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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 13 février 2019 6 minAutoproduitActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalÉconomie & entreprises

MACRON ET SALVINI, FAUX ENNEMIS ET ALLIÉS OBJECTIFS - STEFANO PALOMBARINI

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30Stefano PalombariniFait
    « Quand il y a des difficultés à l'intérieur, on essaie de déplacer l'attention de l'opinion publique sur des conflits extérieurs. »
  • 1:00Stefano PalombariniFait
    « Il y a une double convergence d'intérêts entre le gouvernement italien et le gouvernement français. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

C'est un grand classique de la politique. Quand il y a des difficultés à l'intérieur, on essaie de déplacer l'attention de l'opinion publique sur des conflits extérieurs. [Générique] Stefano Palombarini, je suis maître de conférence en Économie à l'Université de Saint-Denis Paris 8, et je fais des recherches sur la politique économique, notamment en Italie et en France.

Il y a une double convergence d'intérêts entre le gouvernement italien et le gouvernement français. Une double convergence qui explique ce pseudo-conflit qui a eu lieu récemment. Première chose, c'est qu'en France, Macron est en difficulté notamment face au mouvement des Gilets Jaunes.

En Italie, Salvini se porte bien mais le M5 Étoiles est en grande difficulté depuis qu'il gouverne en alliance avec la Ligue. Il y a eu des élections régionales dimanche dans la région italienne des Abruzzes, et les 5 Étoiles qui avaient 40% au mois de mars 2018, il n'y a même pas 1 an, sont passés à 20%, donc ils ont perdu la moitié des voix. Et donc, c'est un grand classique de la politique.

Quand il y a des difficultés à l'intérieur, on essaie de déplacer l'attention de l'opinion publique sur des conflits extérieurs. De ce point de vue-là, les 5 Étoiles et Macron ont des intérêts convergents. Et l'autre facteur commun, c'est que d'une certaine façon, le meilleur ennemi de Macron en France, c'est Le Pen et le meilleur ennemi en Europe, c'est quelque chose comme l'alliance italienne, entre la Ligue et les 5 Étoiles.

Et vice-versa, le meilleur ennemi pour la Ligue et les 5 Étoiles, c'est le macronisme, c'est-à-dire l'européisme néolibéral. Donc d'une certaine façon, avec ce conflit, ils se légitiment réciproquement comme les deux pôles qui structurent la politique européenne. L'idée, c'est que réduire la polarité politique à ces deux options, ça marginalise toutes les autres et notamment les options de gauche.

La critique du néo-colonialisme français n'est pas du tout présente dans la Ligue mais elle est présente depuis sa naissance dans le Mouvement 5 Étoiles. Ça avait été mis entre parenthèses au cours des dernières années, ça ressort aujourd'hui. Les raisons pour lesquelles ça ressort sont compliquées à comprendre parce que dans ce rapport entre gouvernements beaucoup de choses ne sont pas dites.

Ce qu'on sait, c'est qu'il y a une série de dossiers ouverts et conflictuels de grande actualité entre la France et l'Italie. Le Train à Grande Vitesse qui devait relier Lyon à Turin pour lesquels la Ligue et le gouvernement français voudraient procéder vite alors que les 5 Étoiles, historiquement, c'est une grande bataille de s'opposer à cette ligne à grande vitesse. Donc pour l'instant le gouvernement italien hésite, il cherche une médiation entre la Ligue et les 5 Étoiles.

Il y a le dossier Alitalia qui est en faillite, qui est sous administration extraordinaire depuis 2017 et pour lequel Air France semblait pouvoir être un repreneur et donc maintenant ce n'est pas sûr. Il y a le problème de la Libye qui est un grand problème pour l'Italie parce que c'était un des pays africain avec lequel l'Italie avait de très bons rapports notamment en terme d'approvisionnement de pétrole. Et depuis la guerre que Sarkozy a voulue, les rapports entre l'Italie et la Libye sont devenus compliqués.

Et là aussi c'est un dossier sur lequel l'Italie et la France auraient intérêt à s'entendre. Pendant qu'il y a tous ces dossiers ouverts, on voit resurgir la polémique sur le néo-colonialisme français. Je ne pense pas que ce soit sincèrement, une préoccupation du gouvernement italien aujourd'hui même s'il y aurait beaucoup de choses sérieuses à dire sur la politique française en Afrique.

La crise des migrants est un facteur qui complique les relations entre le gouvernement italien et le gouvernement français. On sait que le gouvernement français a intérêt à désigner le gouvernement italien comme un gouvernement raciste qui ne veut pas les migrants, etc. Ça, ça contribue au positionnement politique de Macron qui a pris lui-même… on sait très bien quel type de politique il mène par rapport aux migrants qui sont présents en France.

Vues d'Italie, vues par le gouvernement italien du moins, les choses sont présentées de façon différentes. La polémique contre la France vient du fait qu'on considère que la France, comme d'autres pays européens, ne joue pas son rôle dans l'accueil des migrants et la position du gouvernement italien c'est qu'il faudrait que chaque pays européen accueille une partie des migrants qui arrivent, il faudrait dépasser le Traité de Dublin qui oblige par contre les pays où débarquent les migrants à les accueillir dans leur totalité. Donc là aussi, il y a une espèce de jeu de rôles.

Si on regarde derrière ce jeu de rôles, en réalité hélas, la politique de Macron sur les migrants et celle du gouvernement italien convergent dans l'idée que les deux veulent qu'il faut le moins de migrants possible sur le sol français, qu'il faut le moins de migrants possible sur le sol italien. Cette opposition politique qui est jouée comme si c'était une grande opposition fondamentale cache une convergence de fond dans les politiques qui sont menées.