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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 24 avril 2022 12 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleImmigration & asile

Retour sur le résultat de la présidentielle avec Olivier Rouquan

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:44OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'il faut se réjouir face à de tels résultats ou est-ce qu'on peut considérer que le front républicain s'effrite ?

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui qu'on a un clivage sociologique, géographique dans le pays ?

  • 3:22OuverteRéponse directe

    Que les élections législatives pourraient-elles faire émerger trois pôles ?

  • 5:13OuverteRéponse directe

    Est-ce que cela présage d'un quinquennat difficile pour cette deuxième mandature Macron ?

  • 6:14OuverteRéponse directe

    Régénérer la démocratie, est-ce que cela semble difficile avec les clivages actuels ?

  • 7:17OuverteRéponse directe

    Les jeunes ne font plus la différence entre droite, gauche et extrême droite, est-ce une déconnexion ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:35PrésentateurChiffre
    « Emmanuel Macron, 58,55%. Marine Le Pen, 41,45%. »
  • 2:05Invité politiqueFait
    « Le front républicain aujourd'hui, c'est en effet beaucoup moins fort que dans les années 90 et 2000. »
  • 3:14Invité politiqueChiffre
    « Le numéro 2 en poids, c'est l'abstention, donc en millions d'électeurs, c'est l'abstention et le vote blanc est nul, cette fois-ci. »
  • 5:23Invité politiqueFait
    « Les enquêtes d'opinion faites hier indiquent que les Français ont conscience de cette fragmentation et qu'ils demanderaient au pouvoir réélu, reconduit, d'être assez prudent. »
  • 9:59Invité politiqueChiffre
    « Elle a gagné des millions de voix entre 2017 et 2022. »
  • 10:36Invité politiqueFait
    « Quand on fait 42% environ ou un peu moins, des voix à la présidentielle, il faut que le parti puisse obtenir un nombre de députés. »

Temps de parole

  • Invité politique71 %
  • Présentateur29 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Oui, il est l'heure de notre grand invité. On revient ce matin sur le résultat de ce deuxième tour de l'élection présidentielle. On va essayer de comprendre qu'est-ce qu'ils disent de notre pays, qu'un impact pour la France dans les prochains mois ou les prochaines années. Et pour nous en parler ce matin, c'est Olivier Roucan qui est en notre compagnie. Bonjour Olivier Roucan. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur RCF. Je rappelle que vous êtes politologue, enseignant, chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Centre d'études et de recherche de sciences administratives et politiques. Olivier Roucan, pour commencer, je rappelle les derniers résultats.

Emmanuel Macron, 58,55%. Marine Le Pen, 41,45%. Est-ce qu'il faut se réjouir face à de tels résultats ou est-ce qu'on peut considérer que d'une certaine façon, le franc républicain est en train de s'effriter d'une manière encore jamais vue ?

0:56
Invité politique

Le franc républicain, c'est quelque chose qui est difficile à définir. On peut rappeler quand même que dès lors que Nicolas Sarkozy assez tôt a expliqué qu'en cas de duel gauche-Front national, la droite classique n'avait pas à choisir, ça fait bien longtemps que le franc républicain, si vous voulez, c'est encore une stratégie qui marche plutôt avec l'électorat de gauche et certains dirigeants de gauche. Donc ça, c'est beaucoup rabougri. Et là, nous voyons que cela fonctionne encore auprès d'un certain électorat. Mais en effet, il y a toute une partie des électeurs mélenchonistes qui ont préféré s'abstenir. Même une partie s'est reportée sur Marine Le Pen.

Donc le front républicain aujourd'hui, c'est en effet beaucoup moins fort que dans les années 90 et 2000.

1:50
Présentateur

— Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui qu'on a quand même un clivage sociologique, géographique dans le pays, selon les régions, selon les tranches d'âge, entre d'un côté effectivement ceux qui ont soutenu le président sortant et ceux qui se sont retrouvés dans les idées défendues par Marine Le Pen ?

2:05
Invité politique

— Il y a quand même plus de 28% d'abstentionnistes. Je crois autour de 7% de blancs et nuls. Si vous voulez, moi, c'est un premier point que je retiens. C'est-à-dire qu'ensuite, il y a l'offre telle qu'elle l'est et pour beaucoup telle qu'elle est imposée, finalement. Je pense que ce scrutin indique que la clarification des clivages... Et ça veut dire quoi, la clarification des clivages ? Ça veut dire une dichotomie dans laquelle la plupart des électeurs se reconnaît, pour laquelle la plupart des électeurs se mobilisent. Cette clarification du clivage n'est pas faite.

Elle n'est pas encore acceptée par beaucoup, notamment les anciens électorats de la gauche de gouvernement ou de la droite de gouvernement, sans parler des 100 partis qui sont de plus en plus nombreux et qui ne trouvent pas des repères dans la vie politique. Et je crois que ça, si vous voulez, ça exprime une fragmentation, aujourd'hui, de la vie politique et une incapacité de l'offre à regrouper, surtout dans le cadre du second tour, la majorité des électeurs. Le numéro 2 en poids, c'est l'abstention, donc en millions d'électeurs, c'est l'abstention et le vote blanc est nul, cette fois-ci.

3:22
Présentateur

Est-ce qu'on pourrait imaginer pour vous, Olivier Roucan, que les élections législatives qui vont arriver fassent émerger trois pôles ? Égalitaires, d'une certaine façon, la gauche autour des Insoumis, le centre autour d'Emmanuel Macron, et puis une alliance peut-être des droites nationales entre le Rassemblement National, le Reconquête, et peut-être même certains éléments des Républicains ?

3:44
Invité politique

Alors, ça semblerait être, dans tous les cas, la projection du premier tour sur les législatives. Simplement, ce ne sont pas les mêmes élections. Et on sait très bien que les 22% de Jean-Luc Mélenchon ne se traduiront pas mécaniquement en pôle uni dans 177 circonscriptions. On sait très bien qu'il y a des territoires où l'alliance avec les écologistes, le Parti Socialiste, les communistes ne se fera pas naturellement, c'est le moins qu'on puisse dire.

De la même manière à droite, l'idée que, si vous voulez, la LR, alors qu'ils ont encore beaucoup de mairies, des départements et des régions, acceptent d'un coup de se scinder en deux, d'un côté regardant vers Emmanuel Macron, de l'autre vers une supposée alliance huilée entre Reconquête et le RN, si vous voulez, cette idée-là, il faut attendre. Parce que, enfin, En Marche n'a pas encore investi ses candidats. Est-ce que là encore, il y aura une homogénéité ? Est-ce que tout se passera bien alors qu'on sait très bien qu'horizon le parti d'Edouard Philippe et Agir, et l'UDI, ça fait quand même beau, et le Modem, ont aussi des ambitions ?

Il va falloir regarder de près, dans chaque circonscription, le jeu local.

5:13
Présentateur

On le voit, Olivier Roucan, le paysage politique est extrêmement fragmenté. Est-ce que cela présage d'un quinquennat difficile pour cette deuxième mandature Macron ?

5:23
Invité politique

Les enquêtes d'opinion faites hier indiquent que les Français ont conscience de cette fragmentation et qu'ils demanderaient au pouvoir réélu, reconduit, d'être assez prudent et éventuellement de tempérer certaines réformes pour ne pas diviser le pays. Donc, vous voyez, le début de quinquennat, ça donne quand même une idée de la tonalité, aujourd'hui, de l'opinion. Donc, un pouvoir réélu, mais qui doit être conscient de la fragilité, du potentiel de colère ou de retrait qu'il y a dans ce pays par rapport à la chose publique et à la chose politique, et sans doute un pouvoir qui doit avoir à cœur de, je dirais, régénérer la démocratie.

6:14
Présentateur

Oui, régénérer la démocratie, ça, c'est quelque chose qui semble quand même aujourd'hui un petit peu difficile, justement, quand on voit l'ensemble des clivages qui existent dans l'Hexagone.

6:24
Invité politique

Oui, et puis régénérer, ce n'est pas un terme au hasard, c'est aussi par rapport aux jeunes. C'est-à-dire qu'on voit bien que, durablement, auprès des 18-30 ans, il y a désormais une attitude qui fait qu'une partie s'éloigne de la démocratie représentative, de l'idée que voter est important, qui va s'engager de façon assez aléatoire sur des enjeux, s'engager dans la rue, s'engager dans des associations, mais qui s'éloigne un peu de l'élection, finalement, et de la représentation. Donc je pense qu'il faut agir de ce point de vue, être assez efficace. Et puis il y a un deuxième point qui me paraît important, ce sont les territoires.

C'est-à-dire qu'il ne faudrait pas s'habituer à quelque chose qui est apparu lors du premier quinquennat, qui est qu'on a une politique au niveau national qui dit quelque chose et une politique au niveau des territoires qui en dit une autre.

7:17
Présentateur

Vu que vous parliez à l'instant des jeunes, Olivier Roquan, il y a des éléments qui, moi, m'ont frappé dans les derniers jours. On a beaucoup entendu certains jeunes s'exprimer en disant qu'au fond, ils ne faisaient plus spécialement la différence entre la droite, la gauche, l'extrême droite, et que tout cela, au fond, ce n'était que des mots. Est-ce que vous pensez qu'il y a pour certains chez les plus jeunes aujourd'hui d'une sorte de déconnexion des réalités des principaux partis et ce qu'ils signifient en termes de valeurs ?

7:45
Invité politique

Alors, je pense que les jeunes ont des valeurs qui sont transguises dans le cadre de l'école, dans le cadre familial. Mais, en effet, c'est une génération qui arrive à la majorité électorale, alors que cela fait 20 ans, depuis 2002, que l'on explique, finalement, que les partis sont en crise, que la démocratie dysfonctionne et qui entendent ce discours. Ils ont souvent eu, pour une partie d'entre eux, des parents qui se sont vécus ou se pensent en situation de déclassement social. Donc, l'optimisme, l'espoir, l'enthousiasme vis-à-vis de la politique, forcément, est diminué. Alors, il y a, et c'était symbolisé par une image hier qui apparaissait un peu désuète, mais qui a quand même du sens.

Emmanuel Macron arrive entouré de jeunes et valorisant l'Union européenne. Je crois que ce qui manque, finalement, aujourd'hui, c'est une nouvelle frontière. Dans les années 80, en 88, lors de la réélection de François Mitterrand, il met le cap sur l'Union européenne. Et pour cette génération de 88, ça a été un espoir. Et je pense qu'aujourd'hui, il faut redonner espoir à cette génération des 18-30 ans en fixant une nouvelle frontière au pays.

9:05
Présentateur

Revenons un instant sur Marine Le Pen, parce que c'est quand même compliqué de ne pas évoquer le cas de Marine Le Pen en ce lendemain d'élection présidentielle. Pour la deuxième fois, elle a accédé au deuxième tour de l'élection présidentielle. Pour la deuxième fois, elle n'a pas réussi à franchir la marche. Est-ce que vous pensez que cela, d'une certaine façon, condamne, formule bien évidemment, Marine Le Pen ? Est-ce qu'elle a encore pour vous des chances de pouvoir à l'avenir représenter, porter le Rassemblement national vers d'autres échéances électorales d'ampleur nationale ?

9:37
Invité politique

Écoutez, moi, je me méfie depuis assez longtemps de l'idée qu'une ou un politique qui subit une défaite disparaît de la vie politique. On l'a vu avec Ségolène Royal et on l'a vu avec Marine Le Pen. Beaucoup de commentateurs disaient la fois précédente après le débat RATC finit pour elle. Elle était présente et jusqu'à nouvel ordre, elle a gagné des millions de voix entre 2017 et 2022. Le discours qu'elle prononce hier au soir de sa défaite était presque un discours, je dirais, de quasi-victoire et très offensif par rapport aux législatives.

Donc, je pense que pour l'instant, dans la tête de Marine Le Pen, il y a l'idée qu'elle a progressé électorallement, alors, moins que prévu ou que voulu, c'est une chose, mais elle a quand même progressé et qu'elle va essayer de continuer à placer des pions. Et les législatives, par contre, seront assez décisives pour son parti et pour elle parce que quand on fait 42% environ ou un peu moins, des voix à la présidentielle, il faut que le parti puisse obtenir un nombre de députés. Or, on sait très bien que le Rassemblement National a un problème avec le scrutin majoritaire à deux tours et la législative.

10:47
Présentateur

Pour terminer, Olivier Roucan, dans la minute qui nous reste, un des acteurs, en tout cas, de l'entre-deux-tours qui est revenu dans le jeu, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a demandé aux Français de l'élire Premier ministre avec un troisième tour qui correspond, en fait, aux élections législatives. Pour vous, comment pourrait gouverner Emmanuel Macron et comment cela pourrait se passer si nous avions un président Emmanuel Macron, un Premier ministre, Jean-Luc Mélenchon ?

11:12
Invité politique

Écoutez, la probabilité est quand même, je ne dirais pas faible, mais il faut traduire encore une fois aux législatives, pour LFI, c'est difficile, les 22% du premier tour et 22%, ce n'est pas une majorité. Donc, il y a ce problème. Alors, comment ça pourrait se passer institutionnellement ? À mon avis, très difficilement, mais on a déjà vu des cohabitations, simplement, ça demande d'être capable de s'accorder et puis, il faudrait qu'Emmanuel Macron dise sa conception d'une telle cohabitation d'entrée, c'est ce que François Mitterrand avait fait en 86, il avait adressé un message au Parlement et il avait expliqué ce qui était pour lui la cohabitation.

Bon, mais encore une fois, ce serait vraiment si un tel tremblement de terre se produisait, ce serait vraiment sans doute un changement des institutions à moyen terme qu'il faudrait envisager. Merci beaucoup,

12:09
Présentateur

Olivier Roucan, d'avoir pris le temps de nous éclairer ce matin. Je rappelle que vous êtes politologue, ancien chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Centre d'études et de recherche de sciences administratives et politiques. Merci.

12:18
Locuteur

Merci. Merci.