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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 23 janvier 2025 6 minAutoproduitPortrait personnelAgriculture & alimentation

Prise de parole du Président Emmanuel Macron aux obsèques de Didier Guillaume à Monaco.

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Présentateur

Chère Béatrice, cher Alexandre, cher David, je ne sais dire à quoi tenait exactement cette impression d'authenticité, cette confiance que Didier Guillaume inspirait à ceux qui avaient la chance de le côtoyer. Peut-être à cette pointe d'accent chantant réchauffée par sa drôme ensoleillée, par le charme duquel au fond rien ne semblait jamais totalement désespéré. Sans doute à cette fermeté, cette solidité de caractère, sans doute aussi à cette expérience d'une enfance burinée au grand air qui lui avait appris le sens des réalités, les bottes aux pieds, en plein champ, en plein vent.

Année de jeunesse où les travaux pour les cultures déjà l'occupaient parce qu'il fallait commencer à gagner sa vie. Oui, il y avait en Didier Guillaume un alliage unique d'enracinement, de volonté, de générosité projetée vers des idéaux, enraciné dans la drôme et dans ses convictions sociales, enraciné et pétri d'idéal, conseiller, puis président du Conseil général, maire, sénateur, vice-président du Sénat, ministre. Didier Guillaume a fait tourner les rouages de notre démocratie, de ses premières campagnes politiques, à 22 ans à peine, dans le grand élan mitterrandien, à sa conquête de la mairie de Bourg-de-Péage et à son accession au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

Mais quel que fut le siège, quel que fut l'échelon, quel que fut l'écharpe, c'était une même passion du service de ses concitoyens, un même parler franc, un même art de comprendre la réalité du terrain, de ceux qui y travaillent et de savoir les rejoindre. Nous avons tous l'image de lui, regard clair et visage décidé, là, solide. Des travées parlementaires au salon de l'agriculture, des rallies aux tablées amicales où tant ici l'ont accompagné. La Drôme et Bourg-de-Péage ne l'oublieront pas.

La France ne l'oubliera pas non plus, ni son espérance et sa volonté de protéger, de transformer, lui qui ne reculait devant aucune bataille, y compris dans les crises les plus ardues, y compris pendant les deux ans de pandémie où nourrir la France était une mission ô combien essentielle. Oui, vous leviez la tête, enfant, dans votre Drôme si cher, entre la ligne bleue des Alpes et les alignements de l'Avent de Mauve, respirant le mistral à plein poumon. Il vous a retrouvé ce vent de votre enfance et il vous a emporté plus au sud un beau matin.

Et vous, le fils des montagnes rocailleuses des baronnies provençales, vous êtes devenu l'homme du rocher monégasque, comme une main tendue vers la Méditerranée, homme des horizons vastes, toujours, mais ancré ici, à Monaco. Tournant vos regards vers l'avenir, vers ces défis, pour offrir aux générations futures un environnement intact. Oui, ici vous aviez retrouvé un ami de tant de décennies, un compagnon, un prince. Et je sais, mon Seigneur, votre douleur aujourd'hui. J'arrive sur la pointe des pieds et je veux apprendre, disiez-vous, avec votre humilité habituelle. Chaque jour était pour vous ici l'occasion d'un progrès, pour vous-même, pour les autres, après la France, pour Monaco.

Et inlassablement, vous aviez remis votre métier sur l'ouvrage pour apprendre, semé à pleine main, en plein vent, laissant à ceux qui suivraient le soin de moi sonné. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » murmure encore Aragon. « C'est ainsi qu'ils devraient vivre, et qu'ils vivent parfois quand ils ont votre cœur. » Vous avez toujours vu vaste Didier, toujours rêvé haut, et le chagrin qui aujourd'hui est train de peuple est à la hauteur de ce que vous étiez. Hommes d'attachement, hommes d'engagement, amis de fidélité, Marie et Père, Aucun vent ne vous a jamais couché. Et c'est debout que vous éprouviez la vie.

Et ce n'est pas le vent, hélas, qui vous a fait tomber en ce jour d'hiver, aux côtés de Béatrice, de vos ans, dans le chemin que vous avez arpenté, sillonné, labouré, que nous marcherons à votre suite. Merci Didier, et adieu.