Guerre en Iran, frappes au Liban… : ce que pense Alain Juppé
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pouvez arrêter la guerre, s'il vous plaît?
- 0:30RelanceRéponse partielle
La France n'est pas en mesure d'arrêter l'exode forcé et les bombardements israéliens?
- 1:00OuverteRéponse directe
Que doit faire E.Macron?
- 1:30OuverteRéponse directe
On est déclassés?
- 2:30OuverteRéponse directe
On a ce sentiment d'impuissance?
- 3:30OuverteRéponse directe
B.Smotrich a menacé...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00A.JuppéFait
« Nous avons un devoir de solidarité. Nous avons un devoir historique. Nous avons exercé le mandat sur le Liban après la chute de l'Empire ottoman. »
- 1:15A.JuppéFait
« Le Hezbollah, en prenant l'initiative d'attaquer Israël, a provoqué la riposte d'Israël, comme d'habitude disproportionnée. »
- 1:45A.JuppéFait
« La voix de la France, pardon de le dire, est faible. »
- 2:15A.JuppéFait
« Nous devons entraîner nos partenaires européens dans cette position. On sera beaucoup plus forts unis que séparés. »
- 3:00A.JuppéFait
« Le programme nucléaire militaire iranien constitue aujourd'hui l'une des plus graves menaces sur la paix de la région, mais aussi sur la paix du monde. »
- 5:45A.JuppéChiffre
« Le prix du gaz a déjà augmenté de 60 % depuis le début de la semaine. »
- 6:15A.JuppéFait
« La France a commis la même erreur en Libye. Nous sommes intervenus en Libye. Nous avons eu raison d'intervenir pour protéger la population, mais nous n'avons pas eu le temps de préparer la suite. »
- 7:00A.JuppéFait
« Toutes les interventions destinées à changer de régime ont échoué. On n'impose pas la démocratie de l'extérieur. »
- 7:45A.JuppéFait
« Cette administration est un danger pour la démocratie américaine. »
- 9:00A.JuppéFait
« La popularité de Trump est en train de chuter. »
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et les proxis. Un président français sur une ligne de crête, comme on a pu l'entendre sur son compte Instagram. *-Est-ce que vous pouvez arrêter la guerre, s'il vous plaît? *-E.Macron: On ne va pas s'engager dans cette guerre. - Y.Goosz: La France de plus en plus aspirée dans un conflit de moins en moins régional.
Les Libanais veulent Ichapper à une guerre qu'ils n'ont pas voulue. La question c'est: comment ne pas les décevoir? - M.Bouhafsi: A.Juppé, vous êtes membre du Conseil constitutionnel.
Vous avez publié "L'Heure du choix". On a l'impression que la France n'est pas en mesure d'arrêter cet exode forcé et les bombardements de l'armée israélienne. - A.Juppé: Tout a été dit à l'instant.
Nous faisons tous nos efforts pour aider les Libanais. Je veux penser au peuple libanais. Il vit depuis 50 ans une histoire terrible, la guerre civile.
Il y a eu des attentats terroristes dans le port contre le Premier ministre libanais. Aujourd'hui, c'est le spectacle auquel nous assistons. Nous avons un devoir de solidarité.
Nous avons un devoir historique. Nous avons exercé le mandat sur le Liban après la chute de l'Empire ottoman. Le général de Gaulle a servi au Liban en commandant de l'armée française.
Nous avons un lien particulier. La langue française est encore très présente au Liban. Il faut l'aider, ce peuple.
Le président de la République a fait ce qu'il peut. Il a annoncé une aide humanitaire. Ensuite, dans son entretien avec le président Aoun, des blindés et des transports.
Nous sommes disponibles pour les aider. Il faut aider le gouvernement libanais et l'armée libanaise. Elle s'est engagée.
Le Hezbollah, en prenant l'initiative d'attaquer Israël, a provoqué la riposte d'Israël, comme d'habitude disproportionnée. - M.Bouhafsi: Que doit faire E.Macron? - A.Juppé: Appuyer le gouvernement et l'armée libanaise.
Il faut jouer notre rôle politique pour essayer de réclamer l'arrêt des combats. La voix de la France, pardon de le dire, est faible. - M.Bouhafsi: On est déclassés? - A.Juppé: Non.
Nous sommes présents, déterminés. Nous devons entraîner nos partenaires européens dans cette position. On sera beaucoup plus forts unis que séparés.
Face à la détermination de B.Nétanyahou, qui impose son tempo à Trump, lequel porte une part de responsabilité dans le Proche-Orient...
La France n'arrivera pas à imposer sa volonté du jour au lendemain. Ce n'est pas une raison pour renoncer. Il faut tenir bon et continuer à apporter notre soutien politique et matériel. - E.Eméyé: On a quand même ce sentiment d'impuissance. - A.Juppé: Oui.
Ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire. Ca n'est pas parce qu'on a ce sentiment qu'il faut renoncer. C'est la grande différence entre ceux qui se couchent et ceux qui se battent.
C'est ce que j'écris dans mon livre. Nous choisissons où nous nous soumettons à ces empires qui ne nous veulent pas du bien. A l'Est, Poutine.
A l'Ouest, Trump. Soit nous pouvons aussi nous donner les moyens de la puissance...
Le discours du président de la République a marqué un cap très lucide et audacieux. Nos partenaires européens se réveillent. Il y a peu de temps encore, les Allemands, les Polonais et tous nos partenaires considéraient que la force de dissuasion nucléaire américaine était une garantie tout à fait efficace.
Ils ont pris conscience tout d'un coup qu'à partir du moment où le président Trump explique que l'article 5 du traité de l'Otan, la solidarité entre les alliés...
Il n'y a plus de confiance. S'il n'y a plus de confiance, il n'y a plus d'alliance. Nous avons la capacité de le faire.
Il faut beaucoup d'efforts et de détermination, beaucoup de courage. La France doit être à la pointe de ce combat. - M.Bouhafsi: Vous êtes notre ancien Premier ministre. - A.Juppé: Une famille vient de m'appeler ce soir en me disant qu'ils ont eu le visa. "On vient enfin d'arriver à Paris".
C'est un exemple parmi beaucoup d'autres. Je me suis rendu souvent au Liban. C'est un pays que j'aime et qui nous aime.
Il faut que nous fassions tout notre possible. Le possible, pour l'instant, est peut-être limité. - M.Bouhafsi: B.Smotrich a menacé... - A.Juppé: C'est un sujet d'une extraordinaire complexité.
Quand vous laissez entendre que le gouvernement israélien a eu une riposte disproportionnée au sauvage pogrom du 7 octobre 2023, vous êtes immédiatement, dans certains milieux, suspecté d'antisémitisme. Je tiens à le dire. Pour moi, l'antisémitisme est un poison qu'il faut combattre avec la plus grande détermination chez nous, et partout où il existe.
Ceci ne doit pas nous empêcher de dire que le gouvernement israélien prend des initiatives qui vont au-delà de ce que le droit international...
Trump a détruit le droit international. J'ai évoqué la responsabilité du Hezbollah. J'ai pointé aussi la responsabilité du gouvernement libanais, qui doit tenir ses engagements envers le Hezbollah.
Est-ce que ceci justifie de provoquer l'exode auquel nous assistons? Avec un peuple en errance sur les routes du Liban? Je ne suis pas sûr que la mesure et la proportionnalité soient respectées. - M.Bouhafsi: L'autre front, c'est celui de l'Iran.
C'est le 7e jour de cette guerre. Lorsque vous étiez ministre des Affaires étrangères, vous évoquiez le programme nucléaire iranien. Vous répondiez à une question sur une possible intervention israélienne. - A.Juppé: Le programme nucléaire militaire iranien constitue aujourd'hui l'une des plus graves menaces sur la paix de la région, mais aussi sur la paix du monde.
Que la négociation porte sur le vrai sujet, le programme nucléaire militaire. Pour l'instant, l'Iran continue à refuser. D'où les rumeurs d'intervention militaire dont vous vous êtes fait l'écho et qui circulent en Israël.
Nous considérons que cette action militaire pourrait avoir des conséquences incalculables sur la région et sur la paix du monde. Nous faisons tout pour l'éviter. - M.Bouhafsi: On peut être soulagés? - A.Juppé: Vous avez de bonnes archives.
Je pourrais presque tenir le même discours aujourd'hui. Je voudrais souligner la responsabilité lourde du président Trump dans ce qui se passe. Les grandes puissances sont arrivées à un accord avec l'Iran le 14 juillet 2015, si je me souviens bien.
L'Iran avait accepté de limiter son stock d'uranium enrichi et de réduire le nombre de ses centrifugeuses. Il avait accepté les contrôles de l'Agence internationale atomique. En contrepartie, les puissances avaient allégé les sanctions qui pèsent sur l'Iran.
Cet accord a fonctionné. L'Agence internationale de l'énergie expliquait qu'elle arrivait à faire les contrôles dont elle était chargée. En 2018, Trump dénonce cet accord avec une motivation...
Je ne sais pas si elle est exacte. Si elle est exacte, elle dénote d'une forme de puérilité. Est-ce qu'il s'agit de remplacer le régime?
Est-ce qu'il s'agit de détruire les capacités de développement d'une arme nucléaire en Iran? L'année dernière, on avait cru que, grâce à cette formidable intervention réussie, parce que Trump réussit tout ce qu'il entreprend, si on le croit, la capacité nucléaire de l'Iran avait été quasiment anéantie. L'Iran est aujourd'hui capable de réagir.
On ne voit pas quelle est la stratégie. Est-ce qu'il s'agit de neutraliser la capacité nucléaire de l'Iran? Ca varie selon les jours.
Trump a déclaré récemment qu'il voulait dire son mot dans le choix du successeur de l'ayatollah Khamenei, ce qui laisse à penser que son idée est de continuer avec son régime. - M.Bouhafsi: De choisir le successeur. - A.Juppé: C'est ça, sa stratégie?
Il invite le peuple iranien à se soulever. Il l'a déjà fait lorsqu'il y a eu une répression en janvier en disant aux Iraniens: "Allez-y, on va venir." Ils ont manifesté.
Le régime a tiré à balles réelles sur la foule. 35 000 morts et personne n'est venu. Ca recommence aujourd'hui. - A.Bégot: Il est irresponsable, inconscient? - A.Juppé: Je ne veux pas multiplier les critiques contre l'administration américaine.
C'est une véritable politique de Gribouille. On a préparé ce changement de régime. Apparemment, les Israéliens ont une capacité d'infiltration en Iran incroyable.
Est-ce qu'ils ont fait le nécessaire pour voir quelles étaient les forces démocratiques qui pouvaient s'unir en Iran? Aucune préparation n'a été faite. La France a commis la même erreur en Libye.
Nous sommes intervenus en Libye. Nous avons eu raison d'intervenir pour protéger la population, mais nous n'avons pas eu le temps de préparer la suite. - Y.Goosz: Il y a eu des conséquences en chaîne que vous n'aviez pas anticipées? - A.Juppé: Oui.
Toutes les interventions destinées à changer de régime ont échoué. On n'impose pas la démocratie de l'extérieur. - M.Bouhafsi: Changement de ton aujourd'hui important en Europe.
Le chancelier allemand a alerté contre un effondrement de l'Iran et une vague migratoire incontrôlée, comme en Syrie, en 2015. Il faut s'y attendre? - A.Juppé: Je ne peux pas faire des prédictions prématurées.
Tout va dépendre de la durée de cette guerre. Si ça dure, il y aura des conséquences migratoires et économiques. Le prix du gaz a déjà augmenté de 60 % depuis le début de la semaine.
Le pétrole, un peu moins. Si l'inflation redémarre en Europe, les taux d'intérêt vont augmenter. On risque une baisse de la croissance et une stagflation.
Le risque économique est très fort pour l'ensemble des pays européens. Voilà pourquoi l'Europe doit jouer son rôle en faisant pression pour que ça s'arrête. - E.Eméyé: Vous disiez que Trump a de lourdes responsabilités sur l'embrasement de la région.
La Maison-Blanche communique abondamment sur cette guerre, notamment sur les réseaux sociaux. ... - E.Eméyé: Vous avez reconnu des images extraites des plus grands blockbusters.
Qu'est-ce que vous en pensez? - A.Juppé: Cette administration est un danger pour la démocratie américaine.
C'est aux Américains de s'en préoccuper. Heureusement, quelques signes montrent qu'il y a encore des contre-pouvoirs aux Etats-Unis, même la Cour suprême. Elle manifeste une forme d'indépendance vis-à-vis de Trump.
Vous avez vu sa décision récente sur les droits de douane. Il y a une vingtaine d'Etats aux Etats-Unis dirigés par des démocrates. La presse reste pluraliste et indépendante.
La popularité de Trump est en train de chuter. Nous avons un chef d'Etat qui commence à se présenter comme le prix Nobel de la paix autoproclamé. Aujourd'hui, c'est le chef de guerre en casquette. - E.Eméyé: Il avait promis de ne pas faire la guerre. - A.Juppé: Il y a une dérive, qui est dans le titre de l'opération: "Epic Fury".
C'est le vertige du pouvoir. Ca ne peut plus durer comme ça. Il faut qu'on rétablisse l'ordre international.
La France a son rôle à jouer. L'Europe a un rôle déterminant à jouer. - A.Bégot: La France est arrivée aujourd'hui en Méditerranée avec le porte-avions Charles-de-Gaulle pour protéger nos alliés avec qui on avait des accords.
Est-ce qu'on ne risque pas d'être aspirés dans ce conflit? - A.Juppé: Nous sommes sur le fil du rasoir.
Le porte-avions...
J'écoutais un chef militaire à la retraite qui expliquait que la présence d'un porte-avions permettait d'être plus proches du terrain d'opérations et de disposer d'informations qui pourraient nous être utiles. De ce point de vue, cette présence est tout à fait positive. Nous sommes dans une posture défensive.
C'est ce que répètent les responsables gouvernementaux. Comment on passe de la défense à l'attaque? On est sur le fil du rasoir.
Il faut que nous soyons là pour défendre les ressortissants. Beaucoup sont coincés dans cette région. Il y a aussi nos intérêts présents sur le terrain.
Nous avons des bases militaires, des militaires présents. Dans la force intérimaire des Etats-Unis au Liban, il y a 700 Casques bleus français. Nous avons des intérêts politiques et économiques.
Il est légitime que nous soyons là pour les défendre. Ca va demander un pilotage extrêmement fin. Vous observez que le président de la République réunit quotidiennement
Alain Juppé