Le discours de Laurent Wauquiez à l'Assemblée nationale en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Madame la Présidente, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues, notre pays danse au-dessus du volcan. La France s'endette à des taux supérieurs à la Grèce. Ceux qui entreprennent ont de plus en plus de difficultés. Nous constatons tous les jours l'effondrement de l'ordre, nous perdons la maîtrise de nos frontières et nos services publics, l'école comme la santé, n'ont jamais aussi mal fonctionné. Notre pays danse au-dessus du volcan. Et pendant qu'il danse, nous risquons le blocage politique. La dissolution nous a plongés dans un chaos institutionnel. Aucune majorité n'est sortie des élections, aucune.
Ni la gauche sous la coupe de LFI, ni le RN, ni la majorité sortante. Et le risque est de bloquer le pays au moment où il a besoin plus que jamais de politique courageuse. Notre pays danse au-dessus du volcan. Et quel spectacle donnons-nous ? Injures, invectives, hurlements. Rien de tout cela n'est à la hauteur des enjeux. On a besoin de femmes et d'hommes, de bonne volonté. La gravité de la situation impose de prendre le parti de la France. Et il n'y a que deux choix. Il n'y a que deux attitudes possibles. Il n'y a pas de tergiversation là-dessus. Bloquer ou construire. Le chaos ou la responsabilité. Le désordre ou les solutions. L'inaction ou l'action.
Et nous devrions tous nous rappeler l'injonction d'Albert Camus, qui dans le mythe de Sisyphe, rappelait l'impératif de continuer à agir. Prendre ses responsabilités face aux absurdités des époques tourmentées. Alors je repose la question. Où sont les femmes et les hommes de bonne volonté ? L'extrême-gauche a tenté d'imposer sa première ministre et son programme. 150 milliards d'euros d'impôts. Régularisation des immigrés illégaux. Terroristes du Hamas dépeints en résistants. Et policiers traités d'assassins. Voilà la réalité de ce qu'est devenu le visage de l'extrême-gauche. Mais les Français ne veulent pas de vos choix insensés.
Et se demandent où est passée la gauche de Ferry et de Jaurès. Celle qui forçait le respect par son attachement à la laïcité, à l'autorité républicaine et au mérite. Une gauche qui n'est même plus capable d'applaudir dans cet hémicycle quand on parle de laïcité et qui reste silencieuse quand le Premier ministre appelle au respect des valeurs de la laïcité. Sous nos yeux, sur ses bancs, et je le dis avec gravité, nous assistons à la dérépublicanisation de la gauche, une gauche qui épouse désormais les causes les plus extrémistes de Jean-Luc Mélenchon. Alors oui, pour empêcher les semeurs de chaos d'abîmer notre pays, la droite républicaine s'est engagée pour que la France sorte de l'impasse.
Nous avons pris nos responsabilités pour que la France ait un Premier ministre, alors qu'il eût été si confortable de rester de côté comme certains. Nous avons pris et nous prendrons nos responsabilités en vous soutenant, Monsieur le Premier ministre, pour mener la politique de changement dont notre pays a besoin. J'ai bien dit une politique de changement, car cela suppose de rompre avec la politique menée depuis sept ans. Nos 178 parlementaires ont fait des propositions et je suis fier de leur travail, avec un pacte législatif autour de priorités simples. Revaloriser le travail et rétablir l'ordre.
D'abord, mettre la récompense du travail, Monsieur le Premier ministre, au cœur de notre contrat social. La plus grande injustice de notre pays, aujourd'hui, c'est que le travail n'est pas récompensé. Le plus grand scandale de notre système social, ce sont les travailleurs pauvres. Travailler et être pauvres, travailler pour survivre et non pas travailler pour vivre. Je pense à tous ceux qui, dans le monde rural, font parfois des kilomètres pour aller travailler et constatent à la fin du mois le faible salaire qu'il leur reste. Je pense à toutes ces classes moyennes dont les efforts sont récompensés par des impôts et des charges.
Je pense à toutes les absurdités de notre système social dans lequel, dans l'accès au logement social, le travail ne fait même pas partie de la dizaine de critères de priorité. Alors, nous nous battrons pour revenir à des principes simples. Celui qui travaille doit être récompensé. Celui qui reprend un travail doit être encouragé. Celui qui a travaillé toute sa vie doit être reconnu. Et celui qui abuse de la solidarité doit être sanctionné. Valoriser le travail, garder le social, arrêter l'assistanat. Il est urgent ensuite de mettre fin au laxisme. Le laxisme tue quand quatre condamnés à de la prison ferme sur dix n'y mettent jamais les pieds.
Et que plus de neuf décisions d'expulsion sur dix sont inappliquées. Oui, il faut réarmer notre droit. Avec en face d'une infraction, une sanction. Et ce ne sont pas les juges qui sont en cause. Ce sont nos lois qui ont perdu le bon sens. Et si pour certains dans l'hémicycle cela ne veut rien dire, pour les Français cela veut tout dire. Parce que cela fait trop longtemps que nous avons oublié que dans la justice, il y a la balance et il y a le glaive. Cela fait trop longtemps que nous avons perdu l'autorité. L'autorité dans la République n'opprime pas. Elle protège. Et je le dis ici, le ministre de l'Intérieur aura la totalité de notre soutien. Nous avons un autre impératif.
Produire davantage plutôt que de dépendre des importations polluantes. Ce que j'ai appelé le patriotisme environnemental. Les importations chinoises produisent et polluent plus que tous les ménages français. Et parce que notre économie est une des plus respectueuses de l'environnement, ce que nous avons de mieux à faire pour défendre la planète, c'est de défendre la fabrication française. Et c'est un message d'espérance pour notre jeunesse. Libérez. Libérez les entrepreneurs, les agriculteurs, les artisans, les commerçants, les professions libérales. Tous ceux dont on ne parle pas assez ici, des normes folles, Cézanne, CSRD et autres DPE qui les empoisonnent.
Oui, monsieur le Premier ministre, bien évidemment, mettre enfin fin au dispositif ZAN, si funeste et si contraire aux intérêts du pays. Et bien sûr, nous devons sortir du laxisme budgétaire. Alors je sais que certains ne sont pas franchement adeptes de l'autocritique. Mais il est quand même assez cocasse, quelle que soit l'estime que j'ai pour eux, de voir ceux qui ont laissé filer la dette et les déficits s'étonner ensuite des conséquences de leur légèreté budgétaire. Il faut commencer par faire des économies, ce qui n'a pas été fait.
Si on veut éviter les hausses d'impôts, mettre fin au quoi qu'il en coûte aux autres, ce qui n'a pas été fait, gérer l'argent public comme si c'était le nôtre, ce qui n'a pas été fait, mettre un terme au gaspillage, ce qui n'a pas été fait, car qui peut croire que dans un pays où il y a tant d'agences administratives et de lourdeur, il ne soit pas possible de faire des économies. Et dès cette semaine, nous ferons des propositions qui permettront à chacun de se positionner avec le même esprit qui est toujours le nôtre, des solutions et des engagements. Car oui, et ce point-là, je le partage.
Si les personnes de bonne volonté, au-delà des différences, se retrouvent autour de propositions de bon sens, nous pouvons faire du travail utile pour le pays dans les mois qui viennent. Et je vous le dis donc, c'est bien le moment de répondre à cette question, le chaos ou l'action. En 1871, notre pays était à terre, privé de l'Alsace-Lorraine. Humiliés par la défaite, brisés par la guerre civile. Alors même que les Républicains avaient perdu les élections, ils vont s'engager pour rebâtir la France. Notre pays se couvre d'écoles et d'industries. Un grand essor culturel commence.
Ces Républicains-là ont surmonté leurs différences pour bâtir la Troisième République et ils n'avaient pas trahi comme vous les valeurs de la République française. Dans notre histoire, il y a toujours eu cet espoir. Il faut être les Républicains d'aujourd'hui dans un pays qui en a tant besoin. Faire oeuvre utile avec courage et détermination, c'est ce à quoi nous allons nous atteler autour de Michel Barnier pour mener cette politique de changement. Je vous remercie. Merci.
Laurent Wauquiez