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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 7 juillet 2023 55 minContradictoireMixte

Devient-on fatalement un "vieux con" ?

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Temps de parole

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0:16
Présentateur

Bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Aujourd'hui, nous sommes dans la tête de Jean-François Kahn qui est né en 1938 et qui couche ses pensées à la plume. Je suis du temps où on écrivait à la main, où quand on téléphonait, on tombait sur des personnes qui répondaient, non sur des répondeurs qui dissolvaient les personnes. Je suis d'un temps où chaque village avait sa mercerie, sa boulangerie et son bistrot, c'est-à-dire son agora, où un opéra de Wagner tenait en 45 disques de 68 tours, où l'on collectionnait les timbres, où l'on pouvait être dans la lune sans pour autant avoir marché dessus, où l'on regardait fixement la radio pour mieux l'écouter.

Du temps où Edgar Morin n'était pas encore vieux, dois-je faire semblant de m'être fait une raison pour ne pas paraître un vieux con ? Alors depuis la naissance de cet homme, il y a eu un nombre monstrueux de révolutions. Le téléphone portable, internet, le four à micro-ondes, le code barre et maintenant l'intelligence artificielle. Comment ne pas y perdre son latin ? Est-on forcément dépassé par l'époque, par ceux qu'on appelle les jeunes et qu'on trouve un peu fumistes ? Ces jeunes qui n'ont pas l'intention de se taire ? Aujourd'hui, dans le débat de midi, on ouvre le dialogue entre les générations. Paola Puerhari, le débat de midi sur France Inter.

Et pour ce dialogue entre deux générations autour de l'idée reçue du « c'était mieux avant », j'ai à ma table deux grands journalistes qui ont un peu oublié d'être cons. A ma gauche, j'ai nommé Salomé Sacquet. Bonjour. Bonjour. Vous avez 28 ans, vous êtes journaliste et vous avez signé un percutant essai, « Sois jeune et tais-toi » aux éditions Payot et à ma droite, Jean-François Kahn. Bonjour. Bonjour. Journaliste également, auteur de « Comment on en est arrivé là » aux éditions de l'Observatoire. Alors, est-ce que vous êtes un peu coquet ou est-ce que je peux annoncer votre âge ?

2:03
Invité

Ben oui, vous l'avez fait déjà.

2:04
Présentateur

85 ans, 85 ans. Et c'est pour ça que je vais vous poser la fameuse question du débat avec un immense respect et une grande référence. Jean-François Kahn, est-ce que ça vous arrive quelquefois de vous sentir un peu un vieux con ?

2:17
Invité

Ben oui.

2:18
Présentateur

Oui ? Alors, à quel moment alors ?

2:21
Invité

Ben, d'abord il y a des mots que je ne connais pas. Par exemple, on emploie quelquefois des mots que je ne comprends pas. C'est un exemple. Et puis je suis, comme tous les gens de mon âge, un peu dépassé par l'informatique. Il faut bien voir une chose, c'est qu'il y a eu toujours des grandes mutations. On parle de la Renaissance, je crois...

2:45
Présentateur

Oui, la brimerie, la locomotive, mais vous, vous en avez vécu plusieurs.

2:47
Invité

Je pense qu'il n'y a jamais eu une mutation si radicale. Il y a eu la voiture, mais on n'était pas obligé d'avoir une voiture. J'ai connu des gens pendant très longtemps qui ont vécu sans voiture. J'ai connu des gens qui ne prenaient pas le train. C'est-à-dire qu'on pouvait vivre en décrochant de ce que le progrès avait apporté. La révolution nucléaire, mais ça n'a rien changé à la façon de vivre. Aujourd'hui, je connais des gens qui ont essayé de résister. Dire, je n'aurai pas de téléphone portage, je ne veux pas me mettre à l'informatique, c'est impossible. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas.

Donc, c'est la première fois où, dans la vie quotidienne, radicalement, absolument tout s'est transformé. Mais cela dit, si vous me permettez, vous aviez, à l'époque romaine, je ne sais pas, 300 avant... non, même peut-être pas, 150 avant Jésus-Christ, vous avez un type très célèbre qui s'appelait Caton, et l'obsession de Caton, c'était mieux avant. Et Cicéron n'a pas arrêté d'écrire « C'était mieux avant ». Donc, c'est un classique.

3:51
Présentateur

Et justement, Salomé Sacké, vous écrivez sur ce classique ?

3:54
Invité

Parce que finalement, le « C'était mieux avant », c'est de tout temps. Oui, c'est ça qui est assez impressionnant et que j'ai découvert pendant mes recherches pour écrire cet ouvrage, c'est que la critique à l'égard de la jeunesse de la part des plus âgés est millénaire, vous venez de le souligner à raison. Et on retrouve des écrits, même sur des tablettes babyloniennes, et évidemment qu'on retrouve au Moyen-Âge, à la Renaissance, et ça continue bien évidemment jusqu'à aujourd'hui. Ce que je trouve intéressant dans cette critique millénaire, c'est que cette critique est non seulement récurrente, mais ce sont surtout les mêmes critiques.

C'est-à-dire qu'on reproche de tout temps la même chose aux jeunes, on les accuse d'être paresseux, d'être narcissiques, d'être égoïstes, d'être décadents, d'être incultes. C'est vraiment des qualificatifs qui reviennent en permanence et qui m'a fait, moi aussi, me poser cette question. Est-ce que nous sommes condamnés à devenir, entre guillemets, des vieux cons ? Est-ce qu'on est vraiment obligés de considérer la jeunesse de cette manière ? Et ce que j'ai essayé de montrer dans le livre, c'est que non, je pense que pas du tout.

Et que si on reste à l'écoute de cette jeunesse et qu'on reste dans le dialogue intergénérationnel, on n'est pas du tout voués à toujours condamner la génération qui suit la nôtre. Vous savez pourquoi paresseux ? Pourquoi paresseux ? Parce que les gens, quand ils parlent de la jeunesse, les vieux, et qui disent qu'ils sont paresseux, ils parlent pas de la jeunesse, ils parlent d'eux. C'est-à-dire, c'est une façon de dire, moi, je n'étais pas. C'est se mettre en valeur. Qu'est-ce que j'ai entendu ça ? Nous, on allait au boulot, nous, on se plaignait pas, nous, on était moins payés, mais on en faisait plus, etc. Donc, ils parlent trop, ils parlent d'eux. J'ai d'ailleurs la même...

Je suis personnellement pour une réforme de l'orthographe. Vous voyez que je suis radicalement pour une réforme de l'orthographe. Les gens qui sont contre, pourquoi ils sont contre ? Ils disent, j'en ai chié, il faut que tout le monde en chie. C'est ça, vraiment. C'est pas... Si on réfléchit un instant, on est pour une réforme d'orthographe. Sans quoi personne ne parlera plus français si on continue comme ça. Mais ils disent, mais non, moi, vraiment, je vois pas pourquoi eux feraient pas l'effort que j'ai fait. En fait, on parle de soi sous prétexte de parler des autres. Tout à fait.

Il y a une étude que je cite dans le livre qui a été établie par l'Université de Californie qui montre que ce qui crée ce phénomène de mépris presque générationnel, c'est le fait qu'effectivement, on compare la jeunesse d'aujourd'hui avec la jeunesse d'hier, qui correspond en réalité à la jeunesse que l'on a connue soi-même, qui est donc notre souvenir personnel. Déjà, qui concerne une partie infime de la jeunesse, puisque c'est la nôtre. Et qui plus est, qui est biaisé, puisqu'un souvenir est par essence subjectif, déformé, et qu'on a tendance à idéaliser notre jeunesse. Donc il y a un biais cognitif.

Il y a un immense biais cognitif et la jeunesse d'aujourd'hui ne peut jamais être gagnante par rapport à une jeunesse d'hier qui est fantasmée. Et c'est ça qui participe à créer, parfois, ce qu'on peut qualifier de conflit générationnel. Jean-François Kahn, vous qui avez écrit sur la mémoire,

6:36
Présentateur

c'est vrai que les meilleurs souvenirs se rangent toujours au-dessus de la pile. Donc on a l'impression que c'était mieux avant.

6:41
Invité

Oui, parce que de toute façon, si on gardait tout en mémoire, on ne pourrait rien garder. Parce qu'il y aurait trop de mémoire et tout se neutraliserait. Donc, chaque mémoire, en vérité, est triée. Et qui t'a trié ? On t'a trié ce que le moins angoissant et le moins traumatisant. Vous avez raison. Cela dit, il faut nuancer. Moi, par exemple, je ne peux pas dire que c'était mieux avant, pour une raison tout bête, c'est qu'avant, il y avait la tuberculose. Et moi, j'ai eu la tuberculose, et dans ma vie, ça a joué un grand rôle, parce que j'ai dû interrompre certaines études, etc., parce que j'ai été en sanatorial pendant un an et demi. Donc je ne peux pas dire que c'était mieux avant.

Le fait qu'il n'y ait plus de tuberculose, qu'il n'y ait plus de choléra, qu'il n'y ait plus de variole, c'est quand même un progrès énorme. Le fait qu'il y ait un salaire minimum, le fait qu'il y ait des congés payés, il faut quand même arrêter. Simplement, petite remarque, ce qui est terrible, vous voyez cet exemple, un des progrès, c'est le salaire minimum, c'est le SMIG.

7:35
Présentateur

Vous êtes d'accord ?

7:36
Invité

Et qu'est-ce que disent les gens aujourd'hui ? Beaucoup. Vous vous rendez compte à quel point ça va mal avec tous ces SMIGAR ? C'est-à-dire que c'est devenu négatif. Il y a beaucoup de SMIGAR. Ou alors le RMI, c'était encore mieux que... C'était un progrès formidable. Et ils disent, mais quelle société on est avec tous ces RMI ? C'est-à-dire qu'en vérité, ce qui était une avancée et un progrès, finalement, ce qui pouve d'ailleurs que le progrès était important, finit par être la preuve d'une régression.

8:03
Présentateur

Alors néanmoins, vous avez cité le téléphone portable. Et vous écrivez dans votre livre, je suis d'un temps où l'on se voyait parce qu'on ne se regarde plus. Ça vous frappe, ça, quand vous êtes, je ne sais pas, dans les transports en commun, de voir que les gens ne se regardent plus ?

8:15
Invité

Oui, parce que la vérité, c'est que c'était mieux avant, ce n'était pas mieux avant. La vérité, c'est qu'éternellement, il y en a des gens qui diront que c'était mieux avant ou d'autres, des modernistes, qui diront que tout est mieux aujourd'hui. La vérité, c'est que les deux sont absurdes et idiots. Il y a des choses qui étaient mieux avant, il y a des choses qui sont mieux aujourd'hui. Et parmi les choses, en effet, je trouve que c'était mieux avant, je l'assume complètement, quand je suis dans le métro et que je vois les gens avec leur écran téléphone portable et que je ne vois pas un livre, pas un journal, déjà, pas un journal, pas un livre, ça m'emmerde personnellement, vous comprenez ?

Et en même temps, ils sont ailleurs, ils ne sont pas là. Les gens ne sont plus là, ils sont toujours ailleurs. Ce n'est plus à l'eau qui, c'est à l'eau quoi. C'est-à-dire, c'est au-delà de ça, c'est même pire, c'est la disparition de l'altérité. Un jour, j'avais fait une réunion publique très tard le soir et on ne trouvait pas de restaurant. un pour-manger. On va faire un plein d'essence et il y avait une espèce de mur qui clignotait avec des couleurs, etc. Et c'était des distributeurs automatiques.

Et donc, il y avait un distributeur automatique, il y avait des frites, il y avait des spaghettis à la carbonara, il y avait des préservatifs, d'un lessive, il y avait d'autres plats et il y avait une blanquette de veau à l'ancienne. Je vous jure, en distributeur automatique. Et tout à coup, j'ai eu comme une vision de l'horreur absolue. Tout à coup, j'ai eu une vision où il n'y avait plus l'italien qui faisait ses spaghettis en chantant des trucs napolitains, où il n'y avait plus la ménagère qui faisait cuire à petit feu son veau à l'ancienne, etc. Et pour moi, c'était horrible. Ben oui, je continue à considérer que ça, je préférais avant.

9:54
Présentateur

Et alors, le monde se dématérialise, on a perdu énormément d'objets, le disque, la cassette, le ticket de métro. Est-ce qu'il y a des objets qui vous manquent ?

10:01
Invité

Ce n'est pas que les hommes ne me manquent pas du tout. Ce qui me manque, c'est l'autre. A la limite, je suis plutôt content qu'on ne soit pas obligé de donner son billet dans le métro. Mais il y avait un poissonneur, c'était quelqu'un. Il n'y a plus de quelqu'un, il n'y a plus que de quelque chose. Et cette disparition de l'altérité, ça, c'est quelque chose que je sens de façon très négative. Salome Sake. Je ne crois pas effectivement que ce soit quelque chose que les jeunes, par exemple, défendent particulièrement cette disparition de l'autre parce que même nous, en tant que jeunes, on est régulièrement confrontés à ces conseillers qui n'existent plus quand on essaie de régler un problème.

Je pense là régulièrement, par exemple, à la SNCF ou à n'importe quel service après-vente de nombreuses institutions, de nombreux magasins. Effectivement, il y a une disparition d'une partie des humains, des agents dans de nombreux endroits. Ça touche l'ensemble de la société, mais ça, c'est pour moi plutôt lié à l'irruption des nouvelles technologies et à la transformation profonde du modèle économique dont pâtissent beaucoup les jeunes puisque ce sont aussi eux qui occupent parfois les emplois, enfin qui occupent d'ailleurs toujours les emplois les plus précaires. Ils sont très majoritairement occupés par des jeunes.

Vous disiez plutôt que le SMIC était une avancée sociale et je suis totalement d'accord avec vous, le fait qu'on ait ce salaire minimum. Mais ce qu'il faut aussi rappeler, c'est qu'avoir un SMIC dans les années 70 n'offrait pas le même pouvoir d'achat qu'avoir un SMIC aujourd'hui en 2023 qui est souvent synonyme de pauvreté, qui est synonyme d'une précarité et c'est tout ce que j'essaie de montrer dans le livre, c'est de répondre à cette question, non pas est-ce que l'époque était mieux avant, mais est-ce que les jeunes étaient plus vertueux avant, est-ce qu'ils étaient mieux avant et ma réponse, c'est vraiment que non.

Et en revanche, le contexte a changé et c'est extrêmement difficile de dire est-ce que l'époque était mieux avant parce qu'évidemment, par exemple, moi en termes de droit des femmes, je suis contente de vivre en 2023 et de ne pas vivre dans les années 70. En revanche, en termes de pouvoir d'achat, en termes parfois de qualité des emplois puisque le CDI était un emploi beaucoup plus répandu, il n'y avait pas du tout ce type d'emploi précaire auquel nous... Ça, vous avez raison, ça c'est une régression.

Auquel nous, on est abonnés aujourd'hui et quand on parle du fait que par exemple, je ne sais pas, on va moins dans des magasins, on se fait plus livrer des choses, qui sont ceux qui livrent par exemple ? Ce sont des jeunes. Donc il y a vraiment, je pense que les jeunes et les plus âgés pâtissent autant finalement de ces transformations de ces systèmes économiques et des droits sociaux qui sont pour beaucoup des transformations régressives qui impactent l'ensemble de la société. Pour ça, je vous dis que la transformation que l'on vit depuis 10 ans est la plus radicale, l'une des plus radicales je pense qu'on n'a jamais vécu.

Vous savez, moi en 1943, vous voyez, puisque vous m'avez invité pour mon âge, en 1943...

12:39
Présentateur

Pas que pour votre âge aussi, pour votre esprit.

12:41
Invité

J'étais à un petit village de campagne qui s'appelait le Petit Présigny. Rien n'avait changé depuis le XVIIe siècle. Les charrettes, les bœufs qui traînaient... Vous voyez des bœufs ? Où est-ce qu'il y a des bœufs ? Ça n'existe jamais plus ce qui sont devenus les bœufs. Il y avait des bœufs qui traînaient des charrettes. Il y avait des fermes avec le fumier au milieu de la ferme avec les bestioles qui venaient se rouler dans le fumier. Rien ! Et des voitures, il n'y en avait pas. Il fallait être très riche pour avoir une voiture. Rien n'avait changé depuis le XVIIe siècle. Alors que là, tout a changé temporel, dans la rapidité, c'est quand même... Jean-François Kahn,

13:20
Présentateur

comment vous étiez, vous, quand vous étiez jeune ?

13:23
Invité

Moi, j'étais un jeune con. Ah ! En partie. C'est-à-dire que... Vous savez, je vais vous dire, je sais que vous ne souhaitez pas qu'on parle trop de politique, mais je vais vous faire une petite remarque. Il y a des gens, à cause de tout ce qui s'est passé là, qui me disent, j'ai entendu ça, Mélenchon est devenu un vieux con. Eh bien, pas du tout, je ne crois pas du tout. Je pense d'abord, en vieillissant, il s'était plutôt amélioré avant, je pense qu'il est redevenu un jeune con. C'est-à-dire qu'il est redevenu...

13:47
Présentateur

On redevient en vieillissant ce qu'on était jeune. C'est-à-dire qu'il est redevenu

13:49
Invité

ce qu'il était à 18 ans, le militant trotskiste, un peu renfermé et tout. Donc, en vérité, il est redevenu un jeune con. Eh bien, moi, j'étais un peu... Vous étiez communiste. Un jeune con à 18 ans. Vous savez, Victor Hugo, j'ai écrit sur Victor Hugo, beaucoup. Vous savez, Victor Hugo, à 19 ans, était un jeune con. Il était conformiste, il en remettait un jeune con. Et à 80 ans, 80 ans, le type, il vous dit, il va y avoir un tunnel sous le Mont Blanc. Il va y avoir un tunnel sous la Manche. On va découvrir des choses qui s'appellent les tracteurs. On va découvrir des hélicoptères. Il est pour des Etats-Unis d'Europe. À 80 ans, il est d'un avant-gardisme terrible.

Alors que c'était un jeune con à 18 ans. Ça existe aussi, ça.

14:31
Présentateur

Oui, justement, Salomé Saquet, est-ce qu'on vous a déjà collé cette étiquette sur les plateaux télévisés, par exemple, de jeunes connes ?

14:38
Invité

Alors, on ne me l'a jamais dit comme ça, évidemment. En revanche, ce que j'ai pu remarquer, c'est quand même qu'il y avait parfois une manière de disqualifier ma parole ou de lui donner une importance moindre par rapport à celle de personnes qui pouvaient être plus âgées et qui étaient en plateau. Et on a souvent taxé mon discours, notamment sur les questions écologiques ou économiques, d'idéalistes comme empreinte d'une certaine naïveté. Et ça, c'est des qualificatifs qu'on attribue vraiment volontiers à la jeunesse

15:06
Présentateur

Vous voulez nous donner un exemple, par exemple ?

15:08
Invité

Par exemple, sur le fait qu'il faut transformer profondément l'économie pour répondre aux exigences liées à l'urgence écologique. Racontez-nous

15:15
Présentateur

une scène, par exemple.

15:17
Invité

Là, comme ça, sur le plateau d'Arte, par exemple, je pense. Alors oui, c'est une scène qui a beaucoup tourné, mais moi, ce n'est pas celle qui m'a le plus marquée. Effectivement, il y a eu cette scène sur le plateau d'Arte où il y a eu un fou rire parce qu'on parlait d'écologie et parce que, en fait, j'ai un peu renvoyé mes interlocuteurs à leur âge et ça a fait rire sur le plateau. Honnêtement, ce jour-là, je ne me suis pas sentie particulièrement mal, je ne me suis pas sentie particulièrement méprisée.

En revanche, c'est l'image qu'une séquence tronquée a pu renvoyer sur les réseaux sociaux et là où c'est intéressant, c'est de voir l'importance que cette séquence a prise puisqu'elle est devenue virale et il y a de très, très nombreux jeunes qui m'ont écrit et qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour dire qu'on n'en peut plus de ces plus âgés c'est l'impression que ça a donné et il y a eu une chambre d'écho et je me suis dit mais en fait, on est quand même de nombreux jeunes à se sentir pas écoutés parce que si ce n'était pas forcément le cas ce jour-là, ça a été le cas à de nombreuses reprises où parfois, on allait me couper la parole ou on n'allait pas écouter ce que j'allais dire ou on allait me dire mais de toute façon, ce n'est pas rationnel, ce n'est pas pragmatique, vous changerez d'avis plus tard, ça c'est quelque chose qu'on m'a déjà dit ou encore, moi aussi, quand j'étais jeune, j'étais idéaliste mais voilà, ça va changer.

Or, moi, le discours que j'essaie de défendre et d'exprimer sur des plateaux de télévision, c'est un discours que je veux construire, que je veux rationnel, que j'essaie d'argumenter et on a tendance à me dire que c'est parce que je suis jeune que j'ai ce discours-là et donc qu'il vaut finalement moins que les autres et ça, c'est évidemment anecdotique puisque c'est mon expérience personnelle sur des plateaux de télé mais en réalité, ça reflète l'impression qu'ont beaucoup de jeunes dans ce traitement qu'ils ressentent et ce n'est pas qui est quand même une ONG qui défend, une organisation qui défend, on rappelle, les droits de l'homme, les droits des discriminés, a récemment publié, produit une campagne à destination de la jeunesse en défense de la jeunesse.

C'est-à-dire que Amnesty International estime que la jeunesse finalement est maltraitée et persécutée et qui s'appelle « Bienvenue aux idéalistes » justement pour dire les jeunes ont raison finalement d'être idéalistes et leurs paroles ne vaut pas moins que ça d'utiliser. Vous avez raison, moi, quand j'étais jeune pour le coup, 17-18 ans, il y avait la guerre d'Algérie et je militais contre la guerre d'Algérie, pour la négociation pour empêcher la guerre d'Algérie. Et quand je discutais avec mon grand-père, il me disait toujours « Mais toi, tu n'as pas connu la vraie guerre. » Ce n'est pas une vraie guerre. Et lui, il avait fait 14-18.

On me disait toujours « Moi, tu n'as pas connu la vraie guerre. » Mais vous savez, moi, il y a deux remarques. C'est que, d'abord, même quand j'avais 18 ans, je n'en employais jamais l'expression « La jeunesse pense, la jeunesse dise ou je me réclamais la jeunesse. » Je crois que c'est dépressif de dire qu'il y a quelque chose d'uniforme, global, qui s'appelle la jeunesse. La jeunesse, il y a tout. Il y a une diversité. C'est ça qui est formidable. Moi, quand j'avais 18 ans, je me heurtais à quoi ? À des jeunes. On ne pensait pas pareil puisqu'on était les uns contre l'autre. On discutait les uns contre les autres. On oublie une chose. Aujourd'hui, ce n'est plus vrai aujourd'hui.

Mais il y a encore un an et demi, les sondages montraient pour qui votaient le plus majoritairement les jeunes pour le Front National. Très nettement, 44% ou 42%. C'était incroyable. C'était des sondages, mais ce n'est pas ce qui s'est traduit dans la réalité. Non, parce que ça a changé. Si, si, ça s'est traduit en partie dans la réalité, sauf qu'ils ne votent pas. Mais aujourd'hui, ce n'est plus vrai. Il y a eu une évolution, ce n'est plus vrai. Alors justement, on va continuer ce débat dans quelques minutes. Je vais vous dire un truc de vieux con quand même. Vraiment de vieux con. Mais aussi parce qu'elle est écologiste.

Il y a quelque chose qui, pour moi, alors là, c'est une remarque que c'était mieux avant et je le dis en vieux con et qui met en cause les écologistes. Une des choses les plus terribles qui s'est passées sur le plan de l'environnement, c'est d'abord ces centres commerciaux autour des villes, cette démolition de l'environnement, cette démolition du paysage, cette espèce de réfutation de la campagne jetée de plus en plus loin. Mais ce n'est pas les jeunes qui l'ont établi, cette transformation. Mais ce que je veux dire, et à cause en particulier de l'impérialisme des grandes surfaces et de la disparition du commerce de proximité.

C'est-à-dire ces villes où vous aviez des commerces, où vous pouviez y aller, vous connaissiez la personne, vous connaissiez le marchand, il vous disait non mais achetez plutôt ça, ces petits poids-là, plutôt que cette... Et puis, et alors la grande, elle a toujours les oreillons et le fils, il va bientôt se marier. Et aujourd'hui, c'est des rails dans les grandes surfaces. Vous êtes sur des rails, vous roulez sur des rails. C'est des regards qui ne croient plus aucun regard. Et bien ça, c'est peut-être un truc de vieux con. Mais je trouve ça terrible.

19:44
Présentateur

Alors on va continuer ce débat dans quelques minutes sur France Inter et je rappelle que vous aussi, auditeurs, vous pouvez participer. On a d'ailleurs reçu un message très drôle de Marc de Saint-Malo qui nous écrit « Pour ne jamais devenir un vieux con, je me suis tatoué sur le bras le célèbre personnage de Reiser qui crie « Je ne serai jamais un vieux con et chaque matin, je le regarde et je m'en fais la promesse. » Alors si vous aussi, vous avez des astuces, eh bien écrivez-nous. Et puis si vous entendez prononcer des phrases comme « Ah de mon temps » ou « Les jeunes d'aujourd'hui », eh bien réagissez. On continue à faire dialoguer les générations sur France Inter.

20:18
Invité

qui rêvent encore de l'Amérique Ce shopping mall pas démocratique Où t'es si différent maintenant ? Mais qui peut encore rêver tout court quand tout est flippant aux alentours ? Où t'es si bien patiemment liberté d'être ? Après ces années de culpabilité agissons enfin sans conséquence Salut patron, on se verra en vacances bien patiemment Il est midi 26,

22:47
Présentateur

c'était Séverin, nouveau Dinosaur sur France Inter.

22:50
Invité

On est ensemble

22:59
Présentateur

jusqu'à 13h sur France Inter toujours en train de se poser une question un peu osée mais surtout très tendre qu'on adresse à tous nos auditeurs avec l'âge devient-on forcément un vieux con et comment dépasser l'impression d'une incompréhension voire d'un conflit entre deux générations toujours en compagnie des grands journalistes Jean-François Kahn 85 ans auteur de Comment on est arrivé là et Salomé Sacquet 28 ans qui est l'auteur d'un essai aux éditions Payot Sois jeune et tais-toi Salomé Sacquet le titre de votre livre n'est évidemment pas un hasard racontez-nous

23:31
Invité

Oui alors c'est une sensation que j'ai pu avoir encore une fois à titre personnel de ne pas être assez écoutée par les plus âgés donc de finalement subir cette injonction à demi-mot Sois jeune et tais-toi et quand je me suis rendu compte que c'était évidemment un slogan de mai 68 je me suis dit que ça ferait un titre de livre absolument fantastique puisque souvent enfin en tout cas parfois les personnes qui nous critiquent de la manière la plus virulente sont ces personnes qui en leur temps ont dénoncé les clichés que les jeunes subissaient et se sont dressés contre cet ordre établi contre ce discours-là donc c'était une manière de faire un petit peu un clin d'œil à certaines personnes plus âgées qui nous critiquent j'insiste à aucun moment je ne mets tous les jeunes dans le même panier puisque c'est ce que m'ont dit absolument tous les sociologues que j'ai pu interroger c'est attention il n'y a pas une jeunesse mais des jeunesses qui sont même plus une jeunesse plurielle qui est diverse et à qui il s'agit de donner sa parole dans sa globalité dans sa diversité et à ce même titre il n'y a pas une vieillesse il n'y a pas mais il y a beaucoup de clichés justement racontez-nous quels sont ces clichés donc tous les plus âgés ne critiquent pas de manière virulente les plus jeunes mais en revanche ces clichés sont assez puissants et assez nombreux pour que ça a été observé par par exemple l'INGEP dans les médias qui est des études qui nous montrent que des clichés sur les jeunes sont véhiculés et pour que de très nombreux jeunes partagent que les jeunes notamment seraient paresseux c'est quelque chose qu'on a beaucoup entendu et qu'on entend particulièrement à l'approche de l'été quand on ne trouve pas assez de saisonniers pour exercer ces emplois qui sont souvent très précaires mal rémunérés qui sont liés à la flexibilité du marché du travail ce que j'ai essayé de montrer de démontrer dans un long chapitre c'est que les jeunes ne sont pas plus paresseux qu'avant en revanche ils font face à des paramètres socio-économiques qui ont changé notamment à un marché du travail qui s'est transformé qui s'est précarisé un chiffre en 1982 17% des emplois des jeunes étaient précaires quand je dis emplois précaires je pense au CDD à l'intérim ou même aujourd'hui au statut d'auto-entrepreneur qui est nouveau aujourd'hui on a 52% des emplois des jeunes qui sont précaires les emplois des jeunes sont plus précaires sont moins bien rémunérés et sont moins bien rémunérés sur le long terme c'est à dire que ça perdure donc ça c'est un des clichés il y a aussi les accusations en inculture c'est à dire que les jeunes il y aurait moins qu'avant les jeunes seraient stupides finalement seraient idiots seraient moins curieux moins ouverts sur le monde qu'avant ça c'est vraiment un cliché qui est totalement erroné que j'ai essayé de démontrer avec notamment les nouvelles manières de se cultiver mais également les nouvelles manières de s'engager qui ne passent pas forcément par des partis politiques traditionnels et bien sûr il y a les accusations en égoïsme en narcissisme c'est vraiment ces jeunes qui seraient complètement centrés sur eux-mêmes et là encore j'ai essayé de démontrer avec des chiffres avec un travail académique que c'est complètement faux Alors Jean-François Kahn qu'est-ce que vous en pensez

26:16
Présentateur

justement de ce cliché

26:17
Invité

d'interculture ?

Globalement vous avez raison on l'a tous vécu mais je crois que c'est plus complexe d'une certaine manière c'est-à-dire que d'abord il y a une tendance ah les jeunes ne travaillent plus les jeunes etc mais il y a aussi la tendance inverse des jeunes j'en ai fait l'expérience je disais je ne sais plus ce que j'avais dit sur les causes du vote d'extrême droite et il y avait une sénatrice écologique qui n'était pas d'accord avec ce que je disais elle a fait un tweet en disant la vieillesse c'est un naufrage et je sais d'abord c'est pas très gentil de dire ça mais surtout c'est d'une banalité c'est-à-dire répéter des formules toutes faites je dis c'est elle qui était vieille elle n'a aucune imagination elle ne trouve pas une formule nouvelle elle ressort le vieux truc donc il y a aussi une espèce de comment dirais-je cette tendance aussi à globaliser de façon négative le vieux je crois que ça peut jouer si c'était une sénatrice c'est plus complexe si c'était une sénatrice elle n'était peut-être pas si jeune que ça elle-même si elle a 38 ans je me suis dit je dis que c'est plus complexe que ça parce que en fait c'est tout à fait vrai pour des raisons objectives c'est pas parce qu'ils sont jeunes ou pas jeunes les réseaux sociaux les écrans c'est tout à fait vrai que les jeunes dans l'ensemble il y a des écrans lisent moins que leurs parents pouvaient lire ou une nouvelle forme de lecture et donc ignorent des choses qu'on connaissait ils connaissent moins l'histoire ancienne ou ils connaissent moins la littérature mais en revanche ils connaissent des choses qu'on ne connaît pas et qu'on ignore complètement et qui moi je suis en informatique par exemple mais pas qu'en informatique ils ont une connaissance qui me snob donc en fait il y a les deux c'est-à-dire il y a une mutation qui fait qu'en effet il y a des choses qu'on savait et qu'ils ne savent pas et on a tendance à considérer comme de l'inculture et nous il y a des choses ce qu'ils savent et qu'on ne sait pas et ça a leur tendance à nous considérer comme des vieux cons

28:14
Présentateur

et justement il y a une autre question qui se pose c'est comment dialoguer entre deux générations quand on ne parle plus la même langue et c'est une jeune auditrice qui a voulu apporter son éclairage au débat elle s'appelle Louise et elle a enregistré son témoignage sur l'application France Inter

28:27
Invité

Bonjour je m'appelle Louise j'ai 20 ans et je m'entends très bien avec mes grands-parents on a une très bonne relation j'aime échanger avec eux mais parfois je me rends compte qu'on n'a plus les mêmes préoccupations plus les mêmes combats et aussi au niveau du vocabulaire parfois ils ne me comprennent plus je ne les comprends pas donc si vous avez des conseils pour moi pour avoir cette relation avec mes grands-parents mais dans de meilleures conditions François Kahn ça vous a fait réunir il faudrait publier un dictionnaire le parlez jeune le parlez vieux plus anglais espagnol le parlez vieux

29:02
Locuteur

le parlez jeune

29:03
Présentateur

c'est vrai que c'est vrai que le langage a beaucoup changé justement on va donner la parole à un sociologue pour avoir une petite expertise sur ce débat car nous sommes en ligne avec Serge Guérin bonjour bonjour oui vous avez écrit vous avez co-écrit la guerre des générations aura-t-elle lieu alors dites-nous est-ce que cette guerre elle existe est-ce qu'on peut donner des conseils à cette auditrice pour résoudre ce lien la première interrogation sans doute c'est qu'est-ce que ça veut dire génération aujourd'hui il y a tellement de différences au même âge que je crois que de plus en plus moi qui ai passé ma vie à travailler sur les générations je me dis qu'aujourd'hui finalement le concept même est à vraiment à remettre en cause de ce point de vue-là il faut se remettre en cause aussi si ne pas vieillir c'est continuer de se remettre en cause il faut le faire je dirais un peu un peu tout le temps et j'écoutais évidemment l'émission et à un moment donné Salomé Saké disait mais dans une émission on m'a dit vous ne penserez pas pareil quand vous serez plus âgé mais j'espère bien pour Salomé Saké qu'elle pensera différemment à 80 ans qu'elle pense aujourd'hui parce que sinon ça voudrait dire qu'on n'évolue pas et j'entends des gens en cas en cas moi-même je peux dire sur plein de sujets je ne pense pas la même chose et j'en suis très content sinon ça voudrait dire que je me suis focalisé à 20 ans et je n'ai pas bougé et heureusement qu'en 60 ans ou en 80 ans on bouge et donc c'est aussi se dire ça pardon excusez-moi il y a eu quand même une opposition ces derniers temps entre les boomers et les millénials est-ce que vous pensez qu'il y a une vraie fracture entre ces deux générations ?

Non bien sûr qu'il y a plein de différences vous savez je suis prof Salomé Saké dit oui sur les jeunes on dit ça et tout ça mais quand j'arrive et que je dis à moi là le nouveau système informatique et tout la plupart ont un petit sourire souvent bienveillant en me disant ouais d'accord vous êtes un peu dépassé donc il y a aussi cette représentation là et généralement à la fin du cours il y a toujours un ou une qui vient en disant vous savez moi je suis un peu comme vous en fait j'arrive pas à suivre donc c'est pas que une histoire d'âge c'est aussi une histoire qu'à un moment donné toutes ces innovations d'abord leur utilité est parfois à discuter et puis tout le monde n'est pas aussi à l'aise donc ces représentations négatives on les a les uns sur les autres vous preniez des exemples sur ce que disait Caton ou autres sur les jeunes mais on retrouve exactement la même chose sur les vieux depuis que le monde est monde certains disent ah oui mais les vieux sont dépassés les vieux il ne faut plus qu'ils y soient même dans certains cas on disait à partir d'un certain âge ça serait même bien qu'ils ne soient plus là et donc il faudrait s'en débarrasser donc ces histoires-là finalement on vit avec depuis que le monde est monde mais oui ces histoires milléniales tout ça mais même entre entre ces personnes il peut y avoir des écarts énormes il y a eu beaucoup la question sur l'écologie ah oui mais ça a été le syndrome ok boomer c'est à cause des boomers qu'on est dans cette situation-là oui justement on les a pris un peu pour bouc émissaire ils auraient eu un peu la vie facile le plein emploi ils auraient pollué la planète ça qu'est-ce que vous répondez à ça comment vous analysez justement ce ok boomer on voit donc que comme pour l'exemple de la sénatrice écolo on voit bien que ces représentations elles vont dans les deux sens les représentations négatives vont aussi vers ces boomers en question par exemple les boomers en question oui pour certains bah oui c'était parfois des journées de 48 heures donc oui ils ont pu avoir des vies qui étaient plus compliquées et ils ont contribué en effet à la pollution mais tout simplement parce que personne n'était au courant qu'il fallait faire autrement et finalement ce qui est intéressant c'est qu'une partie de ces boomers sont capables aujourd'hui je dis bien une partie sont capables aujourd'hui aussi de changer leur comportement aussi de prendre conscience de tout ça et même pour certains de se battre pour défendre l'écologie et inversement quand on dit tous les jeunes sont écolos foutez non il y a 20% des jeunes qui ont un comportement écolo et quand moi je fais y compris à l'école là où je suis prof quand on travaille là-dessus il y en a beaucoup qui disent oui oui on sait qu'il y a un problème enfin bon voilà quoi Merci Serge Guérard restez avec nous pour la suite restez avec nous pour la suite de ce débat Jean-François Kahn est-ce que vous avez eu l'impression d'avoir un peu eu la vie facile le plein emploi et de laisser la planète en mauvais état d'être un boomer

32:55
Invité

en cours moi en ce qui me concerne on ne peut pas dire ça parce que je suis né en 38 donc j'ai connu la guerre j'ai connu l'occupation j'ai connu les moments difficiles de l'après-guerre j'ai connu la guerre d'Algérie j'ai connu la guerre de Vietnam j'ai même couvert ces guerres donc je ne suis pas un bon exemple de cela mais il y a quelque chose de réel d'incontestable et c'est même peut-être ça qui symbolise ce problème des générations c'est que la jeunesse aujourd'hui massivement est beaucoup plus sensible au problème de l'écologie climatique pas de toutes les écologies parce que ce dont je vous ai parlé tout à l'heure sur les grandes surfaces et tout les écologies ne l'ont jamais abordé elles n'ont jamais rien compris à ça mais là aujourd'hui la jeunesse l'alerte que des écologies ont sonné sur le réchauffement climatique la jeunesse est très très sensible à ça alors avec quelque chose d'ambigu en même temps qui devrait vous toucher parce que vous incitez beaucoup et vous avez raison sur le problème de la précarité etc c'est qu'il y a aussi une tendance chez des adultes conservateurs d'insister sur l'écologie pour ne pas poser des problèmes sociaux

33:57
Présentateur

Salomé Sacré est-ce que vous avez l'impression d'avoir un gros fardeau sur les épaules comparé aux générations

34:03
Invité

anciennes ?

ce n'est pas une impression on a un gros fardeau sur les épaules j'aimerais juste répondre à ce qui a été dit plus tôt par Serge Guérin sur le fait que je ne penserai pas la même chose à 80 ans évidemment que je ne penserai pas la même chose même dans 3 ans je pense qu'on peut rapidement changer d'opinion sur certaines thématiques non, excusez-moi il y a des gens vous touchez du doigt il y a des gens qui pensent exactement la même chose et c'est ça les vieux cons les vieux cons c'est justement ça et j'en connais beaucoup les gens qui pensent à 80 ou 70 ans exactement ce qu'ils pensaient à 25 ans et il y en a beaucoup et ça c'est les vieux cons en tout cas la manière dont moi ça m'est dit c'est une manière de dire que je n'ai pas assez d'expérience finalement et que donc comme je n'ai pas assez d'expérience ma parole vaut moins et que finalement la bonne parole c'est celle qu'on a quand on a un certain âge et qu'on a pu changer ou qu'on aurait pu changer d'opinion sur certains sujets ensuite sur la différence de critique que je voudrais souligner entre les jeunes et les plus vieux effectivement il y a des jeunes qui critiquent les plus vieux en témoignent le fameux hockey boomer qui a vraiment connu beaucoup de succès mais qu'est-ce qu'il nous dit ce hockey boomer ?

Ce hockey boomer est une réponse à la critique des jeunes c'est une manière de dire vas-y critique-moi cause toujours tu m'intéresses de toute façon tu ne comprends rien à ce que je vis donc oui il y a aussi des jeunes qui critiquent les plus âgés mais la grande différence c'est un rapport de pouvoir qui a le pouvoir aujourd'hui dans la société ce sont les plus âgés ne serait-ce en France que démographiquement puisque les plus de 60 ans sont deux fois plus nombreux que les 18-29 ans donc c'est quand même une différence absolument majeure ensuite qui est à la tête des institutions politiques qui est à la tête des médias qui a le pouvoir économique qui détient le patrimoine financier le patrimoine immobilier tous les chiffres que j'essaie de donner dans le livre ce sont des personnes de plus âgés souvent au moins de plus de plus de 50 ans donc les jeunes se trouvent dans une position où sont les plus précaires de France 38% des jeunes sont précaires contre 7% seulement pour les plus de 50 ans ils ont des difficultés matérielles des difficultés sociales des difficultés même politiques qui sont inédites ils sont en minorité démographique ils ne détiennent pas le patrimoine et on leur dit en plus vous allez devoir faire face à une crise climatique qui est inédite et je vais vous donner encore une fois un chiffre de la revue Science un enfant qui est né en 2020 va subir 7 fois plus de vagues de chaleur que quelqu'un qui est né en 1960 et elle est là l'inégalité générationnelle et c'est là la spécificité du conflit de génération qu'on peut avoir c'est que nous allons devoir faire face à quelque chose qui relève de la catastrophe totale quelque chose qui relève du bouleversement profond de nos modes de vie et vraiment pas dans le bon sens dans les prochaines années et nous dépendons des décisions qui ont été prises et qui vont être prises là dans les prochaines années et nous continuerons à dépendre de ces décisions y compris dans 50 ans dans 60 ans qui ont été prises par des gens de tout âge et pourtant en 1972 déjà on avait le rapport Meadows qui nous parlait de cette urgence climatique donc moi je ne veux surtout pas mettre la culpabilité sur le dos des plus âgés parce que sûrement que si j'étais née dans les années 50 j'aurais probablement agi de la même manière mais aujourd'hui on sait et ce qui se passe c'est qu'une partie enfin une grande partie des plus âgés a entre ses mains notre futur à nous et nous ne pourrons pas changer ce qui va être fait et ce qui a déjà été fait aujourd'hui et c'est là où on a besoin d'une union des générations et on a un besoin vital que les plus âgés aient envie de préserver notre futur car nous dépendons d'eux nous sommes obligés de marcher main dans la main les jeunes tout seuls ne peuvent pas tout et pourtant aujourd'hui on leur remet vraiment beaucoup de choses sur les épaules

37:24
Présentateur

Serge Guérin vous êtes toujours avec nous qu'est-ce que vous vouliez réagir j'entendais à Salomé Sacquet oui je crois d'abord le frère ah Serge Guérin pardon si on agit c'est parce qu'on agit voilà vous êtes là je crois qu'on vous entend très mal malheureusement on va continuer à faire dialoguer ces générations toujours à se poser des questions avec l'âge devient-on forcément un vieux con comment réconcilier si réconciliation il y a besoin de génération et on va se demander si la clé dans la prochaine partie ce n'est pas d'être toujours en action et d'avoir des combats

37:59
Invité

c'était Jeanne Aelle Monae

40:24
Présentateur

champagne shit on est toujours dans le débat de midi sur France Inter en très bonne compagnie 57 ans les séparent et pourtant ils dialoguent à mes côtés Jean-François Kahn 85 ans auteur de comment on en est arrivé là et Salomé Sacquet 28 ans auteur de Sois jeune et tais-toi et ce débat fait énormément réagir nos auditeurs on a reçu le message de Caroline qui dit pour éviter de devenir une vieille conne trop conservatrice je reste au contact des jeunes en enseignant quelques heures par semaine à des étudiants et on a reçu aussi le message d'une auditrice vous parliez de téléphone portable Jean-François Kahn mais vous n'aviez pas éteint le vôtre et on a reçu aussi le message vocal d'une auditrice qui s'est enregistrée sur l'application France Inter elle s'appelle Josie elle milite encore aujourd'hui cintre à la main pour le droit à l'avortement depuis des années et elle s'est enregistrée pour France Inter

41:24
Invité

j'ai commencé à militer en 1973 au Mlac pour l'avortement et sans interruption jusqu'à maintenant j'ai trouvé là le seul endroit où on pouvait faire changer les choses tout de suite on pouvait militer en se marrant en faisant des choses sympas les premières fois où on s'est retrouvé des milliers de femmes dans les rues ont touché Blutert toute classe confondue toute classe sociale confondue et je n'ai rien trouvé autour de moi d'aussi passionnant c'est pour ça que je me suis lâchée de beaucoup de choses mais jamais de ça

42:02
Présentateur

merci Josie pour ce témoignage Jean-François Kahn est-ce que c'est ça la clé d'avoir toujours des combats ?

42:08
Invité

oui je suis convaincu je suis convaincu que c'est très important alors ça dépend n'importe quel combat pas n'importe quel combat vous savez il est évident que quelqu'un qui a 23 ans et qui a lu 10 livres si vous êtes vieux et que vous avez lu 2000 livres a priori vous avez un avantage a priori mais en revanche si vous avez vu 2000 fois pratiquement toujours le même livre je veux dire les livres qui disent la même chose là vous avez un inconvénient en fait c'est ça les vieux cons tout à l'heure j'ai parlé de Mélenchon pour équilibrer je vais vous donner un exemple inverse j'ai été très frappé un type je ne sais pas quel âge il a mais il est jeune il y a 40 ans je ne sais pas quoi il est philosophe il s'appelle Bellamy François-Xavier Bellamy François-Xavier Bellamy vous raviiez tout le monde

42:55
Présentateur

à droite comme à gauche

42:56
Invité

il s'était présenté aux élections européennes il a fait il y en a d'autres un bide il a coulé la droite et alors il aurait pu se dire je me suis peut-être trompé peut-être qu'il faut revoir un peu mon discours absolument pas et il dit toujours la même chose sans jamais se poser la moindre question et pour moi c'est ça c'est un vieux con il a 35 ans quelquefois il est devenu quelque part il appréciera et pour revenir au combat et d'autre part il y a un autre aspect quand on est pour répondre à votre question moi j'ai participé à énormément de combats énormément pour moi c'est fondamental ça tient d'abord on le doit on le doit à la société absolument on n'est pas là pour se faire plaisir à soi-même c'est d'ailleurs un vrai débat jeune vieux aussi il y a des jeunes qui peuvent ou des vieux d'ailleurs qui peuvent penser qu'on est là pour se faire plaisir à soi-même moi je pense qu'on a un devoir vis-à-vis la vie d'assiette donc je me suis battu et qu'est-ce que je constate je l'écris dans le livre et c'est terrible il faut être vieux pour le constater c'est un échec total par rapport à ce pourquoi je me suis battu et quand je vois ce qui se passe c'est ce que je décris dans le livre quand je vois ce qui se passe je dis j'ai échoué j'ai complètement échoué tout le problème c'est est-ce qu'il faut baisser les bras et se dire ben voilà je ne suis pas un vieux con mais je suis un vieux qui doit dégager et tout ou est-ce qu'il faut continuer se battre parce qu'on ne sait jamais voilà pour moi c'est quelque chose vous vous battiez

44:18
Présentateur

pourquoi ?

44:19
Invité

je me bats pour vous savez cette question-là on ne peut répondre que par la belle idée je me bats pour plus de justice je me bats pour plus de liberté je me bats pour un universalisme c'est pour ça que je vous dis j'ai échoué aussi parce que ça ça a plutôt régressé je me dois pour plus d'égalité voilà et c'est vrai vous touchez du doigt c'est pas simplement on se bat pour la cause pour la faire avancer mais si on ne se bat pas alors là pour le coup si on n'est pas sans arrêt dans le combat qui pour moi est le bon combat alors là pour le coup on devient un vieux con

44:57
Présentateur

Salomé Saquet comment est-ce que vous réagissez vous qui luttez pour faire prendre conscience du réchauffement climatique quand à 85 ans Jean-François Kahn vous dit qu'il a un sentiment d'échec

45:07
Invité

je pense que clairement les générations précédentes ont échoué sur certaines thématiques ça c'est certain mais vous pourriez échouer vous aussi peut-être bien évidemment en fait c'est tout le propos de mon livre c'est de dire que ma génération n'est pas mieux et n'est pas moins bien que la vôtre et que nous faisons face aujourd'hui à des défis inédits la seule différence c'est qu'aujourd'hui si nous échouons c'est notre survie qui est menacée c'est peut-être ça l'immense différence c'est que ce n'est pas qu'une entre guillemets qu'une question de droits sociaux c'est vraiment une question de préservation de l'habitabilité de la planète c'est à mes yeux le plus grand défi auquel l'humanité n'ait jamais fait face puisque nous devons régler en un temps extrêmement court des défis économiques sociaux et politiques absolument majeurs sans quoi nous ne pourrons plus vivre correctement sur cette planète l'habitabilité de notre territoire y compris d'un territoire comme la France est en train d'être menacée et encore une fois ça aura des répercussions dans 20 ans 30 ans 40 ans 50 ans 100 ans et on ne pourra plus rien y faire donc là aujourd'hui on n'a pas d'autre choix que de réussir à ne pas échouer c'est vraiment ça la discussion qui est sur la table comment vous vous voyez plus tard à 85 ans ?

et moi je ne me vois pas à 85 ans en réalité c'est le sentiment de toute une partie de ma génération et c'est ce que j'ai essayé de décrire dans le livre c'est qu'il y a un pessimisme qui est historique de la jeunesse qu'on retrouve dans les sondages qu'on retrouve dans les études sociologiques la sensation de vivre à une époque de malchance qui a doublé depuis les années 70 pour les jeunes on le retrouve notamment dans les sondages de l'IFOP donc c'est vraiment inquiétant parce qu'il y a une telle dégradation je le disais une crise économique assez majeure une crise géopolitique on pourrait parler des différentes guerres aujourd'hui qui sont à l'oeuvre mais surtout une crise écologique qui est si immense et qui paraît si vertigineuse que beaucoup de jeunes ont du mal à se projeter dans l'avenir ont du mal à s'imaginer à 85 ans et moi au vu de tout ce que je sais aujourd'hui concernant l'écologie on parle de crise climatique mais vous l'avez bien souligné d'ailleurs ce n'est pas qu'une crise climatique c'est évidemment aussi la crise de l'effondrement de la biodiversité il y a neuf limites planétaires le climat est l'une d'entre elles et aujourd'hui tous les voyants sont au rouge et moi dans ce contexte avec la connaissance que j'ai je me dis mais à quoi va ressembler la planète à 85 ans donc finalement je pense relativement à court terme et à court terme il faut absolument que nous menions ces combats que nous arrivions à mener des transformations absolument colossales les jeunes doivent s'engager les jeunes s'engagent une partie d'entre eux encore une fois puisqu'évidemment tous les jeunes ne sont pas écolos loin de là et les plus âgés doivent lutter à nos côtés puisque ça doit devenir notre boussole il faut partager ce combats en François Kahn si on prend dans le détail peut-être qu'il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord mais globalement la raison simplement je pense qu'il ne faut pas en faire là c'est un désaccord il ne faut pas en faire une spécificité de la jeunesse si vous voulez gagner il faut gagner en élargissant le plus possible le front de lutte et le front de lutte c'est avec les gens de tout âge si vous en faites quelque chose de spécifique à la jeunesse fondamentalement vous isolez votre combat en plus sur le fait que ce que vous avez dit à savoir je suis né trop jeune dans un monde trop vieux c'est-à-dire comme disait l'écrivain c'est-à-dire qu'ils sont nés aux mauvais moments etc tout le temps il y a eu cette tendance-là Alfred de Musset a écrit un livre que là-dessus sur les enfants du chèque on est malheureux avant c'était vieux on est trop bon moment c'est vraiment il y a une tendance comme ça et il faut lutter aussi contre cette tendance-là on n'a jamais eu ça on n'a jamais eu l'habitabilité de la planète menacée de cette manière si l'on perd ça n'est jamais arrivé il y a eu le fascisme dominant il y a eu le stalinisme dominant il y a eu une guerre mondiale il y a eu des famines extraordinaires il y a eu le choléra non non mais est-ce que vous étiez plus insouciant vous est-ce que vous étiez

48:59
Présentateur

plus insouciant jeune Jean-François Kahn

49:01
Invité

il faudrait que j'y réfléchisse mais je ne suis pas sûr non parce que quand même j'étais engagé donc je n'ai jamais été peut-être qu'en insouciance quelquefois était une nécessité et puis vous savez vous parliez du bouquin que j'ai fait si j'avais 50 ans 40 ans je ne l'aurais pas écrit ça aussi ça se joue pourquoi il se trouve que je m'en prends je critique dans la situation actuelle là on parle sur le plan écologique mais sur le plan politique avec la possibilité de plus en plus forte que l'extrême droite gagne et que la victoire de l'extrême droite provoque une sorte de guerre civile c'est terrible c'est votre propos oui c'est ça c'est mon propos c'est mon propos et comme je pense qu'il y a une responsabilité des médias médiatiques de droite et de gauche c'est ce que j'écris dans les livres mais j'aurais 50 ans je ne l'aurais jamais écrit j'aurais jamais dit parce qu'à 50 ans attendez je ne suis pas con quand même je vais me mettre à dos la presse de droite je vais me mettre à droite la presse de gauche c'est absurde donc il y a une liberté à la vieillesse c'est parce que j'en ai plus rien à foutre c'est parce que ça ça aussi c'est un acquis il y a un moment vous pouvez y aller vous pouvez y aller et ça pour moi c'est un progrès mon âge fait j'ai plein de trucs négatifs par rapport à mon âge y compris mon dos mais en revanche j'ai ce côté positif c'est que vraiment j'en ai plus rien à faire tout ce que j'ai envie de dire je le dis quelles que soient les conséquences

50:26
Présentateur

est-ce qu'il faut attendre cet âge-là alors pour être un peu libéré moi je n'ai pas la sensation

50:30
Invité

de me brimer une seconde en tout cas dans cet ouvrage je tire à de nombreuses reprises sur la presse sur mes finalement mes confrères et mes consœurs sans les nommer nécessairement mais surtout sur les médias qui ont fait parfois un travail déplorable à l'égard de la jeunesse j'ai la sensation d'avoir une vraie liberté de ton qui m'est permise aussi grâce aux médias pour lesquels je travaille Blast mais c'est une chance immense et je ne crois pas qu'on doive attendre les années pour se permettre cette liberté de ton après j'ai conscience qu'à titre personnel j'ai cette chance-là de pouvoir dire ça ce n'est pas le cas de tous les jeunes qui sont parfois aux prises avec des emplois ou une précarité qui ne leur permet pas de s'exprimer avec mais en fait ce n'est pas à 20 ans ou 25 ans on ose tout c'est à 40 ans qu'on n'ose pas beaucoup c'est à 40 ans qu'on n'ose plus 45 ans

51:12
Présentateur

et on a reçu encore une note vocale d'un auditeur qui s'appelle Emmanuel 37 ans qui s'est enregistré depuis la ville de Rennes sur l'application France Inter

51:22
Auditeur

Bonjour France Inter j'ai 37 ans donc je ne suis plus vraiment un vrai jeune et pas encore un vrai vieux j'espère et du coup si je jette un oeil de chaque côté de la classe moi je comprends la colère des jeunes on est en train de leur laisser une planète pourrie sans rien faire pour changer la situation ils sont représentés nulle part dans une république qui n'a plus que des têtes de vieux qui dépassent c'est les vieux qui ont élu le président du coup ils ne s'adressent qu'à eux et dès qu'ils essayent de manifester de se révolter de contester on dissous les assos on ressort la matraque quand ce n'est pas pire moi je voulais juste dire force aux jeunes parce que vraiment les vieux ils deviennent tellement sourds que la fracture intergénérationnelle pour moi je pense que c'est une réalité Salomé Saké

52:02
Invité

force aux jeunes oui force aux jeunes surtout que les jeunes ne vont pas bien et c'est quelque chose dont on n'a pas eu le temps de parler aujourd'hui mais je tiens à rappeler qu'un jeune sur cinq aujourd'hui en France et ce sont les chiffres de Santé publique France donc des chiffres officiels un jeune sur cinq présente des troubles dépressifs c'est deux fois plus qu'en 2017 c'est peut-être la grande conclusion de mon enquête qui je le rappelle se base sur un travail très académique mais aussi sur des témoignages de terrain c'est qu'une partie de la jeunesse va très mal une partie de la jeunesse est pessimiste je dirais même qu'une grande partie de la jeunesse est désespérée désespérée face à l'attitude d'une partie des plus âgés désespérée face aux défis à venir et désespérée face au traitement qui leur est réservée quand ils essaient de s'exprimer justement qui parfois relève du soit jeune et tais toi Jean-François Kahn

52:43
Présentateur

répondez-lui en une minute avant la fin de ce débat

52:46
Invité

il faut beaucoup se méfier d'abord parce que les jeunes ils s'abstiennent massivement donc il faut qu'ils fassent aussi la critique des jeunes ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas impliqués politiquement justement mais ils s'abstiennent parce qu'ils parlent du résultat des élections mais vous savez il faut faire très attention sous l'empire sous le second empire les républicains il y en avait c'était considéré comme les vieilles barbes c'est-à-dire des vieux cons sous le fascisme nous sommes la modernité et ceux qui défendent la démocratie c'est des vieux cons sous le stalinisme c'était la même chose ceux qui défendent la république c'était des vieux cons c'est-à-dire une tendance aussi de toutes les tendances les pires ça a été le fascisme ça a été le stalinisme ça a été les dictatures c'est parce que au genre d'une modernité biaisée de considérer que ceux qui s'y opposent ne comprennent rien sont dépassés et sont des vieux cons et bien ça je le refuse quitte à paraître un vieux con il y a des valeurs qui sont éternelles et que je défendrai tout le temps mais dites un mot pour réconforter cette jeunesse si je réponds

53:44
Présentateur

oui mais dites un mot pour réconforter qu'est-ce que vous dites aux jeunes qui sont inquiets par exemple pour l'écologie parce que je crois que c'est quand même une des premières préoccupations de jeunes

53:51
Invité

je suis tout à fait d'accord avec vous je dis qu'il faut élargir le front de lutte

53:55
Présentateur

bon écoutez je vous remercie pour ce débat enrichissant entre générations merci à Constance Villanova Florence Gimalac Savona Ruellan et Aloïs Nolet qui ont préparé cette émission à la réalisation Étienne Bertin à la technique Lison Berger le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui et franchement c'était passionnant merci infiniment bon week-end à tous

54:16
Invité

vous pourriez pas dire l'inverse

54:17
Présentateur

ah si je pourrais vraiment

54:19
Invité

vous pourriez dire vous étiez très emmerdant pendant une heure vous vous auriez

54:22
Présentateur

et bien moi je me suis pas du tout emmerdée monsieur donc je vous remercie infiniment bon week-end à tous on se retrouve dès lundi pour un super débat sur l'intelligence artificielle avec des logiciels comme ChatGPT l'école est-elle finie on ouvre un conseil de discipline dès lundi avec Luc Ferry et le mathématicien Cédric Villani parents, élèves, profs vous pouvez dès maintenant réagir sur l'application France Inter à suivre le journal de 13h