Prisons de haute sécurité: la prise de parole de Gérald Darmanin en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les parlementaires, les magistrats, remercier M. le maire, remercier les élus du territoire et sa population pour l'effort supplémentaire qu'ils font pour la sécurité de la République et la sécurité des agents pénitentiaires eux-mêmes. C'est deux prisons de haute sécurité, cette première ici dans le Pas-de-Calais au 31 juillet. Je sais que ce sont des questions, ce sont parfois des appréhensions, ce seront des travaux. Et évidemment, je me rendrai disponible à la fois pour aider le territoire sur les autres sujets. Monsieur le maire me l'a demandé, des sujets de logement, des sujets de moyens de sécurité supplémentaires, des moyens de soutien financier aux communes.
C'est tout à fait normal quand la République demande des efforts, qu'elle réponde à la demande des élus locaux. Et je viendrai moi-même expliquer à la population, lors d'une réunion publique que nous organiserons, ici, quel est l'intérêt de ce projet et des conséquences qu'il y aura pour le territoire. Et ensuite, j'ai rencontré bien évidemment les agents pénitentiaires directement pour leur expliquer le contenu de ma décision, leur expliquer le nouveau régime de détention qui va s'appliquer avec cette prison, parce qu'il ne s'agit pas simplement d'une prison, mais d'un nouveau régime de détention, beaucoup plus strict, qui va beaucoup les aider.
La visio généralisée, par exemple, évitant ainsi les extractions de détenus, le fait qu'ils puissent peu téléphoner, avoir des conditions de fouille extrêmement drastiques, des travaux qui vont permettre d'isoler totalement la prison ici. Et puis évidemment, discuter socialement avec eux de ce changement très important. Ils vont faire partie de l'élite de l'administration pénitentiaire. Cette prison est extrêmement originale.
C'est un changement radical dans la façon de fonctionner de l'administration pénitentiaire, puisque vous aurez compris que ce n'est plus simplement des détenus pour peine qui ont été condamnés définitivement, qui seront ici, mais aussi des gens en détention provisoire, comme c'était le cas de M. Hamra lorsqu'il était en détention provisoire à la maison d'arrêt d'Evreux. Donc c'est à la fois un travail d'écoute et de soutien auprès de M. le maire et des élus locaux. C'est tout à fait normal de leur expliciter la décision prise par l'État, qui est une décision très difficile, mais qui est une décision nécessaire pour la sécurité des Français.
Un renfort des moyens en magistrat, parce qu'il y aura du contentieux qui va naître évidemment de la présence de personnes particulièrement dangereuses ici. Donc ce sera le cas pour le tribunal de Béthune et la cour d'appel de Douai. Un renforcement, on y travaille avec M. le ministre de l'Intérieur que je remercie des moyens de sécurité autour de la prison. Et j'ai entendu la demande des élus du territoire, notamment de M. le maire de Lens, que je connais bien.
Il a raison de nous alerter sur le fait que ce ne sont pas les effectifs du commissariat local qui vont permettre la sécurité du site, puisque j'ai décidé d'y mettre des sections d'IRIS, c'est-à-dire des agents spécialisés de l'administration pénitentiaire, sur ce site. Et notamment ici, il y a un petit centre de détention qui est différent de la prison pour peine. Et nous mettrons fin à ce petit centre de détention pour qu'il y ait à la fois moins de prisonniers ici, mais qu'on puisse y mettre les effectifs de sécurité à même le site. Et puis troisièmement, un renforcement à l'hôpital et de la présence des médecins à l'intérieur de l'établissement. Et j'en remercie également M.
le ministre de la Santé. Je présiderai moi-même un comité de direction de ce site dans un mois pour pouvoir tirer toutes ces questions au clair. En termes de coûts, ça coûtera combien par présent ? Aujourd'hui, l'évaluation, c'est entre 4 et 5 millions d'euros pour la prison de Vendin et sans doute le même montant pour la prison de Condé. Donc à peu près 10 millions d'euros des travaux que nous effectuerons dans les 3 mois qui viennent. Puisque vous aurez compris que le calendrier, c'est que le Parlement va voter, je l'espère, d'ici 10 jours le texte de loi que je lui ai proposé. Il l'a déjà fait avant-hier en commission des lois. C'est une très bonne chose.
La loi sera promulguée vraisemblablement au mois d'avril. A partir du mois d'avril, on commencera à sortir les détenus qui ne sont pas concernés, c'est-à-dire 70% sans doute, des détenus de la prison actuelle pour les mettre dans d'autres prisons en France. Nous ferons les travaux pendant cette période-là où la prison n'aura que 10 ou 15% de détenus. On fera les formations des agents personnels à ce moment-là. Donc cette prison, elle va être extrêmement sécurisée dans ses communications. Vous pouvez mettre les visios, évidemment, sur l'ensemble des cellules pour empêcher toute forme de communication, quelle qu'elle soit.
Et puis à partir du mois de juin et pendant deux mois jusqu'au mois de juillet, l'arrivée des nouveaux détenus dans cette prison pour qu'au 31 juillet, on soit à la fois dans le nouveau régime de détention avec une prison dont les agents ont été renforcés, une vingtaine d'agents supplémentaires ici, où on est évidemment beaucoup plus de moyens techniques également pour empêcher toute communication à l'extérieur. Est-ce que vous pouvez détailler justement les travaux qui sont faits sur cette prison, dans cette prison ? Qu'est-ce qui va changer ?
Alors en général, les secrets de fabrication ne sont pas divulgués, notamment quand il s'agit de sécurité, mais on voit bien qu'il faut notamment mettre des caillbotis sur les fenêtres, c'est-à-dire des petits carreaux qui empêchent de faire rentrer des choses par l'extérieur. Un système de lutte anti-drone extrêmement performant, comme l'utilisent nos amis militaires. Des moyens de renforcement technologique pour que, même si on peut assez peu communiquer à l'intérieur de cette prison, qu'on ne puisse plus du tout, y compris avec des routeurs, communiquer dans cette prison.
Et puis on va mettre des salles de visioconférence, puisque le principe c'est que vous avez compris que les détenus ne sortiront pas de la prison et seront en visioconférence. Il faut donc aussi sécuriser l'intégralité des communications pour qu'on n'ait pas d'attaque cyber, puisque les surfaces criminelles que nous combattons sont extrêmement importantes. Et puis de manière générale, la sécurisation du parking, beaucoup plus de caméras de vidéoprotection tout autour du site, y compris jusqu'à l'accès autoroutier, et d'autres sujets sur lesquels je ne veux pas m'étendre ici, mais qui seront particulièrement performants. Sur la sécurité des agents, notamment ?
Sur les agents pénitentiaires, évidemment, leur sécurité sera garantie de trois manières. D'abord, un renforcement, vous l'avez compris, d'une vingtaine d'effectifs supplémentaires, alors qu'on aura grosso modo le même nombre de détenus qu'aujourd'hui. Vous aurez, avec ces renforcements, donc des sections d'IRIS qui seront à demeure. Deuxièmement, des renforcements de moyens techniques et technologiques. Et le fait qu'il soit toujours deux ou trois pour chaque détenu, évidemment, changera complètement la donne sur la menace ou la corruption potentielle.
Et puis, c'est un point important, à l'Assemblée, on va anonymiser ces agents pénitentiaires pour que jamais leur nom ou leur prénom n'apparaissent, ce qui est le cas aujourd'hui dans les procédures, et donc les pressions qui peuvent s'appliquer sur leur famille. Et donc, il ne peut pas y avoir de remontée sur l'identité des personnes et ainsi leur poser des actes de corruption et de menaces. Alors, ce qui est saturé, ce sont les maisons d'arrêt où il y a des gens en détention provisoire. Ce n'est pas tout à fait le cas pour les prisons pour peine où les gens sont condamnés définitivement.
Et pour les personnes qui sont condamnées définitivement, il appartient au ministre de la Justice, en l'occurrence à l'administration pénitentiaire, de pouvoir déplacer les personnes sans demander l'avis des magistrats. Donc, c'est un public qui est, entre guillemets, plus facile, même s'il faut tenir compte, évidemment, de la vie privée et familiale pour que les détenus puissent avoir des visites. On le prendra évidemment en compte. Sur d'autres sites, il y a des prisons que j'ai visitées et qui auraient pu obtenir, si j'ose dire, les travaux que j'évoque aujourd'hui et qui ne le sont pas. Je pense à la prison de Saint-Mort, je pense à la prison d'Arles. Il y en a d'autres.
Et par ailleurs, nous avons un très gros travail à faire sur les maisons d'arrêt. Donc, d'abord, ces prisons de sécurité, ils répondent un peu puisque nous sortirons des personnes dangereuses de maisons d'arrêt pour les mettre dans ce type de prison puisque des gens en détention provisoire dangereux seront éligibles à ces types de prisons. Donc, on va baisser un peu la pression dans ces maisons d'arrêt. Le deuxième sujet, c'est qu'en maison d'arrêt, il y a aussi un sujet d'autorité et de respect de l'autorité quand on trouve des téléphones portables, quand on menace des magistrats ou des agents pénitentiaires.
Et aujourd'hui, il y a peu de réponses possibles si ce n'est une enquête ouverte ou si ce n'est un quartier disciplinaire pendant quelques jours. La réponse que nous aurons désormais, c'est que si quelqu'un a des téléphones portables, qu'il organise son trafic, qu'il menace ces agents pénitentiaires, il viendra dans ce régime de détention. Donc, ce sera extrêmement, me semble-t-il, dissuasif du comportement. Puis, troisièmement, nous devons faire le travail, ce que j'ai demandé également à l'administration pénitentiaire, sur le bas du spectre, après avoir ici travaillé sur le haut du spectre.
Aujourd'hui, toutes les places de semi-liberté ne sont pas pleines parce que nous sommes mal organisés sur les places de semi-liberté. Tous les placements à l'extérieur ne sont pas pleins parce que les magistrats n'utilisent pas assez cette possibilité.
Et nous devons sans doute, imaginer, je l'ai dit, et je vais au Royaume-Uni la semaine prochaine pour cela, et aujourd'hui, il y a une mission en ce moment même qui est en Allemagne pour cela, créer des lieux de détention beaucoup plus humains, beaucoup plus petits, qui permettent d'effectuer sa peine, mais dans des conditions qui ne méritent pas des miradors, qui ne méritent pas des barbelés, qui ne méritent pas un personnel pénitentiaire nombreux, parce qu'on est auteur de délits moins graves, mais qui méritent quand même une privation de liberté. Et aujourd'hui, on n'a pas de choix pour les mettre ailleurs que dans des maisons d'arrêt.
Et donc nous devons mettre fin également aux 4000 personnes qui dorment dans des matelas par terre en France, ce qui est une indignité pour tout le monde, qui est une grande inquiétude, bien évidemment pour la récidive, puisque 60% des gens qui sortent de prison sont en récidive. C'est donc un échec, il faut changer notre façon de faire, pour les agents pénitentiaires qui sont agressés, et pour les détenus eux-mêmes qui sont parfois agressés entre eux. Et donc en même temps que je fais les prisons de haute sécurité, nous faisons un travail sur la semi-liberté, sur des prisons plus humaines, sur la décongestion des maisons d'arrêt.
Et évidemment, ce travail est moins médiatique, puisque évidemment tout le monde s'intéresse à la prison de sécurité. Mais depuis le début de mon arrivée au ministère de la Justice, j'ai évoqué le doublement des places de semi-liberté, la construction modulaire, la construction différente de lieux de prison dans les prochaines semaines, et on aura l'occasion d'en reparler. Qu'est-ce que vous pouvez répondre ? D'abord que je les comprends, et qu'en tant qu'élu local et habitant de la région, je vais m'acharner à dissiper leurs inquiétudes.
Je crois que quand la prison est arrivée, voilà quelques années, il y avait les mêmes inquiétudes, et que finalement aujourd'hui les gens ont vu que cette prison était tout à fait dans le paysage, elle n'a pas empêché l'immobilier de se porter correctement, et les personnes avoir une sécurité. Il y a un centre commercial juste à côté d'ici. Et donc évidemment, ces inquiétudes naissent toujours quand on construit des prisons. Et moi je remercie les habitants de Vendin très sincèrement, parce que vous savez, je reçois beaucoup de leçons de morale sur les places de prison, et les élus en général ne veulent pas les accueillir.
J'ai d'ailleurs écrit aux élus du Rassemblement national pour leur dire, mais n'hésitez pas dans les villes que vous possédez à nous proposer des terrains pour construire des centres de rétention administratives pour les étrangers délinquants. Donc pour les prisons, je n'ai pas eu de retour positif. Donc moi je remercie les élus républicains qui accueillent et qui expliquent à leur population, surtout à une année des municipales, ces annonces qui sont bien sûr non souhaitées par le maire, mais voilà, que l'État, par sa raison, fait pour la sécurité des Français.
Donc je viendrai moi-même, dans une réunion publique pour les habitants de Vendin et aux alentours, expliquer les raisons de mon choix, ce qu'on peut améliorer, d'abord pour le territoire. M. le maire a eu raison de me rappeler, comme les élus du territoire, qu'ici il y a notamment des logements miniers que je connais bien, qui ont besoin d'aide supplémentaire de la part de l'État. Valérie Létard le porte, je le sais, mais on sera particulièrement attentifs à Vendin et à son canton. Il y a des demandes qui sont faites par le maire de Vendin, par le maire de Lens, et qui doivent être entendues.
Et donc nous pouvons tous travailler ensemble, à la fois pour la sécurité de nos concitoyens par cette prison, qui va quand même ramener de l'activité supplémentaire également, mais aussi pour accompagner le territoire à se développer. C'est sûr qu'avoir une prison auprès de chez soi, c'est jamais drôle. Pour les prisonniers, c'est pas drôle non plus, même s'ils ont commis des actes extrêmement graves pour être dans ce genre de prison. Mais c'est important pour la République. On le doit aux agents pénitentiaires morts à un quart de ville. On le doit à tous ceux qui subissent ce trafic de drogue.
Gérald Darmanin