SANDRINE ROUSSEAU "CE QUE J'AI VÉCU CHEZ LES ÉCOLOS ÉTAIT VIOLENT"
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
que j'ai reçu des photos de barbecue de la terre entière. Je pense que j'ai à peu près tous les modèles de barbecue qui existent. La violence que j'ai subie à l'intérieur du parti est inadmissible.
En réalité, j'ai arrêté la politique à cause de violences sexuelles. J'y suis revenue en dénonçant les violences sexuelles. Les violences sexuelles, c'est les racines de l'ordre patriarcal.
C'est c'est vraiment ce qui structure le monde. On ne regarde pas notre histoire coloniale. On on il y a un déni, il y a un refus d'obstacle.
Moi présidente, mais je vous fais pas une déclaration de candidature à ce moment-là, mais moi je crois que je commencerai par ça en fait. Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui au titre de la réparation ? [musique] [musique] Bonjour à toutes et à tous.
Bienvenue sur le fauteuil. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir la députée de Paris, Sandrine Rousseau. Bienvenue sur le fauteuil.
Bonjour, merci pour l'invitation. Bonjour. Bah merci, merci à toi de nous faire le plaisir d'être avec nous.
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Sandrine, bienvenue, merci beaucoup d'être là. On commence toujours avec la même question sur le fauteuil. Euh qu'est-ce qui t'a politisé ?
Comment tu es arrivé dans la politique ? Ah, mes premières réflexions politiques, elles sont arrivées très tôt pour moi parce que j'avais un grand-père qui était gueule cassé. Alors gueule cassé, c'est qu'il avait une partie de de il avait une oreille en moins et une partie de la joue en moins.
Euh à la guerre, il avait pris une balle allemande. Et donc quand j'étais petite, il m'emmenait en vacances dans un village vacances spécial qui était le village vacances des gueules cassées. Donc en fait, il y avait que des gens, que des hommes blessés de guerre et puis blessés gravement quoi.
Sur la face, certains pouvaient pas du tout manger. Enfin, c'était vraiment assez terrible. Et en fait tôt donc ça c'est j'étais gamine, j'étais vraiment toute petite, je sais pas, j'avais moins de 10 ans et en fait très tôt la question de la guerre, de la paix, de pourquoi ces gens se retrouvaient dans cette situation m'a beaucoup beaucoup travaillé, énormément travaillé.
Et en fait, c'est marrant parce que là, depuis que je suis députée, j'ai repris contact pour la première fois avec les gueules cassées parce que j'avais pas du tout repris contact. Je suis allée à leur siège à Paris et j'ai vu la lettre de mon grand-père qui demandait s'il pouvait emmener sa petite fille dans les gueules cassées et en fait parce qu'il y avait pas d'enfants là-bas et les gules cassées avait répondu "Oui mais c'est quand même difficile pour une enfant et en fait j'y suis allée j'étais la seule enfant quoi." Donc euh oui les réflexions politiques me sont venues assez tôt.
Ouais. [rires] Ça durait combien de temps ce c'était c'était l'été ? C'était l'été en fait, ils avaient une maison à Toulon qui était une espèce de très grande maison bourgeoise mais à l'époque, elle était très vieillissante.
J'ai vu qu'il l'avait rénové mais à l'époque et il y avait je sais pas je dirais une trentaine peut-être une cinquantaine de gueules cassées avec leurs leurs femmes. Et toi la seule enfant ? Et moi la seule enfant.
Et moi la seule enfant. Mais tu faisais quoi de tes journées ? Ah ben c'était dingue.
C'était enfin enfin c'était alors il y avait une il y avait une espèce de piscine donc j'y allais un peu mais euh surtout en fait c'était des gens qui étaient euh très blessés par la vie mais blessés psychologiquement aussi. Et donc il y en avait qui passaient les journées avec moi. Donc il on il faisait des tours de magie, il il me faisait visiter les choses.
En fait c'était des gens ultra gentils. Vraiment ultra gentil et mais très très très effrayant en fait. C'était c'était terrible parce que c'était ils étaient d'une humanité, d'une gentillesse incroyable et en même temps tu vois, ils avait des masques toute la journée et quand ils étaient que entre eux, il les enlevaient et le soir, il buvaient beaucoup et donc le soir partait en Ouais. en cacahuète.
Ouais. Enfin, c'était c'est une expérience quand même hein. Oui, pour un enfant, ça doit je sais pas si j'emmènerai je sais pas si j'aurais envoyé mes enfants moi.
Et après du coup cette étape-là euh ça t'a ça t'a provoqué du coup plusieurs réflexions politiques j'imagine. Et comment ça s'est concrétisé ? Je sais que tu as commencé aussi dans le enfin dans le milieu universitaire.
Qu'est-ce qui t'a attiré vers vers la recherche ? Mais c'est l'économie et puis cette question de l'articulation économie écologie quoi parce que j'ai commencé à faire mon mémoire de maîtrise à l'époque puis mon mémoire de DEA. Je suis vieille hein.
Bon en tous les cas ces mémoires là j'ai commencé à les faire là-dessus. C'est-à-dire comment euh comment concilier les les contraintes écologiques avec l'économie. Et du coup, j'ai fait une thèse après là-dessus aussi et et j'ai fait toutes mes recherches là-dessus.
C'est tu as découvert que l'écologie n'avait pas de bord politique, qu'elle pouvait être de gauche comme de droite. Alors, je pense que très tôt j'ai compris que elle n'était que de gauche. [rires] Coucou les amis.
Oui, parce que qui pensent que l'écologie peut-être de droite ou conservatrice, ça n'existe pas. Voilà, c'est dit la conclusion finalement de de de toute la toute la partie. Je encore me faire des amis. [rires] Bah en soit, c'est quelque chose que vraiment tu as découvert très tôt, j'imagine.
Ben oui. Oui. Parce que en fait quand on est économiste, on regarde un peu comment on peut concilier les deux, comment on peut faire en sorte que de préserver la planète.
Et en fait vite, on est confronté au fait que la croissance, il y a pas de croissance immatérielle, ça n'existe pas. La croissance, elle peut être elle peut avoir une base matérielle plus ou moins forte évidemment, mais enfin une croissance, elle a toujours une base matérielle. Donc qui dit matérielle dit base extract qui dit extractiviste dit colonialisme conquête de terre dit conflit armé même pour avoir des ressources.
En fait, il y a vraiment un énorme sujet autour de euh pour consommer, pour notre confort, pour notre nihilisme immédiat, c'estàdire pour notre satisfaction de quelques secondes, d'avoir acheté un objet et de le de le jeter la plupart du temps très vite. Euh en fait, on on met en en marche forcée une planète entière quoi. Et on et on abîme une planète entière.
Donc ce ce principe de moi j'ai toujours été fasciné par exemple en économie par les théories de l'état stationnaire ou de en fait comment on se contente d'un niveau de confort qu'on estime correct mais comment on n'est pas dans une espèce de surencher permanente de toujours plus parce que ça tient pas enfin c'est pas possible en fait et c'est le ce constat là qui qui t'a amené en politique où tu t'es dit maintenant faut que je passe à l'action ou c'était un peu par hasard alors quand j'étais jeune jeune chercheuse. Je en fait j'étais très très effrayée. C'était moi j'ai j'ai soutenu ma thèse en 2002 euh mon doctorat en 2002 et pendant ma thèse, je je lisais tous les articles qui sortaient sur le réchauffement climatique, tous les toutes les recherches scientifiques sur lesquelles je pouvais m'appuyer pour pour structurer une pensée autour de l'économie et de l'écologie.
Et en fait vite, j'ai l'angoisse, j'ai une angoisse qui m'a prise parce qu'en plus moi j' enfants pendant ma tesse. Donc je veux dire, j'avais j'avais ses enfants, je voyais ce qui allait se passer et très très vite prise d'un d'une espèce d'urgence. Donc alors, j'ai pas fait de la politique tout de suite.
Enfin, je on peut dire de la politique électorale en soit de la politique électorale, ouais, mais quand même dès enfin voilà, j'en ai fait assez rapidement en fait hein. Alors, les ver sont venus me chercher, c'est pas moi qui ai fait la démarche mais à l'époque, j'étais quand même dans un syndicat étudiant écolo qui s'appelait Chiche qui était très Ça existe encore ? Je sais pas si ça existe encore.
Je crois pas. Mais alors c'était génial. C'était le nom est est très bien trouvé. chiche, c'était pour une alternative écologiste et sociale.
C'était Ouais, c'était génial. C'était un syndicat radical où déjà on faisait la parité complète, où on faisait les tours de parole en fermeture éclair. On vous étiez bien plus en avance que des parties de gauche de de nos jours.
Dis donc. [rires] Euh bon, ensuite du coup les verts sont venus de chercher et tu te retrouves euh député. Euh Oh, pas tout de suite.
Voà. Mon dieu, tu fais un raccourci énorme. Je fais un raccourci.
Il est vrai. Mais mais ralentiss euh les verts viennent te chercher et euh et comment tu l'évalu à l'époque ? Est-ce que tu te poses des questions ?
Tu dis euh tu dis euh j'y vais, j'y vais pas. Euh les ver viennent me chercher. C'était pour les régionales, pour les européennes pardon, euh où il y avait Con Bendit, Eva Jolie et José Bové.
OK. Et il viennent me chercher une première fois. Je dis non parce qu'en fait moi j'avais euh enfin faut remettre dans le contexte, j'avais mené la bataille à l'université sur la précarité étudiante et j'avais fait venir le secours populaire parce que j'ai pour alerter sur le fait qu'il y avait des étudiants qui mangaient pas à leur fin, des étudiantes qui mangeaient pas à leur fin et à l'époque j'étais à première université à faire ça.
Donc ça avait créé un mouvement un mouvement et les syndicats étudiants étaient emparés et à la fin ça avait donné le 10e mois de bourse parce qu'à l'époque on avait des bourses que sur 9 mois. Oh ! Donc en fait, c'est pour ça qu'ils sont venus me chercher.
Euh, une première fois, j'ai dit non, une deuxième fois, j'ai dit non, une troisième fois, j'ai dit "Bon, OK, mais à la fin de la liste, vraiment, vous me mettez tout en bas pour que ça se voit pas trop, quoi." Et quand la liste est sortie et qu'elle a été publiée, j'ai vu que j'étais 5e. [rires] Ah, ils t pas prévenu.
Et donc bah, c'était pas du tout éligible, hein, parce qu'il y avait que les premiers la première place qui était éligible. Mais du coup la scène du coup 5e bah c'était dans le le haut de liste et donc j'ai commencé à faire des débats et c'est à ce moment-là que j'ai été piqué quoi. Ouais.
Une fois que tu as commencé tes premiers débats, ça t'a vraiment marqué tu t'es dit mon premier débat c'était un débat à Boulogne avec des pêcheurs au moment des quotas de pêche. Je peux vous dire que c'était ultra chaud et puis voilà l'écologiste, elle était pas la bienvenue dans ce débat, je peux vous dire. Et c'était vraiment euh bah ouais, c'était la bataille quoi.
C'était la fond. Et en fait, je me suis dit bon, les articles de recherche que je publie euh il y a trois personnes qui les lit et ça et aucun politique dedans. Alors que si je commence à faire de la politique, peut-être que tout ce que j'ai appris dans la recherche me permettra de faire de la politique qui sert à quelque chose.
OK. Voilà. Puis après, j'ai arrêté la politique puis j'y suis revenu.
Enfin bon, j'imagine qu'on va y revenir. OK. ce ce retour.
Du coup, j'ai oublié de parler de ça parce que euh on a déjà posé la question à Daniel Opono quand on l'a reçu particulièrement des profils comme toi ou comme Daniel, vous subissez un harcèlement violent pour votre action politique. Comment tu le vis quotidiennement ? Est-ce que tu t'attendais à ça quand tu es devenu député ou pas ?
Alors oui, je m'attendais à ça quand je suis revenue en politique parce que moi je suis revenue en politique, j'ai arrêté la politique à cause de violences sexuelles. J'y suis revenue en dénonçant les violences sexuelles. Donc je savais parce que les violences sexuelles c'est euh les racines de l'ordre l'ordre patriarcal.
C'est c'est vraiment euh ce qui structure le monde et d'ailleurs on le voit avec l'affaire, c'estàd que il il y a une relation très intime entre le pouvoir et les violences sexuelles. Et donc euh je savais qu'en revenant et en dénonçant ça, j'allais me prendre à peu près tous les partisans de l'ordre et puis tous les agresseurs sur la tête aussi parce que évidemment il y en a beaucoup. Et et donc je savais que ce serait violent mais on peut savoir que c'est violent pour autant le vivre c'est encore autre chose.
Ou c'estàd que quand on a toute la journée des insultes, quand toute la journée, quoi qu'on dise, on est ridiculisé et cetera, euh bon, c'est pas extrêmement agréable à vivre. Je dois dire quand même que ça s'est calmé, hein, parce que j'ai, depuis que j'ai quitté Twitter, en fait, ça s'est énormément calmé. énormément calmé.
Et donc maintenant, ben je vis ma vie tranquille d'écologiste radical et féministe, antiraciste et anticapitaliste. [rires] C'est quoi ton hygiène de vis-à-vis de ça ? C'est quoi ton ton organisation quotidienne pour justement lutter contre ça ou éviter de d'y être confronté ?
J'ai pas vraiment d'hygiène hein, c'est déjà j'essaie de moi tenir mes réseaux sociaux, ce qui fait enrager mon équipe. Ah, c'est toi qui cherche directement tes réseaux sociaux ? Oui.
Alors un peu moins maintenant parce que sur Insta par exemple, c'est beaucoup mon équipe mais c'est moi qui les gère parce que en fait vu la collab sont d'accord ou moyennement [rires] moyennement libéré délivré. [rires] Il y a un collab qui est juste derrière. Oui, parce que pour le coup, ça c'est un des trucs les plus enrageants pour les collaborateurs, c'est de c'est de voir que que c'est de voir c'est de ne pas avoir accès aux réseaux sociaux et de découvrir des publications en direct.
Oui, mais nous avons trouvé un modus vivant là-dessus. C'estd que en fait, ils arrêtent de râ public et moi je je je râle pas non plus sur quand ils en publient et que ça ça me plaît moyen parce que sur Insta par exemple, ils ont publi. Donc voilà, c'est on a trouvé un mode opératoire mais par contre je ne dirai jamais c'est la faute de mon collab, voyez, de parce que j'assume les j'assume les choses.
Alors que d'autres l'ont fait dégueulasse. Absolument. Mais sur les réseaux sociaux, ouais.
Non, je maîtrise parce qu'en fait je quand je recevais vraiment des taorrents de merde. Mais alors vraiment j'en ai reçu enfin Daniel au bon aussi, mais quand je recevais ces taurent de merde, euh il y a quand même eu des moments où pour mes collabes ça a été très dur hein d'ouvrir les réseaux. Euh je pense par exemple à la faire du barbecue euh le barbecue gate.
Donc euh le fait d'avoir dit que faire un barbecue et une une côte de bœuf sur un barbecue pouvait être un symbole de virilité. Donc là, je pense que tout le monde a découvert qu'en fait c'était les hommes qui faisaient le barbecue et que les femmes faisaient la salade dans la cuisine. [rires] En soit, en soit, c'est quelque chose de enfin ce que ce que moi en tout cas j'apprécie dans dans dans ta trajectoire, c'est que tu as toujours cherché à politiser des choses qui pour les gens ne sont pas forcément politiques.
Et c'est un truc à gauche qu'on a du mal à faire d'expliquer en fait même ce que vous faites quotidiennement sans vous poser de questions, c'est de la politique en soi. Et le barbecue pour le coup, c'est assez criant comme tu l'as dit. C'est vraiment des hommes qui sont là et qui sont en train de de de se de je sais pas de de se faire un concours de qui cuit mieux la viande pendant que la bière et puis le bit qui sort un peu, tu vois, clairement.
Mais d'ailleurs bon, je juste termine là-dessus, mais j'ai reçu des photos de barbecue de la terre entière. Je pense que j'ai à peu près tous les modèles de barbecue qui existent, je les ai en photo. Et donc comme j'ai des super collabes qui sont végétariens et végétarienne, quand ils ouvraient les les réseaux sociaux et qui voyaient cette viande sanguinolante à 8h du matin qui je rappelle la viande est quand même un cadavre d'animal sanguinolant en fait au bout d'un moment il y en a qui m'ont dit mais moi je veux plus ouvrir tes tes réseaux donc je veux plus voir ça quoi.
Donc voilà c'était juste pour dire qu'il faut aussi préserver un peu les collab. Je je voulais te demander du coup c'était l'expérience que tu es en train de vivre de de député mais aussi de cadre enfin je sais pas si on dit si tu aimes bien l'utilisation de cadre dans un dans un dans un parti de gauche majeur euh comment tu te situes vis-à-vis de ça ? Est-ce que toi par exemple qui a toujours eu une idéologie politique, une réflexion de de une idéologie de de combat, finalement, tu as toujours développé ta pensée politique, est-ce que tu trouves qu'à gauche, on a on a toujours on a toujours ces ces réflexes de pensée ou est-ce que il y a moins la pensée et plus la strate en ce moment où on a on a du mal à faire de l'idéologie, j'ai l'impression.
Je pense que les partis politiques actuellement, mais je pense qu'ils l'ont toujours été par ailleurs, sont des entitesses de la pensée. C'estàd que ils étouffent toute pensée, ils étouffent toute toute surtout pensée un peu connexe, différente euh rebelle un peu à l'ordre social parce que ce sont des des mini représentants de l'ordre social en réalité. Et donc je pense que les partis politiques ne sont pas les lieux de la pensée.
Ce pour moi les partis politiques, alors là je vais encore me faire des amis mais c'est des espèces d'âgés de copropriétaires. C'est-à-dire qu'on on répartit on répartit le pouvoir. Ce sont des lieux de répartition du pouvoir.
C'est des outils utiles en soi. Mais il y en a pas d'autres en fait. Il y en a pas d'autres.
Donc ça mais enfin je veux dire, il faut pas fétichiser un parti politique, hein. C'est pas euh vous allez pas faire le grand soir dans un parti politique [rires] mais par contre vous allez répartir le pouvoir. C'est en ça que c'est une âgé de copropriétaire.
Après euh aujourd'hui, j'ai pas trouvé mieux dire en fait c'est donc voilà je je c'est pour ça que je suis très critique et en même temps j'y reste parce que je vois pas d'autres solutions. Mais par contre j'invite vraiment tous les leaders des partis politiques à checker leurs privilèges, à checker leur fonctionnement parce que vraiment on a des dysfonctionnements majeurs quoi. majeur en terme de reproduction sociale, en terme de de reproduction raciale, en terme de reproduction sexiste, en terme de reproduction euh enfin genré, je je devrais dire.
Enfin, voilà, c'est c'est incroyable à ce point-là pour des parties qui se disent progressistes. C'est vraiment incroyable ce ces mécanismes de dysfonctionnement, comment tu les expliques ? parce que il y a un moment il y a un moment où on passe du militant sincère à au cadre de parti et on oublie on oublie de la représentation, les questions raciales, les questions les questions de genre ou ou c'est ou c'est ou c'est plutôt plus naturel que ça.
C'est des questions qui se posent pas. Euh c'est un mélange de plein de choses. Là par exemple, on a vécu une expérience la semaine dernière qui a été très désagréable qui est que parce que moi j'avais poussé par exemple deux personnes à Paris qui étaient deux personnes racisées sur les listes.
Il y en a une des deux Théo Garcia Badin qui s'est fait virer de la liste et il s'est fait virer de la liste pour la diversité. C'estàd qu'en fait on a dit il faut plus de diversité. Donc on a mis une personne racisée en haut et on a viré une personne racisée un peu plus loin dans la liste parce qu'en fait il fallait pas trop de personnes racisées.
Fallait la diversité mais le quota de diversité maximum. En fait faut que ça se voit sur la fiche quoi. Faut que ça se voit sur la fiche et donc faut que ça soit en haut de la fiche.
C'est scandaleux. Alors vraiment je vous dis c'est scandaleux. Euh ça m'a mis dans une colère mais bon il faut avoir de la patience en politique.
Je pense que c'est un des [rires] une des qualités premières. Ça n'est pas la mienne, mais il faut avoir de la patience et il faut prendre le temps du changement. Donc je pense que pour répondre à ta question euh dans les partis politiques se rejouent en fait les rapports sociaux que se jouent dans la société. des personnes qui sont précarisées économiquement.
Prenons ça pour pour euh exemple des personnes qui ont pas d'argent euh bah en fait il faut déjà qu'elles aillent aux réunions, qu'elles soient ultra présente. Il faut que elle soit suffisamment confiante en elle pour pouvoir prendre la parole, affirmer des idées, pouvoir la prendre avec autorité pour pouvoir être identifié comme étant potentiellement sur une liste et cetera et donc éligible. Tout ça, vous voyez bien que quand vous avez pas d'argent, que vous êtes pris par un quotidien, vous savez même pas si demain vous allez réussir à avoir trois repas pour manger.
Évidemment que vous n'avez pas la confiance nécessaire pour vous imposer dans une réunion, parler que votre parole soit suffisamment ancrée pour pouvoir marquer les esprits et cetera. Et évidemment en plus peut-être vous n'aurez même pas la possibilité de venir à la Réunion parce que vous n'aurez juste pas suffisamment l'argent pour venir. Donc je dire c'est c'est très très compliqué de et si on n pas une volonté chevillée au corps de changer ça, ça ne changera jamais parce qu'en fait il faut l'avoir vraiment faut que ça soit du matin au soir une volonté parce que tout est fait c'est pour moi c'est comme une une quelque chose qui tournerait et il y a des forces centrifuges qui font que toutes les personnes fragiles sont éjectées au fur et à mesure quoi.
Et si on n arrive pas à tenir cette roue, si on arrive pas à tenir dans le mouvement, mais en fait ce qui se passe c'est que les gens arrivent, il milite 3 mois, 6 mois puis ils repartent parce qu'ils y arrivent pas. Et donc ceux qui tiennent le parti, ceux qui tiennent les postes de pouvoir à l'intérieur du parti sont souvent des personnes qui elles sont ont un capital social, un capital économique extrêmement fort et qui sont un peu les c'est en ça que j'appelais l'â de copropriétaire que je parlais d'agit de copropriétaire, c'est que c'est des propriétaires d'un territoire ou d'un espace politique et donc ils tiennent le truc quoi. Et quand on est plus fragilisé, ben on éjecte au bout d'un moment.
Ça c'est très très dur. Et contre ça, ça demande vraiment une volonté politique énorme, énorme. Tu as parlé de toi-même de de ça tout à l'heure.
Tu as toujours eu une un aspect critique envers les la les directions de parti et même la direction de ton parti des écologistes. Comment tu le tu le vis en interne ? Est-ce que c'est est-ce que tu as une est-ce que est-ce que déjà c'est un espace ouvert à la critique ?
Et est-ce que tu as l'impression que tu en payes le prix et que il y a des répercussions ensuite quand tu quand tu prends la parole ? Là, je peux vous faire deux types de réponses. Enfin, je peux te faire deux types de réponses et une réponse politiquement correcte.
Une une réponse politiquement Tu fais la réponse que tu veux. Voilà. La réponse politiquement correcte, c'est de dire que être minoritaire dans un parti, c'est pas facile.
Voilà. Et c'est vrai euh la réponse politiquement incorrecte et sincère, c'est de dire que la violence que j'ai subi à l'intérieur du parti est inadmissible en réalité et que moi j'ai subi, c'est une chose parce que moi j'ai encore le socle qui me permet de de tenir la notoriété qui me permet de m'exprimer mais ce qu'on subit certains des certaines des personnes qui m'accompagnent dans le parti c'est ultra trash et en fait enfin moi je pense par exemple à Harmonie Le qui a été désignée pour être candidate aux législatives jusqu elle a fait la photo, elle a fait la profession de foi puis au dernier moment on lui a dit "Ah bah non parce qu'il y a tu es roussoïste donc ça va être quelqu'un d'autre enf je dire c'est dingue quoi c'est dingue donc non c'est pas c'est pas possible de fonctionner comme ça c'est pas possible tu as l'impression d'avoir servi de pour j'ai obligation de citer mesdine à n'importe quel épisode du fauteuil peut-être servi de paratonire pour pour les autres tuas tu as pris je pense que c'est plus que ça c'est que Euh j'ai servi de c'est plus que paratonaire, c'est ça a permis à la direction actuelle du parti de de faire une coalition en disant "Regardez comme elle est méchante, c'est la sorcière. Et donc revenez avec nous, nous on est les gentils.
Et en fait ça a permis de souder un collectif uniquement de façade parce que je pense que ce collectif ne n'est pas du tout un collectif mais ça a permis de faire une espèce de de solidité de façade contre moi et et ce que je représentais et ce que mon courant représentait. Mais euh au détriment du fond au détriment du fond. au détriment du fond. en soit la radicalité qui est présente chez toi de ce que j'ai vu chez les jeunes écologistes par exemple on en reçoit ici on les croise en manif souvent il y a une radicalité qui est demandée qui est exigée même de la part des jeunes et j'ai l'impression que il y a pas il y a pas enfin que à part chez toi justement et les gens qui partagent ta ligne ils sont toujours un peu déçus des des prises de position du parti et de et de la stratégie du parti.
Donc je pense que l'isolement en soi, c'est un isolement en haut, pas dans la base. Alors ça, je suis très sûr que c'est un isolement parmi les cadres du parti parce qu'alors par contre que ça soit chez les jeunes écolos, que ça soit dans la base des écologistes ou que ce soit dans la société, je suis absolument certaine de ne pas être isolé. Ça, j'ai aucun doute là-dessus.
Aucun doute. C'est vraiment euh euh dans l'ag de copropriétaire, j'ai pas assez de tentiem quoi, tu vois. [rires] C'est vraiment ça mon Et pourquoi ils ont peur de la radicalité en fait ?
C'est quoi qui c'est pourquoi ils ont peur de ça ? C'est J'ai l'impression qu'il y a il y a quand même un constat à gauche enfin dans le peuple de gauche qui a vraiment un besoin de radicalité en ce moment surtout face à l'extrême droite face à face à l'augmentation du du racisme de l'islamophobie de de de plein de de sujets en ce moment. Je sais pas répondre à ça.
OK. J'ai pas de réponse à ça. Je voulais te demander aussi, il y a quelque chose qui anime en soi le le le les débats dans la gauche des coloniales et cetera, c'est la question du féminisme blanc enf ou bien du féminisme libéral.
Comment tu fais pour maintenir dans ta dans ta dans ta réflexion féministe un aspect décolonial, un aspect antiraciste ? En ne prenant pas tous les codes du féminisme blond bourgeois. OK. et en écoutant les personnes euh alors je vais prendre l'exemple du voile parce que je trouve que c'est très emblématique de ce qu'on me reproche euh d'avoir juste dit "Attention, c'est pas aussi simple qu'il n'y paraît et c'est pas parce que il y a un foulard sur la tête que euh les femmes n'ont pas de pensé, n'ont pas de réflexion, n'ont pas d'autonomie, d'émancipation et de capacité à choisir en fait hein.
Euh c'est enfin c'est c'est dingue d'ailleurs de de penser ça. Enfin moi ça me pose beaucoup de questions sur euh comment on peut considérer que dès lors que on a un voile sur la tête, çaile complètement la personne et la personnalité euh qu'il y a euh derrière ce voile, quoi. Enfin, c'est c'est bon.
Enfin voilà. Donc ça moi j'ai beaucoup travaillé avec des femmes qui le portaient qui le portent qui m'ont expliqué toutes les motivations pour lesquelles elles le porter qui sont très diverses he ça va vraiment enfin c'est c'est dingue d'ailleurs de de d'être d'écouter ça parce que ça va d'une ça va d'une foi religieuse réelle ça va aussi vers une volonté de de se montrer à la personne qu'on aime et que à la personne qu'on aime, ça va à ça peut aussi être une forme de camouflage dans l'espace public. Euh moi, j'ai vu par exemple dans l'association parler aussi des femmes qui avaient été victimes de violence sexuelle et qui euh comme ça avait une stratégie de cet ordre.
Euh ça va aussi sur la conviction religieuse très forte, ça évidemment aussi ça va sur des terrains comme aussi la tradition euh la et puis ça va aussi sur la réappropriation. Et ça c'est vraiment quelque chose que je pense qu'on devrait réfléchir, c'est que le tout ça a un lien avec l'histoire coloniale de la France. Tout ça a un lien avec euh le le la enfin la violence aussi de la colonisation sur le corps des femmes.
Enfin ça c'est quelque chose qui n'est pas très document enfin qui est documenté pardon mais qui n'est pas très connu dans l'espace politique, pas très débattu dans l'espace politique mais la colonisation a été une appropriation du corps des femmes. Oui. de de enfin des des des chefs d'État qui étaient soutenus par la France ou des ou des soldats français eux-mêmes qui venaient et qui se baladaiit pour retirer le voile des femmes où les habits traditionnels le savent en Tunisie et et c'était c'était censé être un moment de libération h mais c'était très violent pour les femmes qui l'ont subi parce qu'elles étaient dans la rue et qu'un homme venait les déshabiller quoi.
ça et puis euh c'est ça renvoie aussi en miroir à toute la sexualisation, l'érotisation des du corps des femmes euh au nom d'une forme de de d'exotisme. Euh et enfin, je vous invite à à voir les fraques qu'il y a par exemple dans le musée de l'immigration dans le 12e où voilà, il y a une exotisation du corps des femmes et une sexualisation de ceci et on voit enfin je veux dire on peut pas interroger la question du port du foulard aujourd'hui dans les jeunes générations sans avoir un regard là-dessus mais sans aussi mais sans aussi avoir un regard sur la la masculinité euh dans les dans les la religion euh dans les trois grandes religions euh et puis dans les quartiers ou dans toutes les sphères de la société en fait que ce soit d'pstein à au [rires] quartier en fait la masculinité quelque chose et la masculinité toxique est quelque chose qui traverse la société donc je veux dire voilà il y a pas de on doit interroger tout ça mais on ne peut pas résoudre le problème en disant interdiction du voile. Oui.
Au nom du droit des femmes, c'est trop facile. La question de la masculinité dans dans les quartiers, tu viens de l'évoquer, comment on peut se poser cette question sans justement sans sans ajouter de la criminalisation au quartier ? Non, mais la virilité dans les quartiers, elle se joue elle se joue dans je pense dans la même intensité qu'elle se joue ailleurs.
Simplement, elle peut prendre des formes différentes, mais elle se joue dans avec la même intensité. Mais quand on voit euh la virilité par exemple de la police aussi, d'ailleurs c'est très intéressant. Là, il y a au moment où on enregistre, il y a un un procès des CRS qui ont tabassé un gilet jaune dans plusieurs gilets jaunes dans un Burger King.
Dans un Burger King et qui dit "C'était un geste virile." Oui. Et en fait la virilité de de la police, elle se joue aussi dans les quartiers face à des jeunes euh des quartiers, particulièrement les jeunes hommes des quartiers qui sont considérés comme un peu enfin qui sont considérés comme sauvages comme euh une espèce de de force à dompetter, à civiliser presque he très colonial comme approche en fait.
Absolument. Et donc en fait, évidemment qu'il y a un truc de de d'affrontement masculin, virile dans cette histoire-là, évidemment. Et donc évidemment aussi que les hommes des quartiers jouent ça sur jouent ça, euh jouent mal ça.
Euh évidemment, mais en fait, je veux dire, on les renvoie aussi à cela. C'est en fait c'est c'est en ça que pour moi la déconstruction de la masculinité de la virilité est quelque chose d'extrêmement important en regarde des transformations sociales à faire. c'est que si on ne si on n'interroge pas ça, alors euh c'est pas juste le revenu, c'est aussi toute une construction sociale de représentation de de de d'assignation euh de de surjeu de quelque chose qui euh crispe, qui euh contamine et pollue l'accès à l'égalité pour tout le monde.
Ouais, c'est c'est euh la manière dont tu l' abandis, c'est c'est assez criant du coup l'importance de l'intersectionnualité parce que quand on parle de de masculinité à un homme, on a l'impression que c'est tout de suite il se braque. C'est un peu comme parler de privilège blanc ou de blancheur à c'est c'est vraiment des choses qui on a du mal à les déconstruire même à gauche. Enfin, d'ailleurs même à gauche, enfin beaucoup à D'ailleurs, je sors un petit livre petit moment promo le 5 mars qui s'appelle Tu nuis à la cause où je parle de tout ça et parce que c'est ce qu'on m'a beaucoup reproché en me concentrant enfin en ayant une parole forte sur les combats sociétaux.
Euh on dit "Tu nuies à la cause." Donc je le pose juste parce que j'en parle justement. Mais justement cette question de de tu nuis à la cause pour pour en parler, le titre il est volontairement il attaque volontairement les gens qui te qui te qui te reprochent ça par souci à gauche y compris à gauche par souci de de d'aborder des sujets j'ai pas envie de dire nouveaux parce que ça a déjà été travaillé d'un point de vue universitaire mais nouveau dans la scène politique.
Est-ce que est-ce que tu tu trouves quand même du soutien chez tes chez d'autres camarades, chez chez des personnalités politiques qui disent "Tu nous as ouvert la porte peut-être pour parler". Ah oui, puis de plus en plus. Et puis de plus en plus.
Puis il y a vraiment des soutiens du monde des artistes, j'en ai beaucoup vraiment euh et de la société civile quoi. Enfin d'une manière générale. Et puis je vais vous dire, il suffit que je me balade dans la rue pour que les gens me disent merci pour ce que vous faites.
Euh c'est quand même au quotidien. Donc c'est pour ça que je tiens aussi, c'est parce que je sais que il y a d'un côté des logiques de pouvoir et de répartition de ce pouvoir et de l'autre il y a une aspiration à ouvrir les portes et les fenêtres et à dire on a envie d'autre chose. Tu as parlé de l'aspect des coloniales de de l'écologie et tu as parlé de l'histoire coloniale de la France.
Ça dit que ce qui t'a amené aussi euh à la à la politique, c'est justement ces questions de guerre et ces questions l'écologie peut comment fait pour qu'elle parle au au pays du sud global ? Comment on fait pour pour faire en sorte que ça soit pas quelque chose qui qui crée un nouveau déséquilibre entre les nations ? parce que aussi enfin dans les pays pauvres sont les pays les plus touchés par les catastrophes climatiques.
Au Maghreb, on a eu des inondations catastrophiques au Maroc qui ont fait des morts. En Tunisie, on a eu une catastrophe chimique agabè qu'on a traité ici. Il y a toujours une responsabilité occidentale dedans aussi.
Comment on fait pour traiter ça de manière à faire que ça soit pas ça soit pas éloigné pour les pays du sud ? Ben, j'ai envie de répondre à cette question en disant faudrait le leur demander. C'est en fait, il faudrait qu'on arrive à à savoir ce qui serait acceptable pour eux, ce qui serait digne pour eux, ce qui serait de la de l'ordre de la réparation pour eux en fait.
Parce que moi, je pense que on ne peut pas aborder la transformation écologique sans aborder le terme de la le volet de la réparation. En fait, je pense que tant qu'on n'est pas tant qu'on a pas abordé frontalement cette question de la responsabilité versus la réparation, on peut pas passer à une autre étape qui est comment on fait mieux, comment on fait différemment, comment on fait et cette question de la réparation, elle est très tabou. Oui.
En France en particulier, mais je pense un peu partout. D'ailleurs, c'est intéressant ce qui se passe au Groenland là-dessus, hein, parce que le fait que Trump ait voulu mettre la main sur le Groenland a obligé Danemark à interroger son rapport colonial au Groenland et aussi les exactions qu'il a eu et donc la réparation de ces exactions. Et je pense notamment aux enfants qui ont été enlevés de leur famille et qui ont été placés.
Et en fait ce volet réparation pour enfin là j'ai envie de dire une phrase mais qu'il faut pas interpréter au premier degré mais moi présidente mais je vous fais pas une déclaration de candidature à ce moment-là mais euh moi je crois que je commencerai par ça en fait. OK. Moi, je crois que je commencerai par ça en disant ben voilà, qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui au titre de la réparation d'une histoire violente et comment on peut du coup passer sur un autre rapport un autre rapport plus égalitaire dans la discussion et qui permett de qui nous permett de trouver des solutions.
Et ce tabou, tu l'expliques par le fait que ça soit un sujet difficile ou qu' j'ai l'impression qu'il n'est pas porté par grand monde non plus. Enfin, j'ai pas l'impression qu'on parle beaucoup de des réparations coloniales justement. Alors, il y a pas que colonial hein, il y a aussi les réparations du productivisme d'une manière générale si mais évidemment les réparations coloniales en font partie mais pas que.
Euh com c'est à bout ben parce que euh je pense qu'on n'a pas regardé, on ne regarde pas notre histoire coloniale. On on il y a un déni, il y a un refus d'obstacle là-dessus. C'estàd qu'on et quelque part je trouve que la montée du RN est aussi le révélateur de ça.
C'est dire que on voit que le RN s'appuie beaucoup sur des mouvements comme l'oas, comme la nostalgie de l'Algérie française ou de ou la Tunisie française et que c'est pas interrogé en tant que tel, c'est pas et que derrière ça nourrit évidemment des relans racistes, ça nourrit une hiérarchie sociale et nous à gauche, on a du mal à poser ça et je trouve qu'on le pose de manière très maladroite. C'est qu'on le pose comme une espèce de revendication mais sans poser le fait le fait colonial. Et et moi je suis je je me revendique pas euh des mouvements euh des coloniaux ou quoi.
Je je juste je regarde ça et je me dis on a quand même une responsabilité à poser le fait colonial et à en poser toutes les conséquences et à en poser tout tout euh enfin toutes les réparations aussi qu'on devrait poser et toute la tension qu'on connaît actuellement avec l'Algérie pour moi me semble être vraiment une une des conséquences de ce fait colonial. Et donc voilà, je pense qu'on y arrive aussi un peu au bout et les générations de colons euh sont en train de vieillir et de disparaître. Et avec ces générations de colons et de colonisés, euh peut-être que on perd aussi une part de l'histoire très humaine de cette colonisation et de cette décolonisation.
Moi par exemple, mon père est né au Maroc dans une famille bah de colon. Enfin, je vois pas comment on peut dire ça. D'ailleurs, je lui ai dit "Tu es tu étais colomb parce que pied noir égal colomb." Et il a refusé ce terme, ce qui est très intéressant parce qu'en plus il c'est un il dit qu'il est maghréin français comme Jean-Luc.
Non, pas du tout. Non. Ah, ça va.
Non, par contre euh ça non. Mais il dit "J'étais trop petit pour être Colomb." Bon, c'est pas faux.
C'est qu'il était enfant. Il était enfant. il a pas il a pas fait l'acte de mais bon de fait il était quand même ça et c'est et quand je parle avec mon père je je je trouve que on s'enrichirait vraiment aussi d'avoir ces histoires individuelles pour interroger ce que c'était très concrètement le rapport de de colonisation c'est les l'histoire de l'école l'histoire de l'après-école l'histoire de de de du rapport de travail.
Euh en fait, il y a plein de choses parce que la colonisation, ça reste un terme comme ça qui est posé de manière un peu générique sur mais en fait ça a des implications très très intimes dans la vie des familles. Et je pense que les familles françaises, toutes les familles françaises ont une histoire intime de la colonisation d'un côté ou de l'autre, mais elles ont une histoire intime avec la colonisation. et ne pas le poser sur la table, c'est rester dans un tabou qui euh un tabou qui est violent et qui génère un rapport violent au racisme.
Tu as mentionné plusieurs fois, je vais finir là-dessus avant de avant qu'on passe à la partie plus agréable de de cet entretien. Euh, tu as mentionné régulièrement l'affaire Epstein pendant cet entretien et et du fait que c'est euh ça démontre quelque chose du rapport du pouvoir au VSS et au aux violences sexuelles. Récemment aussi, on a eu des affaires en France de de de personnalités politiques majeures qui ont qui ont commis des des agressions sexuelles et qui ont mis beaucoup beaucoup de temps à être ne serait-ce que inquiété par la par la justice.
C'est c'est quoi le le le c'est quoi le rapport qu'ont les les gens de pouvoir au VSS ? Est-ce que c'est en train d'évoluer ou est-ce c'est c'est toujours il y a il y a une forme d'impunité qui est généralisée chez dans les milieux de pouvoir sur ces questionsl ? Les VSS sont sont très intimement liés au pouvoir.
Très intimement liés. C'estd que un père par exemple va être incestueux dans une famille parce qu'il a le pouvoir dans la famille et donc il peut le faire. Et s'il peut le faire, certains passent à l'acte.
Pas tous hein, mais certains passent à l'acte et tellement passent à l'acte que c'est quand même trois enfants par classe. Donc le pouvoir, ce n'est pas un pouvoir forcément politique, médiatique, économique. Ça peut être un pouvoir très restreint dans une dans un noyau familial.
Hm. Euh mais les VSS ont toujours partie prix, partie intimement pris avec le pouvoir. C'est-à-dire, j'exerce un pouvoir sur toi et je l'exerce euh par la violence.
Et pour moi, c'est très intimement lié aussi aux questions écologiques, mais aussi aux questions sociales. C'est-à-dire que avoir être en position de pouvoir, pouvoir exercer ce pouvoir, c'est aussi la question de se mettre une éthique du pouvoir, une limite dans le pouvoir et une responsabilité lié à ce pouvoir. Et c'est en cela que on est tous responsables de la situation parce que on est homme, on est femme, ça on le choisit pas.
On est blanc, on n'est pas blanc, on ne le choisit pas. Mais par contre, on a une responsabilité intime individuelle et personnelle à sur la manière dont on exerce le pouvoir. Est-ce qu'on bénéficie de privilège ou est-ce qu'on refuse ces privilèges ?
Est-ce qu'on est dans une forme d'éthique ou pas ? Et en fait, enfin quand on refuse une partie au moins des privilèges et et en fait c'est ça la question qui est aujourd'hui posée pour moi, y compris dans la question écologique. Et c'est pour ça que je me revendique de l'écéminisme, c'est que finalement on a le pouvoir de détruire la planète et on a ce pouvoir-là puisqu'on a les moyens techniques, on a les le capital économique qui nous permet de le faire.
Donc est-ce que on se met une éthique et une limite dans la prédation de la planète comme on se met une éthique dans la prédation des corps de l'autre euh et donc une un interdit où est-ce que euh au contraire parce qu'on peut le faire, on le fait. Et en fait c'est ça qui est au fondement je pense de des transformations écologiques et sociales à faire. C'est est-ce que oui, on peut s'enrichir autant qu'on veut, mais est-ce que on collectivement on décide que notre éthique est de permettre ça ? au contraire de mettre des limites donc de la redistribution, de faire en sorte qu'il y ait des personnes qui dorment pas à la rue et qui soient pas pauvres et cetera.
Et en fait là, on est dans un moment où où je pense qu'on est à la fin d'un cycle, à la fin du cycle capitaliste, mais où il va falloir qu'on se pose des questions qui sont pas justes combien d'argent on donne de subvention pour changer une chaudière, mais vraiment quelle est l'éthique de responsabilité au nom de laquelle on fait de la politique ? Et pour moi, c'est une question qui est passionnante en réalité et qui est très enthousiasmante parce que ça nous permet de redéfinir notre manière de vivre ensemble. Oui, redéfinir d'un d'un point de vue systémique euh la formulation, elle est particulièrement importante dans le contexte actuel où on a on a une une responsabilité occidentale dans plusieurs guerres en dans le monde.
On a vu le génocide à Gaza de depuis 2 ans et demi. J'ai l'impression, corrige-moi si je me trompe, que la gauche dite l'Union de la gauche s'est fracturé là-dessus sur la question palestinienne. Comment tu l'expliques ?
Comment tu tu expliques que cette union nouveau Front populaire s'est fracturé sur la question palestinienne ? J'avais écrit une tribune dans le monde au tout début, juste après le 7 octobre, qui à mon avis a pas été suffisamment euh lu pour ce que ça posait. Bon, après voilà, c'est ce que je dis tout à fait modeste, donc j'ai je le formulé autrement, mais pour moi ce conflit enfin la guerre qui a lieu là-bas, la colonisation aussi quand même du territoire palestinien euh versus la violence de l'action politique terroriste euh sur Israël, renvoie à mon sens à deux traumatismes sociaux non réglés.
Hm hm. D'un côté, le génocide. Oui.
De l'autre, la colonisation. Hm. Et en fait, c'est nous qui sommes responsables des deux.
Oui. Oui. Ben oui, mais enfin c'est quand même pas rien.
C'est qu'en fait, il y a quelque chose où l'impensé de ces deux choses-là h conduit à laisser euh la situation comme elle est, c'est-à-dire en dehors du droit international. euh incroyablement dangereuse pour l'équilibre du monde aussi hein au-delà de juste localement et euh et en fait pour moi la gauche n'a pas pris les choses dans le bon sens c'est-à-dire de prendre notre responsabilité c'estàd qu'elle a pris fait cause dans un sens ou dans un autre h finalement sans interroger les sous-jacons de ce et ni l'histoire de ce conflit enfin de cette de cette situation et je pense que l'ostracisation de LFI là-dessus est scandaleuse. Je pense aussi que euh la manière dont LFI a abordé le sujet au départ a crispé tout le monde.
Hm. Et l'ostracisation, bon maintenant c'est ça se généralise, c'est plus que les filles, il y a de plus en plus de gens qui sont on a couvert au médias la criminalisation de de la cause palestinienne et c'est des fois des manifestants qui se retrouvent accusés de de de qui se retrouvent devant la justice, qui se retrouvent avec des grosses amendes et cetera. Euh, il y a eu une volonté aussi euh gouvernementale bien sûr. de criminaliser la la cause palestinienne.
Non, bien sûr. Mais évidemment, évidemment, mais c'était aussi maintenir un ordre social. Tu tu veux dire c'est pour éviter les pour éviter quand on a quand on dit éviter d'importer le conflit.
Oui, c'est ça. On entend derrière éviter une espèce d'enflammement ou une espèce de revendication de population qui euh sont discriminées quand on est dans les quartiers et cetera. Oui, absolum.
C'est ça en fait quand on dit ne pas importer, moi j'entends ça en tous les cas. H du coup et du coup c'est aussi les les priver ces population d'avoir un pouvoir politique hein. C'est c'est c'est ne pas importer aussi c'est un peu incohérent avec ce que tu expliquais où le le enfin c'est plutôt la France et l'Europe qui ont exporté ce problème plutôt que plutôt que enfin la responsabilité occidentale dans le dans le dans la guerre et le génocide.
Bah là la responsabilité occidentale très concrètement immédiatement, elle a été de ne pas rappeler Benjamin Netaniaahou à à sa au droit international au moment où il fallait le faire. Enfin, je veux dire, c'est pour moi le le poste 7 octobre a a mis le dernier clou dans le cercueil du droit international qui était pas parfait, loin de là. les instances internationales n'étaient pas parfaites moins de là, mais elles étaient quand même ce qu'on avait fait de mieux depuis euh le la Seconde Guerre mondiale.
Donc en fait euh ça aura des conséquences en cascade d'une gravité à mon avis euh extrême. on va passer à la à la à la partie la plus agréable de l'entretien. Euh je je on finit toujours par parler de un peu de culture de dans dans le dans le format pour on te demandant si tu devais écouter que trois projets cette année, trois albums, ça serait quoi ?
Trois albums de musique ? Oui. Euh bon alors le dernier de Jean Cheral parce que je suis allé l'avir en concert et qu'elle est juste incroyable.
Ah ça va être la question d'après. C'est mon dernier concert. Ah oui c'est [rires] ça.
Tuas fait les deux en temps. Jeune Cheral. J'en j'en rirai dans un mois dans [musique] un an.
J'en rirai si vous êtes à l'écran. Évidemment. Euh alors moi je sais pas je j'écoute plus trop la musique par album donc c'est un peu compliqué.
C'est pas grave soit tu peux tu peux tu peux dire des singles. J'aime beaucoup aussi euh la chanteuse Mathilde. J'ai été rabaissé, humilié, agressé, frappé.
J'ai été [musique] vilipé, harcelé, ce quatre collé insulté, touché contre mon gré. Si jamais je m'en [musique] remets, on doutera de ma vérité. Il y en a beaucoup que j'aime.
Bon, je sais pas aller I will survive parce que c'est quand même ce que je me mets dans les oreilles avant chaque interview. Donc je me dis même sur une île déserte là. Tu t'es mis à survive avant de venir ?
Euh oui oui oui, je m' mis à Wheel survive. [rires] OK, d'accord. Je sais pas comment le prendre.
OK. Et en cinéma, du coup, si tu as regardé qu'un film tout au long de l'année ? Un seul, c'est compliqué.
Euh enfin, c'est des films politiques he évidemment parce que quand on est dans c'est euh euh le C confidentiel que moi j'aime beaucoup au titre de l'analyse politique qui pose. Je trouve ça assez incroyable. OK.
Tu peux tiser un peu les gens qui connaissent pas. B ça se passe dans le K et c'est les rapports de pouvoir en fait. Et il y a un autre film qui s'appelle La conspiration du K qui est un peu du du même réalisateur et qui est un peu euh sur la même donne, c'est-à-dire en fait comment euh le pouvoir s'incarne aussi par des une phase cachée de ce pouvoir en fait peu reluisante fait de conflit d'influence de rapport de force de malversation tion malhonnêteté aussi hein parfois et et c'est très intéressant je trouve la manière dont il le traite parce que je trouve ça extrêmement fin et moi il y a un autre film que j'aime beaucoup al ça va peut-être faire raller mais c'est Argot Argot ok parce que ce qui me plaît énormément dans ce film c'est le sang froid de Benfleak et moi j'avoue que la politique c'est beaucoup de sang froid en fait et c'est aussi enfin je pense qu'il faut mettre beaucoup d'émotions dedans parce que c'est il faut le faire avec ces trips Mais c'est aussi une forme de garder la tête froide quoi.
Et et voilà, j'aime beaucoup ce film pour ça. OK. Tu m'as tu m'as spoilé sur ton dernier concert.
C'était Ah incroyable, c'était hallucinant. C'était où ? C'était au Grand Rex.
OK. Et est-ce que tu fais souvent des des concerts ? C'est quoi tes activités pour pour décompresser ?
Bah, je vais voir des spectacles. Alors, des concerts, j'y vais pas suffisamment parce qu'à chaque fois que je vais un concert, après, je me dis "Mais c'était trop bien, je devrais y aller plus souvent." Euh, je fais pas mal de standup.
OK. C'est quoi tes humoristes du moment ? Bah, le dernier que je suis allé voir, la dernière que je suis allé voir, c'est Swan Perissé par exemple, du stand-up et puis des pièces de théâtre.
OK. Et tu arrives à trouver le temps ? On en parlait souvent avec des gens qu'on reçoit qui nous disent qu' qui je n'ai absolument pas le temps et mais j'essaie quand même tu l'impos tu te mets une bah en fait c'est quand même d'un moment c'est c'est sont les seuls moments avec les moments où je fais la cuisine mais c'est les seuls moments où j'arrive vraiment à à être embarqué dans quelque chose d'autre que mon quotidien politique.
Donc en fait c'est quand même assez intéressant. Tu arrives pas quand tu es chez toi à sortir de de ton quotidien politique ? Non.
OK. Je je devrais dire oui par autur de [rires] OK mais c'est pas du tout mais c'est c'est euh c'est c'est du coup enfin ça devrait te donner plus envie d'aller voir des concerts et des et des spectacles. Oui mais j'ai pas forcément le temps.
Puis après, bon c'est aussi un autre truc hein, c'est que euh voilà comme je je suis reconnue et tout c'est pas complètement non plus toujours. C'est pas très agréable. agréable, ça dépend mais c'est des fois pour me mettre dans ma bulle, je voilà ça te remet dans ton quotidien en fait.
Oui, voilà. Il y a il y a un truc un peu contradictoire là-dessus. Ça fait quoi d'être reconnu dans la rue ?
Oh bah ça va, les gens sont hyper gentils en fait hein. Moi je crois en l'humanité. Ça te pèse pas ? [rires] Ça te pèse pas ?
Ça me pèse quand je suis en vacances. Ça me pèse quand je suis à la plage en maillot de bain. Ça, je t'avoue que oui.
Ça ça me plaise beaucoup. Euh ça me pèse quand je suis en montagne avec [rires] les gens se permettent pas de enfin si enfin ils se permettent pendant que tu es à la place si ils se permettent bien sûr. Euh bon voilà ça me p à ces momentsl OK je pense qu'on peut finir là-dessus on aura pas [rires] mieux mais ça me pèse pas dans le quotidien.
OK. OK. Bah Sandrine merci beaucoup d'avoir été avec nous dans le fauteuil.
Euh bah on retiendra le la séquence de fin en imaginant tes fans venir euh venir te chercher à la plage pour une photo. Yes ! [rires] Non.
Euh merci beaucoup d'être venu sur le sur le fauteuil et merci à vous de nous soutenir pour que ce genre de format puisse exister. Euh hésitez pas à continuer sur soutenez.lemlediatv.fr et on vous retrouve très vite pour un nouveau fauteuil. [musique]
Sandrine Rousseau