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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 22 janvier 2023 79 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalDéfenseEnvironnement & énergieNumérique

Célébration du 60ème anniversaire du Traité de l’Élysée.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00Présidente de l'Assemblée nationaleFait
    « Il y a 60 ans, le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient cet extraordinaire traité de l'Élysée qui redonnait des bases solides, concrètes et rénovées à l'amitié franco allemande. »
  • 7:30Présidente du BundestagFait
    « La réconciliation franco allemande serait la pierre angulaire de la construction d'une Europe apaisée. »
  • 10:00Président de la RépubliqueFait
    « Nous avons soutenu l'Ukraine, sanctionné la Russie et, ensemble, sommes allés à Kiev pour ouvrir, là aussi, un chemin que, quelques semaines plus tard, notre Europe a consacré. »
  • 12:30Président de la RépubliqueChiffre
    « Nous avons su le faire face à la pandémie, par une relance économique qui nous a permis une capacité d'investissement inédite, à 27, et la mutualisation de dettes communes pour des investissements à venir. »
  • 15:00Président du BundestagChiffre
    « 35 000 participants se sont réunis en 1951, lors de la rencontre européenne de la jeunesse à la Loreley, et il s'agissait principalement de jeunes Allemands et de jeunes Français. »
  • 17:30Président de la RépubliquePromesse
    « Nous choisissons la diversification car elle nous permettra de réduire les dépendances unilatérales risquées. Cela englobe la garantie de notre approvisionnement en matières premières et en énergie. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Chancelier, Madame la Présidente du Bundestag, Monsieur le Président du Bundesrat, Monsieur le Vice-président du Sénat, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés des deux rives du Rhin, chers collègues, Mesdames et Messieurs. Il me revient l'honneur d'ouvrir cette journée franco allemande, durant laquelle nous commémorons ensemble le 60ᵉ anniversaire du traité de l'Élysée du 22 janvier 1963. Ce n'est pas un hasard si je prends la parole ici, à la Sorbonne, là où tout a commencé car, il y a sept siècles de cela, dans l'enceinte estudiantine créée par Robert de Sorbonne, on trouvait une nation française et une nation allemande étroitement liées déjà dans le travail, l'étude et la recherche.

À l'époque, en effet, à la Sorbonne, ce terme de nation recouvrait tous les étudiants natifs d'une même partie du monde. En cette université vouée à la découverte des humanités classiques, la nation française englobait les élèves originaires des pays latins, la France, l'Espagne, le Portugal, les États italiens et la nation allemande, tous ces jeunes de l'Europe rhénane et nordique, vos prédécesseurs, chers Européens, venus si nombreux à Paris qu'il fallut bientôt distinguer nation de la Haute Allemagne et nation de Basse Allemagne. Ainsi les nations, au sens de la Sorbonne, n'étaient-elle pas des groupes hostiles et chauvins, simplement des collectivités humaines.

Chacune avait sa langue, sa culture et ses us et coutumes, auxquels il n'était pas question de renoncer. Mais chacune voulait aussi connaître les coutumes, cultures et langues des autres nations, pour bâtir quelque chose de plus grand avec elles. En sept siècles, malgré les guerres et les drames, malgré le sang versé sur tous les champs de bataille du monde, les esprits éclairés n'ont rien voulu d'autre que d'étendre au continent le miracle de la Sorbonne, pour que les nations deviennent des familles au sein d'un vaste ensemble européen.

C'est ainsi que l'histoire de France et l'histoire d'Allemagne n'ont, en fait, cessé de se mêler, de se mélanger pour former une seule et même histoire franco allemande dont toutes et tous ici, nous sommes en définitive les héritiers. Ce n'est pas un vœu pieux, c'est une réalité qu'il est facile de constater. L'un des plus charmants monuments de l'agglomération berlinoise porte un nom français, Sans-Souci, où Frédéric II recevait Voltaire, et le plus célèbre des monuments français porte un nom allemand, Eiffel, région rhénane dont était issue la famille de Gustave Eiffel, né Bonickhausen.

Le Rhin, on le voit, n'est pas un fossé entre nos deux peuples. Hegel avait ainsi raison de dire qu'un fleuve n'est pas ce qui sépare, mais ce qui rassemble, et tout notre art politique consiste sans doute à bâtir des ponts. Après Hegel, c'est Hugo qui écrivait, dès 1842 : " Il faut, pour que l'univers soit en équilibre, qu'il y ait en Europe comme la double clef de voûte du continent, deux grands États du Rhin, tous deux fécondés et étroitement unis par ce fleuve régénérateur. " Le grand écrivain venait de voyager à travers la vallée du Rhin.

Il en tirait un splendide récit, conclu ainsi : " La France et l'Allemagne sont essentiellement l'Europe. " Combien de huguenots français ont franchi le Rhin pour trouver asile en terre allemande et y faire souche ? Combien de citoyens allemands, plus tard, fuyant le nazisme, ont recherché en France un havre de liberté ?

J'en parle en connaissance de cause, moi, petite-fille d'une citoyenne de Munich réfugiée en Lorraine et, si j'évoque ici le souvenir de Rosa, ma grand-mère née allemande, épouse d'un réfugié polonais, tous deux naturalisés français, c'est pour vous dire simplement que, du plus lointain de mon enfance, la présidente de l'Assemblée nationale que je suis devenue a entendu des mots allemands pour exprimer l'amour d'une vieille dame à sa petite-fille et l'espoir d'une vie heureuse en Europe. Qu'elle serait fière et émue de nous voir aujourd'hui, tenant cette promesse devenue réalité tangible. Cela grâce à l'esprit de responsabilité qui a su prévaloir des deux côtés du Rhin.

Je suis sûre qu'elle vous a entendus. Le mois dernier, à l'Assemblée nationale, j'ai fait apposer une plaque en l'honneur d'un grand orateur parlementaire d'autrefois, Aristide Briand. Il fut député, ministre et chef du Gouvernement pendant la bataille de Verdun.

La paix revenue, effaré par les massacres et les destructions d'une guerre mondiale, il œuvra de toutes ses forces pour la paix, le rapprochement franco allemand et les États unis d'Europe. En 1926, il reçut le prix Nobel de la paix, conjointement avec son homologue allemand Stresemann et quand, dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, les députés français lui demandèrent de rendre compte de ses échanges avec le Gouvernement de la République de Weimar, voilà la réponse qu'il lança et que je vous invite à méditer : " Nous avons parlé l'européen. " C'est une langue nouvelle qu'il faudra bien que l'on apprenne.

La grande crise de 1929 et la montée des nationalismes ont empêché cette vision de se réaliser tout de suite mais, une deuxième guerre mondiale plus tard, nous savons, nous démocrates, nous humanistes des deux rives du Rhin, que c'est Aristide Briand qui avait raison. C'est pourquoi, il y a 60 ans, le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient cet extraordinaire traité de l'Élysée qui redonnait des bases solides, concrètes et rénovées à l'amitié franco allemande. Les nations, au sens de la Sorbonne, l'emportaient sur le nationalisme, l'ouverture sur la fermeture, l'échange fructueux sur le repli frileux.

C'est ainsi que nous avons connu, fait unique dans l'histoire, six décennies de concorde et de paix. Dans le contexte que nous connaissons aujourd'hui, je veux le dire avec force, l'amitié franco allemande est un bien précieux, partout où nous entendons l'écho des vieux discours populistes et xénophobes qui ont fait tant de mal et, sur notre flanc oriental, nous avons vu resurgir leur conséquence fatale : la guerre. Notre responsabilité est d'éloigner ces spectres et ces forces de destruction et de désolation que nous récusons, ensemble.

L'amitié franco allemande, c'est l'antidote aux poisons qui, par deux fois, ont failli emporter l'Europe, le nationalisme et l'expansionnisme. C'est un gage tout à la fois de démocratie et de prospérité, pour le présent bien sûr, et plus encore pour l'avenir. Jeunes Allemands, jeunes Français, jeunes Européens qui êtes ici présents, c'est votre génération qui doit s'emparer de cet héritage et le faire fructifier.

C'est votre génération qui va construire l'avenir et notre premier investissement, c'est vous, c'est la jeunesse franco allemande qui va transformer le monde car, nous le voyons bien, les grands chantiers du futur sont d'abord franco allemands. Réindustrialisation, transition énergétique, coopération scientifique et culturelle et promotion des valeurs démocratiques européennes, tels sont les grands enjeux qui constituent, pour nos deux pays et leur jeunesse, autant de formidables opportunités de renouveau et de progrès. Vous le voyez, l'esprit qui anime notre partenariat franco allemand ignore le pessimisme et la morosité.

Quand d'autres se réfugient dans le protectionnisme, nous disons concertation, confiance et initiatives communes. 60 ans après le chancelier Adenauer et le général de Gaulle, Monsieur le président de la République, Monsieur le Chancelier, vous vous apprêtez à nouer un nouveau partenariat franco allemand. C'est le sens de l'histoire et nous pouvons tous nous en réjouir.

Juste avant de prendre la parole ici, devant vous, j'étais au Panthéon avec mon homologue Bärbel Bas. Symboliquement, nous avons voulu rendre hommage à Simone Veil, ancienne déportée, première présidente du Parlement européen. Dans ce temple des grands hommes, nous avons salué la mémoire d'une grande dame, qui disait fort justement, avec cette lucidité qui était sa signature politique : " L'Europe, c'est avant tout la fin des conflits entre la France et l'Allemagne. " C'est déjà acquis depuis maintenant un peu plus de vingt ans, mais il faut poursuivre dans cette voie et dans une perspective de confiance et de construction, ensemble.

Comme elle avait raison. Le nouveau partenariat franco allemand va également être relancé grâce à notre déclaration commune, chère Bärbel, déclaration qui ne nommait aucun champ d'intervention car nos assemblées se sont jumelées. Elles s'engageront toujours plus pour le progrès, j'en suis sûre, et le progrès, aujourd'hui, est franco allemand.

Pour promouvoir l'amitié entre nos deux pays et, avec elle, nos valeurs démocratiques, nos exigences écologiques et notre vigilance sur le droit des femmes, je sais pouvoir compter sur toi, chère Bärbel, et je suis heureuse de te céder la parole. Je vous remercie. Bonjour.

Madame la Présidente, Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier, Messieurs les présidents du Sénat français du Bundesrat, chers collègues des deux parlements, Mesdames et Messieurs et chers jeunes, le traité de l'Élysée a marqué un nouveau début dans l'histoire de nos pays et dans l'histoire de l'Europe. Il y a 60 ans, nous avons posé les bases d'une amitié profonde, une amitié qui est devenue le moteur de l'unification européenne. Le terme même de réconciliation n'apparaît pas dans le traité de l'Élysée, mais ce traité représente une réconciliation sans précédent entre deux nations, et pour un nouvel esprit de la meilleure compréhension.

En 1963, seules dix-huit années nous séparaient de la Seconde Guerre mondiale et des souffrances que l'Allemagne avait infligées à l'Europe. La Première Guerre mondiale, dévastatrice, était elle aussi encore très présente dans la mémoire collective. La réconciliation exige à la fois du courage, de l'humanité et de la générosité.

Dans la société civile, il y a eu très tôt des personnes qui se sont prononcées en faveur d'un véritable processus de réconciliation, des personnalités aussi clairvoyantes que Charles de Gaulle, Konrad Adenauer, Alfred Grosser et Carlo Schmid ont fait avancer cette entente. Je m'incline avec une profonde gratitude et un profond respect devant toutes les personnes qui se sont engagées pour surmonter l'hostilité et construire l'amitié entre nos pays. Simone Veil a déclaré en 2004, au Bundestag allemand : " Il faut briser le cercle vicieux. " Il fallait le briser.

La réconciliation franco allemande serait la pierre angulaire de la construction d'une Europe apaisée. En tant que jeune adolescente, Simone Veil avait survécu à Auschwitz. Elle a perdu sa mère, son père et son frère dans la Shoah et, pourtant, elle a trouvé la force de tendre la main aux Allemands.

Toute sa vie, elle s'est engagée pour la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Chère Madame la Présidente, chère Yaël, merci de m'avoir invitée à me recueillir avec vous, sur la tombe de Simone Veil au Panthéon. Rendre hommage à cette femme exceptionnelle m'a profondément émue.

Simone Veil reste un grand modèle, un grand exemple en tant que réconciliatrice convaincue, européenne visionnaire et fervente militante des droits de la femme. Certains se demandaient encore récemment si l'idée européenne pouvait encore être comprise comme idée ou projet de paix. La paix semblait aller de soi, surtout pour la jeune génération mais la guerre d'agression, menée par la Russie contre l'Ukraine et précédée en 2014 par l'annexion illégale de la Crimée, nous montre que nous nous sommes amèrement trompés.

L'avertissement de Jean-Claude Juncker est douloureusement actuel. Ceux qui doutent et désespèrent de l'Europe devraient visiter les cimetières militaires. Depuis presque un an, des personnes meurent chaque jour en Europe, dans une guerre criminelle.

L'Europe se tient fermement et indéfectiblement aux côtés de l'Ukraine. Nous soutenons les Ukrainiennes et les Ukrainiens dans leur lutte pour la liberté, la souveraineté et l'intégrité territoriale, tout comme les réfugiés ukrainiens. Nous aiderons l'Ukraine à se reconstruire et à rejoindre l'Union européenne.

Dès les premiers instants de cette guerre, l'Europe a fait preuve d'une solidarité sans faille avec l'Ukraine et d'une grande unité face à l'agresseur russe. C'est également dans notre intérêt. Il en va de la sécurité de notre continent, de notre prospérité et de notre mode de vie, des valeurs qui nous unissent, de la liberté, de l'État de droit et de la démocratie.

Nous devons défendre les fondements de l'Union européenne, y compris contre des attaques venant de l'intérieur. Ce n'est que si l'Europe est forte de l'intérieur que nous pourrons affirmer nos valeurs sur le plan international. L'Europe est confrontée à des tâches immenses.

Les bouleversements géopolitiques, le changement climatique, l'approvisionnement énergétique, l'économie ou les mouvements migratoires exigent de nous de nouvelles réponses communes. L'Allemagne et la France sont plus que jamais sollicitées et notre partenariat joue un rôle clé dans la réalisation des grandes tâches de notre époque. L'étroitesse de notre concertation joue un rôle essentiel pour l'avenir de nos pays et de l'Union européenne.

Nous avons des traditions et des cultures constitutionnelles différentes, et cela se reflète également dans des idées politiques différentes sur certaines questions. Cela fait également partie d'une amitié. Notre force réside dans la transformation de nos différences en progrès pour l'Europe.

L'Europe a besoin du tandem franco allemand et nos parlements ont une responsabilité tout à fait particulière à cet égard, à plus forte raison à une époque où les démocraties sont sous pression et que la confiance de nombreux citoyens dans le monde politique s'affaiblit de manière inquiétante. La démocratie est aussi forte que ses parlements, et c'est la raison pour laquelle il est tellement important pour moi que nous continuions à approfondir notre coopération parlementaire franco allemande. Je considère qu'il est de la responsabilité de nos parlements d'approfondir leurs échanges et d'élaborer, sur cette base, des positions communes.

C'est exactement ce que nous ferons cet après-midi, lors de la séance de travail de l'Assemblée nationale et du Bundestag. Dans le Traité de l'Élysée, Il n'était pas question des parlements mais, entre temps, la politique étrangère parlementaire s'est établie. Grâce à de nombreux députés très engagés, un large réseau s'est développé entre le Bundestag et l'Assemblée nationale.

Avec l'accord parlementaire franco allemand de 2019, nos parlements ont véritablement fait passer la coopération à un niveau supérieur. L'impulsion a d'ailleurs été donnée par votre discours passionné de 2017 ici, à la Sorbonne, Monsieur le Président Macron. Le Bundestag et l'Assemblée nationale ont rapidement répondu à votre appel, pour insuffler une nouvelle dynamique dans nos relations, et ils ont créé ce parlement binational.

C'est une première mondiale, et je tiens ici à remercier Wolfgang Schäuble et Richard Ferrand pour leur engagement. Ils ont tous les deux été les moteurs de ce projet. Notre jeune assemblée parlementaire a non seulement été capable de travailler pendant la pandémie, mais elle a également gagné en visibilité.

Cela montre la force de ce partenariat franco allemand dans son ensemble, et cela témoigne d'une véritable confiance mutuelle. Il me tient particulièrement à cœur d'utiliser intensivement l'Assemblée parlementaire franco allemande et de la développer. Là-dessus, je suis pleinement d'accord avec mon homologue.

D'ailleurs, la présidente Braun-Pivet et moi-même avons élaboré une déclaration commune à l'occasion de cet anniversaire. Nous voulons, ainsi, continuer à renforcer notre coopération parlementaire et rechercher des solutions franco allemandes qui favorisent le processus d'intégration en Europe. Cet anniversaire est une bonne occasion de relancer le prix parlementaire franco allemand.

Le dernier prix a été décerné il y a sept ans déjà. Nous avions décidé de créer ce prix à l'occasion du 40ᵉ anniversaire du traité de l'Élysée. Il récompense des ouvrages scientifiques qui contribuent à une meilleure connaissance mutuelle de nos deux pays.

Mesdames et Messieurs, après la Seconde Guerre mondiale, il était clair que seules de nouvelles approches permettraient de surmonter la haine et l'hostilité en Europe. La réconciliation et la compréhension ne pouvaient néanmoins pas rester un projet des élites. Vous avez besoin d'une participation aussi large que possible de la population et de rencontres entre citoyennes et citoyens.

Un réseau de plus en plus dense de jumelage de villes a vu le jour. On compte, aujourd'hui, plus de 2 200 partenariats franco allemands impliquant des villes, des départements et des régions, des jumelages donc. La coopération est particulièrement intense dans les régions frontalières.

Nous avons pu constater, lors de la pandémie, à quel point nos relations économiques, culturelles et sociales au quotidien sont devenues étroites. La fermeture momentanée de la frontière a été un véritable choc pour les habitants de ces régions et, aujourd'hui, les frontières sont redevenues comme avant la pandémie, à savoir à peine perceptibles. Mesdames et Messieurs, après l'échec du référendum constitutionnel de 2005, Simone Veil avait déclaré : " Les jeunes sont convaincus de l'évidence de l'Europe. " Nous n'avons pas réussi à leur faire comprendre le contraire.

Ce que nous avons réalisé en Europe, au cours des dernières décennies, ne va certainement pas de soi, et nous l'oublions parfois. Cela vaut pour l'Europe et pour la démocratie. C'est aussi vrai pour la paix, et cela vaut également pour l'amitié franco allemande.

C'est la raison pour laquelle je suis si heureuse que des jeunes, venus de France et d'Allemagne, participent à cette cérémonie. Merci à vous tous d'être là. J'en profite d'ores et déjà pour vous dire ceci : continuez à vous engager pour l'amitié franco allemande, pour la démocratie et pour l'Europe et, surtout, contaminez d'autres jeunes avec votre enthousiasme.

Il en va de l'avenir, et la construction de l'avenir est particulièrement entre les mains de la jeune génération. D'ailleurs, depuis le début, la jeunesse a toujours été essentielle à notre réconciliation. 35 000 participants se sont réunis en 1951, lors de la rencontre européenne de la jeunesse à la Loreley, et il s'agissait principalement de jeunes Allemands et de jeunes Français.

En 1963, c'est l'Office franco allemand pour la jeunesse qui a été créé. Une institution qui, depuis 60 ans, contribue de manière extraordinaire à l'intérêt mutuel, à la compréhension et à notre amitié si étroite. Je voudrais profiter de cette cérémonie pour remercier tout particulièrement les citoyennes et les citoyens qui ont construit cette amitié entre nos pays, qui l'ont vécue et qui l'ont sans cesse renouée.

C'est sur eux que nous continuons de compter tout particulièrement. Mesdames et Messieurs, approfondissons encore notre amitié si particulière, avec de nouvelles idées et de nouvelles impulsions. Soyons ambitieux pour l'avenir de nos pays et pour l'avenir en Europe.

Je vous remercie. Madame la présidente de l'Assemblée nationale, Madame la présidente du Bundestag, Monsieur le Président, cher Emmanuel, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs. " Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. " En formulant cette phrase en 1950, Robert Schuman anticipait sur ce que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer devaient sceller 12 ans plus tard, en signant le Traité de l'Élysée, la fin de plusieurs siècles d'hostilités héréditaires entre l'Allemagne et la France, le début d'une nouvelle ère de coopération qui, au fil des ans, allait devenir une amitié indestructible et une affection fraternelle.

Aujourd'hui, c'est facile à dire mais, il y a 60 ans, lorsque fut signé le Traité de l'Élysée, moins de 20 ans s'étaient écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale déclenchée par l'Allemagne et ses terribles ravages. Les blessures infligées n'étaient pas apaisées et encore moins guéries. Comment aurait-il pu, d'ailleurs, en être autrement compte tenu des crimes commis contre l'humanité ?

C'est donc avec d'autant plus d'émotion que nous, Allemands, voyons la grandeur humaine du peuple français qui, malgré tout, en dépit de tous les doutes justifiés, nous a tendu la main en signe de réconciliation. Ce geste de réconciliation historique a marqué le début de l'unification européenne. Il symbolise tout particulièrement le rôle de la France en tant que nation indispensable dans la construction de notre Europe unie.

Indispensable, la France l'était hier et elle le reste aujourd'hui. Nous, Allemands, nous sommes profondément reconnaissants qu'il en soit ainsi. Monsieur le Président, merci de tout cœur.

Merci à vous, nos frères et sœurs Français, pour votre amitié. Cette amitié représente beaucoup pour nous et, plus encore, cette main que nous a tendue la France et les 60 années de paix qu'ont vécu nos deux pays depuis engendrent, pour nous Allemands, une responsabilité particulière, la responsabilité de renforcer nos points communs et de ne plus admettre aucune division ; la responsabilité d'entretenir notre intérêt l'un pour l'autre et d'approfondir nos connaissances mutuelles sur nos cultures, notre littérature, notre art et nos langues, comme le font des millions de citoyennes et citoyens [ INAUDIBLE ] amicalement, liés par des jumelages de villes, des échanges de jeunes et une multitude de rencontres humaines. Quand j'étais plénipotentiaire pour les relations culturelles franco allemandes, j'avais déjà pu me rendre compte de l'intensité de ces liens au cours de nombreuses visites, à la Sorbonne aussi d'ailleurs.

De même, Hambourg, ma ville natale, me le rappelle puisque son lycée franco allemand date de cette époque. Enfin, en tant qu'Allemands et Français, nous partageons la responsabilité de mettre notre partenariat au service d'une Europe pacifique et unie. Ce faisant, nous nous laissons guider par l'héritage de ceux qui se sont tendu la main par-dessus les tombes des deux guerres mondiales, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, Georges Pompidou et Willy Brandt, Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl.

Pour eux qui avaient encore vécu la guerre, c'est précisément ce vécu qui les incitait à laisser derrière eux toute idéalisation nationaliste. Leur projet de paix initial est aujourd'hui achevé et c'est un bonheur pour nous tous. Pour nous qui sommes nés dans la paix et la liberté, une guerre entre nos nations, une guerre entre les États membres de l'Union européenne est en effet inconcevable.

Cette éventualité est tellement loin de nous que d'aucuns craignent même que cela ne nous fasse perdre notre motivation à faire avancer l'Europe, or ce serait totalement faux et imprudent. Les défis auxquels nous, Européennes et Européens, devons faire face ont radicalement changé. De nos jours, il ne s'agit plus d'éviter une guerre à l'intérieur de notre union, mais de préserver et de défendre notre ordre de paix européen et nos valeurs contre les forces centrifuges qui existent au sein de notre union, et surtout contre les menaces venant de l'extérieur.

Voilà, Mesdames et Messieurs, en quoi consiste le projet de paix européen, en ce tournant historique que nous vivons. À ce nouveau projet de paix européen, l'amitié franco allemande offre également une assise solide car notre amitié symbolise une Europe unie et un ordre de paix fondé sur les principes de la Charte des Nations Unies ; le respect des droits fondamentaux et des libertés de tout individu établi par vos prédécesseurs, les députés de l'Assemblée nationale en 1789, l'année de la révolution ; l'idée que la souveraineté émane du peuple émise par Jean-Jacques Rousseau, philosophe des Lumières et, par la suite, la pensée de [ INAUDIBLE ], qui considérait l'État de droit comme un rempart contre tout pouvoir arbitraire de l'État ; le parlementarisme démocratique venant de France, qui a aussi commencé à s'enraciner, malheureusement trop timidement sur le sol allemand il y a 175 ans et, enfin, l'idée des sociétés libérales et solidaires, de sociétés européennes, donc, associant à la responsabilité individuelle le respect de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Après s'être libéré de leur dictature, les Grecs, les Espagnols et les Portugais sont progressivement venus rejoindre notre communauté.

Des pays d'Europe du Nord et de l'Ouest ont fait de même, attirés par les acquis de l'Europe unie. Pour finir, après la chute du rideau de fer, les pays d'Europe centrale et orientale se sont à leur tour joints à nous. Leur soif de liberté et leur désir de démocratie ont ravivé et enrichi notre union.

Ensemble, nous sommes parvenus à repousser le droit du plus fort par la force du droit dans l'Union européenne et sur l'ensemble du continent européen. La guerre d'agression russe contre l'Ukraine a brutalement mis fin à ce consensus établi à l'échelle du continent. Le président Vladimir Poutine a des visées impérialistes.

Il cherche à déplacer les frontières par la force. Les Ukrainiennes et les Ukrainiens en paient le prix terrible mais l'impérialisme de Vladimir Poutine ne vaincra pas. Nous serons ceux qui, aux côtés de nos voisins et partenaires, écrirons les prochains chapitres de l'histoire européenne, et nous ne laisserons pas l'Europe retomber dans une époque où la violence remplaçait la politique et où la haine et les rivalités nationales déchiraient notre continent.

En témoignent, notamment, nos décisions prises ces derniers jours, en étroite concertation, et de livrer à l'Ukraine deux véhicules blindés de combat d'infanterie et de reconnaissance, ainsi que d'autres batteries de canons anti-aérien. Nous continuerons de fournir à l'Ukraine, aussi longtemps que nécessaire, tout le soutien dont elle aura besoin pour défendre notre projet de paix européenne. Cette volonté commune, cette détermination constituent un pas décisif vers une Europe souveraine, comme tu le demandais et l'exposais dans cette même enceinte, cher Emmanuel, il y a plus de cinq ans.

Je t'en suis très reconnaissant. Aujourd'hui, nous nous efforçons, côte à côte, de renforcer la souveraineté de l'Europe, en unissant nos forces dans les domaines où les États nations seuls ont perdu de leur efficacité. Lorsqu'il s'agit de faire respecter nos valeurs dans le monde et de protéger notre démocratie contre les forces autoritaires, mais aussi de nous affermir dans la course aux nouvelles technologies, l'accès aux matières premières, l'approvisionnement en énergie ou le domaine spatial.

La souveraineté européenne, cela ne veut pas dire, justement, abandonner la souveraineté nationale ou la remplacer, mais au contraire préserver et renforcer cette dernière dans un monde en rapide mutation. De nouveaux centres de pouvoir se créent, des pays et des formes de Gouvernements complètement différents se livrent une lutte de pouvoir, d'influence et d'opportunité. Il se peut que nous nous trouvions face à un changement d'époque bien plus important encore, un changement d'époque vers un monde multipolaire, auquel nous ne pouvons pas répondre par un repli national, un monde dans lequel nous ne subsisterons pas comme petite Europe frileuse, en proie aux égoïsmes nationaux et creusant des fossés entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud.

Valéry Giscard d'Estaing répondait en substance à une question qu'on lui posait concernant les frontières de l'Europe unie : " au Nord et à l'Ouest, l'Atlantique forme une frontière naturelle, au Sud, c'est la Méditerranée. Mais à l'Est, cette frontière est ouverte, floue. " Il était donc d'autant plus important de dire, solidairement, en tant qu'Union européenne, comme nous l'avons fait l'été dernier : oui, l'Ukraine et le Moldova, et à terme la Géorgie, font partie de notre famille européenne.

Oui, les six pays des Balkans occidentaux en font également partie depuis longtemps, pour être franc. Tous, ils ont leur place dans une Union européenne élargie, une Union européenne apte à pacifier notre continent et capable d'agir sur le plan géopolitique. D'ici là, il nous reste cependant un long chemin à parcourir.

Comme lors des cycles d'élargissement précédents, il convient d'assurer la capacité d'action de cette Union élargie, par des réformes institutionnelles et surtout une union européenne géopolitique doit devenir un acteur fort et crédible sur la scène mondiale. À l'Université Charles de Prague, cette sœur de la Sorbonne en Europe centrale, j'ai fait cet été quelques propositions à ce sujet, concernant notamment la politique de sécurité. Concrètement, il s'agit d'améliorer la synergie de nos efforts en matière de défense, de resserrer la coopération de nos industries de l'armement et d'assurer un développement coordonné de nos capacités européennes.

C'est pourquoi il est si important que nous développions ensemble la prochaine génération d'avions et de chars de combat européens, en Allemagne et en France, et en association avec nos amis espagnols. Il est tout aussi important que nous assurions la viabilité du modèle économique et social européen, et ce sans nous laisser leurrer par ceux qui parlent de démondialisation ou préconisent le découplage. L'une comme l'autre sont des recettes qui mettent en péril notre prospérité, laquelle repose au contraire sur l'ouverture, le commerce libre, l'innovation et la concurrence loyale.

En même temps, nous ne continuerons pas à ignorer le fait que, par le passé, nous nous sommes parfois trop appuyés sur certains pays fournisseurs ou acheteurs. Cela vaut aussi très clairement pour nous, Allemands. Voici la réponse que nous donnons en tant qu'Européens : nous choisissons la diversification car elle nous permettra de réduire les dépendances unilatérales risquées.

Cela englobe la garantie de notre approvisionnement en matières premières et en énergie, ainsi que le renforcement de nos relations commerciales à l'échelle mondiale, avec nos partenaires d'Amérique du Nord et du Sud, de l'Inde au Pacifique, et de l'Afrique. De même, cela englobe les investissements grâce auxquels nous ferons de l'Union européenne un pôle mondial des technologies du futur et le premier continent du monde climatiquement neutre. Mesdames et Messieurs, cela aussi fait fait partie d'une Europe géopolitique souveraine.

Je suis heureux, cher Emmanuel, que nous partagions ces objectifs, car l'avenir, au même titre que le passé, repose sur la coopération de nos deux pays, comme locomotive d'une Europe unie, comme pays qui dépassent les différences existant entre eux et entre les pays d'Europe. Ensemble, nous y parviendrons, je n'en doute pas, et ce, notamment grâce à ton engagement indéfectible pour l'Europe, cher Emmanuel, et à notre amitié. Le moteur franco-allemand si souvent cité ne marche pas seulement quand il ronronne doucement, et de manière à peine audible, comme c'est souvent le cas.

Le moteur franco-allemand est une machine de compromis, une machine bien graissée, mais qui parfois peut être bruyante et témoigne d'un travail ardu. Il ne marche pas à coup de flatteries et de symboliques vides de sens. Ce qui le fait marcher, c'est notre ferme volonté de toujours transformer les controverses et les intérêts divergents en une action convergente, car nous le savons, c'est lorsque nous parvenons à trouver des compromis, en dépit de nos différentes structures étatiques et économiques, en dépit de la disparité de nos institutions politiques et en dépit de nos mémoires collectives, de nos traditions d'États nations et de notre géographie, tellement différentes, que se dessinent des solutions également porteuses pour d'autres.

Et nous le savons, seule la présence à nos côtés de l'autre, l'ami, le plus proche partenaire, en tant que couple fraternel, peut permettre aussi à notre propre pays de s'assurer un bon avenir. Face à la pandémie, une entente franco-allemande a permis de poser la première pierre d'un fonds européen de relance. De même, dans la situation actuelle, nous nous soutenons mutuellement, en acheminant de l'électricité de l'Allemagne vers la France, et inversement du gaz de la France vers l'Allemagne.

Notre affection fraternelle se traduit aussi par une solidarité réelle, concrète. Les concertations quotidiennes entre nos Gouvernements, y contribuent, les séances nocturnes à Bruxelles y contribuent. Et nos Conseils des ministres, comme aujourd'hui, où il s'agit d'aboutir à des résultats tangibles pour nos citoyennes et nos citoyens, y contribuent eux aussi.

Si l'on y songe bien, c'est précisément, au quotidien, dans cette évidence-même du couple franco-allemand, devenu pour nous comme une seconde nature, que réside son caractère vraiment exceptionnel, son caractère unique. Servons-nous de notre amitié indestructible, de notre affection fraternelle, pour façonner ensemble, avec nos partenaires européens, le présent et l'avenir de notre continent. Vive l'amitié franco-allemande dans une Europe forte et unie, vive l'amitié fraternelle entre nos peuples.

Monsieur le Chancelier, cher Olaf, Mesdames les Présidentes du Bundestag et de l'Assemblée Nationale, Monsieur le Président du Bundesrat, Monsieur le Vice-président du Sénat, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Recteur, chers jeunes Allemands, Français, Européens, Mesdames et Messieurs, chers amis. Je suis très heureux, très heureux de vous retrouver pour célébrer, comme vous venez de le faire à l'instant tous trois, l'amitié franco-allemande entre nous, et avec vous, représentantes et représentants de nos parlements, nos Gouvernements, nos sociétés civiles et nos jeunesses, nos deux pays, jumeaux d'histoire et de destins, ont vécu tant d'années en miroir, dans la forge-même de leur identité. Ils ont alterné pendant tant de siècles entre l'émulation, la fascination, la compétition, unis sous la même couronne franque, jusqu'à ce que l'histoire ne les sépare.

Car il y eut, mille ans avant les tranchées de Verdun, le traité de Verdun. Rivaux ou alliés, ennemis jusqu'à la déraison, au cours d'une époque où l'on comptait ce temps commun au rythme des guerres, avant, entre et après, si bien que parler de l'Allemagne, pour un Français, c'est toujours parler d'une part de soi-même. Pourtant, il a fallu, pour accepter cette part respective d'altérité si proche, d'identité si confondante, l'acte fondateur que nous commémorons aujourd'hui.

Le 22 janvier 1963, l'Allemagne de Konrad Adenauer et la France du Général de Gaulle accomplissaient un immense geste de courage. Ce jour-là, nos deux pays qui avaient été les plus âpres ennemis, décidaient de devenir les plus étroits alliés. Ils refermaient presque cent ans de guerres modernes et de tragédies universelles, que nous rappellent encore aujourd'hui les rangées de croix s'étendant à l'infini dans nos cimetières militaires.

Ce jour-là, en scellant leur réconciliation, nos deux pays décidaient d'ouvrir toutes grandes les portes d'un avenir nouveau pour l'Allemagne, pour la France, pour l'Europe, et par conséquent pour le monde, selon les mots du général de Gaulle. Soixante ans après sa signature, le traité de l'Élysée demeure le socle de ce lien inaltérable, exemplaire, entre nos deux pays, unis pour la paix, la liberté, la défense de nos valeurs démocratiques, unis dans le rêve commun de l'Europe, à la faveur de mille fibres tissées d'une rive à l'autre du Rhin, à travers ses routes millénaires. Oui, nous sommes toutes et tous aujourd'hui les enfants de ce courage, convoqués au-delà des épreuves par une génération sur laquelle, plusieurs fois, la guerre avait laissé sa marque, qui refusait de léguer la fatalité du combat et du chagrin à la suivante et qui, pour cela, fondait son espoir sur la jeunesse.

Et nous devons à ses fondateurs de sans cesse enseigner à la génération suivante le chemin parcouru, d'expliquer et d'enrichir encore cette victoire de l'amitié, si parfaite aujourd'hui que ses racines douloureuses pourraient s'oublier. C'est pourquoi cette amitié se doit de ne jamais cesser d'être ce qu'elle est. Pour détourner une formule qui jadis a été employé pour la France seule, mais que je reconvoque en ces lieux, pensant à Renan, pour nous deux, cette amitié est un plébiscite de tous les jours.

Le geste fait il y a soixante ans était un geste de courage car il n'avait rien d'évident. Tout documentait, dans les vies de chacun, la nécessité de ne pas le faire ou de faire le contraire. Les histoires de ces générations de fondateurs leur disaient le contraire.

Et ils l'ont fait. Notre amitié et ce plébiscite de tous les jours qui reposent sur une volonté, une coopération, une confiance, qui doivent irriguer l'ensemble de nos institutions, de nos sociétés, de nos forces vives, mais jamais ce combat ne peut être ni ne sera celui des fatigués, des habitués et de ceux qui ne regardent que le passé. Jamais.

C'est aussi pourquoi, il y a quatre ans, à Aix-la-Chapelle, nous avons signé un nouveau traité d'amitié. Actant le succès historique de notre réconciliation, permise par le traité de l'Élysée, nous avons décidé d'approfondir notre intégration et nos convergences dans tous les domaines, au service de l'Union européenne, de la paix, de nos transitions environnementales et numériques, pour les jeunesses de nos deux pays, pour nos concitoyens, qui vivent et travaillent de part et d'autre de nos frontières, et avec vous, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, grâce à l'Assemblée parlementaire franco-allemande, instituée parallèlement au traité d'Aix-la-Chapelle. Je voudrais, au-delà de ces initiatives que vous faites vivre, saluer la première promotion ici présente du programme Génération Europe, portée par l'Office franco-allemand pour la jeunesse, illustration concrète de cette ambition au cœur de nos traités de l'Élysée et d'Aix-la-Chapelle, de compréhension mutuelle entre nos peuples et d'ambition que vous aurez à porter aujourd'hui et demain.

Mesdames et Messieurs, et Monsieur le Chancelier vient de le dire parfaitement, cher Olaf, ce 60ᵉ anniversaire a une signification particulière, au moment où l'Ukraine résiste à l'agression de la Russie, où l'idéal de paix et de dialogue a été bafoué, où l'espoir-même d'un ordre humaniste en Europe est menacé, et où les dérèglements du monde bousculent tant de certitudes dans nos pays. Face à ces périls, il nous faut plus que jamais porter l'idéal d'une Europe plus unie et pleinement maîtresse de son destin. Oui, cette Europe que nous avons défendue l'un et l'autre, en septembre 2017, sous cette même coupole, et vous-même, Monsieur le Chancelier, en août 2022, à l'Université Charles de Prague, dans cet autre temple des valeurs humanistes de notre Europe, ce projet de renforcement de la souveraineté européenne a pris la force d'une nécessité et d'une évidence pour tous.

À présent, l'Allemagne et la France partagent la responsabilité de le faire advenir, dans tous les domaines, avec leurs partenaires, au sein de l'Union européenne. Nous avons su le faire face à la pandémie, par une relance économique qui nous a permis une capacité d'investissement inédite, à 27, et la mutualisation de dettes communes pour des investissements à venir, impensables quelques mois plus tôt. Nous l'avons décidé ensemble, Allemagne et France, quelques semaines après le début de la pandémie, pour que cela puisse advenir dès juillet 2020.

Nous le faisons jour après jour pour la défense de l'Ukraine. Après le 24 février, notre union ne s'est ni divisée ni dérobée à ses responsabilités et notre soutien indéfectible aux côtés du peuple ukrainien se poursuivra dans tous les domaines. Nous avons soutenu l'Ukraine, sanctionné la Russie et, ensemble, sommes allés à Kiev pour ouvrir, là aussi, un chemin que, quelques semaines plus tard, notre Europe a consacré et nous continuerons à soutenir le choix clair fait par le Conseil européen de donner à l'Ukraine, comme à la Moldavie, le statut de candidats.

Et nous continuerons à les accompagner, ainsi que les autres pays candidats des Balkans occidentaux, sur le chemin des réformes nécessaires. Cette responsabilité de l'Allemagne et de la France est aussi de renforcer la cohésion de l'ensemble de la famille européenne, à travers la Communauté politique européenne, et je vous remercie, Monsieur le Chancelier, du soutien que vous avez apporté à ce projet fédérateur, à l'échelle du continent. Nous avons aussi su prendre les décisions qui s'imposaient pour nous-mêmes, pour la réduction de nos dépendances stratégiques, pour une Europe plus forte et souveraine en matière énergétique, technologique, militaire, industrielle, alimentaire.

C'est l'agenda que nous avons dessiné ensemble, en Européens, à Versailles, en mars dernier. Et grâce à ces décisions, d'ores et déjà, notre union n'est plus la même. Et les choix faits ces derniers mois, en matière de défense, en matière énergétique, par nos deux pays, sont des choix historiques qui nous permettront de continuer d'avancer et d'aller plus loin, mais le travail qui reste à accomplir est immense, pour atteindre notre objectif d'une Europe plus souveraine, plus démocratique et plus solidaire.

Et cela ne dépend presque que de nous, Européens, de nos choix, des décisions que nous prenons et de celles que nous ne prenons pas. Alors, comme nos deux pays ont su le faire à chaque tournant de la construction européenne, et non que ce fut facile, bien au contraire, l'Allemagne et la France feront le choix de l'avenir. Vous l'avez parfaitement dit, cher Olaf, à l'instant, le couple franco-allemand est un couple pour lequel rien n'était écrit.

Et si tout était simple, ce couple n'aurait ni à être célébré ni à constamment se réinventer. Il est grand quand il arrive, en quelque sorte, à bousculer la fatalité, à revisiter les intérêts d'un côté et de l'autre du Rhin et à bâtir un chemin plus grand que ce qui le compose, celui d'une unité, d'une fusion entre nos peuples, nos histoires, pour rendre notre Europe plus forte. C'est ce choix d'avenir qui est le nôtre aujourd'hui.

Et l'Allemagne et la France, parce qu'elles ont défriché le chemin de la réconciliation, doivent devenir pionnières pour la refondation de notre Europe, ensemble. Pionnières, d'abord pour bâtir ensemble un nouveau modèle énergétique, par-delà nos différences. Nous devons encourager et accélérer, au niveau européen, les investissements publics et privés nécessaires à la transition écologique.

Nous devons achever la diversification de nos sources et voies d'approvisionnement, et encourager la production d'énergie décarbonée sur notre continent. Pionnières, ensuite, pour l'innovation et les technologies de demain, pour bâtir la prospérité, l'avenir écologique et le modèle social qui nous unit. Cela passe par l'accélération de nos convergences, la simplification de nos règles.

Cela passe par une stratégie industrielle européenne ambitieuse, qui assure la résilience de la production sur le sol européen, par une stratégie "made in Europe 2030", comme nous l'avons l'un et l'autre poussée, pour faire de notre continent le champion de ces nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle. Pionnières, ensemble, pour une Union européenne capable de s'assumer comme puissance géopolitique à part entière, en matière de défense, en matière spatiale, en matière diplomatique. Pionnières, enfin, pour une Union plus efficace, plus protectrice et qui défend ses valeurs, car au fond, notre objectif de souveraineté, c'est s'assurer de tenir notre destin entre nos mains et nous devons le mettre au profit de nos valeurs communes, de notre modèle européen, qui repose sur notre humanisme, notre attachement à la liberté et à la solidarité.

Alors achevons ensemble d'en faire, en l'espace d'une génération, un espace de solidarité et de liberté, celle de penser, de créer, de voyager, d'entreprendre, d'innover, de rêver. Cette Europe, pour laquelle, ensemble, Allemagne et France seront pionnières, est celle des universités, de la musique, de la littérature, de la création, des théâtres, de la culture. Cette Europe, c'est celle qu'ensemble nous voulons refonder.

Et telle est notre ligne d'horizon en ce jour de célébration où nous réunirons le 23ᵉ Conseil des ministres franco-allemands. Chers amis, l'itinéraire de fraternité que nos deux peuples ont su bâtir, après s'être tant déchirés, nous oblige. Le traité de l'Élysée et l'aventure européenne étaient des pas inouïs, que tout, des habitudes et des facilités, pouvait empêcher.

Et c'est pourquoi, à mes yeux, ce jour ne doit pas simplement être celui d'une célébration, mais d'une promesse, d'un engagement, d'un appel, d'une ambition nouvelle. À l'heure où l'histoire semble sortie à nouveau de ses gonds, trouvons le ressort d'être à la hauteur de l'espoir que tous ceux qui nous ont précédés avaient placé en nous. Affrontons les périls du temps avec cet héritage de courage et d'imagination, avec ce devoir de fidélité à l'audace, avec l'assurance que tout est possible si l'on demeure unis.

Eh oui, cher Olaf, en célébrant ensemble aujourd'hui, avec vous, Mesdames les Présidentes, Messieurs les Présidents et nos représentants des assemblées, comme nos ministres, cet itinéraire fraternel à la Sorbonne, c'est que nous voulons bâtir une ambition nouvelle, ici, dans ce lieu de savoir, ici, à la Sorbonne, dans cette université qui porte le nom de son fondateur et celui d'un village des Ardennes, dont les paysages ont vu les cendres de la guerre entre nos deux nations. Dans ce lieu de culture et de savoir, où passèrent des érudits de toute l'Europe, de Thomas d'Aquin à Albert de Cologne, et qui inventèrent l'esprit universaliste du continent, ici, dans ce lieu, où on a toujours rêvé, tout à la fois le patriotisme comme l'aventure européenne, comme étant aussi un appel à l'universel. Ici, où par le savoir, l'apprentissage, la compréhension, les arts, on a toujours voulu bâtir l'amour de ce que nous sommes, nos héritages, à travers quelque chose de plus grand que nous, et dans cette faculté qui honorera Ernst Robert Curtius, un Allemand pleinement européen et qui, voilà cent ans, ne voulait pas se résoudre à éteindre son amour pour la littérature française, Mann a écrit des pages sublimes pour qualifier l'amitié entre Curtius et Gide.

Il a écrit qu'ils étaient deux âmes dans une même poitrine. Voilà une haute image de la complicité morale, de la fraternité de destin de ce que nous sommes, deux âmes dans une même poitrine. Elles ne se ressemblent pas, elles n'ont pas la même histoire, mais elles sont dans cette même poitrine et elles battent à l'unisson.

Deux âmes dans une même poitrine, c'est nous. Alors sachez, toutes et tous, ici aujourd'hui, pouvoir compter sur notre détermination, ensemble, à continuer à faire de l'amitié entre l'Allemagne et la France l'un des arbres de vie de la souveraineté européenne. Sachez que l'un et l'autre, nous continuerons de faire avancer ce couple jadis impossible, qui est le fruit, simplement, de la volonté, du courage et de la force.

Et nous le ferons ensemble, pour qu'à votre tour, vous, vous puissiez célébrer cette part d'histoire, mais surtout, continuer de bâtir la vôtre, en ayant tous les choix, et la liberté, en particulier, de choisir votre avenir. C'est notre responsabilité pour vous. Vive l'amitié entre l'Allemagne et la France.

Et vive notre Europe ! [ Hymne national allemand ] [ Hymne national français ]