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interviewBFM TV (sur Dailymotion)· 7 juin 2026 31 min

Lyhanna : émotion et colère lors de la marche blanche - 07/06

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Mais l'actualité sur BFM TV ce soir, c'est aussi la disparition de Liana et notamment cette émotion à la Marche Blanche organisée cet après-midi à Florence dans le Gers. 6500 personnes selon la préfecture ont assisté à ce rassemblement, un moment de recueillement extrêmement chargé en émotions. Six frappes, c'est le pardon des parents de Liana, lue par sa tante. Pardon pour tout ce que tu as vécu, notre petit monde tout entier s'est effondré. Voilà pour le message, écoutons-les, qu'ils ont tenu via l'attente de Liana à faire passer.

0:32
Invité

Nous tenions tout d'abord à vous adresser ces quelques mots pour vous remercier d'être là à nos côtés aujourd'hui. Il n'y a pas de mots pour décrire le soutien que vous nous apportez depuis ce vendredi 29 mai, au jour où on nous a enlevé la petite Liana. Mille merci pour tout. Je tiens personnellement à remercier monsieur le maire, son adjoint et ses collaborateurs pour tout ce qui a été mis en place ainsi que pour leur soutien. Aujourd'hui, ma fille Liana doit être tellement émue de voir tout là-haut, tout ce monde rassemblé spécialement pour elle. Les mots me manquent. Personne, je pense, n'est prêt à vivre une disparition aussi brutale que celle que nous vivons depuis vendredi.

Notre petit monde tout entier s'est écroulé. Une fois de plus, je nourris les mots pour décrire ce drama abominable qui touche notre famille. Nous tenir devant vous tous et vous tous aujourd'hui et parler de Liana est surréaliste. Une dernière fois, mille merci du fond du cœur. Et au nom de toute notre famille, merci infiniment pour elle. Liana, pardon pour ce que tu as vécu. Nous t'aimons tellement.

1:46
Présentateur

Et pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Claire Bourdie. Vous êtes fondatrice du collectif Enfantiste. Merci à vous d'être là. Jean Sagné, vous êtes avocat de l'association Innocence en danger. Bonjour à vous. Xavier Ruffeur, vous êtes criminologue. Merci d'être avec nous. Et puis j'accueille Bruno Pommard. Bonsoir. Bonsoir, cher Bruno. Et Laurent Valdiguier. Claire Bourdie, un mot sur cette famille. Le père, la mère de Liana, qui n'ont cessé de se prendre dans les bras. Impossible de prendre la parole, laissant le soin. Et on l'a vu à l'attente de Liana de le faire. Pas facile pour eux, qui doivent maintenant être confrontés au temps long.

Le temps de l'enquête, bien évidemment, de ce qu'ils vont découvrir et le temps du deuil.

2:29
Invité

Non, c'est impensable d'imaginer leur émotion. Quand on voit la mobilisation qui est en train de se créer partout en France, au niveau de la société, on comprend bien que l'émotion, elle est à son maximum. Et que la famille proche de Liana ne peut pas comprendre l'émotion qui se joue ici. Et l'injustice, parce qu'en fait, Liana, elle n'aurait pas dû mourir. Et donc ça, c'est extrêmement difficile à supporter pour une famille. Et même pour toute la société française. Nous, on véhicule le hashtag JeSuisLiana. Parce qu'en fait, on se sent tous et toutes proches de Liana et de tous ses enfants qui devraient être protégés.

3:06
Présentateur

Et c'est ce qu'a dit très bien le maire Grégory Beaubateau. Laurent Valdiguier, si on s'arrête sur son discours, c'est vrai qu'il a surpris en fin d'après-midi. Discours assez politique. Et on se rappelle toute la semaine qu'il a dû traverser quand il était chez Apolline de Malherbe. C'était jeudi matin. Non, vendredi matin, pardon. Et qu'il disait, toute la semaine, je me suis un peu sentie seule jusqu'à ce coup de téléphone qui est venu jeudi à 20h07 du cabinet de la présidence de l'Elysée. Et on sent, pardonnez-moi l'expression, qu'il en a gros sur le cœur ce maire.

3:35
Invité

Oui, il était très, très, très, très émouvant toute la journée d'ailleurs à tenir la banderole au milieu de la famille. Oui, parce que l'impression qu'il a donnée toute cette semaine pendant ces neuf jours, c'est de tenir la boutique. C'est ça. D'être celui qui était à lui tout seul à la barre de la République, Grégory Beaubateau. D'ailleurs, il s'est plaint à un moment donné. Il a dit, mais où est le préfet ? Où sont les procureurs ? Il était tout seul. Et il a donné l'impression d'être tout seul. Alors c'est vrai que là, après les parents qui ont fait lire par la tente un petit texte bouleversant, il a sonné le toxin. Vous savez, comme les églises des villages, autrefois.

Il a sonné le toxin en disant que la honte change de camp. C'est vrai qu'il a fait un discours très politique sur le thème « ça ne suffira pas une petite enquête ». Il a carrément dit des choses. « Ça ne suffira pas de désigner la brigade territoriale de Lectour ou la procureure d'Agin. » « Ça ne suffira pas. Il faudra faire autre chose. » C'est un peu comme s'il nous disait depuis Florence, lançant une sorte d'appel de Florence, « Attention Paris, on vous voit. Nous, on est là. Toute cette émotion qui est là, elle est là. Elle est là pour un moment. Et elle attend qu'il y ait des choses qui changent. » Oui, c'était un discours d'une grande force.

4:57
Présentateur

Et le discours des parents, Bruno Pommard, on va faire un tour de table sur cette émotion. Pardon pour ce que tu as vécu. Notre petit monde tout entier s'est effondré. Là aussi, peut se poser aussi certainement à un moment donné, c'est ce que nous disent les psychologues, la question peut-être aussi de la culpabilité des parents quand ils demandent pardon. Et on se rappelle que cette mère, sur notre antenne, avait dit, avant qu'on retrouve le corps, bien évidemment, tout au début, quand on cherchait la jeune Liana, elle avait dit « Ma fille m'avait parlé de Guilly » à un moment donné. Donc cette fille, cet enfant, c'est vraiment confié à sa mère.

Sa mère a dit « Moi, je l'ai éloigné de ce suspect, Jérôme Barrella. » Mais c'est vrai que la question de la culpabilité peut, à un moment donné, dans le temps, se poser.

5:36
Invité

Évidemment. La famille en premier, évidemment. Et puis l'environnement, les proches qui connaissent... Vous savez, un village, moi j'ai été maire d'un village pendant 12 ans, tout le monde se connaît. Et donc tout le monde culpabilise, quelque part, parce que cet individu était quand même connu. Donc effectivement, la position de la famille est très dure. Et c'est là que l'accompagnement est nécessaire, ce que disait Laurent à l'instant, par rapport à l'État. L'accompagnement de l'État auprès du maire, le préfet, ou tout au moins les représentants, devraient être au contact en permanence, et vous le disiez tout à l'heure. C'est suivi sociologique pour la famille.

L'accompagnement, parce que les dégâts collatéraux qu'il va y avoir dans cette petite ville de Florence est catastrophique. Vous savez, il y a ce meurtre, ce drame, mais il y a aussi ce moment difficile qu'on va vivre pendant des années. C'est quelque chose qui nous disparaît très bien.

6:22
Présentateur

Oui, les conséquences psychologiques, même sur les proches, ceux qui ont mis leurs filles, justement, dans ces soirées-là. Absolument. Et d'ailleurs, on écoutera une plainte, puisque tout à l'heure, il y a Patrice, qui a porté plainte pour sa fille, victime, nous dit-il, d'attouchements sexuels en novembre, et qui nous dit que c'est grâce à la cellule d'écoute, justement, du collège, que ma fille a pu se livrer à un moment donné.

6:43
Invité

Et là où on doit encore s'interroger, c'est cellule d'écoute au collège, vous avez les salles Mélanie, les gendarmes ont mis en place, il y en a 350 en France. Il y a plein de dispositifs qui permettent aux enfants de pouvoir se confier. Vous avez les fameuses petites boîtes aux lettres papillons, vous savez, c'est un ami à moi qui a mis ça en place, dans les collèges et les lycées. Bref, il y a tout un tas de moyens qui sont possibles pour que les gosses puissent se livrer, donner des informations. Et là, effectivement, on se dit comment un tel drame peut arriver. Ça, c'est une vraie question.

7:13
Présentateur

Xavier Roffert, on parlera bien évidemment de la partie enquête avec vous. Mais un mot sur cette journée ô combien importante hier. Il y aura, selon vous, un avant et un après l'IANA dans l'histoire de France. Comme il y a eu, par exemple, cette première marche blanche en Belgique, au moment de l'affaire Doutroux, où il y avait 300 000 personnes dans les rues de Bruxelles, et où ça a commencé à changer la donne. On a créé, par exemple, un centre qui s'appelait Child Focus. Est-ce qu'il y aura un avant et un après l'IANA ?

7:39
Invité

Tout ça est absolument futile. Ça ne sert à rien, vous comprenez. Mais on vient d'assister à quelque chose d'inouï dans l'histoire de la République française. Et je voulais vous dire ceci. Pendant 20 ans, j'ai eu des centaines d'étudiants à l'Institut de criminologie. La moitié d'entre eux sont devenus magistrats. Dans une société qui vit pour le fric, ces gens ont accepté de faire une carrière toute leur vie, où ils gagneraient moyennement leur vie, où ils seraient occupés jusqu'à 11 heures du soir. J'ai un des garçons qui m'a téléphoné depuis hier matin. Il est procureur dans une grande ville. Il devrait avoir 30 dossiers sur son bureau pour travailler. Il en a combien d'un ? 300. 300.

300. Il a un aéroport dans sa ville avec les problèmes que ça cause. Il a une frontière pas très loin. Il devrait être 19 procureurs. Ils sont neufs. Alors, je voulais vous montrer quelque chose que les gens ne voient pas d'ordinaire. Allez-y. Quel est l'outil de travail d'un magistrat ? L'outil de travail d'un magistrat, c'est le livre dans lequel il y a toutes les inculpations notées. Regardez. En 10 ans, il a triplé de volume. Il a triplé de volume. Je voudrais qu'on le montre, ce livre.

8:46
Présentateur

Donc, le livre rouge est celui qu'a... Le livre rouge...

8:51
Invité

Mais c'est le choix de procédure pénale. Non, non, non. C'est le guide pénal, le guide des infractions. C'est ce que tous les magistrats ont sur leur bureau. Vous voyez, il a triplé de volume. C'est les magistrats qui se sont obligés ça à eux-mêmes. L'échec, là, celui qu'on vit, comme tous les précédents, c'est un échec du politique. Qui fait ? Qui a décidé que le budget de l'État serait 1,74 pour la justice ? C'est les magistrats eux-mêmes. Donc, pour être parfaitement clair, il y a peut-être 20% des magistrats qui sont d'extrême-gauche. Il y en a 100% qui n'ont pas les moyens de travailler, qui n'ont pas les greffiers qu'il faudrait, qui n'ont pas l'informatique qu'il leur faudrait.

Tous les avocats de France, maintenant, peuvent travailler avec l'intelligence artificielle. C'est interdit aux magistrats. Où il y a l'équilibre entre l'attaque et la défense.

9:40
Présentateur

Mais à quoi servirait l'intelligence artificielle, par exemple, à trier ?

9:43
Invité

Ça servirait à gagner un temps énorme, évidemment. Xavier Ruffer, il y a quand même eu une augmentation de 2017 de quasiment plus de 50% du budget. Mais ça n'est pas vrai, parce que la population a augmenté. J'entends, mais on ne peut pas dire que ça n'a pas été augmenté. Le nombre de magistrats par step de Français depuis 10 ans, il n'a pas avancé, il a reculé. Oui, il y a eu des recrutements, mais il y a beaucoup plus de procédures. La France a moins de procureurs que la Pologne, moins de procureurs que l'Albanie et moins de procureurs que la Moldavie par 100 000 habitants. C'est ça la réalité.

Comment voulez-vous que les gens qui n'ont pas les moyens de travailler fassent attention à tous les micro-détails d'une lettre envoyée par SU, etc. C'est du secrétariat.

10:26
Présentateur

Je voulais vous faire réagir à ce que nous dit Gérald Darmanin ce soir. Il a fait une annonce, il annonce la revue de 70 000 plaintes impliquant des enfants d'ici un peu plus d'un mois au 14 juillet. Est-ce que c'est un électrochoc qui se met en place ? Est-ce que c'est une première grosse étape ? Et est-ce que vous vous dites que ça va suffire un mois pour traiter 70 000 plaintes ?

10:44
Invité

Mais une fois de plus, M. Darmanin, s'il avait un minimum d'authenticité en lui, devrait être mort de honte. Parce que ce n'est pas de la faute de sa magistrature ce qui se passe aujourd'hui. C'est de la faute de lui et des politiciens qui sont au pouvoir depuis 10 ans et qui jamais n'ont donné à la magistrature les moyens de travailler. Jamais. Vous vous rendez compte ? Pardon, mais il y a 9 000 magistrats aujourd'hui, simplement pour faire le minimum de boulot, l'année dernière, vous savez, au début de l'année 2026 précisément, il y a eu les présidents des chambres qui se sont réunis pour un discours solennel de rentrée. Ils ont annoncé la catastrophe qui était en train de se produire.

Celui de Marseille a annoncé qu'il allait être obligé de mettre des criminels dangereux à la porte et de les laisser sortir parce qu'il n'avait pas les moyens de faire les procédures qui leur permettraient de les garder en prison.

11:35
Présentateur

Donc c'est un manque de moyens aussi, contrairement à ce que dit le chef de l'État en disant « je ne veux pas entendre parler de moyens », on y reviendra dans un instant.

11:41
Invité

Bien entendu, ils n'ont pas les moyens de travailler et ça fait depuis 20 ans que c'est comme ça. Voilà.

11:48
Présentateur

Bonsoir Emmanuel Franck, merci d'être avec nous, vous êtes avocate pénaliste. Déjà, première question, question de réagir à ce qu'a dit Gérald Darmanin qui nous annonce la revue de 70 000 plaintes impliquant des enfants d'ici un peu plus d'un mois, au 14 juillet. Est-ce que ça va suffire selon vous pour un mois pour traiter ces 70 000 plaintes ? Je faisais un petit calcul aussi, ça représente à peu près 2300 plaintes par jour. Est-ce que c'est possible ça jusqu'au 14 juillet ?

12:18
Invité

Alors je ne sais pas si c'est possible mais c'est assez surprenant que l'on annonce qu'en un mois on va pouvoir gérer 70 000 plaintes. On se demande ce qui se passe depuis des mois et des mois et surtout depuis le dépôt de ces plaintes. C'est un peu surprenant de dire on a 70 000 plaintes en souffrance, ce qui est en fait un problème. Et là où on aurait dû les gérer depuis plusieurs mois, en fait on va tout gérer en un mois. Je crois que cette annonce n'a pas véritablement de sens.

12:43
Présentateur

Une autre question, une semaine après la mort de Liana, 48 heures après l'authentification de son corps, on a toute une série de révélations. Vous avez sans doute entendu sur notre antenne, toutes plus glaçantes les unes que les autres à son sujet. Depuis presque 10 ans, puisque ça fait 10 ans que des enfants ou des adolescentes libèrent justement leur parole ou tentent de le faire. Qu'est-ce qui selon vous n'a pas fonctionné ?

13:07
Invité

J'entendais à l'instant un des intervenants expliquer que c'était essentiellement un problème de moyens. Il y a certainement, et la justice, on ne va pas le contester, souffre d'un problème de moyens, de moyens humains, de moyens financiers. Mais enfin là, je crois en l'occurrence, et de ce que j'ai pu en voir, que la difficulté n'est pas là. C'est une chaîne d'incompétence. C'est-à-dire qu'on se demande comment à un moment donné, on n'a pas un procureur qui va appeler son homologue, puisque je crois qu'il y a eu deux transferts de dossiers, deux délocalisations, comment à un moment donné ce dossier-là ne passe pas en priorité.

Je veux dire, ce n'est pas traité, justement, j'entendais parler tout à l'heure d'intelligence artificielle, mais justement pas. La justice a ce mérite aussi d'être géré à un moment donné par des individus. Comment on peut ne pas prioriser un dossier comme celui-là ? Et j'entendais depuis plusieurs mois, nous le savons tous, que priorité est donnée notamment au narcotrafic et à la lutte contre le narcotrafic. Mais je crois qu'il ne faut pas perdre de vue que la priorisation d'une catégorie de dossiers n'efface pas les autres. La priorité absolue, c'est celle qui concerne les enfants.

Et quand vous avez un individu qui a fait l'objet de nombreux signalements et qui, depuis août 2025, fait a priori l'objet d'une plainte très précise et qu'on vous explique qu'il y a deux délocalisations et qu'en fait, en quasiment un an, enfin dix mois, on n'a pas été capable de traiter cette plainte-là, c'est tout simplement scandaleux. Et je me mets à la place de la famille de cette jeune fille. C'est absolument intolérable et inaudible. Et on va lui parler d'un manque de moyens humains. Moi, je pense qu'il y a un réel problème. Et je dirais peut-être plus largement, il y a aussi un problème de responsabilité des magistrats. On l'évoque très souvent.

Vous savez, c'est un thème qui est récurrent. Les magistrats ne peuvent pas avoir leur responsabilité engagée, ce qui est assez inédit. Vous et moi, nous avons notre responsabilité engagée si nous commettons des erreurs. Et ça pose là aussi une difficulté. Donc résumer cela en disant que c'est un manque de moyens humains, vous êtes procureur, vous passez un appel à votre homologue, les enquêteurs sont là aussi pour vous alerter sur la dangerosité ou la gravité des accusations qui ont été portées. Et donc c'est incompréhensible.

Et malheureusement, c'est souvent nous, notre quotidien, en tant qu'avocat pénaliste, que de dire à des clients, écoutez, votre plainte, elle porte sur des faits très graves. On ne sait pas du tout. Elle peut être traitée en 2-3 mois comme elle pourrait être traitée en 2 ans. On verra bien.

15:31
Présentateur

Alors vous faisiez référence notamment à la plainte d'une enfant qu'on a nous baptisée, appelée Rosa. Plainte pour viol déposée en août 2025. C'est vrai qu'au début, tout fonctionne. La plainte, elle est déposée à la gendarmerie de Plaisance de Touche, et ce que nous rappelait Laurent Valdiguier cet après-midi. Elle est très complète. Et puis ensuite, c'est vrai qu'entre le désistement du parquet de Toulouse, qui envoie la plainte à Hoche, et le moment où un magistrat demande à une brigade territoriale d'éventuellement placer le suspect en garde à vue, on arrive à la mi-février. Est-ce que vous, vous avez déjà vécu ce genre de situation ?

16:02
Invité

Mais nous l'avons vécu plein de fois. Dès qu'il y a... Combien de fois, nous disons à nos clients, dès qu'il y a une délocalisation du dossier, là, on perd quasiment 6 mois, 1 an. C'est insupportable. Je veux dire, à l'heure de la numérisation, je crois même que le dossier a été envoyé par courrier. Alors c'est anecdotique, mais enfin, on est quand même en 2025 à l'époque, et nous entendons ça tout le temps. Dès qu'il y a une délocalisation, ça devient compliqué, parce qu'il n'y a pas de coordination entre les services, et surtout, il n'y a pas de magistrats du parquet.

En tout cas, je ne vais pas faire des généralités, mais en fait, c'est au bon vouloir de la compétence des magistrats du parquet et de leur travail qui vont peut-être prioriser certains dossiers. Enfin, nous, on se retrouve parfois avec des dossiers qui finissent devant le tribunal correctionnel, qui ne présentent absolument aucun intérêt. Et de l'autre côté, on a des plaintes sur des faits extrêmement graves qui ne sont pas traités pendant des mois et des mois. Donc, c'est ça qui est incompréhensible pour les avocats que nous sommes, pour les clients que nous avons, et qui ne peut pas se résumer sur la simple carence de moyens humains ou matériels ou financiers.

17:05
Présentateur

Avant de passer la parole à Laurent Valdiguet, qui aura une question, je voulais vous faire écouter la maman de Rosa, qui nous a avoué, cette semaine, avoir appelé la gendarmerie à plusieurs reprises. Et voici ce qu'on lui a répondu. Voici ce qu'elle nous dit, la maman de la petite Rosa. Écoutons-la.

17:19
Locuteur non identifié

On n'a pas de nouvelles avec mes appels. Et si je n'arrête pas à appeler...

17:46
Présentateur

Maître Franck, ça arrive souvent, ça aussi, qu'on prenne des nouvelles d'une plainte qu'on a déposée, et que parfois, les gendarmes vous disent arrêtez, puisqu'on va... Si vous continuez, on va déposer plainte main courante pour harcèlement.

18:01
Invité

Alors, je ne l'avais jamais entendu. C'est tout simplement scandaleux. Et vous voyez, ça résume parfaitement ce que je disais à l'instant. Ça, ce n'est pas un problème de manque de moyens humains. Là, c'est tout simplement des personnes qui ne sont pas à leur place. Quand vous avez une plainte pareille et que vous avez une maman qui appelle pour prendre des nouvelles, ce qui est, somme toute, assez légitime, et qu'on finit par la menacer de déposer une plainte pour harcèlement contre elle, c'est qu'on est tout simplement face à des personnes qui ne sont pas à leur place. Et donc là, ce n'est pas une question de moyens humains.

Et je pense qu'il y a eu toute une chaîne d'incompétences et qu'on ne peut pas résumer sur un simple, encore une fois, un simple manque de moyens humains. Je pense qu'il y a une responsabilité que doivent avoir chacun des acteurs de la justice. Et aujourd'hui, cette responsabilité, elle n'existe pas. Je vous le disais, c'est un thème récurrent. Et donc, vous avez des magistrats, vous avez des policiers qui ne sont pas responsables des choses. En tout cas, il n'y a pas de conséquences. Et donc, à partir de là, ils gèrent les dossiers comme des tas de papiers et certainement pas avec l'humanité qui devrait prévaloir et avec cette notion de dangerosité.

Moi, je trouve, et en tout cas, c'est ce que nous constatons, ces derniers temps, nous avons... Alors ça, les plaintes pour trafic de stupéfiants, en tout cas, les affaires pour trafic de stupéfiants, ça, ça va vite. Mais par contre, en fait, on a priorisé certains dossiers, les violences conjugales, et c'est une bonne chose, le narcotrafic, et c'est très bien, mais au détriment du reste. Et c'est ça qui n'est pas supportable et ce que révèle aussi cette affaire.

19:27
Présentateur

Une question de Laurent Valdiguié pour vous, Maître Franck.

19:29
Invité

Bonsoir, Maître Franck. Vous êtes une pénaliste toulousaine aguerrie. Bonsoir. Tout le monde se souvient que vous avez défendu avec énergie Cédric Jubilard. Alors, je sais bien que vous ne défendez pas Jérôme Barrella, mais il est présumé innocent. Non, il a expliqué en garde à vue qu'il était étranger à tout ça. D'ailleurs, la veille, il a participé aux recherches, etc. Six jours plus tard, les gendarmes retrouvent dans un silo où il a travaillé le corps de la petite Liana. Qu'est-ce que vous lui conseilleriez de faire aujourd'hui par rapport au juge ? Alors, je me garderai bien.

Vous avez remarqué, j'imagine, que depuis le début, je ne parle pas du dossier en tant que tel, mais des dysfonctionnements que ce dossier a révélés. Moi, c'est un dossier que je ne connais pas. Je vous crois sur parole, bien sûr, dans ce que vous êtes en train de me dire. Mais je me garderai bien de tout conseil, aussi bien sur cette personne qui, pour l'instant, est mise en cause, mais qui est présumée encore innocente. Et de la même manière, je me garderai bien de tout conseil aussi à l'égard de la famille de cette petite. Moi, je n'entends pas intervenir dans des dossiers dans lesquels, justement, je n'interviens pas.

Mon propos était beaucoup plus général sur le dysfonctionnement que cette affaire a révélée.

20:39
Présentateur

Restez avec nous, Maître Franck. Qu'est-ce qu'on peut faire pour réformer la justice, Xavier Ruffeur ?

20:46
Invité

Eh bien, contrairement à ce que vient de dire cette avocate, lui donner les moyens de travailler, il est évident, il tombe sous le sens que quand on a 300 dossiers sur son bureau au lieu d'en avoir 30, à un moment donné, quelque chose tombe dans le vide. Et cette chose, 9 fois sur 10, ce n'est pas grave, mais une fois sur 10, c'est le drame. Vous comprenez ? Il faut donner aux magistrats le moyen de travailler. Il n'y a pas si longtemps de ça, Mme Belloubet, visitant en province un ressort de justice, a vu une greffière lui montrer sur son bureau un ordinateur qui datait d'avant la souris. C'est-à-dire quelque chose que vous n'avez jamais vu de votre vie. Voilà.

Donc, à l'heure actuelle, la justice n'a pas les moyens de travailler de manière totalement scandaleuse. Quant à ce qu'elle dit cette avocate, qui est aussi extrêmement discutable, il y a des sanctions dans la justice. l'année dernière, le conseil supérieur de la magistrature a sanctionné plusieurs magistrats. Pas sur les décisions qu'ils prennent parce qu'il y a une indépendance de la magistrature, mais sur la lenteur, mais sur un défaut d'exécution, mais sur beaucoup de matières. Il y a des magistrats qui sont sanctionnés tous les ans.

21:51
Présentateur

La parole est à Maître Franck.

21:53
Invité

Il y en a eu 11 en 2020.

21:54
Présentateur

Maître Franck, votre réaction à ce que vient de dire Xavier Roffer ?

21:59
Invité

On ne va pas se bagarrer. Moi, je suis désolée quand vous entendez la réaction de ce gendarme ou policier qui dit à cette maman si vous continuez, je vais déposer plainte contre vous pour harcèlement. Là, on n'est pas sur un manque de moyens. On ne parle pas des gendarmes. On parle des magistrats. Oui, mais d'accord, mais en fait, vous avez toute une chaîne. Ce sont les gendarmes. Oui, mais je vais peut-être continuer ma phrase quand même. Ce sont les gendarmes. Moi, je ne vous ai pas coupé. Pourtant, je n'étais pas d'accord avec vous, vous voyez. On va laisser mettre son crèpement avant. Je vais peut-être essayer de continuer ma phrase.

C'est simplement que vous avez, et je ne pense pas qu'on puisse le résumer à un manque de moyens, vous avez une chaîne d'incompétence. C'est-à-dire que vous avez d'abord des gendarmes qui vont accueillir cette plainte à plaisance du Touche, qui vont la transmettre parce qu'on sait comment ça fonctionne. Ils n'ont pas suffisamment alerté le parquet de Toulouse sur la gravité des faits qui avaient été dénoncés. Le parquet de Toulouse n'a pas pris connaissance manifestement du dossier ou pas assez. Il va donc le transmettre à une autre juridiction sans qu'il n'y ait aucune transmission d'informations.

Une fois que les gendarmes de là-bas vont recueillir, ils ne vont manifestement pas lire beaucoup plus le contenu de la plainte. Et puis, ça va être à nouveau délocalisé. Personne ne lit la plainte. Alors, vous allez me dire que c'est parce qu'ils n'ont pas le temps. Et moi, je vais vous dire oui, mais c'est leur travail. Et quand au moins cette maman vient dire mais je veux savoir où ça en est au moins à ce moment-là, on peut avoir un policier ou un gendarme qui regarde la plainte de cette maman qui ne fait que d'appeler et qui est harcelante. Et là aussi, rien ne se passe. Donc, à un moment donné, on ne peut pas résumer les choses. J'entends que ça arrive une fois sur dix. Tant mieux.

Moi, j'ai des quantités de dossiers où effectivement, heureusement que ça n'arrive qu'une fois sur dix parce que ça aurait pu arriver bien plus souvent compte tenu des lenteurs de la justice. C'est incompréhensible et c'est inacceptable. Et pour être, et on va peut-être non pas tomber d'accord, mais en tout cas se rejoindre, c'est évidemment multifactoriel. Je ne vous dis pas que le défaut de moyens humains et de moyens mis à la disposition des magistrats et des services enquêteurs n'y est pour rien. C'est un élément, mais je suis juste en train de vous dire que ça n'est pas le seul et que derrière, il y a aussi quand même un problème d'incompétence.

24:08
Présentateur

Merci, Maître Franck. Merci d'avoir été avec nous. Je remercie également Laura Dubois qui a permis la réalisation de ce duplex. Jean Sagné, je vous soumets l'une des propositions de Dominique de Villepin sur notre antenne aujourd'hui. Il propose la création d'un parquet spécialisé pour traiter les violences envers les femmes et les enfants. C'est une bonne idée ou pas ? Excellent. Excellent. On voit ce que l'Espagne a su faire. Il nous faut suivre cet exemple. L'Espagne a su faire pour la famille. Nous sommes aujourd'hui incapables en France de traiter correctement ces affaires. Tout à fait. On a déjà un parquet mineur. Ça existe.

Mais pour autant, on voit dans ce type de dossier que ça n'est pas traité par le parquet mineur. Si l'idée est effectivement d'avoir un parquet qui va regrouper les mineurs en tant que victimes et les mineurs en tant qu'auteurs, c'est une excellente idée. Oui, on cite l'exemple de l'Espagne, de l'Angleterre avec le système MAPA, nous dit-on, avec plusieurs services qui communiquent entre eux. Quand vous voyez ces dysfonctionnements-là, vous vous dites qu'en fait il y a des murs entre différents services et les gens ne communiquent pas du tout. Qu'est-ce qui explique tous ces dysfonctionnements dont on a parlé là depuis quasiment une semaine ?

Alors, je vais d'abord dire à quel point je souscris à ce qu'a dit ma consœur mais également ce qu'a dit mon voisin. On voit dans ce dossier que ça n'est pas un manque de moyens. On peut dire ce que l'on veut. Manque de moyens, manque d'hommes, manque de personnel, manque de temps. Ce n'est pas un manque de moyens ou ce n'est pas uniquement un manque de moyens ? Ce n'est pas uniquement un manque de moyens. C'est d'abord un manque de volonté. Parce que vous avez quand même une jeune fille, une enfant qui parle d'une infraction extrêmement grave. On parle quand même de viol d'un enfant. Répétez. Vous avez raison. Répétez. Et ça s'arrête là.

Quel est le moyen qu'il faudrait ajouter pour que des hommes qui entendent ce genre d'infraction et la capacité de prendre un téléphone et de dire au procureur qu'il a au bout du téléphone. On ne peut pas s'en tenir là. Est-ce qu'il faut ajouter des moyens ? La réponse est claire. C'est non. Il faut des gens qui sont compétents. Et oui, les magistrats ne sont pas responsables. Non, ils ne sont responsables de rien. Oui, il y a un conseil supérieur de la magistrature devant lequel ils vont répondre d'éventuelles sanctions disciplinaires.

Mais lorsque vous avez un magistrat qui a commis une erreur, ce que nous, nous constatons assez régulièrement pour tout vous dire, c'est à peu près une fois tous les 15 jours dans mon cabinet. Nous attaquons qui ? Une fois tous les 15 jours ? Oui, à peu près. Le dysfonctionnement, le déni de justice, c'est-à-dire l'incapacité pour la justice de traiter dans un délai raisonnable, article 6 de la Convention européenne et des droits d'hommes, une affaire. C'est un déni de justice. Eh bien, vous avez à Paris une cellule qui est spécialisée et qui condamne à tour de bras, à tour de bras, mais qui condamne qui ?

L'agent de l'État, l'AGE, ce qu'on appelle l'agent judiciaire de l'État, nous, nos impôts. Ah oui, d'accord. Oui, oui. On parlait hier soir sur ce plateau de la responsabilité collective. On faisait découvrir aux téléspectateurs notamment le témoignage d'un professeur d'art martiaux qui disait avoir relevé un comportement anormal avec les enfants de la part de Jérôme Barrella dans le sens où il était toujours avec eux, toujours très proche. Est-ce qu'il n'aurait pas fallu déjà faire un signalement ?

C'est ce que disait la présidente de la Voix de l'Enfant ce matin, Martine Brousse, et elle dit au moindre signe, moi ce que je ne savais pas, il y a une cellule au sein du ministère des Sports et elle dit un signalement, ce n'est pas une dénonciation, même pour un comportement comme ça, il faut faire un signalement même si la personne finalement n'a rien de se reprocher.

27:29
Invité

Bien sûr, en fait au moindre doute, quand on a un doute, on signale. Peu importe l'endroit, même si c'est dans la famille, il faut signaler pour au moins qu'il y ait une enquête et qu'on protège les enfants. Mais moi je trouve que dans le traitement de cette affaire, on parle beaucoup des adultes mais on ne parle pas des enfants. Tout à l'heure, par exemple, on parlait des émotions des parents et c'est légitime mais il y a aussi le petit frère. Moi je ne savais pas qu'elle avait un petit frère et je l'ai vu à la marche blanche. Ça m'a beaucoup touchée. Je me suis dit ce petit frère, qu'est-ce qu'il ressent ? Comment il vit ? Qu'est-ce qu'il comprend ?

Et on parle beaucoup de justice mais il y a aussi beaucoup de victimes et il y a énormément d'agresseurs en France et il y a une vraie question à se poser, c'est pourquoi aujourd'hui on en est là ? Ce n'est pas qu'une question de justice. Pourquoi il y a autant d'agresseurs ? On le sait, ça vient pour beaucoup de l'enfance, des violences qui sont faites dans l'enfance, des négligences, des nombreuses négligences que les enfants subissent et je pense que c'est toute une société qui doit revoir sa manière de consommer l'enfance.

28:32
Présentateur

On va s'intéresser à l'enquête à présent puisqu'on a des nouveaux témoignages à vous faire entendre. Voici notamment celui qui a été recueilli aujourd'hui par nos reporters, celui de Patrice. C'est le père d'une jeune fille qui a subi des attouchements, je vous en parlais il y a quelques minutes, en novembre dernier, par Jérôme Barrella lors d'une soirée pyjama. Il a porté plainte avant-hier après avoir été alerté par les assistantes scolaires. Sa fille s'est livrée à ces dernières lors de la cellule d'écoute. C'est un témoignage qui est recueilli par Maëlle Janton et nos équipes Lignes Rouges.

29:02
Invité

Alors vendredi, j'ai été convoqué par deux assistantes sociales qui avaient la cellule de crise qui a été ouverte pour les enfants pour qu'ils puissent se libérer en classe. Du coup, tous les enfants dans la classe avaient droit à la parole et ma fille a commencé à prendre la parole et du coup, ça a commencé à aller un peu trop loin sur l'histoire qu'elle racontait. Donc du coup, les deux assistantes sociales l'ont pris de côté à part et elles ont déposé, elle a raconté tout ce qui s'était passé sur la soirée pyjama qu'elle a été invitée au mois de novembre. Ça s'est passé le mardi, si je ne me trompe pas.

Nous avons été évoqués par ces deux dames pour qu'elles nous disent le récit de ce que ma fille a dit à ces deux dames-là, ces deux personnes-là. Donc c'était le vendredi midi après notre travail. Du coup, elles nous ont lu tout ce que ma fille avait dit sur cette soirée pyjama-là et ces deux dames-là nous ont dit que ce récit-là était parti au procureur à Hoche et que nous devions déposer plainte à la gendarmerie à Florence. Elle a subi des attouchements. Au cours de ce récit pyjama, je ne peux pas rentrer un peu plus dans les détails parce que c'est... Ce que j'ai entendu, moi, c'est très dur donc je ne rentrerai pas plus... Il y a eu attouchement et peut-être qu'il y a eu peut-être plus.

Elle va être auditionnée, tout ça. Ce serait que moi, je ferais justice moi-même et après, il y a une justice donc il faut laisser faire leur travail, je pense. À ce soir-midi, je vais faire la marche blanche comme prévu en demande de ma fille qui était amie avec Yana, qui était en sixième mais elles n'étaient pas dans la même classe. Du coup, oui, je vais faire une marche blanche et en tant que papa vit.

Lyhanna : émotion et colère lors de la marche blanche - 07/06 · Pourquijevote