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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 17 décembre 2020 26 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieSolidarités & familleÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Conclusion de la Conférence nationale humanitaire | Emmanuel Macron

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00E.MacronChiffre
    « 237 millions de personnes dans le monde ont aujourd'hui besoin d'aide humanitaire immédiate »
  • 7:00E.MacronChiffre
    « L'an dernier, 483 travailleurs humanitaires ont été attaqués, 125 tués, 234 blessés, 124 kidnappés lors de 277 incidents distincts »
  • 8:00E.MacronChiffre
    « La dernière décennie a connu une augmentation de 117 % des attaques par rapport à la période précédente »
  • 10:00E.MacronChiffre
    « La contribution française annuelle à l'action humanitaire et à la stabilisation en sortie de crise aura triplé depuis 2018 pour atteindre 500 millions d'euros en 2022 »
  • 12:00E.MacronFait
    « Nous avons mené, dès le début de la crise Covid, une initiative dite Acta avec l'Union africaine »
  • 14:00E.MacronPromesse
    « Nous allons continuer ce travail, et il y a un rendez-vous important que nous tiendrons à Paris en mai 2021, qui sera le sommet pour le financement des Etats africains »
  • 20:00E.MacronPromesse
    « La voix de la France sera encore plus forte et plus systématique, et nous veillerons à mobiliser tous nos partenaires européens »
  • 22:00E.MacronPromesse
    « Nous organiserons une réunion sur la préservation de l'espace humanitaire incluant la lutte contre l'impunité »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E.Macron: Peut-être, si vous le voulez bien, essayer d'apporter quelques réponses à ce qui a été... en tout cas partager quelques réflexions si ça vous convient.

D'abord, je voulais vraiment remercier l'ensemble des participants, monsieur le ministre, monsieur le commissaire européen, monsieur le secrétaire général adjoint, monsieur le directeur général du Programme alimentaire mondial et l'ensemble des représentants et directeurs d'ONG. C'était, je le disais, un engagement que j'avais pris il y a un an à peu près, lorsque nous nous étions retrouvés à l'Elysée sur la situation en Syrie, de participer à cette conférence nationale, humanitaire qui vient de se tenir. Et malgré les contraintes liées au moment où, par le truchement de cette visio, je suis heureux de pouvoir honorer cet engagement.

Parce que les valeurs qui sont les vôtres, les valeurs que nous portons, celles d'humanisme, de solidarité, de respect du droit, nous paraissent plus essentielles sans doute encore aujourd'hui qu'hier. Et c'est le fil aussi directeur d'une journée qui nous a vus, avec le Premier ministre, le ministre et plusieurs de ses collègues tout à l'heure, tenir un conseil présidentiel pour le développement où nous avons confirmé notre trajectoire d'APD et mis en place de nouveaux modes innover dans le financement du développement et reconstruire aussi l'expertise française plus forte à l'international. Je voulais vraiment remercier l'ensemble des acteurs qui ont témoigné aujourd'hui parce qu'ils sont, au fond, les visages de cet engagement.

Bien sûr, on l'a fait au nom du collectif, Nadia Murad, entre autres. Merci d'être là, et derrière vous, moi, je vois le visage de ces jeunes comme Sarah Raphael, Marie, Emmanuel, engagés dans des ONG humanitaires et de développement qui agissent sur le terrain. ACTED nous a rappelé ce qu'il s'est passé cet été au Niger, nous a rappelé à quel point les engagés de l'action humanitaire internationale étaient jeunes, porteurs de ces idéaux et à quel point ils portaient aussi, je crois pouvoir le dire, une part du sens de cette volonté de faire l'histoire.

Et c'est pour moi extrêmement important, au-delà de l'action qui est conduite. Nous avons une pensée pour l'ensemble de leurs collègues et pour l'ensemble des familles de nos humanitaires qui sont tombés. Je souscris pleinement à ce qu'a dit le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, cher Mark Lowcock.

La meilleure façon de rendre hommage aux travailleurs humanitaires est de financer leur travail et d'assurer leur sécurité. Et donc, vous l'avez parfaitement décrit, il me semble qu'on est dans un moment où se conjugue au fond 3 phénomènes qui peuvent conduire au pire. D'abord, on a une amplification de toutes les crises : sécuritaire, humanitaire, environnementale, sociale, alimentaire maintenant.

Les chiffres ont été rappelés, ils sont clairs : 237 millions de personnes dans le monde ont aujourd'hui besoin d'aide humanitaire immédiate, le retour des grandes famines, la multiplication des populations déplacées sur des théâtres de guerre qui sont parfois hérités depuis plusieurs années. Et donc cette amplification, est, je crois, inédite à ce point, Et la Covid est venue sur une situation déjà très tendue. A cette situation sans précédent dans l'histoire récente s'ajoute un rétrécissement inédit de l'espace humanitaire.

C'est ce que soulignait, lors de notre entretien avant-hier, le président du CICR dont je salue aussi le rôle ainsi que toute son organisation, et je sais qu'il était avec vous ce matin dans le cadre de vos travaux. Mais l'espace humanitaire, qui est notre patrimoine commun, est de plus en plus occupé par des acteurs ou des puissances qui en violent la neutralité, qui l'instrumentalisent, qui criminalisent l'action des ONG et qui mettent en danger les personnels. Et cette restriction de l'espace humanitaire, elle est liée au fait que des grandes puissances, y compris parfois certaines qui sont membres permanents du Conseil de sécurité, ont l'hostilité sur le terrain à l'égard des humanitaires ou ont pu l'avoir, des grandes puissances régionales ont décidé de l'avoir, et qu'on a, sur beaucoup de théâtres de guerre, une action aujourd'hui de groupes armés qui ne sont pas étatiques, mais milices, proxys ou autres, qui menacent le travail humanitaire et contribuent à cette réduction en venant parfois au contact ou au conflit avec d'autres groupes terroristes.

Les chiffres, vous les avez là aussi rappelés, sont extrêmement éloquents. L'an dernier, 483 travailleurs humanitaires ont été attaqués, 125 tués, 234 blessés, 124 kidnappés lors de 277 incidents distincts. Et la dernière décennie a connu une augmentation de 117 % des attaques par rapport à la période précédente.

C'est une recrudescence évidemment sans précédent contre l'ensemble des humanitaires, également aussi contre les travailleurs de santé, qui a été enregistrée en 2019, alors même que la pandémie arrivait. Et puis le 3e phénomène qui explique et amplifie, si je puis dire, les 2 autres, c'est la crise du système multilatéral. On l'a plusieurs fois dénoncée et je suis plusieurs fois revenu dessus, et nous essayons de nous battre en la matière, mais elle est encore plus grave quand il s'agit de l'action humanitaire parce qu'il n'y a plus de garant en dernier ressort de l'ordre international, plus de capacité collective à répondre aux crises auxquelles nous sommes confrontés.

Et à cet égard, le blocage du Conseil de sécurité depuis des années n'en est que le reflet et contribue parfois à aggraver ce que nous vivons. Il n'y a plus ou de moins en moins de sanctions à la violation du droit international humanitaire, ce qui fait que progressivement, cette crise du multilatéralisme a des conséquences très concrètes quand il s'agit de travail humanitaire, c'est que l'impunité est devenue la règle et la dénonciation, l'exception. Et cette sinistre réalité qu'il nous faut regarder en face fait que d'une certaine façon, nous avons permis au monde de s'habituer à ce que des écoles et des hôpitaux soient bombardés, des civils attaqués, des personnels humanitaires ciblés dans le silence et parfois l'indifférence générale.

Et donc je pense que cette conférence, à cet égard, et la participation de tous et toutes doivent nous conduire à stopper ce mouvement. Il n'a rien d'inarrêtable. Et je veux ici pouvoir dire que la France, avec ses partenaires européens, est et sera votre allié dans ce combat essentiel pour défendre la dignité humaine et notre humanité, parce que nous ne pouvons en rien accepter que les principes universels auxquels nous avons souscrit et qui sont inscrits dans des conventions internationales dont la charte des Nations unies, soient piétinés ou remis en cause dans le cadre d'une forme de relativisme contemporain.

Et donc c'est pour ça que j'ai souhaité qu'on ait aujourd'hui ces échanges, et je veux remercier Philippe Jahshan d'avoir présenté la synthèse de vos contributions. Je vais essayer de répondre aux différents points, y compris ceux de la fin de l'échange. D'abord, la 1re réponse qu'on doit apporter par rapport à la multiplication de ces crises et véritablement à ce que vous décriviez les uns et les autres comme les risques principaux de 2021, c'est un réengagement des grandes puissances et des pays les plus développés ou les plus riches pour lutter, justement, contre la pauvreté, le risque sanitaire, la crise économique sociale, alimentaire qui va s'inscrire dans le cadre, dans le sillon de la Covid.

C'est ce qui a présidé à notre décision de présenter une loi pluriannuelle pour monter nos engagements d'aides publiques au développement conformément aux engagements que j'avais pris à 0,55% du PIB en APD, avec d'ailleurs des chiffres, quand on prendra en compte dès l'année prochaine les annulations de dettes, qui seront même plus importants. Mais c'est la volonté, au moment même où nous avons des défis chez nous, de ne pas nous replier et oublier la part de l'international parce que nous avons nos destins liés. Ensuite, beaucoup l'ont évoqué, Marc aussi en a parlé, c'est le sujet de la dette des pays africains.

Nous avons mené, dès le début de la crise Covid, une initiative dite Acta avec l'Union africaine pour, justement, apporter une réponse sanitaire mais aussi économique et sociale à cette crise. Je ne reviens pas sur le volet sanitaire qui est un soutien au système de santé primaire, mais aussi en termes de traitement et de vaccins, mais c'est pour moi également de réussir à répondre, à redonner aux pays africains la possibilité de venir en aide à leur population. Le G20 a permis un moratoire sur les dettes, un rééchelonnement et a ouvert la voie pour la 1re fois à une possible annulation pour certains pays.

Nous avons embarqué la Chine dans ce mouvement, ce qui est aussi inédit dans l'histoire contemporaine. Nous allons continuer ce travail, et il y a un rendez-vous important que nous tiendrons à Paris en mai 2021, qui sera le sommet pour le financement des Etats africains où il y aura, au coeur de notre approche, la volonté de rééchelonner, voire annuler certaines dettes en engageant l'ensemble des puissances développées et la Chine à nos côtés, pour permettre à l'Afrique de retrouver des marges de manoeuvre et faire face aux crises que vous avez évoquées. Dans ce cadre, nous pousserons aussi, comme l'avons fait en novembre dernier avec la directrice générale du FMI, l'idée des missions de droits de tirage spéciaux.

Et notre volonté, c'est non seulement d'émettre ces droits de tirage spéciaux, qui sont en quelque sorte une arme monétaire offerte aux pays émergents parce qu'ils n'ont pas ce que, nous, nos banques centrales font depuis le début de la crise, qui nous permet de survivre, il faut bien le dire. L'idée, c'est qu'on puisse émettre ces droits de tirage spéciaux et que les Européens, les Américains, je l'espère aussi les Chinois, c'est une discussion, une négociation qu'il y aura à avoir, renoncent à ces droits de tirage spéciaux, puissent, et là, il y aura de l'ingénierie financière à avoir avec le FMI, mais les localiser dans un fonds qui permettra non seulement de les renvoyer vers les pays les plus pauvres mais aussi de mobiliser la finance internationale vers les pays qui ont besoin de cet argent. Et moi, je suis très inquiet comme vous, en effet, sur le plan humanitaire, de la situation de l'Afrique.

Elle a vécu sa 1re récession cette année. Elle aura une croissance de 2,5 à 3% l'année prochaine, ce qui n'est jamais arrivé depuis 20 ans, alors même que la croissance démographique, on le sait, continuera d'être autour de 7-8, ce qui veut dire que c'est une récession en termes réels, avec des situations de très grande fragilité que vous avez évoquées, si on ne prend que ce qui se passe par exemple en Ethiopie aujourd'hui. Mais on a le Sahel, la région du lac Tchad et le Mozambique.

Ca, c'est pour moi le 1er élément de réponse. Sur la solidarité internationale, incontournable dans la période que nous vivons, la France est et sera aussi au rendez-vous en s'en donnant les moyens. Et au-delà de ce que j'annonçais sur l'APD, conformément à l'engagement que j'avais pris, la contribution française annuelle à l'action humanitaire et à la stabilisation en sortie de crise aura triplé depuis 2018 pour atteindre 500 millions d'euros en 2022.

C'est bien cette trajectoire que nous avons aussi confirmée ce matin. Nous avions sur ce point perdu beaucoup de terrain, il faut être lucide, et nous remontons la pente parce qu'il ne suffit pas de dire que nous soutenons l'action humanitaire, il faut le faire en termes réels. C'est ce que nous avons fait au travers du pilier humanitaire de l'initiative pour l'Afrique, durant les 1ers mois de la pandémie, comme je l'évoqué.

C'est ce que nous avons fait depuis cet été au Liban pour le peuple libanais, après l'explosion du 4 août. C'est aussi la réponse d'urgence que nous avons conçue et structurée avec vous face au conflit au Nagorno-Karabakh. Et je remercie vraiment l'ensemble des ONG qui sont présentes et beaucoup d'ONG de la diaspora arménienne pour le travail remarquable qui a été fait à cet égard, et dire que nous allons continuer dans la durée à porter ce travail humanitaire aussi en Arménie.

Sur tous ces sujets, très clairement, vous avez compris, c'est aussi une volonté de nous réengager. Vous avez parfaitement raison de dire que l'action humanitaire doit aussi intégrer en son sein une forte dimension environnementale. Nous devons accompagner ce mouvement comme nous l'avons fait en faveur du développement avec les objectifs de l'accord de Paris sur le climat.

Je crois qu'il n'y a aucune fatalité à cet égard pour faire encore plus et aller plus loin. Sur la protection de l'espace humanitaire, là aussi, je veux que nous nous donnions les moyens d'agir concrètement. J'ai entendu les appels des ONG pour qu'une personnalité incarne ce patrimoine et le défende, notamment auprès des Etats où cet espace est menacé.

Je suis favorable à ce qu'il puisse y avoir un envoyé spécial auprès du secrétaire général adjoint pour la préservation, justement, de l'espace humanitaire qui aurait pour mission de faciliter, très concrètement, le dialogue entre les Etats et l'ensemble des acteurs sur le terrain, et que ce soit une réponse extrêmement concrète aux situations que vous vivez et que nous vivons. Je suis également favorable à la mise en place d'une conférence humanitaire internationale qui rassemblerait les Etats et les collectifs d'ONG pour échanger sur un pied d'égalité sur les principaux défis liés à l'accès humanitaire. C'est d'ailleurs, comme plusieurs l'ont rappelé, le sens de ce que nous avons engagé avec nos partenaires allemands au travers de l'appel à l'action humanitaire.

Le ministre portait ça avec son homologue. D'abord, je remercie la Commission de se joindre, et c'est très fort, à ce travail. Je souhaite que ce travail soit amplifié, en lien étroit avec le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU et le CICR.

Et je suis favorable à ce que Philippe a évoqué tout à l'heure, qu'il y ait des commissions paritaires qui se structurent dans ce cadre et permettent de conduire des avancées très concrètes que nous pouvons attendre d'un tel processus. Parce que là, nous sommes, avec ceux qui nous rejoignent et ce qui a été dit, à une phase où nous pouvons justement aller plus loin. Sur les risques de criminalisation de l'action humanitaire qui ont été évoqués, ils sont très importants, on a eu plusieurs fois l'occasion d'échanger sur ce sujet ensemble.

Et je pense que c'est un sujet d'ailleurs qui, au fond, vient refléter la transformation des grands conflits internationaux, leur hybridation, si je puis dire, et le fait qu'on a des puissances régionales qui travaillent avec des groupes locaux, créent beaucoup de troubles, qu'on a des groupes armés non étatiques qui se multiplient et qui utilisent aussi sur le terrain l'action humanitaire, ce qui rend la situation extrêmement compliquée et ce qui a créé des situations parfois impossibles pour vous, j'en ai pleinement conscience. A nouveau, je pense qu'il nous faut continuer à être tous très clairs. Il ne faut jamais tomber dans le piège d'opposer la lutte contre le terrorisme et le soutien à l'action humanitaire.

Ca n'aurait aucun sens, tant et si bien d'ailleurs que l'action qui est la vôtre fait partie de ce qui nous permet d'éradiquer dans la durée le terrorisme. Parce que le terrorisme se nourrit aussi de la grande pauvreté, de l'anomie. Nadia le sait ô combien, et je veux encore une fois saluer son travail, et c'est aussi pour ça qu'on avait pris cette décision d'accueillir 100 femmes yézidies.

Je pense que l'on ne peut créer de la vraie stabilité que si on associe parfois l'action militaire, qui est indispensable, à une politique humanitaire, une politique de développement qui consiste à s'occuper des populations, leur permettre ensuite de revenir le plus vite possible dans des conditions de sécurité et de stabilité politique sur leur territoire d'origine et en les aidant à se développer. Les principales ONG humanitaires françaises présentes ce soir ont depuis plusieurs années fourni des efforts importants pour justement se mettre en conformité avec les mesures relatives à la lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme tels qu'édictés par le GAFI. Moi, je veux saluer cet effort de responsabilité et de transparence.

Nous devons le poursuivre dans le cadre de la redevabilité, ça a été très bien dit, et en lien avec la progression des financements. Et nous devons, dans le même temps, aider les acteurs humanitaires à continuer d'agir, y compris sur les théâtres de crise les plus complexes. Très concrètement, ça veut dire aider à chaque fois à transférer les ressources, les personnels, les crédits là où ils sont nécessaires pour que l'action humanitaire puisse bénéficier aussi efficacement et rapidement que possible à ceux qui en ont besoin.

Alors, nous avons tous un rôle à jouer et une vigilance à exercer pour faire en sorte que les dispositifs de lutte contre le terrorisme fonctionnent, que les régimes de sanctions qui sont un outil essentiel de gestion et de prévention des crises soient efficaces, mais qu'ils permettent aussi à chaque fois une action humanitaire indispensable. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité, sous l'égide du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, et du ministère de l'Economie, des Finances et de la Relance, soit mis en place un dialogue en confiance entre les banques et les acteurs humanitaires. C'est la 1re étape indispensable pour rapprocher ces deux univers et faire en sorte qu'ils se comprennent mieux dans le respect des obligations, des missions de chacun et avec un objectif simple qui est précisément de travailler mieux ensemble pour permettre de continuer les actions utiles, y compris dans les théâtres les plus complexes, là où il y a des sanctions, là où il y a une pression accrue, on le sait bien, parce que beaucoup d'acteurs étatiques et non étatiques participent de l'action terroriste.

Les 1res solutions ont été identifiées. Très concrètement, les efforts engagés par les services de l'Etat et l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution, l'ACPR, ont permis d'offrir justement un espace de dialogue aux ONG avec les départements conformité des banques et de s'assurer que les bonnes pratiques bancaires ainsi que les procédures de demandes de dérogations soient mieux connues, notamment en les formalisant dans des guides pédagogiques à destination des ONG. Je veux que d'ici à 6 mois, nous ayons finalisé ce travail, donc les ONG avec les départements conformité des banques, pour qu'on puisse stabiliser, structurer et sécuriser ces canaux de financement sans faire courir de risque aux ONG qui agissent et aux banques, évidemment.

Dans le même esprit, j'ai demandé aux administrations concernées d'identifier des solutions concrètes, opérationnelles pour tenter d'apporter des réponses pratiques à toute difficulté qui pourrait survenir en matière de transferts financiers pour éviter que des menaces de poursuites entravent indûment l'action d'acteurs qui ont mis en place pourtant des contrôles robustes. Ces guides permettront de faire cela. D'ici 6 mois, je veux qu'on ait fini ce travail qui était attendu.

Je vous remercie d'ailleurs d'avoir contribué avec les ministères à celui-ci. Je pense que ça répond à cette problématique. J'ai aussi demandé au garde des Sceaux, par le biais d'une circulaire, d'appeler l'attention des parquets sur la spécificité de leur mission, des organisations humanitaires, de leurs acteurs et sur la protection dont ils bénéficient au regard du droit international humanitaire.

C'était l'une de vos demandes fortes que ce droit soit pleinement reconnu. Et donc la circulaire du garde des Sceaux permettra, de manière très concrète, de le reconnaître et d'en informer l'ensemble des parquets de France. Votre indépendance d'action, vous l'avez très bien rappelé, elle se décline à travers des principes d'humanisme, de neutralité, d'impartialité, d'indépendance portés par le droit international humanitaire.

Et dans cette perspective, la France continuera bien sûr à faire une entière application, et je le dis ici avec une clarté complète. Nous appliquerons totalement le principe de non-discrimination dans l'attribution de l'aide suivant les besoins des populations en situation de risque humanitaire. Ce sont sur ces principes que vous fondez la protection de vos personnels vis-à-vis des protagonistes des conflits.

Enfin, et là encore afin de faciliter l'action humanitaire sur le terrain, je souhaite que la France, en concertation avec les ONG, étudie au cas par cas, selon les besoins, l'opportunité d'introduire ou d'améliorer les dispositifs de dérogation contenus dans des régimes de sanctions de l'Union européenne. Il est très difficile d'établir un régime de dérogations généralisé parce que ça dépend aussi des théâtres d'opération, mais il faut que nous puissions avoir cette étude au cas par cas et que nous puissions le faire. Et donc avec le centre de crise en l'espèce, qui joue ce rôle, et merci encore à l'ambassadeur Chevallier pour le travail de confiance qu'il mène avec vous et l'efficacité sur le terrain.

Je souhaite qu'on puisse mener ce travail, si je puis dire, de déconfliction, de beaucoup de dérogations très claires à tous les dispositifs de sanctions et que nous puissions engager nos partenaires européens dans ce travail. Ce sont des engagements ambitieux, difficiles, mais j'estime que nous pourrons les porter pour être à la hauteur de l'action qui est la vôtre. Sur la mise en oeuvre du droit humanitaire et la lutte contre l'impunité, enfin, nous allons là aussi renforcer notre action.

Nous prenons d'abord pour nous-mêmes toutes nos responsabilités. Notre plan national de formation au droit international humanitaire à l'initiative du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères est finalisé. Il vise l'ensemble des acteurs français, militaires, les diplomates, les hauts fonctionnaires afin qu'ils puissent, dans leurs domaines d'action respectifs, promouvoir et relayer le droit international humanitaire.

Ce plan prévoit également des actions de soutien et de formation de la France en faveur des acteurs étrangers susceptibles d'intervenir dans des zones de conflit. Je souscris à ce qui a été rappelé par plusieurs d'entre vous dans les échanges sur l'impératif de dénoncer beaucoup plus systématiquement les violations du droit international humanitaire dans les théâtres de conflit. Là-dessus, je veux prendre un engagement très clair.

La voix de la France sera encore plus forte et plus systématique, et nous veillerons à mobiliser tous nos partenaires européens. Nous allons sensibiliser la cour pénale internationale, notamment la procureure pour examiner avec elle la façon de traiter de manière plus volontariste les crimes commis contre des travailleurs humanitaires relevant de son mandat. En fonction des circonstances, certains crimes commis contre des acteurs humanitaires pourraient, en effet, être qualifiés de crimes de guerre, voire de crimes contre l'humanité, et donc relever de la compétence de la cour.

La France engagera un travail d'analyse pour introduire, lorsque cela est nécessaire, dans les régimes de sanctions des Nations unies et de l'Union européenne un critère de désignation permettant de cibler les auteurs des violations graves du droit international humanitaire, y compris les commanditaires. Il s'agit d'un travail que nous devrons mener avec nos partenaires de l'Union européenne et du Conseil de sécurité. A titre national, nous développerons des actions de coopération dans le domaine judiciaire avec les Etats qui le souhaitent afin qu'ils puissent, de manière plus efficace, ouvrir des enquêtes, engager des poursuites en cas de crime contre des travailleurs humanitaires.

Enfin, dans le cadre de la présidence française du Conseil de sécurité des Nations unies, en juillet 2021, nous organiserons une réunion sur la préservation de l'espace humanitaire incluant la lutte contre l'impunité. Voilà les quelques 1ers éléments de réponses très précis, pardon si c'était trop détaillé, mais comme vous l'avez été dans vos interpellations, je voulais au maximum revenir revenir sur chacune d'entre elles. Voilà les éléments sur lesquels nous allons continuer d'avancer au-delà de la réunion d'aujourd'hui.

Cette action doit être fondamentalement européenne, et je remercie notre commissaire d'être avec nous aujourd'hui. Son engagement est important et il l'a montré sur le terrain comme aujourd'hui en étant avec nous. Je remercie le secrétaire adjoint d'être aussi à nos côtés.

Les questions que nous avons soulevées aujourd'hui, nous les porterons aussi dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne avec la volonté là également d'arriver à des conséquences très concrètes en la matière. Voilà les quelques points que je souhaitais apporter dans le cadre de cette conférence. Je veux vous redire vraiment la fierté qui est la nôtre de travailler à vos côtés et d'essayer à chaque fois de vous aider, de vous apporter une réponse, d'accompagner votre action sur le terrain parce que vous représentez des femmes et des hommes de courage qui sont mus par des valeurs et qui font que, si je puis dire, y compris et surtout lorsque nous sommes dans cette situation de crise sanitaire, économique et sociale, c'est ce principe de dignité humaine...

C'est là que l'action que vous menez prend un sens tout particulier et qu'elle contribue aujourd'hui à faire l'histoire, donc je vous remercie de cela.