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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 26 octobre 2021 66 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEnvironnement & énergieSantéSécurité

Contre-matinale #22 | Surveillance, répression : on s'est habitués à l'inacceptable !

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 11 %Attaque 67 %Défensif 22 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 29:08OuverteRéponse directe

    Tu es hostile à la loi dite de vigilance sanitaire. Si tu devais nous donner trois ou quatre raisons principales de ton opposition, qu'est-ce que tu dirais ?

  • 31:16RelanceRéponse partielle

    Le recul, on ne saura jamais si les choses n'auraient pas été catastrophiques sans confinement.

  • 36:45OuverteRéponse directe

    La défenseure des droits évoque des tests payants et une obligation vaccinale déguisée. Pourquoi cette critique est-elle inaudible ?

  • 37:53OuverteRéponse directe

    Quelles auraient été les conséquences juridiques d'une loi d'obligation vaccinale ?

  • 38:42OuverteRéponse directe

    Les directeurs d'établissements scolaires pourront-ils vérifier le statut vaccinal des élèves ? Est-ce exagéré ?

  • 41:42OuverteRéponse directe

    Si le processus législatif va au bout, est-ce que cela aura des incidents sur la campagne électorale ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:31InvitéFait
    « Notre pays est le plus nucléialisé du monde. »
  • 9:07PrésentateurChiffre
    « Il y aura en ce moment 100 000 grévistes à travers le pays. »
  • 9:27PrésentateurChiffre
    « Il s'agit, et je le cite, d'une vague de démissions sans précédent qui vaut en moyenne 4 millions d'Américains quitter leur emploi chaque mois depuis avril. »
  • 9:43PrésentateurChiffre
    « Dans le même moment, on assiste à un retour en grâce des syndicats qui bénéficient d'un taux d'approbation de 68%, plus de 20% depuis 2001. »
  • 16:41InvitéPromesse
    « J'ai pris l'engagement, c'était en juillet 2020, de rouvrir le train des primeurs et aujourd'hui, cet engagement est tenu. »
  • 21:46InvitéChiffre
    « Depuis 30 ans, le ferroviaire fret français a été divisé par 3 tandis que le fret par la route, lui, a été augmenté de plus de 40%. »
  • 33:51InvitéFait
    « Le pass sanitaire, moins président, si je veux dire, jamais, dans les cafés, les théâtres, les restaurants, dans les activités de la vie quotidienne, on n'emploiera jamais. »
  • 33:13InvitéFait
    « le gouvernement dépose un projet de loi qui organise une sortie de l'état d'urgence sanitaire. »
  • 33:20InvitéFait
    « le pass sanitaire, jamais, Olivier Véran, non, non, jamais, on ne va pas faire des catégories de français. »
  • 33:36InvitéFait
    « apparaît le pass sanitaire. »
  • 34:24InvitéChiffre
    « plus de 1 000 personnes se réunissent. »
  • 35:12InvitéFait
    « le pass sanitaire va s'appliquer à l'entrée des cinémas, des restaurants et des cafés lorsque plus de 50 personnes sont rassemblées. »
  • 35:26InvitéFait
    « le seuil est divisé par 20 à loi constante. »
  • 35:50InvitéFait
    « le pass sanitaire est généralisé. Il est applicable à l'entrée dans tous les cinémas, tous les restaurants, tous les cafés, certains transports publics, les hôpitaux. »
  • 36:10InvitéFait
    « les sanctions pénales en cas de fraude au pass sanitaire qui vont être renforcées. »
  • 37:15InvitéFait
    « le pass sanitaire en réalité, moi le reproche principal que je vais lui faire c'est qu'en réalité c'est une obligation vaccinale déguisée qui nous est imposée. »
  • 38:04InvitéFait
    « aucune conséquence juridique. Ça aurait été beaucoup plus simple de dire aux Français ou à une partie des Français, ce qui aurait été mieux, vous devez vous faire vacciner. »
  • 38:50InvitéFait
    « la loi sur la vigilance sanitaire qui est en cours d'examen par le Parlement ne prévoyait rien sur les compétences des directeurs des établissements. »
  • 39:06InvitéFait
    « le gouvernement décide de proposer un amendement qui obligerait les chefs d'établissements secondaires à vérifier le statut vaccinal de leurs élèves et à déclarer une atteinte au Covid-19. »
  • 44:19InvitéFait
    « la réforme des institutions, ça doit être un débat pendant la campagne présidentielle. »
  • 44:58InvitéFait
    « il n'a strictement rien changé au fonctionnement des institutions, sauf qu'en réalité, il en a grossi les défauts. »
  • 1:02:36InvitéFait
    « il y aura un président ou une présidente de la République en mai 2017, soit nouveau, soit le même. »
  • 1:02:55InvitéFait
    « ce serait déjà important de ne pas laisser les autres décider pour nous. »
  • 1:04:22PrésentateurFait
    « d'ici avril-mai, il y aura beaucoup de boulots, beaucoup de fausses évidences à contester, beaucoup de batailles intellectuelles à mener »
  • 1:04:53PrésentateurFait
    « l'information d'intérêt public qui n'est pas dictée par des agendas que vous ignorez puissent monter sur ces plateformes »
  • 1:05:05PrésentateurChiffre
    « il y a déjà plusieurs milliers de donateurs du média, mais il en faudrait plus »

Temps de parole

  • Invité42 %
  • Présentateur33 %
  • Invité 219 %
  • Invité 33 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:10
Présentateur

Salut à toutes et à tous et bienvenue sur le plateau du Média TV. Nous enregistrons ce mardi 26 octobre 2021 en direct. Merci à vous qui êtes avec nous justement en direct et qui nous tenez chaud en causant dans le chat ou en ne le faisant pas. D'ailleurs, on sent vos ondes qui nous conduisent. Merci aussi à vous qui écoutez notre émission tranquillement dans la journée ou le lendemain ou le jour d'après d'ailleurs. Vous êtes libres et à vous qui la découvrez un peu par hasard par la magie des algorithmes. Merci de vous abonner si vous aimez, d'activer la petite clochette des notifications sur YouTube, de nous donner une chance de faire partie de vos médias de choix.

Et à vous, nos donateurs, nos abonnés et nos sociaux. Merci de rendre cette matinale accessible gratuitement au plus grand nombre. Si vous voulez rejoindre la communauté encore trop faible de ceux qui soutiennent le Média, allez sur lemediatv.fr. C'est à ce prix que nous continuerons, que nous nous consoliderons c'est important. Je ne vous le fais pas dire, je le disais, nous sommes le mardi 26 octobre 2021. Il est 7h05. La contre-matinale du Média, épisode 22. C'est parti. Aujourd'hui, le projet de loi sur la vigilance sanitaire qui doit prolonger le pass sanitaire jusqu'en juillet 2022, entre autres dispositions, passera devant le Sénat après avoir été validé par l'Assemblée nationale.

Il est probable que la droite y rabote les aspects les plus problématiques sans en modifier le fond. Justement, en parlant de fond, de quoi ce projet sur la vigilance sanitaire est-il le nom ? Je m'entretiendrai en deuxième partie de matinée avec Paul Cassia, professeur en droit public à l'université Panthéon-Sorbonne, qui évoquera plus largement sa conviction sur l'état moral de la France, un pays qui, selon lui, a fini par s'habituer à l'inacceptable parce qu'il lui a été imposé par petites touches habiles. Mais avant d'écouter Paul Cassia, on écoutera ensemble l'éditorial de notre camarade Jemille, qui est avec moi sur le plateau, toujours d'Ether. Exact, bonjour à tous.

Et avant ça, un coup de gueule de notre socio Serge Victor sur l'abandon dans lequel sont laissés les collèges de Pontin. Mais pour le moment, c'est la titrologie. Ce n'est pas coutume, plusieurs quotidiens nationaux consacrent leur une au même sujet. Il s'agit en plus d'un sujet technique, pas très grand public, même s'il est d'une importance extrême. L'énergie, le mix énergétique dont la France aura besoin dans les années et les décennies à venir. Tout part d'un rapport du gestionnaire du réseau Rélectrique RTE qui est sorti hier. Un rapport que le monde qualifie de décisif pour l'avenir du pays. Le monde qui titre « Énergie, la France à l'heure des choix stratégiques ».

Dans la même veine, le quotidien catholique Lacroix titre « Électricité, le Paris français ». Et écrit un rapport plaide pour associer le nucléaire et les énergies renouvelables dans la production d'électricité en France dans les prochaines décennies. Mais que dit exactement ce rapport de RTE ? Il présente six scénarios possibles d'évolution du mix énergétique français entre nucléaire justement et énergie renouvelable. Mais ces scénarios nous mènent tous à une sorte de conclusion. Plus les scénarios en question demandent du nucléaire, moins ils sont onéreux.

Du coup, le quotidien économique Les Echos, contrôlé par Bernard Arnault, première fortune de France, parmi les premières fortunes mondiales, titre « Électricité, le rapport qui relance le nucléaire ». Et l'opinion quotidienne pro-business va plus loin et titre « Nucléaire, le rapport qui tombe à pic pour Macron ». Bien qu'au complexe, écrit l'opinion, la volumineuse étude de RTE sur les besoins électriques de la France est considérée comme un moment politique important pour la majorité présidentielle. En gros, Macron se fait ces dernières semaines le VRP du nucléaire, promet des petites centrales un peu partout.

Et le rapport explique qu'il n'y a pas de politique énergétique possible en dehors du nucléaire, Gemil.

4:31
Invité

Et oui, en tout cas, le voir comme ça, ce n'est pas déconnant du point de vue français, parce qu'il faut rappeler que notre pays est le plus nucléialisé du monde. Donc en sortie, en fait, même si c'est désirable et souhaitable, comme nous l'expose le scénario Négawatt, très sérieusement, c'est un défi énorme pour la France d'en sortir. Il s'agit donc du coup là de décisions politiques fortes à prendre. Et ce n'est pas Macron qui pourra le prendre avec évidemment des conflits d'intérêts qui sont en lui et vers une idée qui fait son chemin dans la société. La sobriété énergétique, en fait. Le sujet écologique qu'on va aborder juste après dans ma chronique fait son chemin dans la société.

Et du coup, la sobriété énergétique est quelque chose qui porte chez les électeurs. En tout cas, il serait sage de se diriger vers cela avant de finir par le subir, parce que degré ou de force, on va devoir s'adapter à la réaffection des énergies. Le nucléaire, il ne pose pas sous les arbres en France. Et on va devoir du coup s'adapter degré ou de force dans tous les cas dans les années prochaines.

5:25
Présentateur

Bref, le rapport de RTE donne raison à Macron. En tout cas, soutient sa fibre nucléaire actuelle. Et voici ce qui ne va pas réfréner les ardeurs critiques du Figaro. En ce qui concerne Emmanuel Macron, justement, et sa propension supposée à se servir de son costume de chef d'État pour mettre en visibilité une campagne qui ne dit pas son nom. Déjà en campagne, Macron s'expose sur tous les fronts. Titre le quotidien de droite contrôlé par la famille Dassault. Le chef de l'État, qui multiplie les déplacements en France et accorte des aides financières en tout genre, se lance dans une campagne qui ne dit pas encore son nom, accuse presque le Figaro.

L'humanité et Libération choisissent quant à eux des sujets tout à fait différents pour les placer à leur une. Sondage L'Overdose écrit le quotidien d'inspiration communiste à la suite du récent édito de Ouest-France dans la même tonalité. Les enquêtes d'opinion n'ont jamais eu autant de poids, à la fois symptômes et causes d'une crise de la démocratie, juge l'humain.

6:30
Invité

Déjà, on ne devrait plus, selon moi, appeler ça des enquêtes d'opinion, mais plutôt de la construction d'opinion, tellement ces sondages conditionnent les choix, les réactions des électeurs et électrices. L'humain, d'ailleurs, a raison, comme tu as le cité, d'analyser ça comme à la fois un symptôme et une cause de la crise majeure de la démocratie. J'ajouterais peut-être une chose, c'est qu'il me semble que cette course folle avec les sondages reflète aussi la société de l'instantané, la société qui va toujours plus vite parce qu'il faut faire du buzz et donc du fric et être rentable, etc. Et ça pose d'autres questions auxquelles on devrait absolument répondre.

Bon, la bonne nouvelle quand même dans tout ça, parce qu'il y en a une, c'est que Ouest-France est le premier média important en province qui ne publiera pas de sondage jusqu'à la présidentielle. Et ça, c'est courageux de dénoncer la dangerosité et de finalement prendre cette position courageuse.

7:16
Présentateur

Ben, tout, il faudra qu'on observe la capacité d'Ouest-France à tenir ses promesses. Parce que finalement, même si tu ne publies pas de sondage, tu es obligé de prendre en compte des sondages tellement la scène, l'écosystème médiatique structure en fait l'agenda politique autour des nouveaux sondages. En plus, vraiment, on a l'impression que ces sondages, effectivement, comme tu dis, construisent l'opinion dans le sens où plus tu montes dans les sondages, plus on te donne la parole, plus les électeurs te considèrent au sérieux, plus tu montes dans les sondages.

7:51
Invité

Oui, c'est le cercle vicieux. Et puis, ce n'est pas si mal finalement qu'ils essayent de… Après, on va regarder, effectivement. Et puis même peut-être que d'autres médias pourraient suivre la tendance. Et dans tous les cas, les sondages, on le voit construire l'opinion et c'est dangereux. Donc, il faut faire quelque chose, quoi. Il faut s'attaquer à ça.

8:03
Présentateur

Bon, Libé, de son côté, consacre sa une à l'actualité internationale. Soudan, un peuple face à son armée, Libé écrit. Après la prise de pouvoir par les militaires, lundi, la rue s'est enflammée pour exiger le maintien de la transition démocratique. Les soldats ont tiré dans la foule, faisant de nombreuses victimes. C'est assez courageux de faire sa une sur l'international, sur un pays en plus d'Afrique qui n'est pas francophone, mais dont beaucoup de réfugiés dans le monde proviennent. Donc, c'est un bon point pour Libé.

8:36
Invité

Oui, c'est vrai.

8:37
Présentateur

Dans la presse indépendante en ligne, notons deux papiers à lire avec intérêt. Premièrement, celui de Rapport de force, média au cœur des mouvements sociaux, tel qu'il se définit. Un article intitulé « Striketober, comprendre le retour des grèves aux Etats-Unis ». Oui, les Etats-Unis sont secoués par des vagues de grèves massives, au point où sur les réseaux sociaux, on parle, comme je le disais, de « striketober », un néologisme qui est en réalité une contraction des mots « strike », ce qui veut dire « grève », et « october », « octobre ». Il y aura en ce moment 100 000 grévistes à travers le pays.

Les Etats-Unis d'Amérique, le phare du capitalisme, la fronde salariale américaine, était latente depuis au moins l'année 2018, mais s'est accentué avec le Covid et les inégalités sociales qui se sont accentuées. L'article du Rapport de force parle aussi de « great resignation » ou « big quit ». Il s'agit, et je le cite, d'une vague de démissions sans précédent qui vaut en moyenne 4 millions d'Américains quitter leur emploi chaque mois depuis avril. Dans le même moment, on assiste à un retour en grâce des syndicats qui bénéficient d'un taux d'approbation de 68%, plus de 20% depuis 2001.

Un autre article à lire sur Mediapart cette fois, et je lis son titre, « Des influenceurs attirent les jeunes de quartier populaire dans le piège du trading en ligne ». Mediapart explique que les applications web qui proposent aux particuliers d'investir sur les marchés financiers ne sont pas nouvelles, mais, et je cite, « leur promotion par des célébrités de télé-réalité dont la notoriété est grande auprès de la jeunesse populaire notamment.

» Et beaucoup plus récente, en exhibant leur quotidien doré fait de villas luxueuses à Dubaï et de voitures haut de gamme, les influenceurs entretiennent l'illusion que cette vie de rêve est à portée de main grâce à un smartphone et quelques investissements bien sentis. Et bien entendu, derrière, c'est l'arnaque et la désillusion qui se nourrisse de la désillusion quasi généralisée des imaginaires populaires à la règle du capitalisme débridé. Et ça, c'est un peu ton idée, Jemille.

10:37
Invité

Oui, mais en même temps, même le côté influenceur n'est pas nouveau. Parce qu'il y avait les téléachats d'hier, même encore aujourd'hui, ça existe encore, je crois, à la télévision. C'est quelque part les premiers influenceurs télévisuels ou qui vendaient à la ménagère de moins de 50 ans l'idée du bonheur à travers la dernière bague à la mode. Enfin, je ne sais pas. Et donc là, c'est la même chose, sauf qu'il y a un côté peut-être plus proche qui se pose problème à travers nos smartphones qui sont dans nos poches, etc. Le fait qu'on se tutoie entre influencés et influenceurs sur Internet. Et c'est un vrai souci de société qui va encore plus loin que ce que tu viens de soulever là.

On continue.

11:13
Présentateur

On en arrive à notre nouvelle rubrique, la Minute Citoyenne, que nous avons déjà expérimentée hier. Sans vraiment vous la présenter, en gros, la Minute Citoyenne, c'est un module participatif qui donne la parole à nos sociaux et abonnés. Donc, je disais qu'il s'agit pour eux d'appeler sur notre répondeur, de nous laisser un message de une à deux minutes maximum. Objectif, alerter sur un fait, pousser un coup de gueule ou un cri du cœur, donner votre avis. Pour laisser un message sur notre répondeur, composer le 01-48-33-20, je répète. Non, non, j'ai fait une erreur. 01-48-37-33-20, je répète. 01-48-37-33-20. De toute façon, le numéro est affiché à l'écran. Et affiché à l'écran.

12:03
Invité

Donc, n'écoutez pas, t'es au fil de regarder le numéro.

12:05
Présentateur

Non, mais écoutez-moi, c'est le 01-48-37-33-20. Aujourd'hui, c'est ce que je disais, c'est Serge Victor, socio du Média et habitant de Pantin, ville de la Seine-Saint-Denis, frontalière de Paris, à la lisière de laquelle le préfet de police, Didier Lallement, a eu la merveilleuse idée de repousser les consommateurs de krach de la capitale, tout en érigeant un mur censé éviter la sortie de ces toxicomanes de Paris. Un mur qui, en réalité, n'y parvient pas, mais isole les habitants de la banlieue et qui a été baptisé mur de la honte. Dans le même temps, les élèves de la ville de Pantin semblent laissés à l'abandon, avec plusieurs postes non pourvus, notamment au collège Lavoisier.

On écoute le coup de gueule de Serge Victor.

12:52
Invité

Salut, c'est Serge Victor de Pantin, en Seine-Saint-Denis, là où le préfet Lallement a parqué des accros au krach, à la frontière de Paris, contre le périph. Ça doit coûter moins cher de les mettre là que de les prendre en charge médicalement et humainement, il faut dire. Et c'est sans doute moins gênant pour les Parisiens. Mais bon, ce n'est pas de ça que je veux parler aujourd'hui, mais du problème des postes non pourvus dans les établissements scolaires de Seine-Saint-Denis. Oui, on nous envoie des consommateurs de krach, mais pour les profs, on repassera. Une manière de nous signifier que nos enfants devraient se mettre à la drogue plutôt que d'aller à l'école ?

Au collège Lavoisier de Pantin, la situation est particulièrement scandaleuse. Depuis la rentrée 2021, d'après la FCPE, deux classes n'ont pas de professeurs de français. En même temps, est-ce qu'on a vraiment besoin d'un bon niveau en français pour vendre du krach ? Je vous le demande. En histoire géo, une prof absente n'est pas remplacée. Il manque aussi un prof d'atelier en secpa depuis le 4 octobre. La seule solution proposée est de remplacer l'atelier par la couture. Moi, je dis que c'est petit bras. Pourquoi pas directement une formation au deal avec stage in situ chez les crackers, par exemple ? Il y a aussi un demi-poste d'infirmière non pourvu.

En même temps, si l'éducation nationale cherche une demi-infirmière, c'est peut-être pas simple. Mais j'ai une idée. Donnez le demi-poste à un cracker. Il trouvera bien des conseils sympas pour soigner les bobos, non ? Bon, et puis il y a un autre demi-poste dans le bahut, mais là, l'infirmière en charge est absente et bien sûr, elle n'est pas remplacée. Les parents d'élèves ont envoyé un courrier au recteur le 30 septembre, mais il n'a toujours pas répondu. Peut-être qu'il s'est mis au crack, lui aussi.

Faudra encore évoquer les fermetures de classes et hop, une cinquième en moins l'été dernier, mais je pense qu'on aura compris que cette banlieue populaire est le cadet des soucis de nos dirigeants. Je profite donc de la contre-matinale du Média pour relayer les demandes des parents d'élèves du Collège Lavoisier au sujet de ces postes non pourvus et alerter sur la situation générale du manque de services publics dans le 93. Peut-être que quelqu'un au rectorat écoute la contre-matinale du Média, on ne sait pas. Enfin bon, allez, ciao et bon courage à toute l'équipe, on a besoin de vous.

14:49
Présentateur

Retour sur le plateau avec notre éditorialiste maison, Gemil.

14:55
Invité

Bonjour, bonjour à toutes et à tous qui nous regardent en direct ou en replay. Bonjour à toi, Théo, ça va ?

15:00
Présentateur

Ça va, Gemil.

15:01
Invité

Bien, parce que nous sommes en guerre, Théophile, comme dirait l'autre, nous sommes en guerre. Mais cette fois-ci, l'ennemi n'est pas un virus à terrasser, mais les urnes à conquérir. Et là encore, la stratégie pourrait être le quoi qu'il en coûte. On a beau nous rabâcher toute la journée, matin, midi, soir, que le premier de nos soucis à nous, Françaises et Français, c'est de maîtriser le prénom et les origines ethniques de nos voisins. Mais non, nous sommes un brin plus sérieux que ça quand même. Ce qui nous préoccupe, ce sont nos salaires, c'est notre pouvoir d'achat, mais aussi, et c'est lié, l'écologie.

C'est-à-dire, par exemple, faire en sorte de ne pas choper un cancer à 45 ans après avoir passé une vie à bouffer des légumes, arroser de pesticides pour gaver 2 millions, les industriels du secteur. C'est-à-dire, je parle d'ailleurs de Monsanto et de Bayer et pas des maraîchers. L'écologie est devenue un sujet populaire, voire central ces dernières années, surtout auprès de la jeune génération qui, en 2022, pour beaucoup d'entre eux, vont voter pour la première fois. Pour Macron, champion de la Terre, je vous le rappelle, en matière d'écologie, c'est un titre incroyable, il s'agit là de continuer à prendre les électeurs et électrices pour des imbéciles.

C'est dans ce contexte précis que vient s'inscrire la généreuse communication autour du retour du train de primeurs reliant Perpignan-Arngis, au sud de Paris, là où est établi le ventre de Paris, le fameux marché d'intérêt national qui est aussi le plus grand marché de produits agricoles au monde et qui alimente les professionnels de toute la région Île-de-France. Depuis quelques jours, le gouvernement communique à fond sur le retour de ce train de primeurs à l'arrêt depuis deux ans et donc, par conséquent, sur l'aspect écolo incroyable qui est vrai, qui est la suppression de dizaines de milliers de camions sur nos routes.

J'ai pris l'engagement, c'était en juillet 2020, de rouvrir le train des primeurs et aujourd'hui, cet engagement est tenu. Waouh ! Make your planet great again, on y croirait presque. Et puis, dans tous les cas, à ce stade, on a envie d'applaudir les deux mains et pour dire bravo, mais qui avait supprimé ce train de primeurs il y a deux ans, en 2019. Madame la ministre des Transports, il y a deux semaines, vous avez promis, il y a deux semaines, vous avez menti. Vous aviez promis que la ligne ferroviaire entre Rungis et Perpignan serait maintenue au-delà de l'été. Hier, les syndicalistes qui luttent pour le maintien de la ligne ont alerté sur l'arrêt du train le 15 juillet.

Il est inacceptable de tromper ainsi les gens qui luttent et croyaient avoir emporté une victoire. Ils ne l'avaient pas emporté pour eux-mêmes uniquement. Ils s'étaient battus pour l'intérêt général. Lorsque votre gouvernement accepte de remplacer un train qui transporte 400 000 tonnes de fruits et légumes à l'année par 25 000 camions, il se bat contre l'intérêt général et pour le tout-marché.

17:58
Présentateur

Bref,

17:59
Invité

les pompiers pyromanes, quoi. Ou plutôt les pyromanes pompiers car c'est eux qui ont organisé la suppression de cette ligne ferroviaire il y a deux ans, sont les mêmes qui aujourd'hui se félicitent de sa remise sur les rails. Et déjà à l'époque, ce même gouvernement avait menti à ses interlocuteurs en promettant un sauvetage avec quelques millions par-ci et par-là avant de les trahir une fois de plus et une fois le buzz médiatique passé. Sans nul doute que la stratégie opérée cette fois sera la même. Écoutons peut-être pour commencer la suite de cette petite propagande vidéo de Jean Castex. Il y a un enjeu climatique dont je crois chacune et chacun est désormais conscient.

Qui peut comprendre qu'on nous explique qu'il y a un danger pour la planète à cause des gaz à effet de serre qu'on renvoie encore et encore davantage de marchandises sur la route au détriment du train. Tous nos concitoyens, leur nourriture, ils vont être de plus en plus regardants, n'en doutaient pas sur la façon bien sûr dont c'est produit, mais ils vont aussi regarder comment c'est transporté, d'où ça vient et quel est le bilan carbone comme on dit techniquement de nos jours, de ce qu'il manque. Et c'est une très bonne chose. Eh bien, c'est le rôle des politiques non seulement d'accompagner mais de devancer ces évolutions.

Si peu de secondes pour tant d'hypocrisie, tant de démagogie politique, c'est peut-être un record, on va peut-être calculer ça plus tard. Par exemple, l'argument qu'il avance de qualité alimentaire avancé par Castex n'est pas recevable selon moi. La majeure partie des produits transportés ainsi proviennent du Maroc et d'Espagne où les pesticides dominent ainsi que l'exploitation des travailleurs et travailleuses. Par exemple, cet été, un immigré père de famille est mort de soif dans un champ de pastèques espagnols. C'est terrible parce que personne ne le savait mais il faut le rappeler.

Et puis, quand le Premier ministre d'un gouvernement qui a fait fuir en pleurant Nicolas Hulot il n'y a pas très longtemps parle simplement de conscience écologiste, moi, j'en perds mes mots. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement. On avait oublié ce passage un peu, presque, c'est tellement loin. En tout cas, ce train est l'arbre. L'arbre maquillé comme un camion volé qui cache la forêt abattue du rail français sacrifié sur l'autel du profit de la route et du pétrole. En d'autres mots, on nous prend pour des cons, encore une fois.

Même si le retour du Perpignan-Ringis par le rail est tout de même une bonne nouvelle, en fait, faire en faire un argument politique majeur en matière d'écologie, de l'écologie macroniste, est fallacieux. car ça laisse croire que les investissements sont là, conséquents et à la hauteur du défi, même avant-gardiste comme il le dit, alors qu'en réalité, juste sur cet exemple de train, il y a omission. La version 2021 de ce train de Primaire comporte 12 wagons contre 25 pour celui de 2022. Alors, omission donc et régression aussi. de 2019, j'ai dit 2019 ou j'ai dit 2022 ? On verra peut-être qu'il y en aura 25 en 2022, mais apparemment, il n'y en a que 12 pour l'instant.

Alors, en tout cas, omission donc et régression, encore une fois. Écoutons ce que disait Castex à propos de ce fret ferroviaire. Eh bien, c'est le rôle des politiques non seulement d'accompagner mais de devancer ces évolutions. Donc, devancer ces évolutions, c'est faire moins bien aujourd'hui que ce qui était hier déjà insuffisant. Ce sont des escrocs, tout simplement. Il n'y a donc pas de progrès en la matière ou si peu. Au contraire, on recule car les besoins en consommation ne font eux qu'augmenter. Depuis 30 ans, le ferroviaire fret français a été divisé par 3 tandis que le fret par la route, lui, a été augmenté de plus de 40%.

Entraînant, comme on le sait, les pollutions atmosphériques et sonores qui, elles, entraînent des maladies graves et accidents mortels qui sont à répétition sur tout le territoire. Bon, ça rapporte dans tous les cas gros au géant du secteur pour qui les travailleurs et les travailleuses ne sont que des lignes comptables sur des tableaux Excel.

22:14
Présentateur

Mais est-ce qu'on peut résumer toute l'action écologiste du gouvernement à ce seul fait que tu décris ? Alors non,

22:20
Invité

évidemment, on ne peut pas. Il y a toute une logique, toute une cohérence, une œuvre générale, mon cher Théo, elle est conséquente.

Alors en vrac, ça va de la défense des traités transatlantiques, on se souvient du TAFTA et de ces poulets OGM brésiliens, puis aussi du CETA que Macron défend et de son bœuf aux hormones de croissance canadienne jusqu'à la réforme de la PAC qui favorise l'agriculture chimique plutôt que le bio de la Convention citoyenne pour le climat, dont quasi aucune des 150 mesures qui n'aura été appliquées ni discutées alors qu'elles avaient été promises par Emmanuel Macron lui-même, jusqu'au renoncement d'autres, là encore, promesses présidentielles sur la suppression des néonicotinoïdes et du glyphosate, là aussi des trahisons.

On se souviendra quand même longtemps de Barbara Pompili, actuelle ministre de l'écologie sous Macron, d'étricoter sa propre loi dans la même assemblée à un an et demi d'intervalle. Surréaliste. Ce gouvernement est tout aussi anti-écolo au travers de la continuation de la destruction du train en France avec la réforme visant à démanteler la SNCF de l'intérieur et de la mettre en concurrence qui va doper le tout-TGV, on le sait, et l'explosion des tarifs qu'on vit tous les jours ou encore avec l'instauration des cars Macron, ça aussi on a peut-être oublié, des cars Macron roulant au diesel en lieu et place des TER principalement électriques.

On les a oubliés puisque depuis, la majeure partie des compagnies privées de cars ont quasi toutes déposé le bilan, laissant là des régions entières sans service public de transport. Celles qui restent pratiques pour ceux qui l'utilisent le savent très bien, des tarifs souvent plus onéreux que ceux des trains d'hier. C'est quand même dingo. La grande gagnante étant encore une fois la voiture individuelle, le pétrole, l'autoroute payant, etc. Une aberration en 2021 et une contradiction avec les propos tenus par le gouvernement.

Et pour finir, n'oublions pas de parler du double discours sur le sujet brûlant de la montagne d'Or en Guyane qui menace directement les écosystèmes entiers et même les humains là-bas bien sûr, on en est dépendant des écosystèmes, ou des mamours faits aux chasseurs par Macron qui les autorisent à flinguer tout ce qui bouge parce que c'est leur plaisir, de leur tradition et ça consiste aussi à leur tradition à abandonner des tonnes de douilles dans nos forêts. Les chasseurs, ce sont des acteurs de l'humanité. Un chasseur, il aime son chien, il aime les écosystèmes et la nature, sinon il ne fera pas de la chasse.

La liste des actes anti-écolo de ce gouvernement est terriblement longue et il compte sur notre courte mémoire et notre naïveté supposée pour nous tromper.

24:42
Présentateur

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles comme l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et du projet Europa City quand même, j'ai mis là.

24:50
Invité

Eh oui, c'est sûr que la Macronie ne manquera pas de nous rappeler ce que tu nous rappelles là, son courage d'avoir abandonné de grands projets inutiles comme on les appelle, mais omettra une nouvelle fois sans aucun doute de préciser que cela a été possible sous la contrainte, sous la pression citoyenne organisée parfois depuis des décennies comme à Notre-Dame-des-Landes.

Et quant à Europa City, dans le triangle de Gonesse, là au-dessus, au nord de Paris, si ce projet précis a été abandonné, effectivement, encore une fois sur la pression des organisations citoyennes, celui d'artificialiser les sols du triangle de Gonesse, les sols agricoles, est toujours d'actualité avec un passage en force récemment validé par la justice il y a deux semaines via la construction d'une énorme gare au beau milieu des champs tel un cheval de Troie pour passer en force et ensuite pouvoir imposer tout le reste une fois la gare finalisée. C'est malin, quasi pervers. Tu veux dire qu'il n'y a aucun espoir ?

Si, il n'y a de l'espoir, mais pas avec ceux qui causent le chaos, pas avec ceux qui sont les responsables de ce chaos. Et ça semble évident, un gouvernement capitaliste, je ne vais pas te la prendre, qui a donc une vision prédatrice du monde en voyant partout des ressources jusqu'aux ressources humaines, c'est comme ça qu'on nous appelle, ne peut être écologiste. C'est impossible. Prétendre le contraire revient à manier, à ménager la chèvre et le chou jusqu'à l'absurde. Un équilibre instable, mais surtout impossible à tenir sur le long terme quand au final, les rênes sont données à la finance et aux industriels qui n'ont d'autres intérêts à servir que les leurs.

Le profit passera donc toujours avant l'intérêt général qui, lui, est la base du fondement de l'écologie réelle. Tout le reste n'est que greenwashing, manipulation de l'opinion et de l'électorat. Les industriels sont des machines humaines. C'est des humains. Moi, j'appelle ça comme ça. Des machines humaines jusqu'au boutiste qui, bien que conscients des risques socio-environnementaux, on vient de l'apprendre, Total savait, il savait, depuis les années 70, ne sont guidés que par l'expansion qui garantit la croissance de leurs profits financiers et de leurs puissances, évidemment. Et tout ça, à tout prix.

Et ils se disent, on verra, c'est ça le jusqu'au boutisme, on verra sur le moment, peut-être que ce n'est pas ce qu'ils disent, peut-être qu'on verra, on va s'adapter, on improvisera. Et puis, ils savent que les décideurs, que les puissants ne payent jamais les pots cassés, c'est nous qui payons. Quant à Emmanuel Macron, pour finir, et plus largement le courant qu'il représente, il navigue en politique tout simplement par opportunisme. Sa seule conviction de fond étant de faire profit aussi de tout pour son compte et celui de ses riches amis, il ne peut donc se faire élire que par défaut.

D'où l'intérêt et l'importance pour lui de se retrouver face à pire à chaque fois, au second tour, on connaît et on connaît la suite. Donc peut-être à nous de faire en sorte de faire enrayer ce scénario et d'ici là, bonne journée quand même.

27:28
Présentateur

Bonne journée, j'ai mille, malgré les informations que tu nous assènes. En tout cas, on en a besoin parce que finalement, elles alimentent une colère qui n'est pas nihiliste mais qui nous engage dans le combat. Alors c'est le moment d'écouter Paul Cassia, professeur de droit public à l'Université de Panthéon-Sorbonne, citoyen engagé pour les libertés publiques. On rappelle qu'aujourd'hui même, le projet de loi sur la vigilance sanitaire, vigilance sanitaire entre guillemets bien sûr, validé par l'Assemblée nationale sera débattu au Sénat.

Une bonne occasion pour évoquer ce que Paul Cassia appelle le millefeuille législatif mais aussi les nombreuses lois sécuritaires qui s'abattent sur nous comme pour anesthésier notre sens critique et aussi nos institutions déjà marquées par un présidentialisme fort mais fortement dégradé, encore plus dégradé si l'on en croit Paul Cassia par l'exercice du pouvoir façon Emmanuel Macron. Sommes-nous encore en démocratie ? Ou pour être plus précis, nos modestes acquis en matière de liberté publique sont-ils en train de fondre comme beurre au soleil ? Ces questions, nous nous les posons aux médias et au sein de l'intelligentsia française. Certains les mettent sur la place publique avec brio.

C'est le cas de Paul Cassia, professeur de droit public à l'université Panthéon-Sorbonne. Il avait été très actif et nous l'avions interviewé ici au moment des combats contre la loi sécurité globale. Et il continue d'alerter. sur son blog hébergé par Mediapart, il alerte sur l'état d'urgence sanitaire permanente qui illustre pour lui la prorogation jusqu'au 31 juillet 2022 de ce qu'il appelle l'ensemble du millefeuille législatif né de la crise du Covid-19. Bonjour Paul. Bonjour Théo. Tu es hostile à la loi dite de vigilance sanitaire. Si tu devais nous donner trois ou quatre raisons principales de ton opposition, qu'est-ce que tu dirais ?

29:17
Invité

C'est simple, je vais en donner une seule. Le régime, il a été institué le 23 mars 2020 au moment où apparaissait de manière assez fulgurante le Covid-19 sur notre territoire. Et il a été institué en catastrophe parce que nous n'étions pas du tout préparés à une telle pandémie et il a été institué pour une période tout à fait exceptionnelle et de manière transitoire. Le 23 mars 2020, c'était il y a déjà un an et demi et la loi que tu viens d'évoquer, la loi de vigilance sanitaire qui est en cours d'examen par le Parlement, prévoit de le prolonger jusqu'en juillet 2020. C'est-à-dire plus de deux ans après qu'il a été institué. Il faut conserver un sens au mot.

Exceptionnel, ça ne veut pas dire permanent. Un régime qui porte autant atteinte à nos libertés fondamentales ne peut pas être inscrit sur une durée de deux années parce que ça revient à le à le geler, à le faire entrer dans nos habitudes, à le faire entrer dans le droit commun finalement et ce serait tout à fait catastrophique. Par ailleurs, ce régime est porteur d'atteinte potentielle ou réelle à nos libertés fondamentales auxquelles nous nous habituons progressivement et insidieusement. Comme par exemple, présenter son pass sanitaire dans les cinémas, les théâtres, les restaurants, certains lieux publics.

Nous nous accoutumons progressivement et sans nous en rendre compte en réalité à ce qui devrait être non seulement exceptionnel mais en réalité tout à fait banni de notre ordre juridique. Je pense par exemple au confinement. Le confinement, c'est une mesure complètement barbare. C'est inouï que nous ayons accepté y compris pour des raisons de santé publique de nous enfermer chez nous 23 heures sur 24. Il ne faut plus jamais recommencer ce procédé qui est moyenâgeux en réalité qui n'a été mis en oeuvre chez nous que parce que les Chinois l'avaient fait puis les Espagnols puis les Italiens et nous avons copié ce modèle tout à fait détestable.

31:16
Présentateur

Le recul, on ne saura jamais si les choses n'auraient pas été catastrophiques, calamiteuses

31:21
Invité

sans confinement. Oui. De toute façon, il y avait une pandémie et en pandémie, il y a nécessairement des personnes qui vont être contaminées. Il y aura des infections graves, des décès. Bon, ça, c'est quelque chose d'inévitable. Mais ce qui n'a jamais été quantifié, ce sont les effets induits du confinement, c'est-à-dire tous les effets économiques, sociaux, psychiatriques, éducatifs du confinement. Il y avait un article dans le quotidien Le Monde qui a été publié au début du mois d'octobre qui indiquait que le confinement avait conduit au déclassement entre guillemets d'environ 4 millions de personnes.

Alors, le confinement, on l'a fait, on ne va pas revenir sur ce point, il a été très globalement accepté pour la raison que tu indiques, c'est que peut-être la situation aurait été pire sans confinement, mais peut-être pas, personne ne peut quantifier cette probabilité, mais quoi qu'il en soit, il ne faut plus recommencer cet épisode sous aucun prétexte pour précisément conserver à la notion d'exceptionnalité sa portée véritable.

32:32
Présentateur

Alors, quelque part, ce serait intéressant de faire une sorte d'archéologie, en fait, des dispositions sur le pass sanitaire, en fait. Au début, il s'agit de réunions dans des salles ou bien dans des alcôves de mille personnes et puis progressivement ça descend, progressivement les conditions se durcissent. Est-ce que ça nous dit quelque chose ?

32:52
Invité

Oui, ça nous dit quelque chose de nous-mêmes et de la manière dont nous sommes gouvernés. Revenons en avril 2021. Nous allons sortir de l'état d'urgence, c'est-à-dire des périodes de confinement que nous avons connues avec couvre-feu un peu bizarre et le gouvernement dépose un projet de loi qui organise une sortie de l'état d'urgence sanitaire. Et à ce moment-là, le président de la République, quand on évoque l'éventualité d'un pass sanitaire, nous dit non, le pass sanitaire, jamais, Olivier Véran, non, non, jamais, on ne va pas faire des catégories de français. Le ministre de la Santé est tout à fait clair sur ce point.

Puis, au cours des débats sur cette sortie de l'état d'urgence sanitaire, en mai, tout à coup, apparaît le pass sanitaire. Et le pass sanitaire, il nous est présenté d'une manière, on va dire, la moins grave possible, en ce sens que le président de la République, le 29 avril 2021, dans des quotidiens régionaux, dit ceci, le pass sanitaire, moins président, si je veux dire, jamais, dans les cafés, les théâtres, les restaurants, dans les activités de la vie quotidienne, on n'emploiera jamais.

Et effectivement, la loi du 31 mai 2021, comme tu viens de l'indiquer, réserve le pass sanitaire à certains événements qui sont appelés dans la loi des grands rassemblements concernant les loisirs et la culture. Et ces grands rassemblements sont considérés comme des rassemblements où plus de 1 000 personnes se réunissent. Ça, on est le 31 mai 2021 et le 7 juin, c'est ainsi que le pass sanitaire est appliqué. Effectivement, ça ne concerne pas nos activités quotidiennes. c'est très limité. Et puis, on assiste à un emballement insidieux, c'est-à-dire que c'est du grignotage. Les gouvernements vont de plus en plus loin avec l'approbation du Parlement.

Le pass sanitaire est appliqué début juillet à des boîtes de nuit ou des salles où il y a des activités dansantes rassemblant plus de 50 personnes. Donc, on passe de 1 000 à 50. Et puis, le 19 juillet, après l'allocution du président de la République du 12 juillet, le gouvernement prend un texte en disant que le pass sanitaire va s'appliquer à l'entrée des cinémas, des restaurants et des cafés lorsque plus de 50 personnes sont rassemblées. Donc, on passe de 1 000 à 50. C'est-à-dire que le seuil est divisé par 20. Le seuil est divisé par 20 à loi constante. Étant entendu que chacun peut s'accorder à dire, même si on n'est pas juriste, que 50 personnes, ce n'est pas un grand rassemblement.

Donc, la loi est contournée. Et puis, on va encore un cran plus loin avec la loi qui a été adoptée le 5 août 2021 sous l'empire de laquelle on vit maintenant, c'est-à-dire que le pass sanitaire est généralisé. Il est applicable à l'entrée dans tous les cinémas, tous les restaurants, tous les cafés, certains transports publics, les hôpitaux. Et désormais, avec la loi qui est en cours d'adoption par le Parlement aujourd'hui, en octobre 2021, il y aura un nouveau pas supplémentaire qui va être franchi puisque ce sont les sanctions pénales en cas de fraude au pass sanitaire qui vont être renforcées. Donc, voilà.

Voilà le mécanisme insidieux qui fait que nous acceptons, nous trouvons normal de présenter notre QR code à peu près 5, 10, 15 fois par jour alors qu'au mois d'avril, il y avait une position qui était fermement établie dans l'opinion qui est hors de question de faire état de son statut vaccinal. Ça, c'est la méthode tout à fait classique qui fait qu'on s'habitue en réalité très facilement à ce qui paraissait inacceptable il y a quelques mois ou quelques années.

36:45
Présentateur

Alors, il y a la défenseure des droits qui a évoqué la question des tests valants pas sanitaires pour 2, 3 jours qui seront désormais payants des tests PCR et antigéniques et elle a évoqué, elle a parlé d'une sorte d'obligation vaccinale qui ne dit pas son nom, c'est passé comme si elle n'avait rien dit. On a l'impression que la défenseure des droits est inaudible quand elle critique certains aspects des dispositions en cours.

37:12
Invité

Tout à fait. Alors, le pass sanitaire en réalité, moi le reproche principal que je vais lui faire c'est qu'en réalité c'est une obligation vaccinale déguisée qui nous est imposée comme tu l'as relevé, c'est-à-dire qu'au lieu de jouer franc jeu comme ils auraient dû le faire, les pouvoirs publics ont décidé de nous obliger à nous faire vacciner avec le système du pass sanitaire. C'est-à-dire qu'on nous dit non, non, mais ce n'est pas une obligation vaccinale, c'est-à-dire que personne n'est obligé en réalité de se faire vacciner, mais si on ne se fait pas vacciner, bon, c'est quand même extrêmement pénible et on est en réalité un petit peu exclu d'une partie importante de la vie sociale.

37:53
Présentateur

Quelles auraient été les conséquences juridiques d'une loi d'obligation vaccinale ? Est-ce que l'obligation vaccinale engagerait des responsabilités de l'État en cas de problème avec tel ou tel vaccin ?

38:04
Invité

Non, aucune conséquence juridique. Ça aurait été beaucoup plus simple de dire aux Français ou à une partie des Français, ce qui aurait été mieux, vous devez vous faire vacciner. Le problème, c'est la vérification. C'est-à-dire que l'obligation vaccinale, il est très difficile de la contrôler et de sanctionner un éventuel manquement.

38:25
Présentateur

Alors, il y a certains juristes qui disent qu'avec les nouvelles dispositions qui vont s'appliquer, les directeurs d'établissements, par exemple, de collèges et de lycées, pourront savoir le statut vaccinal des enfants et donc pourront avoir accès à des informations qui relèvent de la vie privée. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est exagéré ?

38:44
Invité

Oui. Alors, donc la loi sur la vigilance sanitaire qui est en cours d'examen par le Parlement ne prévoyait rien sur les compétences des directeurs des établissements. Rien du tout. Et là encore, comme pour le pass sanitaire, exactement comme pour le pass sanitaire, c'est alors que la loi a été discutée devant le Parlement que tout d'un coup, que le gouvernement décide de proposer un amendement qui obligerait les chefs d'établissements secondaires à vérifier le statut vaccinal de leurs élèves et à déclarer une atteinte au Covid-19. Bon, là aussi, on franchit un cran dans, disons, le contrôle citoyen, le contrôle social, parce que... Le contrôle des citoyens par les citoyens.

Oui, le contrôle des citoyens par les citoyens. Le pass sanitaire, c'est, voilà, une personne privée qui contrôle notre statut vaccinal quand on rentre dans un restaurant, un vigile, un salarié, un intérimaire qui contrôle notre statut vaccinal. Eh bien là, ce sera le chef d'établissement qui devra vérifier le statut vaccinal des élèves. Il lui appartiendra de faire cette police sanitaire pour le compte de l'État. Alors, voilà, ça c'est un point sur lequel il faudrait quand même pouvoir réfléchir, débattre. Il est proposé comme ça, brut, par le gouvernement. Il est proposé à une majorité parlementaire à l'Assemblée nationale qui est tout à fait acquise.

Il aurait peut-être fallu consulter les représentants des chefs d'établissement, essayer d'évaluer l'impact de cette mesure. Ça n'a pas été fait.

40:22
Présentateur

Il y a aussi un impact psychologique parce que déjà, les bibliothèques n'acceptent plus certains enfants qui ne sont pas vaccinés. la sensation de discrimination est un plus élevé chez les enfants et le risque sanitaire est aussi plus bas. Et puis finalement, on a l'impression que pour garantir aux plus âgés une couverture vaccinale meilleure, on maltraite un peu les enfants quand même, surtout les adolescents dont les parents peuvent par exemple s'opposer à la vaccination et qui se retrouvent finalement stigmatisés par leur établissement scolaire et dans le cadre des sorties scolaires.

40:57
Invité

Tout à fait. Alors, il faudra voir ce que le Parlement va faire de cette proposition du gouvernement parce que le texte a été adopté par l'Assemblée nationale. Il faut encore que le Sénat se penche dessus et peut-être que le Sénat conduira le gouvernement à modifier sa position. Donc, attendons avant de voir ce qui va être décidé. Mais quoi qu'il en soit, sur la méthode, cette brutalité est un peu curieuse de la part du gouvernement et sur le fond, ça accentue encore l'autocontrôle citoyen pour des raisons qui ne sont pas tout à fait évidentes puisque la pandémie est en très fort recul sur le plan des chiffres.

Donc, est-il nécessaire d'ajouter encore une couche de contrôle de la santé des concitoyens ?

41:42
Présentateur

Alors, nous irons à l'élection présidentielle sous ce régime particulier de la vigilance sanitaire. Si le processus législatif va au bout et qu'il n'y a pas de surprise, est-ce que cela aura des incidents sur la campagne électorale ? Est-ce que ça va priver les citoyens de quelque chose ou alors donner au gouvernement un pouvoir ?

42:02
Invité

Alors, ça devrait avoir deux incidences. Une incidence avant la campagne parce qu'il se serait bien que les candidats et les candidates se positionnent sur l'état d'urgence sanitaire, la sortie de l'état d'urgence sanitaire, ce régime exceptionnel. Qu'est-ce qu'ils et elles entendent faire de ce régime une fois qu'ils seront élus ? Est-ce qu'ils veulent le pérenniser, le faire disparaître, le modifier ? Donc ça, il faudrait quand même y avoir un débat sur ce point qui nous concerne toutes et tous dans notre quotidien.

Je rappelle à cet égard que pendant sa campagne de 2017, Emmanuel Macron avait dit que l'état d'urgence sécuritaire, il n'en voudrait plus, que ce n'était pas très conforme à nos principes démocratiques, mais finalement, il l'a pérennisé juste après. Et puis, l'autre incidence, c'est sur le pouvoir qui sera élu en avril-mai. On ne sait pas qui sera élu et ce pouvoir-là disposera d'une panoplie sanitaire avec des pouvoirs de police administrative coercitive tout à fait inouïs qui pourront être employés.

43:04
Présentateur

Quand on voit les candidats, on se dit que...

43:06
Invité

Bien évidemment. Quand on voit les candidats, on se dit qu'on ferait peut-être bien de réfléchir à deux fois avant d'autoriser la prorogation de ce régime pour huit mois et de le confier à des personnes dont on ne sait pas qui elles seront et dont on ne connaît pas les intentions à cette date.

43:24
Présentateur

Et c'est, j'ai vraiment jusqu'au bout de ce qu'elles disent, des horreurs qu'elles peuvent proférer.

43:30
Invité

Oui. Donc, c'est pourquoi cette prorogation pour huit mois qui est envisagée par le Parlement est malvenue.

43:38
Présentateur

Alors, grâce, c'est vrai, à l'activisme de certains médias, notamment les chaînes d'information en continu, les thématiques identitaires, sécuritaires, rythment un peu cette période de pré-campagne électorale, si on peut appeler ça comme ça. La question sociale, elle monte un peu avec la hausse des prix de l'énergie, mais la question des institutions semble en retrait, c'est-à-dire qu'est-ce qu'ont fait nos institutions ? La crise sanitaire nous a montré que les contre-pouvoirs sont aujourd'hui impuissants ou neutralisés. On pense au Conseil d'État, à la défenseur des droits, au Conseil constitutionnel. Qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-ce qu'il faut changer ?

Est-ce qu'il faut en parler justement dans cette période où on se prépare à élire un nouveau président ?

44:17
Invité

Alors, effectivement, la réforme des institutions, ça doit être un débat pendant la campagne présidentielle. Alors, il y a un point qui est tout à fait acquis, c'est que, eh bien, pendant le quinquennat Macron, les institutions seront restées immobiles. Macron n'a rien changé aux institutions. Je rappelle qu'il y a maintenant cinq ans, en novembre 2016, il a publié un ouvrage qui s'appelle Révolution. Révolution. Mais ce n'était pas la révolution de 1789 qu'il nous a proposé, c'est bien la révolution au sens, on va dire, physique du terme, c'est-à-dire le retour au point d'origine, c'est-à-dire qu'en fait, il n'a rien changé.

Il n'a strictement rien changé au fonctionnement des institutions, sauf qu'en réalité, il en a grossi les défauts. Et le défaut principal qui est le présidentialisme, puisque tout est ramené à sa personne. Pour la raison simple, c'est que les députés, les 268 députés en marche, lui doivent leur élection. Et ça, on voit bien la caricature en réalité de démocratie dans laquelle nous vivons aujourd'hui, en ce sens que quand on lit la presse, on lit Emmanuel Macron donne un chèque de 100 euros à la fin de l'année. où Emmanuel Macron décide ceci, Emmanuel Macron décide cela, Emmanuel Macron.

C'est le président de la République qui est présenté comme la source principale, ce qu'il est d'ailleurs, des droits et obligations qui nous sont imposés. Alors, ce point-là doit absolument être modifié. C'est insupportable, pas Emmanuel Macron, mais quel que soit le titulaire du pouvoir, il est insupportable que tout procède de lui ou d'elle. C'est tout à fait contraire à des institutions qui seraient modernisées, qui fonctionneraient sur la base d'un consensus, d'un dialogue, d'un peu de recul. La caricature a été amplifiée avec la crise sanitaire où tout a été décidé en conseil de défense. Personne ne sait comment ça fonctionne. Quand ils se réunissent, ce qui est décidé, voilà.

46:25
Présentateur

Mais il n'est pas une institution qui est prévue dans notre arsenal, disons, dans notre corpus législatif constitutionnel, quoi. Oui, le conseil de défense,

46:36
Invité

ça n'existe pas. C'est informel, en tout cas, ça n'existe pas pour réguler une pandémie sur le plan, disons, formel. Donc, les institutions, ça doit faire partie du débat. Il faut tenir compte de tout ce qu'on sait maintenant qui ne fonctionne pas. Le présidentialisme, c'est une catastrophe. La représentation doit être améliorée à l'Assemblée nationale et au Sénat pour ne plus qu'on ait comme ça un fait majoritaire là aussi qui est dommageable pour nos institutions.

47:05
Présentateur

Donc, par exemple, la proportionnelle à un système où…

47:07
Invité

La proportionnelle. Je rappelle là aussi pour montrer à quel point le quinquennat en cours a complètement échoué qu'en février 2017, François Bayrou s'est rapproché d'Emmanuel Macron sous la condition que la proportionnelle soit décidée pour les législatives. Et ça, cette modification, elle ne suppose pas que la Constitution soit changée. Il suffit d'une simple loi. C'est-à-dire que la majorité en marche modem à l'Assemblée nationale pourrait le faire dès demain. Ils ne l'ont pas fait. C'est un grave manquement à la parole donnée au respect des électeurs. Là aussi, on ne peut plus se satisfaire du fait majoritaire tel que nous l'avons connu.

La justice, la place de la justice doit aussi être repensée. Emmanuel Macron a considéré que la justice est une autorité et pas un pouvoir. Il y a un candidat éventuel à la présidence qui a indiqué il y a quelques jours qu'il fallait supprimer tous les contre-pouvoirs que sont notamment la justice et vous, les médias. Voilà. Donc on en est là en réalité à ce niveau de dégradation considérable du débat public et de la qualité de nos institutions actuelles telles qu'elles doivent être pensées et ce point-là doit être débattu dans le cadre de la présidentielle. Oui, c'est important.

48:25
Présentateur

En parlant justement du Conseil d'État, tu pointes l'hypocrisie de la classe politique et médiatique française qui s'indigne de ce que le tribunal constitutionnel polonais affirme la supériorité de son droit national par rapport au droit européen. Or, nous expliques-tu, le Conseil d'État français a, il y a plusieurs mois, dit quasiment la même chose sans qu'il y ait des cris d'orfraie.

48:47
Invité

Oui. Alors, je vais essayer d'expliquer simplement une question qui est complexe quand on n'est pas juriste mais qui est à moi juriste mais très familière. Donc si je suis un peu confus, surtout n'hésite pas à m'interrompre. Nous sommes, nous, Français, partis à un ordre juridique qui s'appelle l'Union européenne qui existe depuis 1957 et nous avons mis en commun nos intérêts avec 26 autres États membres. Avant, il y avait le Royaume-Uni qui est parti. Bon, ça s'appelle des transferts de compétences, des transferts de souveraineté.

Nous avons accepté que certains des éléments de notre vie quotidienne ne seraient plus décidés par les seuls pouvoirs publics français mais en commun avec 26 autres États. Il n'en reste pas moins que nous gardons notre constitution, la constitution du 4 octobre 1958. De même que la Pologne, il y a une constitution, l'Allemagne et les 26 autres États membres. Alors, la question se pose de savoir quelle est la norme, la règle de droit la plus importante. Est-ce que c'est notre constitution française ou est-ce que c'est le traité européen ? Et là, il y a des conflits.

Il y a des conflits qui, depuis 1957 jusqu'à cette année, ont été résolus de manière assez pacifique entre les juges européens et les juges nationaux. Alors, le 7 octobre 2021, le tribunal constitutionnel polonais a fait quelque chose de tout à fait inédit dans l'ordre juridico-européen, c'est-à-dire qu'il a décidé, à la demande du gouvernement polonais, qu'une partie des valeurs européennes concernant notamment l'indépendance de la justice ne pouvaient pas s'appliquer dans l'ordre juridico-polonais. C'est-à-dire qu'il a écarté un pan des valeurs européennes au nom de la constitution polonaise.

Il a fait prévaloir la constitution polonaise pour décider que les principes européens d'indépendance de la justice ne s'appliqueraient pas. Alors, c'est grave parce que ça vient détruire le socle des valeurs communes aux 26 États membres et ça vient déstabiliser l'Union européenne. C'est grave, mais cette position, elle n'est pas tout à fait inédite. Elle n'est pas inédite parce que chaque État membre revendique sa propre supériorité par rapport à l'Europe. C'est normal, ça ne peut pas être autrement. Et aussi, ce n'est pas inédit parce que le Conseil d'État avait fait à peu près la même chose que le tribunal constitutionnel polonais.

51:23
Présentateur

Le Conseil d'État français.

51:24
Invité

Le Conseil d'État français, à peu près la même chose, à la demande d'ailleurs du gouvernement français dans une décision qui est passée inaperçue, hélas, sauf des juristes, une décision rendue par le Conseil d'État le 21 avril 2021 à propos de quelque chose qui nous concerne toutes et tous, la surveillance de nos métadonnées que l'Europe avait décidé de limiter. Mais que le Conseil d'État, au nom de la Constitution française, a décidé de ne pas limiter.

Et le Conseil d'État a décidé, au nom de la Constitution française et de la protection de l'ordre public, d'autoriser le gouvernement à capturer nos métadonnées, tout, notre géolocalisation, nos adresses IP, nos communications, les sites que nous consultons, et à les faire conserver par les opérateurs pendant une durée d'un an, de même qu'a autorisé les services de police à intercepter nos données de communication de manière assez large. Alors que l'Europe avait au contraire réduit, au nom de notre droit à la vie privée, réduit les facultés des pouvoirs publics de s'immiscer dans nos communications électroniques.

Donc, ce qu'a fait le tribunal constitutionnel polonais à toutes choses égales par ailleurs était précédé d'une résistance du Conseil d'État français à l'égard de l'Europe.

52:48
Présentateur

– En plus, ce sont des questions qui sont liées aux valeurs, parce que, quelque part, l'indépendance de la justice garantit la liberté du citoyen et la qualité du jugement qui peut lui être opposée. et la conservation et la conservation en langue des données arrachent aussi aux citoyens une forme de liberté. Donc, c'est en réalité, dans les deux cas, pour augmenter la puissance de l'État et affaiblir la capacité de résistance du citoyen que ces deux institutions

53:16
Invité

agissent. – Tout à fait. Parce que, jusqu'à présent, il pouvait y avoir des oppositions entre les États et l'Europe, mais sur des points précis. par exemple, la directive travailleurs détachés. Par exemple, le fait, ça a été jugé par le Conseil constitutionnel il y a quelques jours, le fait pour l'Europe d'obliger des personnes privées à exercer des activités de police administrative. Ça, ce n'est pas possible en France. Bon, c'était des points précis. Par exemple, la politique de la Banque centrale européenne pour l'Allemagne. Donc, des points précis.

Or, ici, avec la décision du tribunal constitutionnel, polonais, la décision du Conseil d'État, ce sont, en réalité, oui, effectivement, des valeurs européennes qui sont écartées au nom de la constitution

54:03
Présentateur

de l'État membre. – On sort un peu du droit, mais est-ce qu'il n'y a pas une forme de colonialité là-dedans ? Parce que, finalement, tout le monde tape sur la Pologne, parce que c'est un pays pauvre qui reçoit de l'argent et la France, bon, on s'en rend à peine compte et personne ne lui tape dessus pour des pratiques qui se ressemblent.

54:19
Invité

– Alors, il y a… Oui, effectivement, je ne sais pas pourquoi la décision du Conseil d'État est passée relativement inaperçue, alors même qu'elle a été prise sur demande du gouvernement, qui a beau jeu aujourd'hui de critiquer le gouvernement polonais. Et puis, il y a un autre point aussi qui est passé inaperçu. Je voudrais simplement rafraîchir la mémoire des téléspectateurs et des téléspectatrices. On est en septembre, en août ou en septembre 2021 et un texte est publié par le gouvernement qui prévoit le contrôle technique obligatoire pour les deux roues.

Et là, tout d'un coup, il y a 3-4 associations de deux roues qui hurlent au scandale « ça va coûter trop cher, c'est pas possible, il faut absolument que les motos fassent du bruit, beaucoup de bruit, autant de bruit que le propriétaire les souhaite. » Et que fait le président de la République ? Que fait Emmanuel Macron, l'Européen ? Il dit « ah oui, c'est vrai, ça ne va pas, je suspends l'application du contrôle technique des deux roues. » Or, ce contrôle technique des deux roues est une obligation européenne prévue par une directive de 2014.

Donc, ce qu'a fait le président de la République, c'est qu'il a décidé tout seul, parce que 3-4 associations de défense des motocyclistes lui ont demandé de ne pas appliquer le droit européen.

55:33
Présentateur

– Oui, il y a des élections, mon monsieur, voyez-vous.

55:35
Invité

– Oui, mais on est malvenus ensuite pour donner des leçons à la Pologne, des leçons de respect du droit. Quand on n'est pas soi-même exemplaire, il devient difficile ensuite d'aller voir les Polonais en disant « mais vous ne respectez pas l'indépendance de la justice. »

55:48
Présentateur

– La seule explication que je peux dire, que je peux trouver, c'est bon, nous on a de la thune, les Polonais, ils nous demandent de la thune, et c'est pour ça que je parle de colonialité, mais bon, ce n'est pas du droit. C'est une offensive gouvernementale qui a finalement fait peu parler d'elle, mais après avoir fait des dispositions de la loi sécurité globale, notamment sur la surveillance par drone, retoquée par le Conseil constitutionnel, le Conseil d'État et la CNIL, le gouvernement est revenu à l'assaut avec ce que la quadrature du net appelle la loi Drone 2.

En fait, il s'agit de la loi relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure, une loi qui est passée quasiment sous les radars.

56:24
Invité

– Tout à fait. Alors, ce gouvernement, cette majorité a un tropisme sécuritaire tout à fait excessif. Il y a eu, au cours de l'année 2021, un nombre considérable de dispositions législatives qui ont été adoptées en matière sécuritaire. Il y a l'état d'urgence sanitaire, la sortie de l'état d'urgence sanitaire, on a eu la loi dite de lutte contre le séparatisme qui comporte des dispositions restrictives très, très importantes. Il y a eu la loi sécurité globale du 20 mai 2021 qui a été très critiquée et qui, là aussi, comporte des dispositions sécuritaires considérables.

Et puis, effectivement, cette loi a été en partie censurée par le Conseil constitutionnel sur des points majeurs qui concernaient notamment la possibilité de filmer des forces publiques sur la voie publique, la possibilité de recourir aux drones. Et le gouvernement a décidé de tenir compte de la décision du Conseil constitutionnel et de poursuivre son tropisme sécuritaire en déposant en juillet 2021 un projet de loi. Et ce projet de loi avait deux objectifs.

un objectif pénal puisque en avril 2021, la Cour de cassation s'était prononcée dans l'affaire Sarah Halimi, cette dame de confession juive qui avait été sauvagement tuée par une personne irresponsable pénalement parce qu'elle avait fumé du cannabis. Eh bien, le gouvernement a décidé de modifier la loi sur ce point, de prendre une loi d'émotion, en réalité, à la suite du tollé qui a suivi l'arrêt de la Cour de cassation. Et à ces dispositions pénales, le gouvernement a ajouté les dispositions sécuritaires de la loi sécurité globale qui avaient été retoquées, comme on dit, censurées par le Conseil constitutionnel. Le risque

58:22
Présentateur

de n'en aller pas de soi, mais c'est une manœuvre, en gros.

58:26
Invité

Alors, ce n'est pas une manœuvre, mais ça montre l'obsession sécuritaire du gouvernement. C'est-à-dire, le gouvernement aurait très bien pu dire bon, la loi a été censurée, on passe à autre chose. Il faut peut-être s'intéresser à la cause environnementale, à la cause sociale, refonder la démocratie. Non. Il a fallu aller jusqu'au bout du processus sécuritaire. Là, sur ce point, ne pas laisser une miette des projets dans les placards traînés. Et la loi prévoit effectivement de revient sur les dispositions que le Conseil constitutionnel avait censurées, parmi lesquelles les dispositions qui sont relatives à la vidéosurveillance.

vidéosurveillance dans les prisons, la possibilité d'utiliser des caméras embarquées au sein des véhicules de police et surtout la possibilité de filmer par drone une partie au moins de la voie publique. Donc, tous ces aspects-là qui avaient été censurés par le Conseil constitutionnel au nom du respect du droit à la vie privée sont remis sur le métier législatif. Et effectivement, cette loi est passée complètement sous les radars. Il y a eu beaucoup de mobilisation contre la loi sécurité globale, beaucoup de mobilisation contre la loi séparatisme et rien du tout sur cette loi. Pourquoi ?

Alors, je ne sais pas, je suis mal placé pour le dire parce que moi-même, cette loi, je ne m'y suis pas intéressé. Je m'y suis intéressé quand, je me suis dit que pour le soin de cette émission, il fallait quand même que je sache ce qui est en train d'être débattu au Parlement. Pourquoi ? Parce que, en réalité, nous avons été assommés de textes sécuritaires, assommés, et qu'il était impossible. La loi séparatisme est énorme, la loi sécurité globale est énorme. Il y a l'état d'urgence sanitaire qui est reconduit. Donc, il faudrait une équipe, en réalité, pour pouvoir suivre et déminer et critiquer tout ce qui est fait sur le terrain sécuritaire.

1:00:26
Présentateur

On croule, en réalité, sous toutes ces lois. On a l'impression que le gouvernement met sur la fatigue des activistes des lois, en plus, qui sont des lois fourre-tout, parce que, en fait, derrière le mot séparatisme, il y a plein de considérations. Derrière le mot sécurité globale, il y a eu la loi renseignement aussi. Oui, absolument. La loi vigilance sanitaire, la loi responsabilité pénale ou la loi drone 2. On ne peut pas tout suivre et finalement, on a l'impression que c'est voulu. Est-ce que tu aurais des conseils du Résistance en s'étant troublés ? Qu'est-ce qu'on peut faire justement pour rester en alerte, pour au moins alerter nos élus, pour au moins documenter ce qui se passe,

1:01:03
Invité

parce qu'on n'y arrive même plus ? Oui, c'est vrai que j'avais oublié la loi sur le renseignement qui a été adoptée, effectivement, qui vient s'empiler à la loi séparatisme, la sécurité globale, l'état d'urgence sanitaire. C'est tout à fait colossal. Plus la loi sur la confiance, confiance, entre guillemets, pour la justice qui modifie le secret professionnel dans un sens restrictif, il faudrait vraiment une anthologie pour suivre tous ces éléments. Alors, que faire ? Je suis mal placé pour donner des conseils. Déjà, je pense important de s'intéresser à ce qui se passe autour de nous, de réfléchir, de ne pas accepter ce qui paraissait inacceptable. Par exemple, le scan du QR code.

Le scan du QR code, moi, c'est quelque chose qui me heurte, qu'on présente un pass sanitaire. Éventuellement, je suis contre, mais pourquoi pas ? Mais que le QR code soit scanné en permanence, je n'en comprends pas la motivation. Tu dis que ça ne garde

1:01:58
Présentateur

pas la mémoire de toute façon.

1:01:59
Invité

De toute façon, cette information, elle est bien répertoriée quelque part. Alors, si ça ne garde pas la mémoire, pourquoi scanner le QR code ? Alors, que faire ? Moi, je crois, il faut rester vigilant, vigilant comme citoyen ou citoyenne, se documenter, c'est-à-dire lire ou regarder les médias indépendants comme le vôtre. Ça, c'est précieux. Les soutenir, le cas échéant, financièrement ou en participant à leurs activités, s'engager, s'engager au plan associatif, s'engager au plan politique et surtout aller voter. Aller voter. Si on veut que ça change, c'est par là que ça doit commencer parce que, de toute façon, j'entends des voix qui sont contre le présidentialisme, j'entends ça.

Mais de toute façon, il y aura un président ou une présidente de la République en mai 2017, soit nouveau, soit le même. Déjà, le premier geste, c'est de voter, de s'exprimer soit pour, soit contre, mais ce serait déjà important de ne pas laisser les autres décider pour nous.

1:03:01
Présentateur

Merci, Paul Cassia.

1:03:02
Invité

Merci beaucoup, Théo.

1:03:02
Présentateur

Bon, voilà, la contre-matinale du Média, c'est vraiment terminé pour aujourd'hui. Rendez-vous demain avec Nadia qui aura à ses côtés David Guiraud. Moi, je serai de retour jeudi. Ce soir et demain, nous allons diffuser à part l'interview de Paul Cassia que vous avez vue et aussi l'éditorial de Gémyl que vous pourrez partager à vos contacts.

parce qu'en fait, finalement, quelque part, c'est de votre part de bataille culturelle, de bataille pour imposer les thèmes sociaux, écologiques, les thèmes d'intérêt public dans le débat politique poste, enfin, pré-électoraux, pré-électoraux, les débats politiques pré-électoraux dans la mesure où, bien entendu, les chaînes des milliardaires nous poussent à discuter de ce qui divise plutôt que de ce qui peut unir le peuple contre l'oligarchie. Donc, voilà, la raison de cette matinale, c'est celle-là d'être poussé sur des thématiques, de montrer qu'une autre hiérarchie de l'information est possible et, bien entendu, nous avons besoin de votre soutien.

Je le dis, je le répète, on le dit souvent parce que, d'ici avril-mai, il y aura beaucoup de boulots, beaucoup de fausses évidences à contester, beaucoup de batailles intellectuelles à mener et nous les menons ici dans des conditions qui sont difficiles et pour continuer, nous avons besoin de votre aide.

Effectivement, nous sommes dans un monde où les médias semblent gratuits, vous allez sur YouTube ou bien sur Facebook, Twitter, vous avez une masse d'informations gratuits, mais pour que, par exemple, l'information d'intérêt public qui n'est pas dictée par des agendas que vous ignorez puissent monter sur ces plateformes, il faut que quelqu'un s'y colle, que quelqu'un finance et aujourd'hui, il y a déjà plusieurs milliers de sociaux, mais il en faudrait plus, il y a déjà plusieurs milliers de donateurs du média, mais il en faudrait plus parce que, quelque part, nous sommes toujours dans des contraintes qui nous font par exemple renoncer à certaines chroniques, ne pas fidéliser certains chroniqueurs, gérer des petits bouts de ficelle, bref, nous avons besoin de votre soutien pour devenir sociaux ou alors un donateur régulier, c'est-à-dire faire des dons mensualisés sur OkPAL, vous allez sur le mediatv.fr sur le soutien et vous nous soutenez alors donc, voilà, mon petit laus c'est terminé pour aujourd'hui, merci d'avoir été là jusque là et à demain.