Le gouvernement Barnier "sera marqué par l'impuissance": l'interview en intégralité d'Éric Ciotti
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Bonsoir Eric Ciotti. Bonsoir. Merci beaucoup d'être avec nous ce soir dans Tout le monde veut savoir.
Toujours président des Républicains, mais je le disais tout à l'heure, président contesté, la justice doit se prononcer dans un moment, on y reviendra. Député allié au Rassemblement National et fondateur de l'UDR, l'Union des Droites pour la République. Je voudrais commencer par les premiers pas de Michel Barnier, qui continue ses consultations en vue de former un gouvernement.
Fait notable, vos anciens amis des Républicains devraient y participer. Ce qui veut dire au fond qu'Éric Ciotti, à quelques mois près, vous auriez pu réaliser votre rêve, rentrer au gouvernement, par exemple devenir ministre de l'Intérieur. Mais entre-temps, vous avez rallié Marine Le Pen, Jordan Bardella a perdu les élections, il n'est pas devenu Premier ministre, et vous n'êtes à la tête qu'un groupe de 16 députés.
Ce n'est pas un triomphe tactique quand même, non ? Ce qui se passe, c'est ce que j'avais prédit. Michel Barnier a passé une alliance avec Emmanuel Macron.
C'est son choix, c'est un homme respectable. Mais la logique des élections législatives était de passer une alliance. J'ai passé une alliance à droite pour que la France soit gouvernée à droite, parce qu'on a besoin des idées de droite, de l'action d'une droite qui réforme un pays qui est à terre après 7 années de macronisme et 5 années de hollandisme, finalement, dans une forme de continuité.
D'autres ont passé une alliance, sans le dire, avec Emmanuel Macron. Elle est aujourd'hui devant nous. Qui va faire partie de ce gouvernement ?
Qui va le composer ? Qui va conduire une politique sans majorité ? C'est l'alliance de ceux qui ne m'ont pas suivi avec la Macronine.
Quand vous voyez Bruno Retailleau, Olivier Marlex, François-Xavier Bellamy susceptibles de rentrer au gouvernement, vous ne vous dites pas, franchement, erreur de timing, je pourrais arriver ministre de l'Intérieur ? Alors quoi faire ? Pour agir ?
Ou pour avoir le prestige d'une fonction qui ne servira à rien ? Ce gouvernement, je souhaite naturellement qu'il réussisse, mais mon pronostic, c'est qu'il va être une fois de plus marqué par l'impuissance. Il n'y a pas de majorité.
Nous étions les seuls à pouvoir, s'il n'y avait pas eu cette alliance des contraires, de LFI à certains républicains. M. Bertrand qui a appelé à voter LFI, M.
Attal a appelé à voter LFI, a appelé à voter pour le nouveau Front populaire. Et j'ai regardé avec ironie les mêmes qui se sont évertués de dire « Attention, il y a le danger du nouveau Front populaire ». Tous ont voté ensemble.
Donc aujourd'hui, cette coalition, c'est une coalition des contraires. Et donc, à nouveau, ce sera une coalition de l'impuissance. Et si c'est une coalition des contraires, Eric Ciotti, pourquoi est-ce que votre principal allié, Marine Le Pen, dit « On ne la censurera pas ».
Et au fond, on souhaite, sinon le succès du gouvernement, du moins, on fait le choix de refuser l'instabilité. Dans ce cas-là, si vous considérez que c'est une alliance avec le macronisme, il faut la censurer. D'abord, elle n'a pas dit ça.
Elle a dit qu'il n'y aurait pas de censure préalable. Après, nous jugerons chacun, les deux groupes qui sont alliés, celui que j'ai l'honneur de présider, qui a changé de nom ce matin, l'Union, il y a désormais à l'Assemblée le groupe UDR également, celui du Rassemblement national, nous formons une alliance solide, nous jugerons au cas par cas, texte par texte, dans l'intérêt du pays. Mais nous, nous ne sommes pas les partisans du chaos, nous ne sommes pas les ingénieurs du chaos.
On veut une stabilité institutionnelle, on respecte les institutions, on jugera sur pièce s'il y a des 49.3 pour faire passer des textes, notamment le texte budgétaire. On verra le contenu du budget.
Juste là-dessus, j'ai entendu M. Barnier dire, laisser entendre avec quelques périphrases qu'il pourrait y avoir une augmentation des impôts. On est le pays au monde où déjà, les impôts sont les plus élevés.
Donc ça pour vous, c'est une ligne rouge, Éric Ciotti ? Pour moi, l'augmentation des impôts est très clairement une ligne insupportable. C'est une erreur économique.
C'est même une faute. Ça fait des années que dès qu'il y a un problème, au lieu de faire des économies, au lieu de baisser les dépenses publiques, la réponse un peu pavlovienne, et je dirais, qui est tellement néfaste pour l'économie, c'est d'augmenter les prélèves obligatoires. Pour que les choses soient claires, vous dites, toute augmentation d'impôts justifierait une censure de la part du groupe de députés que vous présidez.
En tout cas, pour moi, la question se posera. Je ne voterai pas un budget où il y aura une augmentation des prélèvements obligatoires. Nous sommes à plus de 46% du PIB.
C'est le taux le plus élevé des pays de l'OCDE, champion du monde des impôts depuis des années. Vous l'avez dit à Marine Le Pen, qui propose un impôt sur la fortune financière. Ça s'aggrave, mais en même temps qu'il y avait cette proposition, et ce n'est pas forcément...
Il y avait une baisse d'autres prélèvements. Donc ce qui compte, c'est qu'au total, on ait une baisse des prélèvements obligatoires. Je ne crois pas.
C'est ma conviction. On a des différences, d'ailleurs. Moi, je préside un parti qui est indépendant, qui est autonome, qui a deux filiations gaullistes.
L'UDR, ce n'est pas par hasard. Et qui prône cette union des droites. Parce que, je le redis, la France a besoin d'une vraie politique de droite.
Encore un mot, Éric Ciotti, sur la composition du gouvernement. Si, ce soir, tout à l'heure, après cette émission, Michel Barnier vous appelle et vous demande de rentrer au gouvernement. Donc, je n'irai pas, parce que je n'ai pas, aujourd'hui, les coups des franches pour diriger une politique qui restaurerait, si vous parliez tout à l'heure de la sécurité, je prends votre hypothèse, qui restaurerait un ordre nécessaire dans la rue, avec une baisse drastique de l'immigration.
Moi, ce que je pourrais soutenir, c'est si, demain, on a engagé une réforme de la Constitution sur les questions migratoires, approuvée par un référendum par les Français. On peut le faire, dans le cadre de l'article 89, il y a une majorité au Sénat pour cela. Nous, nous sommes ouverts à regarder une réforme constitutionnelle qui instaurerait une préférence nationale pour qu'un étranger, dès le premier jour, ne touche pas des prestations familiales ou des allocations au logement.
Vous avez toutes les mesures que nous avions votées, aussi bien le Rassemblement national que les LR, dans la loi de migration, le Conseil constitutionnel a dit qu'il y a des dispositions qui ne sont pas conformes à la Constitution. Eh bien, on peut trouver une majorité pour régler les principaux obstacles à ce qui empêche que notre pays retrouve le cours de sa politique migratoire. Donc, Éric Ciudy, au fond, si j'essaie de résumer, parce que parfois, la politique, en ce moment, ce n'est pas toujours très facile à comprendre.
Non, je le confirme. Vous dites, comme Marine Le Pen, pas de censure a priori, on jugera sur pièce. Pas de chaos institutionnel.
On fixe un certain nombre de lignes rouges, vous venez d'évoquer l'augmentation des impôts. Est-ce que vous dites, comme Jordan Bardella, c'est un gouvernement qui est sous surveillance ? Est-ce que vous reprenez cette expression ?
C'est le rôle du Parlement. Le Parlement, de par la Constitution, exerce le contrôle du gouvernement. Donc, contrôle, surveillance, ce sont les mêmes mots.
Bien entendu, nous serons extrêmement vigilants à ce que le macronisme ne se prolonge pas au travers de la politique conduite. Michel Barnier dit, le président préside, le gouvernement gouverne. Il y aura des membres des Républicains, vos anciens amis, qui vont rentrer au gouvernement.
Ça ne ressemble pas à la prolongation du macronisme en l'État, Éric Ciudy. Avec quel soutien ? Avec quel soutien ? 46 députés.
C'est toujours mieux que 16. Sur 577. Sur 577.
Ça fait toujours trois fois plus que votre groupe. Je fais partie d'une coalition qui a 143 députés, qui est la première coalition et qui a eu 11 millions d'électeurs. Nous avons voulu cette alliance, et ma formation politique a obtenu 1 300 000 voix, c'est-à-dire plus que LR.
Plus que LR. En tout cas, les LR, qui ne m'ont pas suivi plus. Donc ça veut dire qu'on a une légitimité.
On va défendre ces Français qui ont été un peu mis sur le côté, méprisés, considérés comme des citoyens de second rang, qui n'avaient pas droit à une représentativité dans les fonctions exécutives de l'Assemblée nationale, qui sont toujours traités comme des parias. Ce qui pose un vrai problème démocratique aussi. J'ai eu l'occasion de le dire au président de la République quand il m'a reçu.
Sur les lignes rouges que vous évoquez, est-ce que s'il y avait des ministres de gauche au gouvernement, ce serait une ligne rouge ? Nous verrons bien. Pas de procès préalable.
On verra les personnalités. Là encore, il y a des personnalités qui ont fait pour fonds de commerce l'insulte contre des Français qui votent selon leurs convictions, qui aiment leur pays, qui sont patriotes. 11 millions.
Pour M. Bertrand, son seul fonds de commerce a été l'insulte. C'est-à-dire que pour vous, Xavier Bertrand au gouvernement, ce n'est pas envisageable ?
Nous verrons bien. Mais en tout cas, nous l'avions dit pour Matignon, ce qui insulte...
Ça fait longtemps qu'on s'est séparés. Notamment quand il a quitté les Républicains. Il est revenu après.
Oui, il est revenu par opportunisme. Et puis il est reparti. J'ai eu l'honneur de le battre à la primaire.
Bon, il est arrivé quatrième, après Michel Barnier, après Valérie Pécresse, après moi. Bon, tout ça est un peu ridicule. Cette forme d'opportunisme...
Vous ne souhaitez pas que Xavier Bertrand soit au gouvernement ? Je ne vois pas ce qu'il pourrait apporter au service de l'intérêt général, au service du bien commun. Et ce serait un motif de censure ?
C'est réformé. Nous en discuterons. Nous verrons bien.
Mais en tout cas, je ne vois pas ce que son opportunisme, et son cynisme, et son mépris pour beaucoup de Français pourraient apporter. Le nouveau Premier ministre a commencé à esquisser une feuille de route. Et sur l'immigration, on entend Michel Barnier parler de frontière passoire.
Et revient cette idée de la possibilité d'un ministère de l'immigration. Alors, Matignon dit que les choses ne sont pas actées. Mais est-ce que ça, vous y verriez quelque chose d'encourageant s'il y avait un ministre chargé de l'immigration, comme c'était le cas en 2007 sous Nicolas Sarkozy ?
Ça dépend ce qu'on en ferait. Ce que Jardin Bardella dit, ça ne sert à rien, c'est déjà le ministère de l'Intérieur. Les outils opérationnels pour gérer les flux migratoires, ils sont dans les mains du ministre de l'Intérieur.
D'ailleurs, le ministre de l'Immigration en 2007, bon, ça n'avait pas servi à grand-chose. C'était Brice Hortefeux. C'était Brice Hortefeux.
Sympa pour lui. Oui. D'ailleurs, il est devenu ministre de l'Intérieur, avec l'immigration dans son portefeuille.
C'était finalement le constat, parce qu'il n'y a pas de service, il n'y a pas la direction générale des étrangers, il n'y a pas les préfets qui peuvent activer les contrôles. Ce qu'il faut, c'est changer radicalement de politique en matière migratoire. Michel Barnier avait porté des propositions intéressantes.
Un moratoire sur l'immigration. Un, le moratoire. Et deux, le bouclier constitutionnel.
Ce qui implique le bouclier constitutionnel, une réforme de la Constitution. Donc je dis à Michel Barnier, pour lequel j'ai du respect, c'était à LR, mon conseiller en matière de relations internationales. On a travaillé ensemble.
Je lui dis, allez, chiche, on fait la réforme constitutionnelle, on change de cadre. Alors, je le redis, le président de la République peut proposer, après que les deux chambres aient voté dans les mêmes termes, une réforme de la Constitution. Et donc si c'était le cas, vous ne pourriez pas être l'homme à même de porter précisément ces idées-là ?
Non, parce qu'il y a trop d'incohérences. Et puis je fais cette proposition, mais allez. Mais vous n'y croyez pas vraiment ?
J'y crois pas vraiment. Et il y a tellement de blocages. La majorité est tellement incohérente.
Il n'y a pas de majorité. C'est même pas qu'elle est incohérente. Il n'y a pas de majorité.
Entre M. Attal, l'aile gauche de Renaissance, entre M. Bayrou, qui a porté des politiques très favorables à l'augmentation des flux migratoires, entre certains chez LR, qui ont aussi des positions très contradictoires, comment mettre ce beau monde d'accord ?
Ils ont été tous d'accord. Mais c'est intéressant, Éric Sotty. Ils ont été tous d'accord contre nous.
Mais je suis...
Permettez-moi d'être sceptique sur le fait qu'ils soient d'accord. Vous me proposez quelque chose d'effort. Vous me fournissez une transition toute trouvée sur la question des positions contradictoires.
Parmi les éléments mis en avant par le Rassemblement national pour, disons, sinon soutenir, du moins ne pas censurer tout de suite le gouvernement Barnier, c'est la mise en place de la proportionnelle. Est-ce que vous y êtes favorable ? Ça dépend dans quel cadre, quel proportionnel.
La proportionnelle a existé dans notre pays. C'était aux élections législatives de 1986. Elle était par département, c'est-à-dire qu'elle maintenait un lien entre le français et le territoire.
Ce qu'il faut, c'est qu'il y ait une majorité. Voilà. Moi, je suis attaché...
Non, mais la question est assez simple. Est-ce qu'il faut faire ce pas à la proportionnelle ? La proportionnelle par département, personnellement, je n'y suis pas hostile.
J'avais eu l'occasion de le dire bien avant...
Le 5 avril, Éric Ciotti, vous parliez de la proportionnelle comme d'un poison pour la République. Si c'est un poison pour la République, c'est difficile de se dire qu'on n'y est pas hostile, non ? Ce qu'on a vu aujourd'hui, c'est que le scrutin majoritaire, par deux fois, en 2022, et de façon encore amplifiée après la dissolution, ne garantissait plus de majorité.
C'était sous la Ve République. Là, c'était le 5 avril 2024. Il y avait déjà eu l'élection législative de 2022.
Donc, il faut tirer les conséquences d'une situation nouvelle. Moi, je suis attaché à ce qu'on maintienne l'esprit de la Ve République, c'est-à-dire une majorité forte. Là, M.
Macron a transformé la Ve République en Quatrième République. Et donc, vous avez changé d'avis sur la question de la proportionnelle. Avec le jeu des combinaisons.
Ce n'est pas moi qui ai changé d'avis. Si, vous disiez le 5 avril que c'était un poison. Là, vous me dites pourquoi pas.
C'est le contexte qu'il y a viscéralement. Aujourd'hui, on voit bien qu'il y a le jeu de ces alliances, il y a le jeu des partis qui ne permettent plus d'avoir une majorité. Toujours sur cette question de la constance des positions, au cœur de l'agenda parlementaire des prochains mois, il y aura la question de la remise en cause ou non de la réforme des retraites.
Je rappelle que vous, Éric Ciotti, vous aviez soutenu la réforme portée par Elisabeth Borne. Or, le 31 octobre, le Rassemblement national va profiter de sa niche parlementaire pour proposer l'abrogation de la réforme des retraites. Alors là, il y a deux possibilités.
Soit vous êtes cohérent avec vos idées, et dans ce cas-là, vous votez contre cette abrogation, ou bien vous êtes cohérent avec vos alliances, et dans ce cas-là, vous votez pour cette abrogation. Qu'est-ce que vous choisissez entre ces deux options ? On verra le texte qui est déposé.
Ah bah le texte, c'est assez simple. Non, non, non. Ça a été dit, abrogation de la réforme, retour à 62 ans, 42 annuités de cotisation.
Il n'y aura pas qu'une abrogation, il y aura aussi des propositions. On fera jouer notre capacité à amender un texte. Moi, je suis favorable, par exemple, à ce qui est plus de capitalisation.
On a discuté sur la revalorisation des petites retraites dans la précédente réforme. C'est nous qui l'avons obtenue. Attendez, Éric Souty, franchement, on a suffisamment même ensemble sur des plateaux parlé pendant la réforme des retraites.
Vous disiez, Éric Souty, il faut travailler plus longtemps. Le Rassemblement National ne cessez de dire l'inverse sur cet élément de l'abrogation. Non, non, non.
Le Rassemblement National ne dit pas l'inverse. Ce que nous avions dans le programme législatif, c'était la question des carrières longues. D'ailleurs, c'était un débat que nous avions nous-mêmes porté.
Il reste une année où on peut améliorer les choses. Je ne suis pas hostile à qu'on améliore les choses. Nous verrons le texte, nous en débattrons.
Pourquoi, d'ailleurs, j'ai lu votre interview dans les colonnes de Valeurs Actuelles où vous vous assumiez de dire que sur le sujet de la réforme des retraites, vous n'étiez pas aligné avec Marine Le Pen et le Rassemblement National ? Absolument, et je le redis, on reste, et je reste cohérent avec cette analyse de dire, aujourd'hui, on a un problème. Il y a des pensions qui sont versées à hauteur de 380 milliards d'euros et il y a des cotisations qui sont perçues à hauteur de 300 millions.
Donc il y a un déficit de 80 milliards d'euros. Ça, c'est une question budgétaire. Il y a ensuite un problème démographique.
Il y a de moins en moins d'actifs qui travaillent pour payer des retraités, qui sont les pensions des retraités, qui sont de plus en plus nombreux. Donc il faut trouver des solutions. Pour que les choses soient claires, vous pourriez vous opposer à ce texte du Rassemblement National ?
La réponse n'est pas aussi binaire que vous le proposez. Mais Eric Ciotti, l'impression que vous donnez là aux téléspectateurs, c'est au fond, c'est parce que c'est un texte qui est porté par votre principal allié, vous ne voulez pas dire que vous pourriez voter contre ? Nous allons travailler ensemble à ce texte et je vous donnerai la réponse, mais elle sera cohérente avec ce que j'ai toujours défendu.
Eric Ciotti, un mot sur le mouvement que vous avez fondé, l'union des droites pour la République. Est-ce que vous savez qui a dit le 22 mai 2024, « je n'ai jamais cru à l'union des droites » ? Moi j'ai toujours cru, dans la nécessité… Oui, ça vous j'ai pas beaucoup de doutes, mais est-ce que vous savez qui a dit ça ?
Que les Français de droite se rassemblent. J'étais assez hostile à des alliances qui pouvaient toucher les appareils, j'ai toujours défendu, j'ai toujours défendu l'alliance… Je vous donne un indice, ce n'est pas vous. Est-ce que vous avez une idée de qui a pu dire « je n'ai jamais cru à l'union des droites » ?
Je ne sais pas. Marine Le Pen, aujourd'hui votre principal allié, est-ce qu'on peut s'allier avec quelqu'un qui combat aussi frontalement l'essence même de votre combat politique désormais, qui est de dire « il ne faut qu'à droite se sunnite ». Benjamin, tout à l'heure vous avez dit que j'ai été rallié au RN.
Je ne suis pas membre du Rassemblement national. Je suis président d'une formation politique qui veut prolonger l'histoire de ma famille. Vous avez vocation à gouverner avec le RN, c'est ce que vous souhaitiez.
Donc j'ai mon identité, notre autonomie, notre indépendance et nous avons pour la première fois passé une alliance très claire qui a cassé ce mur, qui voulait enfermer dans un ghetto des millions de Français parce qu'ils étaient soupçonnés de mal penser et de ne pas penser comme un système politico-médiatif. Mais Marine Le Pen ne croit pas à cette idée d'union des droites. Mais on a des différences.
Elle a des électeurs qui viennent de la gauche. C'est ce qui l'a conduit à porter un rassemblement. Moi, je me situe très clairement à droite.
Je suis un homme de droite. J'avais défendu cette position à la primaire. Nous sommes… C'est une femme de droite Marine Le Pen ou pas ?
En tout cas, les idées qu'elle véhicule, qu'elle porte, elle aime la France. Oui, parce qu'on peut aimer la France et être de gauche. Oui, il y en a à gauche qui n'aiment pas la France.
Il y en a peut-être à droite qui n'aiment pas la France. Beaucoup d'insoumis n'aiment pas la France, n'aiment pas son drapeau, choisissent d'autres drapeaux. Nous, nous aimons la France.
Nous sommes patriotes. Je crois qu'elle aime la valeur travail. Elle aime l'ordre, la sécurité, la liberté.
Ce sont des valeurs que, personnellement, je qualifie à droite. Je ne suis pas sûr que ça lui plaire à ça, mais je lui demanderai la prochaine fois qu'elle viendra. Mais chacun se positionne.
Moi, je vous dis, dans le respect de chacun, j'assume d'être de droite. Un petit mot, juste pour ceux qui aiment l'histoire politique. L'UDR, c'est une référence au parti gaulliste.
Absolument. Quand on est là encore allié avec un parti, le Rassemblement national, qui a notamment été fondé par des collaborationnistes, anti-gaullistes, qui, à certains moments, ont eu des liens avec l'OAS, qui a combattu le général de Gaulle. Est-ce que là, il n'y a pas un contresens absolu ?
Je crois qu'on n'est plus dans cette période. Les racines des partis, ça compte, non ? Vous convoquiez une histoire qui est très lointaine.
Objectivement, qui peut dire aujourd'hui qu'il n'y a pas eu une rupture avec cette période ? Marine Le Pen elle-même l'a fait avec son propre père. Quel geste plus symbolique ?
Jordan Bardella, qui préside aujourd'hui le Rassemblement national, a fait cette rupture aussi. Qui peut dire aujourd'hui, dans cette formation politique, qu'il y a la même continuité avec ce passé que vous évoquez, qui a existé, que personnellement, naturellement, je condamne. Mais on est dans une autre période.
Vous le reconnaissez, ce passé ? Tout le monde le reconnaissait. Ce sont des faits historiques.
Mais qui peut aujourd'hui continuer à empêcher à ce qu'on ait une vraie politique de réforme, de redressement, en convoquant en permanence cette vieille histoire qui n'est pas celle de ceux qui aujourd'hui veulent, dans l'Union, dans le Rassemblement, additionner leurs forces, leurs différences aussi. Parce que quand on est dans une coalition, forcément, il y a des différences. Il y a des différences.
Si on était identique, semblable, j'aurais adhéré au Rassemblement national. Moi, je suis le continuateur d'une histoire. C'est pour ça que j'ai voulu que cette famille politique, elle porte le nom du DR.
Elle aurait pu porter le nom de RPR aussi, parce que j'ai adhéré au RPR à 16 ans. Vous avez déjà pris d'autres à redéposer le...
Moi, j'ai le sentiment de ne pas avoir trahi mes convictions. J'ai le sentiment d'avoir été fidèle à mes convictions, de ne pas avoir trahi mes électeurs. Mes électeurs, qu'est-ce qu'ils me disent ?
Il faut sanctionner M. Macron. Il faut sanctionner la gauche.
Ils ont abîmé la France. Vos électeurs, ce sont aussi parfois, même souvent, sans doute, des adhérents des Républicains. Oui.
Vous êtes encore à la tête de ce parti, contesté. Il y a une audience qui doit se tenir le 14 octobre. Si je comprends bien ce qui se passe dans votre parti, vous ne mettez plus les pieds au siège place du Palais Bourbon.
La plupart des salariés sont soit en vacances, soit en arrêt maladie, parce qu'ils craignent d'être licenciés. Quel sens ça a, encore plus maintenant que vous avez fondé un nouveau parti, de se maintenir à la tête des Républicains ? C'est juste pour embêter Laurent Bouquet ?
Moi, je veux refonder ma famille politique. C'est ce que j'ai lancé chez moi à Nice le 31 août dernier. C'est une nouvelle page que nous écrivons, qui appelle les militants des Républicains.
Vous savez, au mois de juin, il n'y en avait plus que 25 000 au moment de la dissolution. Vous allez partir ou pas ? Il y en avait 25 000.
On en avait 400 000 lorsque Nicolas Sarkozy, avant que Nicolas Sarkozy soit élu président de la République. Il y en avait encore, au temps de l'élection à la présidence de l'UMP en 2012, il y en avait plus de 300 000. Mais moi, je veux que ces militants, qui pour la plupart sont partis au Rassemblement national ou sont partis ailleurs, reviennent dans une famille.
Est-ce que vous allez laisser votre place de président des Républicains ? Je le dirai aux militants, si vous le permettez. Mais donc vous n'êtes plus aussi ardouté que ça ?
Dans les jours qui viennent. D'accord. Moi, je veux écrire une nouvelle page avec les militants des Républicains.
Les Républicains, la marque, les Républicains, je l'ai dit, est dépassée. Elle est dépassée parce que, comme je l'avais redoutée et annoncée, et malheureusement subie à la tête des Républicains, elle est aujourd'hui confondue avec le macronisme. Ce qui se passe, finalement, c'est la dilution de certains Républicains dans le macronisme.
On avait eu des accords électoraux avant le premier tour, des retraits réciproques, des désistements, des appels à voter. Donc je pense qu'aujourd'hui, ceux qui sont allés dans ce chemin ont commis une faute. Mais je retiens.
Et je ne veux pas que ma famille politique, elle disparaisse. Donc je la refonde différemment. Mais je retiens que vous nous direz dans les prochains jours, si d'aventure vous...
Je le dirai, si vous le permettez, d'abord aux militants. Aux militants. Deux questions pour terminer, Éric Ciotti.
La première sur ces images qui ont choqué et bouleversé la France entière, de cette petite fille de trois ans, dans le 15e arrondissement, dans une école, qui est frappée par son institutrice. Comment vous avez réagi quand vous avez vu ces images ? Images très choquantes, indignes, qui appellent à des sanctions, bien sûr.
La justice doit faire son travail et j'espère qu'elle le fera. Mais je pense à cette petite fille, à ses parents, à sa famille, qui doivent être extrêmement choquées. Une toute dernière question avec vous, Éric Ciotti, puisque depuis cette rentrée, il est beaucoup question du laxisme judiciaire, de l'intransigeance des peines.
Et je vous entends souvent sur les plateaux de télévision réclamer que la justice ne soit pas laxiste et qu'elle soit implacable. Votre chef de cabinet a été contrôlé fin août à 175 km heure sur l'autoroute A8, au lieu des 110 auxquels il était soumis comme jeune conducteur. Est-ce que vous demandez la plus grande sévérité de la justice à son égard ?
La justice fera son travail. Moi, je condamne ce comportement. C'est une faute.
Et d'ailleurs, ce chef de cabinet m'a remis ses fonctions. Il a quitté ses fonctions immédiatement. Donc ce n'est plus votre collaborateur ?
Ce n'est plus mon collaborateur. Je n'en ai pris acte. Il l'a fait lui-même d'ailleurs en responsabilité.
C'est à cause de cela qu'il vous a donné sa démission ? Il a commis une faute. Il en a assumé les conséquences.
Quand on commet une faute, qu'on assume les conséquences, c'est assez digne. Voilà, je le dis.
Éric Ciotti