Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 11 mai 2026 40 min

Interviewé à l'Élysée par Laurent Delahousse | Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

– Bonsoir, M. le Président. – Bonsoir. – On est dans votre bureau ou dans l'un de vos bureaux ? Il y a quelques minutes, on m'a dit que ce n'était pas toujours le même bureau. Vous avez plusieurs bureaux à l'Elysée ?

0:15
Emmanuel Macron

– J'ai deux bureaux à l'Elysée. – Ici, c'est le bureau historique ? – C'est le bureau historique, oui, le bureau officiel, le bureau où je reçois les invités, les autres étrangers ou autres. Le bureau où je fais, d'ailleurs, souvent aussi les choses les plus compliquées. – C'est-à-dire ? – Qui suppose du temps et de l'ordre, parce que la vue est dégagée. – Oui. – Et j'ai un bureau où s'accumulent les dossiers, le désordre. – Donc ça, c'est le bureau rangé ? – Voilà, ça, c'est le bureau rangé. – C'est là aussi, c'est honnête avec vous. – C'est le bureau de la photo aussi ?

– C'est le bureau de la photo officielle, c'est le bureau officiel du général de Gaulle, les deux, de tous mes prédécesseurs. – Qui l'ont bougé au fur et à mesure aussi ? Il y avait un bureau qui était là, qui était là ?

0:55
Présentateur

– Voilà, il n'a, je crois, jamais été mis dans cette perspective. – Positionné là. – Mais c'est ce même. – J'ai envie de vous poser une question. Est-ce que vous y passez finalement beaucoup de temps dans ce ou ces bureaux ?

1:04
Emmanuel Macron

– Oui, on passe beaucoup de temps à travailler les dossiers de fond, y compris d'ailleurs les week-ends. C'est les week-ends et le soir qu'on y passe le plus de temps. – La nuit, on dit aussi beaucoup ? – Oui, parce que c'est ma façon de m'organiser, que j'ai toujours fonctionné ainsi. Donc il y a des heures qui sont plus calmes. Quand nous allons nous séparer dans quelques instants, ce sera plus calme, donc je pourrai travailler. – Travailler ? – Travailler. – Ce n'est pas une légende, donc finalement vous dormez très peu. – Je dors peu, mais j'ai toujours peu dormi, donc ça me coûte très peu.

1:31
Présentateur

– On avait découvert le candidat En Marche, on a découvert un président Macron qui court. Vous courez beaucoup depuis sept mois.

1:40
Emmanuel Macron

– Je ne dirais pas que je cours, mais j'essaie de rendre chaque instant utile. J'ai pris des engagements devant nos concitoyens. Je pense qu'il faut faire ce qu'on a dit, et il faut le faire le plus vite possible, parce que s'il y a une crise démocratique, c'est une crise de l'efficacité. Les gens ne croient plus ce qu'on dit. – Donc il y a du retard à rattraper ? – Il y a à la fois du retard à rattraper, parce que sur le plan économique, social, il y avait beaucoup de choses qu'on aurait dû faire bien plus tôt et bien plus nettement, ce qui a été fait en début de quinquennat. Et puis il y a surtout un rapport aussi au temps, il y a un rapport entre la parole politique et le temps politique.

– Et il vous obsède ce temps qui passe déjà ? – Il m'obsède, le rapport au temps est une question plus large qui m'a toujours obsédé. Je pense qu'on ne s'engage pas en politique si on n'a pas un certain rapport au temps. Je pense qu'on peut changer les choses en profondeur si on décide d'y mettre beaucoup d'intensité, et donc c'est ce que suppose cette fonction, avec ensuite un Premier ministre, un gouvernement.

Ici on ne fait pas tout, mais on a une fonction à la fois symbolique d'impulsion, de gardien du temps, et donc des accélérations nécessaires, et du respect de l'engagement pris en campagne, et ensuite que les résultats suivent bien la parole, ce qui n'est pas toujours le cas, parce que des fois la réalité est complexe à changer, donc il faut s'y reprendre à plusieurs étapes.

Par contre, je suis pour ma part obsédé par une chose, c'est d'utiliser de la manière la plus intense, la plus forte pour nos concitoyens, chaque moment qui nous est offert, sur le plan national, donc ne pas retarder les réformes indispensables, comme sur le plan international, quand il y a des situations de crise, ou des opportunités, il faut les saisir.

3:17
Présentateur

À l'Élysée, on vous rappelle que le temps est important partout, depuis que je suis arrivé, j'entends tic-tac, il y a cette horloge, ici, elle est là, on va passer peut-être dans le salon vert dans quelques instants, on verra que les horloges, elles sont partout, elle vous rappelle que ça va vite, un quinquennat ?

3:31
Emmanuel Macron

Elle rappelle que la journée passe vite, et après le quinquennat, c'est quelque chose de plus, j'allais dire de plus insidieux, parce que vous vous retournez, vous dites,

3:40
Présentateur

ce temps est déjà passé. En sept mois, il y a plusieurs moments, la rencontre avec Vladimir Poutine à Versailles, le discours interreligieux à Abu Dhabi, il y a eu cette rencontre entre la France et l'Afrique, à Ouagha, il y a quelques semaines, quelques jours, et puis le sommet sur l'environnement. Il y a peut-être aussi une question que les Français se posent, est-ce que notre président, aujourd'hui, finalement, il travaille pour le rayonnement de la France, ou il travaille pour les Français ? C'est peut-être une question qui se pose en vous voyant, aussi, comme ça.

4:06
Emmanuel Macron

C'est normal, je travaille pour les Français, parce qu'il y a eu beaucoup de séquences, et de moments, et de décisions qui ont été prises, pour le pays, dans le pays. Les réformes économiques et sociales, la transformation de notre école qui est en cours, les décisions sur l'enseignement supérieur, lancement d'initiatives sur la vie, les banlieues, sur la pauvreté, avec des décisions qui sont traduites, d'ailleurs, dès le texte budgétaire qui est en cours. Simplement, il voit plus de monde se déployer, ce qui est normal en France, sur les sujets français, parce qu'il y a un Premier ministre, un gouvernement, et ce n'est pas au Président d'aller porter lui-même tous les sujets.

Donc, il y a eu un temps important. Et ensuite, ce qu'il faut comprendre, c'est que tout se tient. Tout se tient. On ne peut pas lutter efficacement contre le terrorisme et protéger nos concitoyens si on n'a pas une action efficace avec le Sahel. Je suis déjà allé deux fois, justement, au Mali. Je retournerai pour la fin d'année au Niger. J'y suis très présent, parce que c'est là que se joue une part de notre bataille contre le terrorisme. La Syrie, où j'ai déployé beaucoup d'énergie pour qu'on revienne dans le jeu diplomatique. La crise au Liban.

Et donc, tout ça, je veux que vous compreniez que c'est un agenda ou de construction de la paix ou de lutte contre le terrorisme qui est essentiel pour nos concitoyens ici. Travailler pour une nouvelle relation avec l'Afrique, c'est indispensable pour éviter des migrations subies, qui sinon bousculeront le pays. Et travailler pour le climat, mais c'est travailler pour notre quotidien. Parce que c'est une urgence en même temps qu'une responsabilité.

5:29
Présentateur

Et aussi, peut-être, pour les guerres à venir, pour effectivement des exotes plus importants. On va y revenir dans un instant.

5:34
Emmanuel Macron

Donc, tout se tient, si vous voulez. L'Europe, quand le président de la République agit sur la scène européenne ou internationale, moi, je l'ai dit et je l'ai présenté fin août, je le fais toujours avec une obsession, l'intérêt de la France et ses valeurs. Il faut faire les deux ensemble. Et notre intérêt, c'est la sécurité de nos concitoyens, lutter contre le terrorisme, construire la paix et défendre nos intérêts de long terme, comme le climat.

5:59
Présentateur

Vous parliez du G5, du terrorisme, de la Syrie. Juste une question. Bachar el-Assad est toujours en place. Est-ce que votre position, sur ce plan-là, a changé ? Est-ce qu'il est un homme avec qui on doit dialoguer ? D'abord, ma position, elle a changé le jour où j'ai été élu.

6:16
Emmanuel Macron

Par rapport à ce qui était fait avant, on avait, depuis sept ans, décidé qu'on ne pouvait plus parler à Bachar el-Assad, après avoir été très ami avec lui. J'ai souhaité coopérer avec d'autres puissances parce que, moi, j'ai dit, la priorité, c'est l'extermination de Daesh avant Bachar. Bachar est l'ennemi du peuple syrien, mon ennemi, c'est Daesh, si je devais résumer ma pensée. On vient de gagner la guerre en Irak avec la coalition. Le 9 décembre, le premier ministre irakien, Abadi, a annoncé la fin de la guerre et la victoire face à Daesh. Et je pense que, d'ici mi-fin février, nous aurons gagné la guerre en Syrie. Bachar el-Assad sera là.

Il sera là aussi parce qu'il est protégé par ceux qui, sur le terrain, ont gagné la guerre, que ce soit l'Iran ou la Russie. Et donc, nous ne pouvons pas dire qu'on ne veut pas parler avec lui ou ses représentants. Moi, je l'ai dit, le projet de la France en Syrie, qu'est-ce que c'est ? C'est de gagner la paix, maintenant. C'est-à-dire de déminer le pays, de le démilitariser et de construire une solution politique qui permettra une paix durable, c'est-à-dire où toutes les minorités seront protégées, les chrétiens qui y vivent, les minorités ethniques, chiites et sunnites, réussir à préserver un équilibre, comme d'ailleurs on a réussi à le faire au Liban.

C'est pour ça que le Liban était si important, parce que c'est peut-être le seul exemple aujourd'hui de modèles pluralistes, religieux, réussis dans la région. Et donc, en Syrie, c'est ça que nous devons faire dans les prochains mois. Donc, il faut parler à tout le monde. Il faudra parler à Bachar el-Assad et ses représentants. Après, il devra répondre de ses crimes devant son peuple, devant la justice internationale. On ne remet pas notre ambassade à Damas demain. Le jour où je prendrai cette décision, évidemment, je l'annoncerai et je l'expliquerai.

Mais dans le processus que la France souhaite voir émerger en début d'année prochaine sur lequel on prendra des initiatives, il y aura des représentants de Bachar el-Assad. Mais je souhaite aussi et surtout qu'il y ait les représentants de toutes les oppositions, y compris de ceux qui ont quitté la Syrie pour leur sécurité ou à cause de Bachar et pas de Daesh. Ils sont aujourd'hui au Liban, en Jordanie, en Turquie, mais également en Europe, aux Etats-Unis, au Canada. Ils doivent pouvoir être représentés et le jour où nous mettons en place un processus démocratique, ils doivent pouvoir voter.

8:23
Présentateur

On voit bien que la géopolitique, elle est à géométrie variable depuis quelque temps. On va parler de la Chine qui est finalement notre allié sur le plan de l'environnement. Parlons d'abord des Etats-Unis. Donald Trump, il est venu dans ce bureau. Vous vous êtes entretenu avec le... Juste ici. Juste ici. Quand vous lui posez cette question sur le climat, quand vous apprenez potentiellement qu'il évoque que le réchauffement climatique est un canular, vous êtes stupéfait, vous êtes choqué, vous essayez de le convaincre, vous lui dites que ce n'est pas possible ? Écoutez,

8:53
Emmanuel Macron

on a eu beaucoup de discussions sur le climat. Et il est venu ici d'ailleurs après son annonce puisqu'il annonce de mémoire le 1er juin et il vient le 14 juillet, enfin le 13 juillet ici. On a eu beaucoup de discussions. Il a dit ça publiquement, il me l'a dit. Je ne suis pas sûr qu'il soit convaincu par cet argument que le réchauffement climatique n'existe pas. Mais il est plutôt convaincu par quoi ?

9:12
Présentateur

Par un argument qui est de politique intérieure ? Le pétrole, le gaz, finalement, le carbone, c'est son économie.

9:18
Emmanuel Macron

On a d'abord une discussion franche et constructive parce que c'est ce qui est essentiel entre deux pays qui sont des alliés historiques et des alliés essentiels dans la lutte contre le terrorisme. On est en désaccord profond sur cette question. Mais sur cette question, on est en désaccord, on s'est expliqué. Moi, je considère que le moteur de sa décision, c'est quoi ? Il s'était engagé à sortir pendant sa campagne. Donc il considère que c'est ce qu'il doit à ses électeurs. Il ne peut que le respecter. C'est de la politique américaine.

Et la deuxième chose, c'est qu'il considère profondément que ça détruit des emplois aux Etats-Unis, en particulier dans les Etats qui l'ont soutenu parce que ça détruit de l'emploi industriel classique, en particulier dans les métiers liés au charbon. Une fois qu'on a dit ça, moi, ce que j'ai essayé de le dire, ce que je crois profondément, d'abord, les Etats-Unis, c'est un grand Etat. Il y a une règle dans le droit international. Quand on signe un accord, même si c'est son prédécesseur, on doit le respecter. C'est la continuité de l'Etat. Il y a une formule latine qui le dit, pacta sunt serwanda.

Et on ne peut pas prétendre garantir, en quelque sorte, l'ordre international à être les puissances qui disent le droit, ce qui est un peu notre rôle historique, et nous-mêmes nous sortir du droit dès que ça ne nous arrange plus. Donc ça, je pense, c'est une vraie erreur. La deuxième erreur, c'est que je pense que ce n'est pas la bonne décision pour son pays et pour la planète. Parce que c'est vrai que ça détruit des emplois. Mais on va en recréer dans des secteurs qui sont beaucoup plus adaptés à nos objectifs. Et donc, c'est cette transition qu'il faut pouvoir faire et le faire très vite pour donner des perspectives.

Ce que je constate, c'est que malgré nos désaccords, d'abord, ça n'a pas remis en cause l'accord de Paris. Tous les autres ont maintenu ou leur signature ou leur ratification. Mais il y a un manque à gagner économique très important. Et derrière, moi, j'ai tout de suite pris à témoin les Américains, le secteur privé, les collectivités locales, les gouverneurs, en disant, d'abord, venez, c'était mon appel le soir même, make our planet great again. Et le lendemain, plusieurs sont venus, Mike Bloomberg, par exemple, et ils ont lancé, en réponse à mon appel, quelque chose qui s'est appelé America's Pledge.

C'est-à-dire, le secteur privé, les collectivités, les villes, les États fédérés, se sont dit, nous, on va compenser ce que l'Amérique aurait dû donner. Et aujourd'hui, parce qu'ils se sont engagés, essentiellement, le gouverneur de Californie et Mike Bloomberg, et avec eux, le monde du secteur privé, des villes, des États, on a aujourd'hui l'équivalent de ce que le gouvernement fédéral américain devait donner. Et donc, jusqu'en 2025, ce n'est pas un manque à gagner. Donc,

11:38
Présentateur

vous avez provoqué une révolution, finalement, c'est-à-dire qu'en fait, l'entreprise est venue se substituer à l'État américain. Ça veut dire

11:44
Emmanuel Macron

le capitalisme écologique. D'abord, on continue notre participation. Ensuite, il n'y a pas que l'argent qu'on mettait au titre de l'accord de Paris. Donc, nous, les États sont là, toujours. Il y a des États qui font même plus que nous. Alors, il y a plusieurs engagements. Il y a le financement, il y a la régulation, il y a la taxation, ce qu'on fait à l'intérieur de nos frontières, au niveau européen, au niveau international. Par contre, l'appel que j'ai lancé, c'était de dire si on veut réussir ce pari, il faut qu'il y ait le secteur privé et les représentants publics qui ne sont pas nationaux, donc qui sont infranationaux.

Et ça, c'est très important parce que c'est l'objet même de ce One Planet Summit. Le 12 décembre 2017, à Paris, en réponse à la sortie américaine, on a pris 12 engagements très structurants, je les ai là, qui sont des engagements avec des dates, des montants, où on va investir beaucoup plus qu'on n'a jamais investi, où on va verdir la finance, où des entreprises se sont engagées, où des États se sont engagés, et où on dit qu'on ne signe plus des déclarations diplomatiques. On décide d'action et on les suit.

12:42
Présentateur

Vous avez changé, Monsieur le Président, finalement, votre statut. Vous êtes plus simplement Président de la République là depuis quelques jours. Vous êtes leveur de fonds pour la planète. Vous avez, en fait, quoi ? Mis en place un nouveau leadership et en même temps, la volonté, quoi ? D'un capitalisme écologique nouveau, c'est ça aussi ? Il y a des Français qui peuvent être perdus. Ils se disent j'ai élu un Président de la République, il est devenu finalement un chef d'entreprise qui appelle les économistes pour venir financer

13:11
Emmanuel Macron

la révolution écologique. D'abord, il y a une chose, c'est que le rôle que la France a aujourd'hui, ce sont les Françaises et les Français qui l'ont choisi. En décidant, au mois de mai dernier, d'élire un Président de 39 ans qui n'avait aucun parti, que personne ne connaissait et qui sortait de nulle part, ce qui est le choix que notre pays a fait, ils ont fait quelque chose qu'aucun autre pays n'a fait jamais.

13:34
Présentateur

Donc, ce leadership, vous le tenez aussi de cela ?

13:36
Emmanuel Macron

Mais le leadership européen international, je le tiens de mon peuple, je le tiens des Françaises et des Français. Et de la faiblesse actuelle d'Angela Merkel, de Theresa May ? Non, après, il y a d'autres situations, moi je ne parlerai jamais de faiblesse pour d'autres leaders et amis européens, mais je veux dire que la France a stupéfait l'Europe et le monde par son choix de mai dernier.

Il n'était pas attendu, peu de commentateurs l'avaient vu venir et ça a été un choix fait en plus face à un autre projet que j'ai fortement combattu et que je respecte qui est celui que portait Marine Le Pen où ils ont vu arriver une figure évidemment beaucoup plus nationaliste de repli, de fermeture, renvoyant à des craintes très profondes et à des excès que certains voulaient combattre. Mais vous avez d'accord

14:16
Présentateur

gagné contre le populisme, mais ce populisme sera prêt à vous rappeler un certain nombre de choses en vous disant vous vous éloignez des problèmes des Français en parlant d'écologie.

14:25
Emmanuel Macron

Quand vous me disiez on travaille tout le temps, c'est simple, la victoire du mois de mai dernier elle oblige sur le plan français à rassembler tous ceux qui sont prêts à faire avancer le pays sans état d'âme. Moi il y a dans le gouvernement des ministres que j'ai nommés des gens qui étaient contre moi quelques semaines avant. Ça m'est égal, ils veulent faire travailler et avancer le pays, ils sont les bienvenus, on y va. Ça suppose, ça m'oblige à faire toutes les réformes qu'on doit faire et à garder cet esprit d'efficacité et de justice qui a été le cœur de ma campagne et ça m'oblige à aller beaucoup plus fort et vite en Europe et à l'international. Pourquoi ?

Parce que nos échecs internationaux, les insuffisances de nos actions, nous les payons sur le plan domestique, sur le plan français. Quand on n'arrive pas à réformer l'Europe assez vite sur le travail détaché, ce sont nos travailleurs français qui en payent les conséquences, c'est les petits entrepreneurs français qui en payent les conséquences. Quand on ne bouge pas assez vite sur le climat, on en paye nous-mêmes les conséquences, d'abord par la pollution de l'air, par le réchauffement qu'on subit et puis on ne développe pas assez les entreprises qu'il y a derrière.

Donc, décider de prendre le leadership sur ces sujets, c'est d'abord, moi je pense très profondément, retrouver ce qui est le destin français. La France, elle n'est elle-même... C'est votre héroïsme politique qui revient là. Oui, mais je l'assume totalement. La France, c'est... Écoutez, interrogez-vous, vous rentrez le soir chez vous, vous pensez à quelles époques ? Vous ne pensez pas aux époques où la France était en marge du monde, a voulu un peu sortir du cours de l'histoire.

Vous pensez aux grandes époques où la France a contribué à faire le monde, à faire des grandes découvertes, à essayer de créer une structure de droit international, à eu des grandes victoires, des grandes conquêtes, des grandes conquêtes civilisationnelles et de droit, où la France a porté un universel. Donc c'est « Make friends great again », c'est votre slogan. Je ne reprendrai pas, je n'irai pas plagier le slogan de Donald Trump, je l'ai détourné pour la planète, mais je crois très profondément que la France, elle n'est elle-même que quand elle porte une vraie vision européenne et une vraie volonté

16:14
Présentateur

de tirer le monde vers son avenir. Monsieur le Président, vous parliez tout à l'heure des États-Unis qui avaient un regard finalement sur son économie et que Donald Trump appliquait finalement au programme de politique intérieure économique sur le pétrole. En France, nous, on a quoi ? C'est quoi notre atout ? C'est le nucléaire ? C'est ça le nucléaire ? L'avenir de la France, c'est le nucléaire ? Pas seulement,

16:35
Emmanuel Macron

mais dans un premier temps et encore dans l'antique. Si on parle du climat et du lien climat-économie. Moi, c'est vrai que moi, je ne suis pas un activiste du climat depuis des décennies.

16:45
Présentateur

Vous avez même reproché pendant la campagne d'être un petit peu atone sur cette question. Mais moi, j'ai toujours été sincère. Vous êtes converti rapidement sur la fin ou finalement, électoralement,

16:51
Emmanuel Macron

ce n'était pas très efficace ? Non, ce n'est pas ça. C'est que d'abord, il faut toujours expliquer un projet structurant. Il y a des sujets qui n'étaient pas... Le glyphosate, par exemple, n'était pas un sujet avant la campagne présidentielle qui faisait partie de mon quotidien. J'ai lu, j'ai écouté, j'ai appris. C'est la France qui a réussi à faire une vraie avancée. On était... On autorisait à nouveau 10 ans. On le garde 3 ans ? Tout le monde était parti sur 10 ans. Parce que la France a bloqué. On est à un moment revenu à 3 ans. Et puis on s'est fait lâcher par d'autres. On est à 5 ans. Mais il va falloir trouver quelque chose pour le remplacer.

parce que les agriculteurs, eux, ils sont inquiets. Exactement. Mais c'est là le réalisme. C'est là où moi, c'est toujours le... En même temps, je ne suis pas en train de dire... Le climat ne doit pas être une idée toujours négative avec des interdictions. C'est une vraie transformation. Mais je suis aujourd'hui convaincu profondément qu'on peut avoir un dynamisme économique et une exigence climatique. Si on regarde aujourd'hui le sujet du réchauffement, quelle est la manière de lutter contre le réchauffement climatique ? C'est lutter contre le CO2 qu'on émet ou l'utilisation donc de matières fossiles. Vous dites que le nucléaire, ça ne renvoie pas de CO2, au moins c'est propre.

Non, je dis exactement. Je dis donc dans notre production aujourd'hui d'électricité et d'énergie en France, quel est le problème ? Le thermique et le charbon. On a encore des centrales thermiques à charbon. On va les fermer durant ce quinquennat. Engagement qui n'avait jamais été pris. On va compenser les territoires. On va former. Parce qu'il y a des femmes et des hommes derrière. C'est facile de dire on va fermer. Mais moi, j'ai toujours aussi ça présent à l'esprit.

18:17
Présentateur

Donc on se prépare à sortir, à rentrer dans une nouvelle...

18:20
Emmanuel Macron

Non, mon quinquennat. J'en rendrai compte. Je ne dis pas que c'est des fermetures que feront mes successeurs. Mais au terme de votre quinquennat, les centrales, lesquelles ? Elles seront fermées. Toutes les centrales thermiques et à charbon qui est en France. Attendez, j'y viens. Donc celles-là, elles seront toutes fermées parce que c'est ça qui est mauvais pour l'émission. Ensuite, le nucléaire n'est pas mauvais pour les émissions de CO2. C'est même la manière aujourd'hui, avec les renouvelables, la plus décarbonée, comme on dit, de faire de l'électricité. Mais ça fait peur. Mais ça fait peur. Mais c'est autre chose.

Une usine à charbon qui explose, ce n'est pas la même chose qu'une centrale nucléaire. D'abord, les centrales nucléaires en France, vous n'en avez jamais qui ont explosé. On est à la pointe. Il y a le sujet des déchets du cycle. Je ne suis pas du tout un idolâtre du sujet nucléaire. Il y a un sujet de coût complet, du retraitement. Ce sont des cycles longs. Mais je pense qu'il faut choisir ces batailles. Ma priorité, en France, à l'Europe, à l'international, c'est les émissions de CO2 et le réchauffement. Dans ce contexte-là, ma priorité, c'est fermer les usines, les centrales dont je vous ai parlé.

Si je ferme demain une centrale nucléaire en plus, ce n'est pas vrai que je peux la remplacer par des renouvelables. Pourquoi ? Parce qu'une centrale nucléaire, elle vous fournit de l'électricité de manière continue toute l'année. Le renouvelable, c'est une énergie intermittente. Donc attention,

19:26
Présentateur

il faudra du temps.

19:27
Emmanuel Macron

Qu'ont fait les Allemands quand ils ont d'un seul coup fermé tout le nucléaire ? Ils ont développé beaucoup plus de renouvelables que nous. On a du retard. Mais ils ont massivement rouvert du thermique et du charbon. Et ils ont dégradé leur bilan CO2. Ça n'a pas été bon pour la planète. Donc je ne ferai pas ça. Je tiens ce premier engagement. Sur le nucléaire, qu'est-ce que je ferai ? Je vais vous le dire. Nous allons attendre la décision que va prendre l'autorité de sûreté nucléaire. Parce que comme vous le dites, le problème du nucléaire, il est double. On a trop d'énergie électrique fournie par le nucléaire. Ça crée une dépendance à une seule source d'énergie.

C'est presque un peu moins de 75%. Et la deuxième chose, c'est les éléments de sûreté. Donc on a une autorité indépendante qui s'appelle l'autorité de sûreté nucléaire qui rend des avis. Elle va rendre un avis d'ici 18 mois où elle va dire réacteur par réacteur ce qui est sûr, ce qui est les moins, ce qu'on peut prolonger au-delà de 40 ans, ce qu'on doit arrêter. Et en fonction de ça, on prendra les décisions de fermeture. C'est comme ça qu'on va faire. C'est tout simple. Et donc ce sera rationnel. Et donc pour faire face à cela, on devra fermer certaines centrales. Peut-être qu'il faudra d'ailleurs moderniser certaines autres.

Et en parallèle de cela, ce sur quoi nous sommes aujourd'hui en retard, c'est le renouvelable. Et donc c'est pour ça que ce que je veux faire, c'est qu'on développe beaucoup plus vite le renouvelable. Et là aussi, c'est une très bonne façon de réconcilier

20:42
Présentateur

nos objectifs écologiques et nos objectifs économiques.

20:46
Emmanuel Macron

Vous le rassurez,

20:46
Présentateur

le ministre de l'écologie, Nicolas Hulot, vous en avez besoin. C'est un allié important. Il vient de temps en temps dans votre bureau. Il vient. On sent qu'il est inquiet. On sent qu'il marche sur un fil. D'abord. Est-ce que ces États-d'âmes parfois vous heurtent ou vous vous dites il a raison, il est comme ça, et c'est comme ça ? Moi, je choisis les gens comme ils sont.

21:01
Emmanuel Macron

Je connais Nicolas Hulot depuis plusieurs années. Moi, je n'ai pas d'allié politique. Mais c'est un allié important dans le combat que vous menez. J'ai nommé un Premier ministre qui dirige un gouvernement. J'ai nommé sur sa proposition les ministres. Ce ne sont pas des alliés, ce sont des gens qui sont engagés dans une action, dans un ministère. Ça ne s'appelle pas un allié. C'est un engagé. Après, il a son tempérament et sa vie. Il va rester. Moi, je souhaite très profondément qu'il reste et qu'il agisse. Il n'est pas venu vous voir en vous disant je vais partir. Non, mais jamais. Il est utile au pays. Mais Nicolas Hulot, il a son tempérament. C'est un engagé.

Il a fait un moment, un métier qui vous est familier. Ça a été un grand reporter de la cause écologique. Ensuite, il a été, j'allais dire, un activiste, un engagé, un membre, justement, un fondateur d'une fondation. Donc là, il apprend aussi les contraintes de l'exercice politique et de la décision. C'est qu'on est tous les jours les mains dans la glaise et que ça ne peut pas être parfait du jour au lendemain. Mais c'est un inquiet. C'est pour ça que j'ai choisi. Parce que moi, j'ai besoin de gens qui vivent, vous voyez, dans le creux de leur ventre la nécessité de changer, de prendre des décisions, d'aller les expliquer et de faire.

Je ne veux pas des gens qui soient assis et contents d'être ministre. Je veux des gens qui agissent. Lui, il agit, il est inquiet, il n'est jamais satisfait.

22:14
Présentateur

L'horloge, il y a une minute, le temps et le temps toujours. C'est important en télévision un peu et prise en arrêt pour le proposer de la politique. C'est beaucoup plus important.

22:25
Emmanuel Macron

Je veux revenir sur le renouvelable dont je vous parlais. La France, si elle est en retard sur un point, c'est le renouvelable. Et donc, là, on va accélérer massivement en faisant quoi ? Un, en mettant encore plus d'investissements. Ça fait partie des engagements. On va orienter beaucoup de nos financements internes, banques, assurances, caisses des dépôts, fonds privés, sur le renouvelable. Deux, on va accélérer les appels d'offres que l'État fait. On fait des appels d'offres. Pourquoi ? Parce que quand vous créez ou une centrale solaire ou de l'éolien, on vous garantit des tarifs pendant plusieurs années. C'est l'État qui paye. Et trois, on va simplifier et accélérer les procédures.

Imaginez les grands projets éoliens décidés par Nicolas Farkozy. Si j'ai de la chance, c'est moi qui les inaugurerai.

23:06
Locuteur

C'est fou.

23:07
Emmanuel Macron

Ces délais ne sont plus à la mesure de l'époque. Donc, on va accélérer tout ça. Le ministre Hulot a déjà proposé des mesures pour l'éolien pour aller beaucoup plus vite. Et moi, je veux qu'on le développe. Là, je vous disais qu'on réconcilie encore les choses parce que ça crée des emplois, ça crée de l'activité, ça crée des nouvelles industries. Et puis, je veux qu'on puisse le faire aussi pour les méthaniseurs, pour la biomasse, c'est-à-dire pour les projets très concrets qu'ont nos agriculteurs. On parle souvent d'agriculture en l'opposant à l'écologie. C'est faux.

L'agriculture d'aujourd'hui, elle doit permettre de produire, d'avoir des revenus dignes pour nos agriculteurs, aussi par l'écologie. Aujourd'hui, un éleveur allemand, il gagne plus d'argent par l'énergie qu'il produit en récupérant les déchets, certaines matières, par la méthanisation. Il gagne plus d'argent par la méthanisation que par la vente de sa viande.

23:54
Présentateur

En coup tournant, Donald Trump, en faisant venir cette économie finalement aujourd'hui, ici à Paris, cette semaine, vous êtes en train de faire quoi ? Vous révolutionnez quelque chose pour un écologiste pur et dur, politique, depuis des années, un peu à gauche. Il est en train de dire, Emmanuel Macron, il est en train de substituer notre combat par du capitalisme. Pour eux, c'est terrible à entendre, imaginez ce soir.

24:14
Emmanuel Macron

Non,

24:15
Présentateur

d'abord,

24:15
Emmanuel Macron

il y aura toujours besoin, vous avez raison de le prendre comme ça, il y aura toujours besoin d'activistes et de gens pour dire, on ne fait pas assez. Ce qui est vrai, c'est que ce qu'on est en train de faire, c'est un peu du judo, mais c'est d'aller mettre la finance au chevet du climat. C'est de dire, vous pensiez que la finance devait rester toujours de son côté ?

24:34
Présentateur

Il y a un chemin à faire pour un certain nombre d'écologistes historiques de se dire que finalement, c'est la finance qui va venir régénérer, peut-être, les espoirs de notre planète. Mais parce qu'il y a de l'argent.

24:46
Emmanuel Macron

Pour faire émerger des projets beaucoup plus vite, on a besoin de mobiliser cet argent. Vous aviez parlé de révolution,

24:50
Présentateur

on est bien dedans,

24:51
Emmanuel Macron

là, depuis quelque temps. Là, on est dans une révolution profonde. Oui. Profonde. Révolution des esprits, des méthodes, mais plus on avançait jusqu'ici, plus, dès qu'on faisait un projet, on augmentait le bilan carbone, l'empreinte. Donc, on dégradait notre situation. Là, on va mettre l'argent là où, justement, on permet de le baisser. Sur l'innovation fondamentale. Moi, on a décidé de mettre de l'argent en faisant venir des chercheurs du monde entier. Je l'ai annoncé hier. 18 chercheurs venant des meilleurs projets. On avait des milliers de candidatures. Beaucoup d'Américains. Des Américains, des Canadiens, des Indiens. Vous voulez à Trump, c'est scientifique.

Non, parce qu'eux veulent venir, parce qu'ils ont besoin, ils aiment qu'il y ait un leadership politique. Donc, le leadership, il est ici, sur l'écologie. Je veux qu'on fasse de la France le leader de la révolution numérique, environnementale et de la finance. Le patron de Tesla, il va venir travailler un peu en France ? J'espère. Vous essayez de le convaincre ? Ça fait partie. J'essaie de convaincre, moi, tout le monde. Et la révolution qu'on a fait là, c'est qu'on va mettre le financement international aussi sur des pays, les pays pauvres, les pays en développement qui, jusqu'alors,

25:53
Présentateur

n'y avaient pas droit. Il y a aussi aujourd'hui des dizaines d'entreprises qui polluent la planète. Elles participent aujourd'hui. On appelle ça du greenwashing. En gros, elles s'achètent une virginité en disant, j'investis, je mets beaucoup d'argent, mais pendant ce temps-là, j'ai le droit de polluer ? Alors, d'abord,

26:04
Emmanuel Macron

il y a une chose, c'est qu'on a des quotas. Nous, on a mis en place un système d'ETS en Europe. On a des quotas. Donc, c'est plus vrai qu'elles ont le droit de polluer comme ça, de manière éventée. En Europe, c'est beaucoup plus régulé. L'un des plus gros pollueurs du monde. L'une des annonces les plus importantes du sommet, la Chine a dit, je mets en place un système de prix du carbone dans mon pays. Donc, ça va permettre de réduire parce qu'on doit payer des quotas. Sinon, on n'a plus le droit

26:28
Présentateur

d'aller au-dessus. Donc, c'est là où la géopolitique a changé quand même. Notre partenaire, finalement, sur l'écologie, c'est la Chine et les États-Unis sont de côté. En tout cas, l'État.

26:34
Emmanuel Macron

Sur le plan des États.

26:35
Présentateur

Voilà. Parce qu'après,

26:36
Emmanuel Macron

l'Amérique était là, mais pas le gouvernement fédéral. Par contre, ce qui est vrai, c'est que la Chine a décidé de développer un nouveau leadership international sur les sujets multilatéraux et le climat est une priorité. C'est très important parce que la Chine est un des très gros pollueurs mondiaux.

26:52
Présentateur

On vient de passer dans une pièce assez atypique pour vous montrer que vous changez beaucoup de choses parce que les Français ne connaissent pas parfaitement l'Élysée, vous savez. Juste, là, avant, il y avait des visages. Moi, je me souviens du général de Gaulle, de François Mitterrand. Pourquoi ils ne sont plus là ? D'abord parce qu'il y avait... C'était passé ?

27:08
Emmanuel Macron

Non, pas du tout. Quand on est président de la République, on s'inscrit dans une histoire et dans une filiation justement de présidents. Il n'y avait que les présidents morts qui étaient là avec des tableaux qui méritaient une réflexion et donc on aura une salle spécifiquement dédiée à cela ailleurs dans le palais où il y aura les portraits de tous les présidents.

27:31
Présentateur

Mais pas une révolution de palais, l'Élysée reste l'Élysée. S'il y a des révolutions, je ne les fais pas, ce genre de choses. Pas ce genre de choses. Ça vous agace parfois qu'on dise le président de la République, il va vite, il s'impose, il a un exercice solitaire du pouvoir, on parle même de Jupiter. Ça, ça vous agace ? Vous dites que c'est faux ou c'est un peu vrai ? D'abord,

27:53
Emmanuel Macron

il ne faut jamais être agacé de ce qu'on dit parce que sinon, on passe sa journée à être agacé des choses. Donc moi, je... Vous ne les lisez pas trop, les articles ? Je commente peu. On vous les rapporte ? Je lis tout. Ah, vous lisez tout. Non, je ne vais pas vous faire de... Je lis les choses, mais après, il faut accepter une certaine distance. Il ne faut pas être dans le commentaire de ce qu'on fait. Le système institutionnel dans lequel nous vivons fait qu'il y a une personne élue par le peuple français qui est responsable de ce à quoi elle s'est engagée. Puis ensuite, il a une majorité ou pas, en l'espèce, on a une majorité au Parlement.

Et donc, je sais une chose, c'est qu'il y a des choses dont je suis personnellement redevable. Et le système tient comme ça. Et donc, il faut l'accepter. Il faut accepter aussi la part d'impopularité qui va avec certaines réformes. Et quand on est impopulaire, il faut le mériter. C'est-à-dire, la pire des choses, c'est que les gens ne vous aiment pas sans bonne raison. Ensuite, il faut essayer de convaincre. Mais moi, j'ai un exercice collectif des choses au quotidien. Je réunis en permanence mon équipe, je mobilise. Et vous, parfois, vous leur envoyez des SMS la nuit. Oui, ce n'est pas si vrai que ça. Ce n'est pas si vrai que ça. Non, ça, ce n'est pas si vrai.

La nuit, c'est plutôt un temps pour moi de travail. Il se trouve que je réponds plus vite aux SMS qu'on m'envoie parce que j'ai moins d'activités. Je ne suis pas en réunion. Mais ce qui est important de comprendre, c'est qu'il y a une part solitaire dans l'exercice des responsabilités et du pouvoir. À la fin, vous êtes face à vous-même. Vous devez vous forger votre intime conviction parce que vous aurez à en répondre. Donc, vous pouvez passer beaucoup de temps à discuter, à préparer. À la fin, la décision a une part de solitude et de secret.

Ensuite, dans ma méthode, je travaille beaucoup avec mes équipes ici, beaucoup avec le Premier ministre et les membres du gouvernement de manière très collégiale et fluide. Je pense que je fais les conseils des ministres les plus longs et collégiaux de la Ve République. On a des échanges permanents et surtout, je veux que tout soit débattu et même à l'international. Vous avez vu en sept mois le nombre de pays européens que j'ai visités ou de dirigeants européens que j'ai vus avec lesquels je travaille. Et donc, il faut avoir une capacité à mobiliser, à inspirer, à tirer les autres.

29:50
Présentateur

C'est ça qui est... Quand François Hollande vous a accueilli ici, premier jour à l'Elysée, vous aviez monté cet escalier assez rapidement, vous savez que une partie du peuple qui vous a élu ne voulait pas du populisme. On vous rappellera assez vite qu'il y a encore 3 millions de chômeurs en France, que l'écologie, c'est formidable, que les ambitions que la France puisse avoir sur le plan diplomatique, c'est très important. Mais on vous renverra ce chiffre parce que François Hollande, lui, a eu ce chiffre dans son sac à dos pendant tout son quinquennat. Plus de 3 millions de chômeurs. Ça va mieux ? Ça ne va pas mieux ? Pourquoi le chômage ne baisse pas ?

30:23
Emmanuel Macron

Je ne suis pas un commentateur de la situation du pays au jour le jour. Les décisions que nous avons prises en début de quinquennat, elles n'ont pas d'impact immédiat. Il y a encore quelques décrets qui sont à prendre. Donc il faudra du temps avant que le chômage baisse. Il faut compter 2 ans pour que les décisions que vous prenez... Après, vous avez un cycle européen que la France peut contribuer à améliorer et qui fait qu'il y a un peu plus de croissance en Europe et ça nous tire tous. Mais il faut à la fois de la détermination et de l'humilité. Détermination sur le sujet du chômage. J'ai pris mes responsabilités.

J'ai fait tout de suite la réforme la plus importante qui avait été évitée en France depuis 20 ans. Tout de suite. Je m'étais engagé à le faire. Je l'avais dit aux Français. J'avais même dit qu'on le ferait par ordonnance. On a concerté avec les partenaires sociaux et on l'a fait. Donc il y aura des résultats ? Cette réforme produira des résultats. Dans les 5 ans ? Dans les 2 ans ? Dans les 5 ans. Dans les 5 ans. Mais après, moi je dis qu'il faut attendre 2 ans pour qu'elle commence à avoir ses pleins effets. Mais je ne suis pas là pour faire des pronostics. Je suis là pour agir. La deuxième chose, on a lancé ensuite une réforme très importante qui est complémentaire.

La formation professionnelle, l'apprentissage, la réforme de l'assurance chômage. Ça conduira à des textes qui seront votés au printemps et donc une application à l'été-automne 2018. Ça viendra s'ajouter au reste. Et puis on fait 10 milliards de baisse de fiscalité pour les entreprises et les ménages qui a un effet de relance l'année prochaine. Et il faut impulser les choses, lancer avec le maximum de détermination à la fois vos objectifs et les décisions dès le début du mandat pour ensuite suivre et avoir les résultats.

Et là où il faut de l'humilité, c'est qu'il y a une part de ce qu'on vit qui ne dépend pas de vous mais des décisions passées et de l'environnement international et régional. Et puis il faut un peu de temps pour que ça donne des résultats. C'est pour ça qu'il ne faut pas tarder

32:06
Présentateur

pour prendre les décisions. Vous ne voulez pas faire de politique politicienne et en même temps, qui sont vos principaux opposants politiques aujourd'hui en France ?

32:13
Emmanuel Macron

Bon, je dirais que tous ceux qui pensent que notre pays est condamné en quelque sorte

32:21
Présentateur

à se replier sur lui-même. Vous parlez de la France de Lafayette et de la France de Pétain dans un article il y a quelque temps en disant il y a eu la France de Pétain et la France de Lafayette. On sait vers laquelle vous allez plutôt avec Lafayette qui est d'ailleurs...

32:34
Emmanuel Macron

Je vous dis, tous ceux qui pensent que la France doit regarder...

32:36
Présentateur

C'est qui la France de Pétain encore aujourd'hui ?

32:38
Emmanuel Macron

Vous dites qu'il y a encore qui agite ça. Je ne prendrai pas ces comparaisons pour acheter les choses. Je crois que tous ceux qui s'opposent se désignent d'eux-mêmes. Il faut des oppositions dans la vie démocratique. Il y a des oppositions de nature différente. Je pense que notre pays vit un moment qui justifie toutes les oppositions, tous les dialogues mais qui justifie une action déterminée. Donc moi, j'entends ce qui est dit. Parfois, j'écoute toujours l'opposition parce qu'il peut y avoir

33:03
Présentateur

des choses intéressantes à appliquer. Donc quand le nouveau leader des Républicains dit finalement le président de la République ne connaît pas les régions, les territoires, que vous auriez, je cite, la haine des provinces, Brest, vous êtes au-dessus. Mais ça, c'est un commentaire,

33:17
Emmanuel Macron

je lui laisse, mais qui n'apporte rien au pays. Ça dit quoi ? Ça dit la haine qu'il a pour votre serviteur. Bon, je la lui laisse, qu'il vive avec, ça fera son quotidien. Mais ça ne fera pas manger les Françaises et les Français, ça ne fera pas progresser le pays. Donc je ne vais pas commenter cela. Ça ne dit rien, ce n'est pas un projet. Quand dans l'opposition, des gens disent ça vous ne le faites pas assez ou d'autres. Moi, j'ai entendu les voix qui m'ont dit sur les personnes les plus modestes ou les banlieues, on trouve que vous ne faites pas assez de choses. Donc on a lancé une initiative, je veux prendre des mesures concrètes et faire davantage.

il y a parfois des incompréhensions qui naissent. Donc j'entends, moi, toutes les voix qui émergent, les oppositions qui se font, les débats politiques qui se forgent. Les gens qui s'opposent pour ou insulter ou décréter n'ont aucun intérêt. C'est le commentaire politique mais ça n'intéresse pas

34:03
Présentateur

le président de la République. Une question qui concerne les Français, les spectateurs et les salariés du groupe France Télévisions. Quelle réforme vous souhaitez faire de l'audiovisuel public et dans quel délai une réforme en profondeur ? C'est une question qui vous intéresse. Moi, je souhaite que d'abord les acteurs

34:19
Emmanuel Macron

de l'audiovisuel public eux-mêmes, les parlementaires, les professionnels du secteur puissent participer à un grand travail de réflexion qu'on doit faire en 2018. C'est ça ce que je veux qu'on puisse lancer. Je dis aussi ça parce que les journalistes, les producteurs, les salariés des différents groupes de l'audiovisuel public français ont le droit de prendre la parole et de dire le projet qu'ils veulent porter. Je souhaite aussi que les parlementaires qui sont très attachés à cette idée et que les différents acteurs puissent participer à une réflexion qu'on va lancer. Ensuite, moi, je regarde les choses. Comment se comportent les gens ? Comment les usages sont en train de se transformer ?

Les plus jeunes, ils regardent de moins en moins la télévision sur le plan linéaire. Ils n'allument plus la télévision de moins en moins pour regarder une chaîne ou rester devant ou aller à telle heure à un programme. ils vont regarder sur leur smartphone, leur téléphone ou leur tablette de plus en plus. Ils vont aller vers des contenus directement produits qui ne passent pas forcément par les chaînes. Ils vont aller vers des jeux vidéo qui font partie de la culture que se forme un jeune, etc. Donc, les usages sont en train de changer.

Et notre audiovisuel public, aujourd'hui, il reste structuré dans sa géographie avec un grand système de radio, un grand système de télévision qui, certes, se sont mis au digital, mais il s'est structuré dans son architecture un peu sur le monde d'avant. Il n'a pas suivi ce changement. Notre régulation non plus au demeurant, puisque vous avez un CSA qui vous contrôle beaucoup, mais qui contrôle très peu d'autres contenus auxquels nos jeunes ont accès. Or, quel doit être notre objectif collectif pour l'audiovisuel public ? Qu'est-ce qui justifie que le contribuable français mette de l'argent dans France Télévisions et pas dans TF1 ?

C'est l'attachement à un pluralisme démocratique la formation du citoyen. C'est-à-dire qu'il y a des contenus qu'on est en droit d'attendre dans l'audiovisuel public. Il y a des contenus assez importants, assez exceptionnels, d'enquêtes, de documentaires, vous ne verrez plus. Par ailleurs, de production audiovisuelle, de production de fiction. Il y a beaucoup d'autres chaînes qui les ont aussi. Mais qu'est-ce qu'elle est l'exclusivité ? Il y a un particularisme quand même pour le travail du service public. C'est ce fond, mais est-ce que c'est forcément sur la télévision ? Et comment on peut mieux mutualiser les choses entre la radio, la télévision, le digital, les autres usages ?

Et ensuite, c'est la formation des jeunes. C'est, à mon avis, une des missions de l'audiovisuel public. Est-ce qu'aujourd'hui, nous avons un dispositif qui est le plus adapté pour former les jeunes, les éveiller à la conscience ou contribuer à leur évolution ? Pas totalement. Donc, moi, je veux qu'on ait les discussions sur tel ou tel bout de crédit, telle situation, telle personne, les questions de personnes ou d'autres ne m'intéressent pas. Il faut de l'argent. Non, mais il faut de l'argent. Mais il y a beaucoup d'argent sur l'audiovisuel public. L'audiovisuel public français, c'est de très loin, pour l'État, le premier budget de la culture. Donc, il y a de l'argent.

Simplement, est-ce qu'on le met au bon endroit ? Est-ce qu'on se met surtout l'organisation collective qui est la plus pertinente ? Ce n'est pas à moi de le trancher. Je dis juste que je veux lancer une réflexion qui doit prendre son temps, où les acteurs de l'audiovisuel public doivent prendre parti, mais où on va reposer les bases de la mission. Donc, moi, je suis là pour donner l'impulsion, fixer les principes, mais je souhaite qu'il y ait surtout une grande réflexion qui se structure. Elle me dépasse largement. Après, on prendra le fruit de cette réflexion. Je la lancerai en début d'année prochaine.

37:38
Présentateur

Mais c'est ça qui m'intéresse. Monsieur le Président, on arrive en fin d'année. Ça fait sept mois que vous êtes président de la République. Vous leur dites quoi aux Français ? Il y a ce sapin qui est là. C'est une période particulière pour les Français. Vous leur dites « N'ayez pas peur de toutes ces révolutions que je leur propose. Vous proposez ? » Écoutez, d'abord, je leur dis

37:55
Emmanuel Macron

« Je fais ce que j'ai dit. » Ça étonne peut-être. Ça en contrarie d'autres. Ça faisait peut-être longtemps que ce n'était pas arrivé. Mais je fais ce que j'ai dit. J'essaie de le faire au mieux. Parfois, on y arrive tout de suite. Parfois, il y a des choses qu'on explique mal. Il y a des choses... Bon, il faut reconnaître ces erreurs. On n'applique pas. Mais sachez que je suis pleinement déterminé et à la tâche chaque jour, chaque heure pour faire ce que j'ai promis de faire. Ensuite, il y a les aléas de notre vie, de notre environnement en France, en Europe, à l'international.

Je fais le maximum pour vous protéger, pour éviter que les conflits n'adviennent, pour éviter que nous ayons des catastrophes dont on ne connaît pas les conséquences. Et puis, pour essayer au mieux de préparer notre avenir commun. C'est-à-dire nous trouver partout des alliés en parlant à tout le monde et puis vous construire un meilleur futur en travaillant à la paix au Sahel, dans le Golfe et à la transformation climatique. Je sais que pour beaucoup d'entre vous, j'ai demandé des changements qui ont pu parfois perturber. Je sais que j'ai pu demander des choses qui pouvaient sembler non naturelles. J'espère les avoir à chaque fois expliquées.

Je les réexpliquerai si elles n'étaient pas claires. Et s'il y a des erreurs qui ont été faites, je les corrigerai. parce qu'on va évaluer les choses. Mais je leur dis en cette fin d'année de prendre un peu de temps en famille. Le sapin, vous le disiez, je souhaite que toutes les Françaises et tous les Français puissent prendre un peu de temps avec leur famille. C'est un moment important pour la famille pour se retrouver, même quand on travaille beaucoup, quand on cherche un travail, quand on est en situation difficile. Ces moments de regroupement dans le cercle familial sont absolument essentiels.

et puis c'est le moment aussi où on doit avoir une pensée pour ceux qui n'ont pas forcément la chance de se regrouper en famille. Donc j'essaierai d'être au maximum aussi auprès d'eux. Mais j'ai une pensée pour tout cela.

39:47
Présentateur

Merci, M. le Président.

39:49
Emmanuel Macron

Merci à vous.

39:50
Présentateur

Merci beaucoup. Merci à vous.

Interviewé à l'Élysée par Laurent Delahousse | Emmanuel Macron — Emmanuel Macron · Pourquijevote