Gilles Simeoni : "La Corse a la volonté de tourner la page d'une situation conflictuelle"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:27OuverteRéponse directe
Expliquez-nous ce que cette nouvelle collectivité va apporter.
- 1:33FerméeRéponse directe
Les 5 000 agents vont-ils rester en poste malgré la fusion ?
- 2:33OuverteRéponse directe
Est-ce l'outil de gouvernement de la Corse que vous espériez ?
- 3:52FerméeRéponse directe
Quelle langue utiliserez-vous lors de votre discours à 14h ?
- 4:45OuverteRéponse directe
Pourquoi revendiquer la co-officialité des langues corse et française ?
- 6:23RelanceRéponse directe
Pourquoi un statut de résident corse ?
Temps de parole
- Présentateur75 %
- Gilles Simeoni25 %
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France Inter, le 7-9, Nicolas Demorand.
En duplex d'Ajaccio, l'invité de France Inter jusqu'à 9h est le tout nouveau président du conseil exécutif de la toute nouvelle collectivité territoriale Corse. J'ai nommé Gilles Siméoni. Monsieur le Président, bonjour.
Oui, bonjour, monsieur.
La rentrée en grande pompe pour vous, c'est tout à l'heure à 14h. Alors, expliquez-nous, Gilles Siméoni, en quelques mots, ce que cette nouvelle collectivité va apporter. J'imagine d'abord que vous vous en réjouissez, qu'elle vise à une plus grande efficacité dans le gouvernement, en quelque sorte, de la Corse.
Tout à fait, c'est une réforme qui a des conséquences importantes, aussi bien en termes administratifs, organisationnels, humains que politiques. Donc, d'abord, techniquement, cette nouvelle collectivité de Corse, elle est née officiellement le 1er janvier 2018. Elle est issue de la fusion entre trois collectivités, l'ancienne collectivité territoriale de Corse, dont j'étais le président du conseil exécutif pendant les deux années écoulées, et les deux conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse du Sud.
Alors, au plan administratif, effectivement, l'enjeu, c'est de construire une institution moderne, une administration efficace, proche des territoires, proche des citoyens, capable de faire rentrer résolument la Corse dans le 21e siècle. Et ça se fera aussi en impliquant pleinement les agents et fonctionnaires, près de 5 000 issus des trois collectivités.
Ils vont rester 5 000, Gilles Simeoni, ils vont rester 5 000, parce que vous savez très souvent, quand les grandes entreprises fusionnent, alors là, ce ne sont pas des entreprises, évidemment, mais en tout cas, quand deux entités fusionnent, ça se paye cher sur le plan social, on enlève tous les doublons, ça va être le cas chez vous en Corse ou pas ?
Alors, aujourd'hui, nous sommes dans une logique de respect des droits acquis, de discussion partenariale affirmée avec l'ensemble des organisations représentatives, avec l'ensemble des agents et fonctionnaires, et donc il n'y aura pas de suppression de postes sèches, c'est une évidence. Il y aura au contraire, comme je vous l'ai dit, le maintien des droits acquis, la volonté de travailler sur les régimes indemnitaires, l'absence de mobilité forcée.
Ceci étant, nous allons construire une administration, une institution nouvelle, et donc nous allons bien sûr identifier les besoins, rapprocher le service public des territoires, mailler l'ensemble des zones de l'île, aussi bien littoral que montagnarde, et c'est un travail qui va prendre plusieurs années. Et puis au plan politique...
Alors voilà, politiquement, Gilles Simeoni, j'ai employé tout à l'heure le mot de gouvernement, je mettais des guillemets, mais est-ce que c'est l'outil de gouvernement de la Corse que vous rêviez, que vous espériez ?
Alors il faut savoir que la Corse n'est d'ores et déjà pas une région administrative de droit commun. C'est une collectivité territoriale sous hygiénérie, c'est une collectivité spécifique, encore un peu plus spécifique aujourd'hui avec cette nouvelle institution, dont il faut savoir quand même qu'elle n'a pas de compétences nouvelles. Elle se contentera d'exercer celle qui était avant répartie entre les trois collectivités qui ont fusionné pour donner naissance à cette nouvelle collectivité de Corse.
Mais ceci étant, au plan politique, vous savez que nous avons eu affaire en Corse à un système politique qui historiquement était adossé au clanisme, au clientélisme, et la multiplication des structures, et notamment, à notre avis, l'existence des conseils départementaux, conduisait à la balkanisation de l'intérêt général et à une agrégation d'intérêts particuliers.
L'enjeu avec cette nouvelle collectivité de Corse, c'est d'avoir effectivement une administration qui soit une administration de plein exercice, une administration moderne, avec en contrepartie la nécessité d'inventer de nouvelles formes de politique publique pour assurer l'articulation entre cette nouvelle collectivité de Corse et l'ensemble des territoires de l'île.
Alors on parlera, M. le Président, quelle langue dans cette collectivité ? Vous, tout à l'heure, à 14h, si vous prenez la parole publiquement, ce sera en Corse ou en français ?
Écoutez, comme je le fais de façon habituelle et très apaisée, je parlerai probablement à la fois en français et en Corse, parce que, vous savez, nous n'opposons pas les deux langues. Moi, je considère qu'être bilingue ou plurilingue, c'est une véritable richesse, pour les citoyens comme pour les sociétés. Il n'y a pas de volonté de provocation ou d'ostentation. Simplement, nous souhaitons que la langue corse, qui est la langue du peuple corse, puisse être utilisée de façon naturelle dans tous les espaces de la vie privée et publique. Et donc, nous l'employons, là aussi, de façon tout à fait spontanée, y compris dans nos échanges publics, devant les institutions de la Corse.
C'est le cas des élus qui sont nationalistes, mais également de celles et ceux qui ne le sont pas.
Pourquoi cette revendication de la co-officialité des langues corse et françaises ? Parce qu'on peut comprendre, vous l'avez dit, l'attachement, et ensuite, surtout, le fait que la langue corse soit pratiquée. Mais pourquoi faire de cette question linguistique une question, une revendication politique ?
La question de la langue est toujours fondamentalement politique, mais ceci étant, il ne faut pas politiser à l'excès le débat. Nous, la co-officialité, qui est une revendication d'ordre juridique, nous la demandons tout simplement parce qu'il est démontré, y compris par les scientifiques, que l'officialisation d'une langue, une officialisation progressive, non conflictuelle, par étape, est la seule modalité juridique qui permet sa survie et son développement lorsque cette langue est dans une situation de langue minorée, ce qui est incontestablement le cas du corse par rapport au français, et c'est le résultat, bien sûr, de l'évolution de la société et de l'histoire.
Donc, il ne s'agit pas pour nous de faire parler corse au forceps, il s'agit simplement de dire que la langue corse est l'âme de ce peuple, comme la langue est toujours l'âme d'un peuple, que nous sommes de façon naturelle et spontanée, bien sûr, parfaitement bilingue, que notre identité inclue aussi et de façon tout à fait naturelle la langue et la culture françaises, mais que nous ne souhaitons pas être amputés d'une partie de ce que nous sommes collectivement, et puis enfin, que la langue corse, qui est une langue d'origine latine, c'est aussi à la fois un outil extraordinaire d'intégration pour celles et ceux qui ne sont pas nés dans cette île, mais qui y vivent et qui souhaitent s'y intégrer, et puis c'est aussi un outil d'ouverture sur l'ensemble du bassin méditerranéen et sur l'ensemble des communautés humaines qui parlent des langues d'origine latine.
Gilles Siméoni, vous dites un outil d'intégration, en même temps, vous vous battez pour un statut de résident corse. Là encore, je vous repose la question sur le même ton d'étonnement. Pourquoi diable un statut de résident corse ? Pourquoi une telle exception au sein de la République qui ne fait pas de différence entre ses fils, ses filles et ses territoires ?
Il n'y a pas de différence, mais il peut y avoir quand même des traitements juridiques différenciés dès lors que les situations sont différenciées. Je vous prends un exemple. Lorsque vous avez des zones qui sont sinistrées dans les centres-villes ou dans les campagnes, vous pouvez avoir des zones de fiscalité préférentielle sans que cela ne porte atteinte à l'égalité entre les citoyens. En Corse, nous avons une situation qui est très spécifique.
Nous avons un foncier qui est de plus en plus rare et qui est de plus en plus cher dans le foncier dont le prix a été multiplié par 5, par 10, par 20 ces dernières années sous l'effet de logique de spéculation, ce qui prive par exemple les agriculteurs d'accès à la terre ou ce qui prive les jeunes ménages au revenu modeste et il y en a beaucoup en Corse de l'accès à la propriété. Enfin, venez à Paris,
Gilles Siméoni. Moi, je ne réclame pas un statut de résident parisien alors que les prix de l'immobilier ont explosé ici aussi. Alors, je vous repose la question. Pourquoi ? Pourquoi ce serait valable pour les Corses et pas pour nous ici ou dans toutes les grandes villes où il y a de la tension immobilière ?
Mais, vous savez, si nous nous le mettons en œuvre et que ça marche, nous ne sommes pas du tout opposés à ce que ça se fasse ailleurs, à l'accomplir sur le continent.
Alors, faites de l'encadrement des loyers. Faites de l'encadrement des loyers au lieu de faire un statut du résident Corse. Mais pourquoi
n'envisagez-vous pas nos solutions plutôt que les vôtres ? Je vous prends un exemple. Il y a quelques années à l'Assemblée de Corse, les élus nationalistes dont je faisais partie, ont proposé que les régions puissent gérer une partie de la TVA. À l'époque, ça avait été considéré comme subversif et révolutionnaire. Et puis, deux ou trois ans après, ça a été repris au niveau national. Et l'ancien président de l'Association des Régions de France, Philippe Richer, avait eu l'occasion de dire que la Corse avait été précurseur en la matière. Donc, vous savez, statut de résident à un autre niveau. Je lisais un article en Nouvelle-Zélande. Alors, on n'est pas dans le même cadre.
Mais là, en Nouvelle-Zélande, où les terres agricoles et le marché immobilier sont là aussi soumis à une pression spéculative forte, le gouvernement vient de décider la mise en œuvre de la statue de résident. Quel est votre... Ça se fait, y compris dans des territoires qui relèvent de l'Union Européenne.
Bon, donc, on a compris que la Corse était l'avant-garde de l'île de France.
En tout cas, nous n'avons pas vocation à défendre des spécificités simplement pour le plaisir de les affirmer. Nous disons simplement que chaque fois qu'il y a des problèmes qui sont des problèmes aigus qui n'ont pas pu être traités par les instruments du droit commun, il faut réfléchir à inventer des chemins juridiques qui soient acceptables. Nous ne sommes pas aujourd'hui dans une logique de surenchère ou dans une logique de rupture. Nous sommes confrontés à des situations politiques, économiques, sociales, culturelles qui sont très difficiles. Nous avons la volonté de construire une société insulaire qui soit développée et émancipée.
Nous voulons le faire dans le cadre d'une relation renouvelée et apaisée avec le gouvernement et avec l'État. Et je crois que de façon plus générale, au-delà de ces aspects dont on sait qu'ils sont clivants, la co-officialité, le statut de résident, la question des prisonniers politiques, ça participe d'une dynamique d'ensemble. Aujourd'hui, la Corse a la volonté de tourner la page d'une situation conflictuelle qui a duré depuis des décennies dans la période contemporaine, une situation conflictuelle qui a causé des dégâts lourds dans la relation avec l'État, au sein de la société corse, avec des drames, avec des victimes, avec des douleurs importantes de chaque côté.
Aujourd'hui, nous sommes, nous, dans une logique d'apaisement, dans une logique de construction et nous considérons que la situation n'a jamais été aussi favorable pour qu'un véritable dialogue puisse s'engager entre la Corse et la République.
Mais il existe ce dialogue ? Vous parlez à quelqu'un, il y a un numéro de téléphone que vous pouvez appeler depuis l'élection, on a l'impression qu'il y a un grand silence surtout.
Alors, c'est vrai aussi, et nous l'avons dit, et vous avez remarqué que nous l'avons dit en termes mesurés, mais en termes fermes. nous considérons que la situation politique en Corse et notamment le véritable rat de marée démocratique qui a caractérisé les élections territoriales des 3 et 10 décembre derniers, avec, je le rappelle, la victoire de la liste Péragour, c'est la liste nationaliste que j'avais l'honneur de conduire et qui unit des autonomistes et des indépendantistes, plus de 56,5% des voix, que cela crée incontestablement une donne politique qui est nouvelle et que cela appelle de la part de l'État l'ouverture d'un véritable dialogue.
Et je crois que celui qui est le mieux placé, qui a l'autorité pour le faire, pour donner le signal de l'ouverture de ce dialogue, pour le configurer à sa juste mesure et celui sans doute qui connaît le mieux la situation de la Corse au plus haut niveau de l'État, c'est le président de la République. Donc, nous pensons et nous espérons qu'il faudra qu'il parle rapidement sur sa vision de la Corse et la vision du champ du dialogue que nous devons explorer ensemble.
Gilles Simeoni sur France Inter. On vous retrouve dans quelques instants avec les auditeurs qui peuvent dialoguer avec vous au 01-45-24-7000 avec Karine Bécard également et Cyril Graziani qui est avec vous à vos côtés et donc Ajaccio.
Gilles Simeoni