Liban : le hezbollah, maître du jeu ? | Les débats de Débatdoc
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Liban 1982 radiographie d'un massacre documentaire exclusif réalisé par Nicolas Jalios ou comment du 16 au 18 septembre 1982 selon les sources entre 700 et 3500 réfugiés palestiniens ont été froidement exécutés à Beou milices chrétiennes des falangistes durant la guerre civile libanaise et l'occupation d'une majeure partie du pays par les Israéliens. l'occasion maintenant pour nous sur ce plateau de débatog de s'interroger sur l'histoire récente du Liban, notamment marquée par la montée en puissance du parti de Dieu, le esbola. Aurélie d'erre est tout d'abord avec nous pour en parler.
Bienvenue à vous. Vous êtes maîtresse de conférence en sciences politiques à l'université Paris-Duphine et spécialiste de la politique libanaise. Et puis également avec nous Karim Émile Bitard.
Bienvenue à vous. Vous êtes enseignant chercheur, professeur de relations internationales et spécialiste du Moyen-Orient et de la politique étrangère des États-Unis. Nous venons de revivre ce tristement célèbre épisode du massacre de Sabra et Chatila.
Deux camps de réfugiés palestiniens situés au sud de Beirout. Nous sommes en pleine guerre civile libanaise. Israël a une lourde responsabilité dans ce massacre.
C'est ce en tout cas ce que démontre en grande partie le film que nous venons de voir ensemble Israël qui sera présent sur place pendant 18 ans hein et qui occupera une partie du Liman pendant 18 ans. C'est en 2000 que s'arrêtera cette première occupation [grognement] du Liban, d'une partie du Liban par Israël. Euh mais ce qui est intéressant à constater aujourd'hui, lorsqu'on regarde un petit peu la la chronologie hein de ces 40 euh 4 ans d'histoire, 45 ans d'histoire, aujourd'hui, c'est 1985.
Autrement dit, 3 ans après ce qu'on vient de voir dans ce film, c'est la création du esbola du parti de Dieu. Est-ce que le Esbola est né sur les cendres de ce tristement célèbre épisode de Sabra Chatila notamment ? Alors, il est né effectivement de cette 2e grande invasion israélienne du Liban, la première ayant eu lieu donc en 78.
Et le fait est que depuis 4 ans, il y avait dans le monde clérical chit euh des débats, on va dire, autour de la capacité du Liban à se défendre, autour de la possibilité d'un retour israélien. Et donc on a commencé en fait à prémobiliser les milieux cléricaux ont commencé à prémobiliser notamment dans la communauté chérite libanaise autour de ce besoin éventuellement de s'armer, de s'organiser militairement parce que le slogan c'était ils pourrai bien revenir à n'importe quel moment et le fait qu'ils ne se sont pas trompés parce que les Israéliens sont revenus en en 82 et là effectivement c'est mise en place alors pas tout à fait le esbola mais la résistance islamique au Liban donc une organisation paramilitaire alislami à Filouan et qui dans un second temps, dans les mois qui vont suivre, vont va euh s'ajouter une structure euh civile qui va être en fait un ensemble un réseau d'institutions, d'actions sociales, médiatiques et cetera. Et cet ensemble, la partie militaire et la partie civile effectivement deviendra ce qu'on appelle le esbola.
Quoi qu'il en soit, le esbola va s'installer sûrement euh dans le paysage libanais, à la fois sur le plan militaire. Euh donc on va il va s'armer hein et sur le plan politique intérieur puisque'en 1992 euh et bien il décide de se présenter aux élections législatives sur place, remporte des sièges et [grognement] euh commence leur introduction dans la vie intérieure politique intérieure libanaise. Ça c'est une marque importante aussi.
C'est un changement de cap là. Qu'est-ce qui se passe au boul à ce moment-là ? C'est en effet une date charnière et cette décision d'entrer dans le jeu de la politique intérieure libanaise a été prise uniquement après avoir obtenu euh le feu vert du guide suprême de la révolution iranienne.
Donc il y avait toujours quand même un lien organique entre l'Iran et le Hezbola. Mais c'était le début euh je dirais euh d'une certaine adaptabilité du mouvement au méandre de la politique libanaise, c'est-à-dire qu'ils étaient représentés au Parlement. Parfois, ils ont souvent fait partie de gouvernement d'unité nationale alors même qu'il n'avaiit pas véritablement envie de se coltiner le travail et de gouverner un pays aussi difficile à gouverner.
Il souhaitait être présent, avoir un droit de regard, éventuellement un droit de véto sur les affaires libanaises sans véritablement être aux manettes. Et c'est cela qui va finir par leur être reproché. C'est que ce mouvement qui est né pour défendre supposément les déshérités et les danés de la terre va finir par travailler étroitement avec les autres partis communautaires libanais à siéger avec eux dans des gouvernements et à entériner des politiques qui étaient très souvent les mêmes que celles qui avaient été pratiquées depuis des décennies.
Donc il y a eu un certain embourgeoisement. Euh par ailleurs, c'est également l'année où euh côté euh sunnite également avec l'accord du roi d'Arabie Saoudite, Rafik Hariri, milliardaire libano-saoudien, fait son entrée dans la vie politique libanaise. Et depuis, vous allez avoir une sorte d'affrontement irano saoudien par alliés libanais interposés, même si ces rivaux vont souvent travailler en très bonne entente.
C'est ça qui est frappant au Liban, c'est que très souvent au-delà des rivalités, ils parviennent à se partager le gâteau. Et ceux qui se sentent quelque peu exclus, ce sont les Libanais qui refusent toute allégance étrangère, qui souhaitent édifier un État qui soit impartial, qui soit indépendant et qui puisse s'adresser aux questions économiques et social plutôt que de se voir gouverner par une oligarchie avec des liens très étroits avec des puissances étrangères. Il s'agit de se partager le gâteau.
Je reprends votre expression au vol parce que il est peut-être c'est peut-être le moment de rappeler que le Liban est une République confessionnaliste et parlementaire. Quelle part du gâteau a eu le Esbola très concrètement dans la répartition de ces pouvoirs entre les différentes confessions libanaises ? Alors cela va beaucoup évoluer au fil du temps.
Initialement, ils étaient focalisés essentiellement sur la libération du Liban Sud. d'entre 1982 et 2000, il y avait un certain consensus au Liban pour soutenir face à l'occupation israélienne. Une fois qu'Israël s'est retiré, le Hzbollah a raté une occasion de jouer un rôle pour modifier la nature du système politique libanais.
Et même certains de ces partisans lui reprochent d'avoir fini par ressembler aux autres partie, d'avoir un peu abandonné cet idéal révolutionnaire qu'il souhaitait incarner et d'être devenu juste un parti qui cherche à s'assurer qu'on contrôle tantôt le ministère de l'électricité, tantôt le ministère de la santé, tantôt tel ou tel ministère juteux pour pouvoir conforter ces réseaux clientélistes et donc le soutien de ses propres propre partisan. Alors ça c'est sur le plan de la politique intérieure. Je voudrais en revenir sur le plan militaire parce que ceux qui ne connaissent pas cette région gardent en tout cas dans la mémoire collective cette idée que c'est une lutte permanente contre Israël.
Alors, évidemment, tous les conflits qui se sont succédés jusqu'à aujourd'hui, hein, jusqu'à cette guerre opposant les États-Unis, Israël contre l'Iran et cette intervention du Esbola il y a toujours voilà de manière récurrente une intervention militaire du du Esbola contre Israël hein. ce que garde un petit peu les et on se demande toujours comment le Esbola peut faire face à la force armée que représente Israël, comment il peut s'armer de manière récurrente et et à nouveau faire face à Israël comme c'était encore le cas là il y a quelques mois dans le conflit irano américain israélien. Expliquez-nous ça. comment cette voilà s'explique cette régénérescence militaire permanente dubola qui l'arme qui le finance comment est-ce possible ?
Alors, il y a plusieurs plusieurs questions dans dans votre question. La première, il faut garder à l'esprit que euh le discours militaire, les objectifs militaire du Esbola, exactement comme en politique, ont aussi évolué au cours du temps. C'est-à-dire que tant que il y a eu une occupation en plus annexionniste euh israélienne euh au Liban, donc le discours c'était notre travail c'est de renvoyer les Israéliens chez eux. puis est arrivé 2000 et là ils se sont retrouvés dans une situation un petit peu compliquée puisque leur raison d'être initiale, leur mission initiale, ben elle a été remplie et donc là ils nous ont expliqué que ils élargissaient en fait leurs objectifs à à la défense du territoire euh libanais en fait de la capacité de nuisance israélienne à l'encontre du Liban sous toutes ses formes.
Ça veut dire aussi qu'il fallait récupérer des prisonniers libanais qui étaient encore dans détenus dans les jaules israélienne. Ça veut dire qu' il reste en l'occurrence un petit bout de territoire libanais sous occupation Israël parce qu'Israël considère que ce n'est pas un territoire libanais en l'occurrence d'un territoire syrien. Les libanais tout ça faut des armes, faut des moyens, faut des hommes.
D'où ils viennent ces moyens, ces armes, ces armes depuis des dizaines et des dizaines d'années là. Oui. Oui.
Alors, la la partie militaire du duba, elle dépend de ce point de vue- là essentiellement de l'Iran. Après, soyons honnête, le marché des armes, il est ouvert. Ce n'est pas très difficile plus de se procurer des armes au Moyen-Orient.
Malheureusement autre chose. Il faut savoir que au final quand on regarde les techniques de lutte du Esbola notamment jusqu'en jusqu'en 2000, on se rend compte que ça ne coûte pas très cher en arsenal de se battre contre les Israéliens parce que au final on se bat, on est on est au sol, l'Israélien nous occupe, on fonctionne sur le modèle d'une guerria. Donc finalement, on a besoin d'une bonne calache, quelques armes de point.
éventuellement pour le corps à corps, on a besoin d'un couteau et surtout on a besoin en réalité d'une bonne formation et d'un peu de courage. Et donc ça ça nécessite pas beaucoup d'argent. Les toutes ces fusées, toutes ces roquettes, les drones et cetera, c'est quelque chose de d'extrêmement récent.
Et d'ailleurs, la guerre de 23 aujourd'hui leur a prouvé et ils le reconnaissent que en fait ça n'avait pas une grande enfin une grande efficacité, on va dire euh dans euh la politique de de de containment ou de deterent à l'encontre des Israéliens. les requêtes qui font 500 km de portée en réalité ne fait pas peur aux Israéliens. Donc ils ont compris qu'il fallait revenir à quelque chose de plus restreint sur le plan de l'arsenal et revenir à ce qu'il savaient faire, c'est-à-dire essentiellement le corps à corps.
Très récemment, on a eu évidemment le le fond de soutien à Gaza. C'est c'est comme ça qu'on l'a appelé, hein, 2023-2024. Suite évidemment au au massacre du 7 octobre 2023, Israël a a peut-être changé de tactique d'ailleurs hein pour pour contrer le esbola.
Il a décapité les États-majors de manière voilà, c'est le Mossade aider à ce à ce travail. Euh et pour autant quelques mois plus tard à nouveau, le Esbola a pu rentrer dans le jeu du côté du proche Orient à l'occasion de la guerre contre contre l'Iran, orchestré par les États-Unis et Israël. On se dit que c'est c'est sans fin.
C'est sans fin. C'est précisément ce qui m'a marqué en revoyant le film de Nicolas Jalot. Ce sentiment d'éternel recommencement.
On a le sentiment que toutes les quelques années, nous assistons à un même scénario qui se reproduit. Vous savez, Tocville disait "L'histoire n'est qu'une galerie de portrait où il y a peu d'originaux et beaucoup de copies." Donc 1982 a été une date charnière mais avant il y avait en effet 1978 une occupation l'opération Litanie et puis toutes les quelques années de même tentative israéliennes de frapper le Liban des mouvements qui s'organisent et 2024 que vous venez d'évoquer a marqué un tournant car pour la première fois le Hzbola a subi une véritable déroute.
Il n'était pas assez préparé. Israël avait tiré les leçons de son incapacité en 2006. à vaincre le Hezbollah.
Donc Israël, profitant de son écrasante supériorité technologique, de l'intelligence artificielle à adopter une toute autre stratégie en 2006. Un véritable coup dur porté au Esbola du côté [raclement de gorge] israélien. 2024, oui, l'opération des pagers qui avait été préparé depuis 3 ans, la décapitation du Hezbola à travers les assassinats de Hassan Nasrala et de son successeur.
Mais en voyant ce qui se passe en 2026, on voit que le Hzbola a réussi à reprendre quelque peu du poil de la bête en partie parce qu'il a eu un soutien assez marqué euh des gardiens de la révolution islamique qui ont directement repris en main ce mouvement. après la décapitation de sa figure symbolique qui était Hassan Nasralla qui a joué un rôle décisif. Je suis très critique du Hzbola euh de des politiques du Hzbola à partir de 20045 mais il faut mettre à leur crédit qu'en 2000 après la libération du territoire libanais il n'y a pas eu d'épuration.
Il y avait sa pendant ces 18 ans d'occupation des villageois chiites ou chrétiens qui avaient pu collaborer avec dans une armée supplétive. Aucun d'entre eux n'a été liquidé alors qu'en France en 45 les historiens ont montré qu'il y a eu une épuration 11000 personnes condamnées sans la moindre forme de procès exécuté et l'historien Pascal l'a marqué donc c'était significatif au Moyen-Orient qu'il y ait pas de vengeance. Je reviens sur le plan intérieur.
Autre date importante 9 janvier 2025 après 2 ans sans pouvoir à la tête du du Liban, notamment à cause d'un vétobola. h vacances du pouvoir et enfin on voit arriver peut-être celui qui devrait qui pourrait être un homme providentiel en tout cas aux yeux de beaucoup de dirigeants international Joseph Aoun 61 ans. Ça fait un an et demi qu'il est qu'il est au pouvoir aujourd'hui qu'il est président de la République libanaise.
Et puis il a eu cette phrase à propos du Esbola il y a 3 mois. Il accuse le Esbola de provoquer l'effondrement du Liban. Autrement dit euh n'arrive pas à désarmer le esboll qui serait selon lui la condition pourvoir renaître un état en tant que tel du côté libanais.
Quel est le problème aujourd'hui euh pour désarmer le esbola ? Pourquoi Aoun n'arrive-t-il pas à imposer sa volonté auprès du Esbola aujourd'hui dans le contexte que nous connaissons hein ? Hm hm.
Oui, c'est très difficile de désarmer le esbola à la fois pour une raison contextuelle qui est que comment désarmer ce qui apparaît pour une grande partie de la population libanaise, la seule force armée qui tient tête à une Israël qui est en pleine phase de bombardement, d'attaque et de récupation du territoire libanais. Compliqué. Deuxième chose, c'est que c'est la question du donc la population libanaise dont vous me parlez, elle accepte qu'il y a une force armée, un état dans l'état finalement. soit qui prenne le dessus sur la forme légaliste, sur l'armée légaliste, l'armée légale. [raclement de gorge] Alors, c'est compliqué parce que l'armée libanaise justement, c'est là que j'arrive, la question des moyens, l'armée libanaise a toujours été malheureusement une armée sous-équipée, en sous-nombre, sous sousformée.
Elle n'a pas les moyens d'abord d'accomplir sa tâche de défense du territoire et elle a elle a encore moins la possibilité de tenir tête un esbola qui est mieux armé, qui est mieux formé et puis indépendamment de toute façon de la question de qui irait au nom de la République des armées, le Esbola donc a priori l'armée, au-delà de ça, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une situation comme vous l'avez dit confessionnaliste, communautaire où la l'État en fait a toujours été en retrait par rapport au pouvoir des communautés et que les communautés elle-même et notamment la communauté chéit est prête à porter les armes elles-mêmes pour empêcher en fait le désarmement du bol. C'estàd que il y a un soutien armé même de la part de la société pour le il faut pas oublier au Liban tout le monde est armé. Ça dit comme ça, c'est c'est un petit peu choquant un petit peu sur un modèle américain, alors pas pas sur le plan constitutionnel, mais tout le monde est armé au Liban.
Donc potentiellement si on utilise la force institutionnelle pour désarmer le bola, on prend le risque d'avoir à minimais de violence communautaire. Certains ont parlé de guerre civile. Personnellement, j'y crois pas.
Mais euh mais c'est enfin le risque existe dans l'accord de paix euh qui est en train d'être négocié, finalisé, je sais pas comment trop dire les choses, entre l'Iran, les États-Unis, Israël, il y a une condition émise par le Liban, c'est que d'une part, il y a aussi une trêve du côté du de l'offensive israélienne au Liban. Et on a le sentiment aujourd'hui que finalement Trump serait assez euh tenté de confier à l'Iran ce désarmement dubola et d'imposer ses vues au esbola pour euh arranger les choses du côté euh libanais. Alors ça c'estz complexe mais j'aimerais que vous nous expliquiez ça.
Est-ce que c'est l'Iran qui va être chargé de désarmer le Esbola ? Est-ce que c'est possible ? Est-ce que c'est une vision crédible du côté américain par exemple ?
Non. Trump a plutôt proposé, déjà à trois reprises, que ce soit le nouveau président syrien issu des mouvances islamistes radicales qui soient en charge de régler le problème du Hezbolla comme il l'a dit dans son langage cru. Euh cette hypothèse ne me semble pas probable, elle me semble également dangereuse.
Les Libanais ont encore été traumatisés par les interventions syriennes au Liban avec un feu vert américain en 76 puis en 90 où ils ont occupé tout le territoire libanais. Euh et cela risquerait de entreemps on on a changé de régime hein du côté syrien hein. Euh oui euh mais euh les Libanais restent euh profondément marqué par une occupation qui fut assez inhumaine.
Par ailleurs, cela représenterait le risque euh de voir des affrontements entre sunnites et chiit. Car comme vous le disiez pendant la révolution syrienne, pendant ce grand basculement, le Hezbola s'est engagé en Syrie au côté de Bachar Al-Assad. Donc il y a un ressentiment très vif chez les nouvelles autorités syriennes contre le Hezbolla. et vice-versa.
Donc le pour reprendre cette expression que vous avez utilisé qui est utilisée du côté américain régler le problème du Bolar. Qui d'autre ? Alors à part la Syrie, c'était une fiste effectivement évoquée du côté américain.
On en arrive sur l'Iran néanmoins. Alors c'est l'Iran qui peut régler ce problème. Alors alors vous allez répondre mais je vous laisse répondre.
Alors, c'est le grand paradoxe de notre époque. On met la pression sur l'armée libanaise. On négocie, on ouvre des négociations bilatérales libano-israéliennes.
Alors qu'on sait que la réalité crue, c'est que seuls les Iraniens peuvent contraindre le Hezbola à remettre leurs armes. Mais en contrepartie, ils vont forcément exiger des concessions sur beaucoup d'autres dossiers. Donc, il s'agira aujourd'hui pour l'armée, pour le président de la République et le premier ministre de restaurer progressivement la souveraineté de l'État sur l'ensemble du territoire sans prendre le risque de tension communautaire.
Pourquoi est-ce que le président s'est montré aussi ferme contre le Hzbolah ? C'est parce que quelques heures avant le lancement de la salve de roquettes qui a suivi l'assassinat de Kaméi par Israël, on avait donné des assurances au président et au premier ministre que le Hzbola n'allait pas entrer en guerre. Donc, il y a le sentiment que ce sont directement les gardiens de la révolution qui sont aux commande et qui par un certain cynisme sont en train d'élargir le spectre du conflit pour pouvoir négocier avec la carte libanaise.
Donc le Liban risque encore une fois de payer le prix comme en 82, de l'amateurisme américain, de l'ubris israélien et du cynisme iranien. Le Liban tonton dit qu'il a souvent été l'otage du conflit israélo palestinien et qu'il serait à nouveau l'otage d'un autre conflit en l'occurrence. Qu'est-ce que vous pensez de ce qui vient d'être dit là ?
Je suis complètement d'accord. Après, je veux dire, il y a une donnée démographique bien libanaise qui est un petit peu le l'angle mort dans la plupart des analyses qu'on qu'on lit actuellement et qui est que par rapport à 82, nous avons une communauté chérite qui aujourd'hui est bien plus importante en nombre que à l'époque. Une communauté chérite qui sur les 30 40 dernières années en tout en montant en nombre est aussi montée en statut social.
Elle a beaucoup progressé sur le plan éducatif, sur le plan économique et aujourd'hui elle veut sa place. Elle veut sa place dans le système. Elle estime que elle est la plus large communauté.
Elle estime que à travers le Esbola elle a remporté un certain nombre de victoires et elle attend de la reconnaissance. Elle attend plus de place si vous voulez dans le système politique politique libanais. C'est aussi ça ce qui se joue dans cette espèce de compétition entre deux Libans qui négocient, un à Washington, donc à travers le gouvernement avec les Israéliens et un à travers le Esbola inséré dans la délégation iranienne qui négocie directement avec les Iraniens.
C'est quelle place vous allez me faire désormais dans le système ? Quelle place ? Vous avez la réponse vous.
Alors cela n'augure de rien de bon parce qu'on reste dans cette logique communautariste. Donc le Hzbola reste un mouvement très marqué idéologiquement et une connotation chite. Beaucoup de Libanais aspirent aujourd'hui à évoluer vers un système qui serait fondé sur la citoyenneté démocratique qui parviendrait à transcender le communautarisme.
Il faudra donner des assurances pour apaiser les angoisses existentielles des communautés. par exemple en appliquant la Constitution qui prévoit la création d'un Sénat, une décentralisation pour pouvoir décommunutariser la chambre basse. Mais je ne pense pas que c'est en donnant plus de pouvoir à la communauté chite en tant que communauté chit, tant qu'elle est sous influence du Hezbola que l'on pourra régler le problème.
Le temps est venu d'évoluer vers un système qui accepte la modernité libérale, qui reconnaissent les individus en tant qu'individus et qui refusent les assignations à résidences identitaire. Un grand nombre de chiites ne se reconnaissent plus dans la politique du Hzbolla. Tout comme des Libanais d'autres communautés ne veulent pas être à la merci des chefs de guerre qui se sont autoproclamés représentants des communautés respectives.
H et Joseph Aoun est l'homme de la situation pour mener à à bien ce projet au long cours que vous venez nous décrire là. Euh l'histoire du Liban nous a appris qu'il fallait se méfier de l'idée d'homme providentiel, que ce n'est qu'en construisant des institutions, en renforçant l'armée libanaise, en établissant des contrepouvoirs, en évitant l'effondrement des autorités étatiques que l'on pourra avancer. Il est de tempérament un peu plus modeste que certains militaires qui l'avaient précédé, mais aucun homme à lui seul ne peut incarner la solution.
Elle ne viendra que dans renforcement des institutions et de l'État. Or, de l'État, point de salut. Ça doit être la leçon des dernières années.
Sous votre contrôle, ça sera ma dernière question, hein. Il était prévu en 2026 des élections Oui. général.
Oui. Des élections législatives effectivement. Élection législatives.
Donc pour rebattre un petit peu peut-être la donne politique intérieure, elles n'ont pas eu lieu ces élections. Non, elles ont été reportées de 2 ans à 2020. À nouveau.
Euh non non. Elles étaient prévu normalement les dernièr les dernières étaient 2022, normalement elles arrivent tous les 4 ans. Donc c'était prévu pour 2026.
On les a repoussé à 2028. En l'occurrence, on les a repoussé à 2028 parce qu'on s'est rendu compte que la probabilité était très forte, que le Esbola marque un très beau score dans le cadre de ces élections. Ce qui a un petit peu mis les observateurs sur la piste, c'est que on a eu des élections municipales l'année d'avant en 25.
Effectivement, il y a eu tsunami euh du Esbola dans toutes les communes où il a présenté des candidats. Donc ça justifierait selon vous cette montant en puissance hein, on va dire les choses comme ça du Esbola qu'on est repoussé de 2 ans ces élections et c'est surtout la guerre, les les circonstances sur le terrain qui empêchaient la tenue d'élection. Personne ne peut prédire quel sera le résultat des urnes.
Euh en 2028, le Hzbolla conserve le soutien d'une grande partie de la communauté chit selon les derniers sondages. Par contre, il y a une très grande polarisation dans le reste de la population libanaise. Une écrasante majorité souhaite que l'État contrôle le monopole de la violence légitime.
Ça sera le mot de la fin. Un grand merci vraiment hein à tous les deux hein d'être venu nous parler du Liban, de son histoire récente, de cette montée en puissance du Esbola depuis les événements notamment hein que nous avons pu revivre à travers ce documentaire, ce massacre à Sabra et Chatila. C'était en 1982.
Merci beaucoup aussi à féliciter Gavalda, Emry Colanier qui comme à l'accoutumé m'ont aidé à préparer cette émission. Merci spécial à Isabella Pisani qui est la programmatrice de cette émission. Je sais qu'elle est là aujourd'hui et sans elle, rien ne serait possible dans cette émission.
Vos réactions, ça sera sur hashag débadoc. Nos invités, je l'espère, réagiront à ce que sont ses réactions à cette adresse. Prochain rendez-vous avec Debadoc, ça sera bien sûr avec son documentaire et son débat.
À très bientôt. [musique] [musique]