le désintéressement, la capacité à se soucier d'autre chose que de soi, ce qui est précisément ce qu'on trouve assez peu chez l'enfant. Droit de réponse à le morceur.

17:44
Invité

Oui, dans le caractère de l'humour réverbère aussi, c'est l'homme qui s'est émerveillé quand même, notamment de sa capacité qu'il a à vivre le lever de soleil au rythme de la rotation de sa planète. Donc en fait, c'est un petit peu plus... 44 couchers de soleil. 44 ou 43 suivant les versets. Qui est l'âge de Saint-Exupéry lorsqu'il... Oui, il y a toute une théorie là-dessus. C'était la bien partagée par bien d'autres. Je voudrais vous faire entendre l'extrait du film réalisé par Mark Osborne, extrait de ce moment où le petit prince rencontre le fameux renard et donc se met sur le chemin de la consolation. Eh oh, viens jouer avec moi. Je ne peux pas jouer avec toi. Je ne suis pas apprivoisé.

Que signifie apprivoiser ? Cela signifie créer des liens. Pour moi, tu n'es encore qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi. Pour toi, je ne suis qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Qu'est-ce qui se joue à le banc cerisier dans ce moment, dans cette rencontre entre ces deux personnages ? En fait, cette rencontre qui ne devait pas avoir lieu si on en croit le manuscrit, c'est une scène qui a été ajoutée par Saint-Exupéry. Elle ne figure pas sur le manuscrit. C'est la première version du manuscrit.

En fait, dans les versions du manuscrit, le petit prince vient à cette connaissance tout seul après un épisode très précis qui est celui de la visite aux mille roses. Il y a un jardin, il y a mille roses. Et le petit prince est confronté... Je croyais que la mienne était unique. Voilà, il est confronté à l'uniformité des roses, à l'effroyable ressemblance de toute chose laquelle a été tout aussi bien décrite par Breton, d'ailleurs, dans l'amour fou. Et ce vertige de l'uniformité du monde tel qu'inhabité par le sentiment humain, par la réflexivité humaine, lui apparaît de manière effroyable comme une première piqûre du serpent d'une certaine façon.

Et donc, c'est à ce moment-là que se joue précisément le retour sur soi et la compréhension effectivement que ce qui vaut dans la rencontre est précisément le geste de la rencontre, c'est-à-dire une sorte d'humanisme relationnel, d'une certaine façon entre deux êtres qui vont l'un vers l'autre et qui ne valent que par la façon dont cette rencontre se produit. C'est ce qu'il appelle apprivoiser. C'est ça l'enjeu. C'est donc la constitution de la pensée relationnelle de Saint-Exupéry au travers de cette image-là et de cette rencontre. Et le renard lui-même, c'est quand même un personnage singulier, quelqu'un qui vient titiller aussi et qui vient travailler.

Oui, d'ailleurs, il inverse le rôle habituel du renard dans les contes pour enfants. Il en fait un personnage espiègue, mais un personnage finalement sympathique et bienveillant.

20:36
Présentateur

Oui, mais en cette contradiction, il y a quelque chose d'essentiel au livre. Le renard est à la fois l'animal sauvage, bien sûr. C'est l'animal sauvage qui explique à l'individu, qui explique posément au petit prince qu'il doit être apprivoisé pour quoi ? Pour être capable de lui parler posément, si j'ose dire. C'est-à-dire, c'est le renard qui occupe les deux places à la fois de la sauvagerie et de l'éducation. Parce que le renard est un personnage imaginaire. Parce que le renard est un personnage imaginaire. Et alors, c'est très intéressant de voir son grand secret.

Son grand secret, donc, la tarte à la crème du petit prince, no offense, on ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux. ce que je veux dire ici, c'est que rien n'est plus facile dans la vie que de penser comme ça. Rien n'est plus facile que de dire... Parce que c'est vrai. Non. Rien n'est plus facile que de dire les apparences sont trompeuses. Rien n'est plus facile que d'ajourner le moment d'être heureux en faisant le héron qui trouve la carpe pas assez grosse ou le kaki pas assez juteux, si vous voulez.

Rien n'est plus facile que d'ajourner le moment de jouir de la vie, que de retarder ça et de considérer que l'essentiel est invisible pour les yeux et qu'on ne voit bien qu'avec le cœur. Ça devient son crédo ensuite. Ce qui fait la beauté des choses est invisible. Les yeux sont aveugles, il faut chercher avec le cœur. Ce qui est important, ça ne se voit pas. C'est une facilité. Ça n'est pas une leçon. Il n'y a rien d'édifiant là-dedans. Il y a juste une facilité de langage. Comment dire ? C'est le tour de pensée avec lequel les adultes se persuadent à peu de frais qu'ils n'ont pas rompu

22:23
Invité

avec l'essentiel. Je vous laisse défendre ces deux aphorismes. L'essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu'avec le cœur à le banc cerisier.

22:30
Présentateur

On ment par omission si on ne parle pas de ces deux aphorismes, les amis. C'est au fond

22:33
Invité

la simplicité même de ces deux phrases qui en font leur force et leur vérité, selon vous ? Alors, oui, et leur vérité selon Saint-Exupéry. Parce qu'en réalité, on parle là d'une expérience vécue. D'ailleurs, Saint-Exupéry a assez peu écrit sur son livre. De fait, il n'a pas eu le temps d'écrire. Le peu de témoignages qu'on a, c'est des témoignages qui sont liés au message qu'il laissait sur son livre à quelques amis à qui il a pu en donner des exemplaires.

Et ce qui revient sans cesse, c'est d'une part que la Terre est inhabitable, sauf pour quelques amis et à l'égard de quelques amis et d'autre part qu'il n'a jamais écrit un livre plus vrai comme Le Combe puisque c'est celui qui est finalement le plus détaché de son expérience réelle d'aviateur et de son expérience humaine.

23:17
Présentateur

En même temps, il s'est retrouvé, alors ça, je parle sous votre contrôle, mais il s'est retrouvé dans le désert. Il a erré dans le désert en 1935 avec son mécanicien parce que là, il précise au début du Petit Prince j'étais sans mécanicien

23:28
Invité

mais il s'est fondé sur l'expérience. Toute son expérience, le sens de cette vérité au-delà des vérités générales qu'il va chercher et qu'il assume plaitement comme étant les siennes. C'est quand même son droit, il me semble. Et d'autre part, c'est aussi une vérité de l'expérience. Vous évoquez 1935, cette expérience est magnifiquement racontée dans le plus beau chapitre de Terre des Hommes où il explique comment le désert est un lieu habité, habité de ce que Saint-Exupéry est, tout simplement. Donc le désert n'est rien s'il n'est autre chose que ce que Saint-Exupéry, pilote, perdu avec son aviateur Prévost, y voit.

Et ça, il me semble que c'est une vérité quand même assez atteignable, très recommandable, il me semble, pour nous tous. Et c'est ce que Saint-Exupéry apporte avec ce livre-là en ayant le sentiment, l'espoir que ce sentiment-là du monde, ce sentiment d'appartenance au monde peut être d'une quelconque utilité pour les siens.

24:31
Présentateur

Je trouve que le mirage de cet enfant dans le désert qui serait porteur de toute la nostalgie du monde, de toute l'enfance perdue, qui serait à la fois l'incarnation de l'enfance perdue et le théoricien de l'enfance perdue puisqu'il n'arrête pas de dire les grandes personnes ne peuvent pas comprendre la dernière phrase et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d'importance, etc. Donc il est à la fois l'expérience de l'enfance et le théoricien de sa propre expérience. Je trouve qu'il y a dans cette figure tout d'une chimère plus que du mirage. Alors qu'on pourrait imaginer que dans le désert il y a le mirage de cet enfant.

25:11
Invité

Mais comment vous expliquez que ce livre serve autant à ceux qui le lisent ? Comment vous expliquez alors que cette émotion a une portée très existentielle et très simple pour peut-être 95% des lecteurs qui le lisent ? Et puis c'est le qualificatif qui revient un peu partout mais aussi peut-être la source de cette explication le qualificatif c'est universel. Il y aurait une dimension universelle dans cette histoire et universelle justement dans sa capacité à donner un succès mondial pendant qu'un temps

25:43
Présentateur

ces politiciens ou ces hommes politiques ou ces présidents sur le départ qu'on adore détester si vous voulez. Ben voilà c'est le contraire. C'est le livre qu'on adore aimer. C'est le livre qu'on aime aimer. C'est le livre qu'on est presque d'une certaine manière obligé d'aimer sous peine d'être immédiatement décrété adulte par d'autres adultes qui sont les légataires de l'enfance.

26:05
Invité

C'est vrai que je ne peux pas adhérer à ce procès d'insincérité du lectorat. Ce n'est pas un procès

26:10
Présentateur

d'insincérité du lectorat parce que je vois vous savez c'est comme le mythe de Sisyphe. C'est intéressant je suis un camusien ardent j'ai une passion pour Camus il n'y a pas de problème mais j'ai toujours lutté pour qu'on diffuse le mythe de Sisyphe mais le mythe de Sisyphe les gens ne lisent que la première page et le dernier chapitre. La première page parce que le suicide c'est la question importante et le dernier chapitre parce que c'est le seul moment où il parle de Sisyphe et pour le reste on passe complètement à côté. Donc il ne faut pas compter sur le lecteur c'est ce que vous dites ?

Non je dis qu'avec le petit prince avec le petit prince on a le boa on a l'éléphant on voyage un petit peu avec lui mais on ne retient pas trop les personnages et on se termine et on termine avec le renard et voilà et il n'y a pas de volupté de lecteurs. C'est déjà beaucoup ? J'ai entendu des lecteurs bouleversés par la vie de Vansoie des lecteurs enchantés par mort à crédit des lecteurs qui ne peuvent pas vivre sans ces livres des lecteurs qui trouvent là une enfance une enfance exaucée je ne connais pas ce genre d'émotion à propos du petit prince.

27:19
Invité

C'est sûr qu'on est très très loin de mort à crédit. On est loin de mort à crédit. Je voudrais quand même

27:22
Présentateur

qu'on revienne

27:23
Invité

sur des livres Gallimard C'est pour ça que vous les avez cités par élégance. Je voudrais d'ailleurs qu'on revienne sur un point essentiel de cette oeuvre qu'on n'a pas encore mentionnée les illustrations les illustrations ces dessins qui sont aussi un point d'entrée dans l'oeuvre et peut-être même d'ailleurs plus qu'un point d'entrée une clé de lecture absolument essentielle Albin Cerisier.

Je reviens encore à l'histoire du manuscrit mais dans le proto-manuscrit qu'on a retrouvé très récemment à la faveur d'une exposition magnifique au musée des arts décoratifs on a retrouvé un feuillet le premier feuillet c'est vraiment que des idées et ça commençait par je ne sais pas dessiner ça aurait dû être l'inquipite du livre donc autant vous dire qu'effectivement ça pèse considérablement et c'est effectivement le constat que la chose ne va pas être simple c'est-à-dire si je ne sais pas dessiner ça va être compliqué mais en même temps c'est parce que je ne sais pas dessiner que mes dessins sont imprécis c'est-à-dire qu'ils renoncent à la représentation exacte de ce que j'ai sous les yeux avec notre imaginaire occidental de la perspective etc c'est toute la thématique des discussions on est bien d'accord et c'est ça qui engage précisément la discussion possible et ce raccrot possible au territoire de l'enfance qui occupe autant Saint-Exupéry alors c'est sûr que c'est ce qui fait aussi la particularité de ce livre et qu'il l'attache à son lectorat quand même je pense que c'est une spécificité très très forte c'est rarissime en fait les livres illustrés les livres de littérature illustrés par leur propre auteur au XXe siècle c'est rarissime il y a les Wiscaroles voilà mais c'est vraiment très très peu de cas donc c'est suffisamment extraordinaire pour qu'on y accorde particulièrement et puis précisons bien que ces illustrations ne viennent pas justement augmenter le texte elles sont dans le texte elles font partie du récit et les spécialistes appellent ça un iconothèque je trouve ça assez vilain mais en réalité ça participe à la progression du texte et à la narration comme les mots ça a la même vocation et ça doit donc provoquer soit des événements soit des sentiments auprès du lecteur d'ailleurs Saint-Exupéry on a quelques traces a pris un soin fou au positionnement extrêmement précis des dessins dans son texte ce qui explique d'ailleurs certainement le retard de parution aux Etats-Unis au moment de sa parution et j'insiste aussi on dit souvent que l'activité de dessin de Saint-Exupéry c'était vraiment très c'était très récréatif c'était des choses et c'était un peu son climat intérieur d'une façon dans ces petits dessins qu'il laissait partout avant l'écriture du Petit Prince par contre pour réaliser ce livre-là il est parti de ces petits personnages qu'on connait qu'on voit passer en bande publique on a fait un catalogue des dessins et pour aboutir au Petit Prince définitif ça a été un travail absolument colossal pour lui il n'y a rien de spontané là-dedans en réalité et la découverte des dessins originaux là aussi très très récemment ne l'a fait que la tester il y a une extrême fragilité du support du matériau utilisé les aquarelles un tout petit des petits reaux de temps en temps etc et mais une volonté chez lui d'aller comme il essaie de trouver le mot juste la formule juste celle qui vous pose problème Raphaël il y a le même effort pour aller trouver ce dessin qui va être celui qui touche et qui porte et là pour le coup Saint-Exupéry considérait qu'un seul livre lui suffisait à en assurer la portée là pour le coup ça a accompagné l'extraordinaire audience du livre c'est sûr si je tente Raphaël Antoven de mettre un instant de côté la dimension philosophique spirituelle du livre si on s'attache uniquement à son esthétique à sa poésie peut-être est-ce que vous accordez dans ces deux dimensions là une forme de crédit au Petit Prince

31:02
Présentateur

oui de ce point de vue c'est remarquable c'est vraiment c'est vraiment ce qu'on appelle un roman graphique mais au sens le plus noble du terme c'est-à-dire que que l'un des livres les plus vendus dans le monde soit un roman graphique je trouve ça très important en fait et très intéressant donc là pour le coup il n'y a rien à dire quant au dessin alors je pourrais être tout à fait honnête avec vous j'ai commencé par être très réservé sur ce dessin ce dessin pastel insipide au contour tremblé ça me semblait sans grand intérêt et alors là pour le coup avec le temps autant le texte lui-même me paraît non seulement assez pauvre mais d'une certaine manière contrefait dans les émotions qu'il veut susciter et dans ce qu'il prétend être autant le dessin me paraît d'une ingénuité heureuse voilà donc je n'ai rien à dire contre le dessin nous voilà réunis nous voilà réunis il n'y a pas de doute l'agencement des deux pour le coup ça c'est une réussite

32:12
Invité

si l'on tente de réunir cette fois-ci Albon Cerisier le petit prince avec toute l'oeuvre le reste de l'oeuvre de Saint-Exupéry est-ce que ce livre en particulier ce petit prince est un pas de côté pour Saint-Exupéry ou bien non c'est l'affaire d'une grande continuité littéraire non non c'est un pas de côté c'est pas un pas de côté dans ses thématiques où bien entendu on retrouve quand même les grandes thématiques de Saint-Exupéry bien sûr on a évoqué le Terre des Hommes tout à l'heure on est en plein événement et la question aussi de l'enfant mort de la question de la menace de la mort sur l'enfant ça fait lien aussi avec Pilote de Guerre et ce passage de Pilote de Guerre magnifique où Saint-Exupéry évoque la mort de son jeune frère enfin bon donc on a des points d'attache très forts après c'est quand même un livre très atypique c'est effectivement un pas de côté parce que ses principaux romans sont des romans de l'aviation et romans avec beaucoup de guillemets parce que c'est aussi des récits autobiographiques très très portés par l'expérience donc là à cet égard c'est un grand pas de côté voilà et puis c'est aussi un livre de circonstances c'est de commande de circonstances je vous l'ai dit l'exil New York il sait aussi qu'il va partir et voilà et il laisse ce livre là à ses amis à New York en disant je vous laisse au moins ça il sait très très bien qu'il a une chance sur deux de ne pas revenir quand je dis une chance sur deux même plus il reprend l'avion voilà et c'est ce qui s'est passé en réalité donc il y a quand même quelque chose qui relève du don dans l'écriture de ce livre et qui est compris comme tel par ses proches et en premier lieu par Consuelo son épouse voilà et puis c'est un livre de commande parce que c'est aussi l'idée la bonne idée d'un éditeur américain qui sollicite finalement ce travail chez Saint-Exupéry et il s'y prête avec grande joie bien entendu avec souffrance souffrance du créateur il a eu beaucoup de mal à l'écrire si je renoue Raphaël Antoven avec le début de notre conversation et que je tente de l'élargir qu'est-ce qu'écrire pour les enfants au fond quelle devrait être la mission qu'un adulte se donne à lui-même lorsqu'il entreprend un tel exercice

34:17
Présentateur

c'est une question géniale parce que c'est la question proustienne par excellence il faut avoir une mémoire quantique c'est-à-dire il faut pouvoir une mémoire quantique oui c'est-à-dire pouvoir être le contemporain du souvenir qu'on a pas juste avoir un souvenir mais être le souvenir qu'on a de manière à ce que les choses qu'on raconte nous parviennent parviennent au lecteur avec leur maximum de fraîcheur c'est l'équation proustienne c'est-à-dire c'est une mémoire absolue c'est une mémoire absolue c'est la mémoire absolue d'un individu qui est le contemporain de ses propres souvenirs on trouve ce genre ce qui suppose

34:53
Invité

que l'enfance n'est pas perdu

34:54
Présentateur

ce qui suppose que l'enfance n'est pas perdu et continue de vivre mais je trouve que pour le coup le petit prince c'est exactement le contraire c'est-à-dire c'est un adulte qui joue à l'enfant alors que dans le cas de Proust c'est un enfant qui redevient l'enfant qu'il était quand sa grande-tante lui donnait un peu de madeleine trempée dans du tilleul si je prends un autre exemple qui parlera peut-être plus à nos jeunes auditeurs Claude Ponty Claude Ponty qui dit pique-pendre d'ailleurs du petit prince qui n'aime pas ce texte Claude Ponty raconte dans des histoires pour enfants par exemple Okilélé c'est un enfant qui à la naissance la trompe un peu longue et donc ses parents disent Okilélé à tel point qu'il prend ça pour son prénom et ça devient son prénom il est chassé par ses parents il est muré vivant par ses parents qui ne veulent plus jamais avoir affaire à lui avant de se réconcilier avec eux on est là en présence d'une trajectoire dont comment dire dont l'âpreté n'est pas pasteurisée dont les souffrances ne sont pas tempérées par le sentiment que toute sagesse est détenue par l'enfant non on a là véritablement le point de vue de l'enfance et même un exercice très heureux moi je trouve qui est l'exercice le plus casse-gueule du monde mais dont il se sort comme un chef c'est la vie devant soi c'est la vie devant soi Momo la personne de Momo Momo dans la vie devant soi c'est très exactement Romain Garry mais c'est très exactement un enfant et il n'y a aucun doute sur l'identité de l'enfant c'est ça qui est fort alors qu'avec le petit prince pardon mais on a vraiment le sentiment que voilà l'idée que Saint-Ex se fait de l'enfance prend congé de nous par l'entremise opportune d'un serpent

36:41
Invité

le mot de la fin pour la défense alors est-ce que cette enfance vit justement je crois que Raphaël fait erreur par rapport au projet de Saint-Exupéry qui n'a jamais été fait de faire le portrait de l'enfance c'est le portrait des âges de la vie qu'il veut faire Saint-Exupéry c'est ça qu'il fait des âges de la vie d'ailleurs il y a une série de dessins qu'il a lui-même appelé les âges de la vie je ne mente rien et qui est une sorte de résumé graphique du petit prince à côté du petit prince c'est le même personnage etc et c'est le temps de la déception le temps des folles espérances etc donc il est dans une perspective très métaphorique et qui veut saisir à l'intégralité des souffrances et des bonheurs de l'existence c'est juste ça donc effectivement si on va chercher le portrait exact d'une enfance on en sortira toujours perdant parce que c'est pas ce qu'il veut faire et Saint-Exupéry ne méconnaît pas les autres figures dans l'enfance le plus bel exemple c'est Mozart assassiné le Mozart qu'on assassine dans le train qui ramène les émigrés polonais dans leur pays d'origine et cet enfant désolé dans cette cabine de train qui est la mort de l'enfance l'enfance comme potentialité comme capacité d'engendrement de la vie

37:57
Présentateur

il ne la méconnaît pas

37:59
Invité

elle est présente dans l'oeuvre bien entendu un mot de la fin

38:02
Présentateur

vous m'accorderez Alban que ce n'est pas un livre Le Petit Prince qu'on offre à des enfants

38:06
Invité

je ne peux constater qu'on passe notre temps à l'offrir à des enfants et que les enfants et c'est d'ailleurs l'auteur de Marie Poppins qui l'a très très bien dit ils voient ce qu'ils ont à y voir merci beaucoup à vous de l'honneur recommandation qu'on peut faire d'ailleurs c'est de lire relire bien sûr mais aussi Claude Ponty

38:26
Présentateur

mais aussi les films de Miyazaki et Miyazaki grand lecteur de Saint-Exupéry oui c'est vrai

38:31
Invité

et Marcel Proust et la vie de Vansoie merci beaucoup Alban Cerisi Raphaël Antoine merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Mathias Mégy Stéphanie Villeneuve Diane Devancet Antoine Héral s'il vous plaît dessine-moi un mouton

38:46
Locuteur non identifié

merci à mes Tipeurs

38:48
Locuteur

et merci à mes Tipeurs et merci à mes Tipeurs

80 ans du Petit Prince, chef-d'œuvre ou mirage ? · Pourquijevote