LIGNE ROUGE - Pyromanes: qui met le feu à nos forêts ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
J'ai allumé une vingtaine d'incendies à peu près. Premier score, j'ai allumé, j'étais majeur. J'avais 18 ans.
De l'acte, on n'en vient pas comme ça en claquement de doigts, en fait. On tourne en rond, en fait. On passe à la voiture, on se balade, on s'arrête en endroit.
On voit qu'il n'y a personne, qu'il n'y a pas forcément de risque. Et on se dit, c'est peut-être le moment. Et on passe à l'acte, en fait.
Bizarrement, on passe à l'acte. Celui que nous appellerons David est un pyromane. Il a allumé plus d'une vingtaine d d'incendies dans le sud de la France entre 2008 et 2009 avant d'être arrêté et condamné à trois ans de prison.
Aujourd'hui repenti, il revient pour la première fois dans l'une des forêts où il a sévi. Je partais sur un coup de tête des fois en fait. Je partais, je roulais, je roulais.
Je regardais s'il n'y avait pas d'habitation autour de moi. Moi je voulais de nuit forcément et dès que je voyais un endroit où c'est renfoncement ou un truc un peu isolé, je m'arrêtais et je regardais un peu. Si ça ne me plaisait pas, je partais et si c'était au bon endroit, si je me sentais au bon endroit, je m'arrêtais, je me garais, je sortais de la voiture, je faisais encore un petit tour et après je prenais un beau d'allumette et je mettais le Il est très rare d'entendre le témoignage d'un pyromane.
Si David accepte de se Pour confier, c'est pour dissuader d'autres personnes de commettre ce délit. Quand j'arrivais, je sentais la voiture, il y avait un peu stress, adrénaline et de la peur. Beaucoup de peur aussi de s'attraper des gens et peur de en même temps de mettre un incendie quand Je regardais si c'était sec ou pas.
Et si c'était sec, j'étais presque sûr que ça allait Je vais le prendre. Là, je rechoisis cette partie-là. Au niveau de là, au niveau des feuillus, de l'arbre mort, je pense que là ça aurait un peu pris.
Et quand les allumettes ne suffisent pas, il a recours à d'autres méthodes pour assurer le départ du feu. Il y avait des endroits où ça ne prenait pas forcément le feu, donc du coup je me suis dit, si on ne prend pas fort, on va essayer de mettre en accélérant. L'accélérant le plus accessible, c'est l'essence.
Si j'avais un bidon d'essence, je mettais un peu d'essence un peu partout et je lançais une allumette et après ça ne prenait Mais vous avez conscience que vous pouviez potentiellement mettre la vie des habitants du coin en danger ? Oui parce qu'on n'est pas sur les 100 % de toute façon qui est personnal. On peut pas être toujours à 100%, on peut pas tout calculer, donc oui.
Il y avait une part de moi qui disait qu'il y avait un risque mais ce risque vous l'acceptiez oui moi je l'acceptais la nature vous voulez mieux on est toujours j'aimé Oui, ça c'est clair. Mais on revient toujours au même point...
Cette montée d'adrénaline...
On va dire cette pulsion, on va combien sont-ils ces individus habités par des pulsions pyromaniaques 1 % de la population pourrait avoir ce trouble du contrôle des impulsions et donc pourrait avoir des pulsions pyromaniaques. Un crime puni de 15 ans d'emprisonnement et 200 000 euros d'amende. La traite des pyromaines prend une place croissante, ça nous a beaucoup mobilisé l'été dernier notamment sur les feux de forêt parce que l'enjeu est énorme à cause du réchauffement climatique les pyromanes font peser une menace inédite sur les forêts françaises Beaucoup de ceux que j'ai vu ont dit, à tort ou à raison, j'ai été dépassé par l'extension qu'a pris ce feu.
Plus Pourquoi les pyromanes passent-ils à l'acte ? David va expliquer les raisons profondes de son geste. Qui sont les auteurs de ces incendies volontaires en majorité des hommes plutôt jeunes pouvant être issus de tous les milieux socioprofessionnels.
Mais il arrive que les enquêteurs mettent la main sur des pyromanes au profil beaucoup plus singulier. Ils étaient C'est fasciné par les flammes, obsédé par l'envie de mettre le feu. Un homme est en prison, sa femme et sa belle-fille sont sous contrôle judiciaire depuis la semaine dernière.
Une famille pyromane. Dans le département de la Charente, Chasseneuil-sur-Bogneur, petite commune rurale sans histoire, a été le théâtre d'une mystérieuse série d'incendies dont l'origine est longtemps restée inconnue. Des ballots de paille qui s'embrasent subitement au milieu de la nuit, des stocks de compost ravagés par les flammes en plein hiver, des incendies spectaculaires dont les flammes dépassent parfois les 10 mètres de hauteur.
En portant avec elles des bâtiments agricoles menaçant les forêts et les champs de blé à proximité. C'est une série, alors on a plusieurs types de fées, il y a des végétaux, il y a des Les poubelles, mais l'effet principal, ce sont des feux de paillers, dont des stocks de paille d'agriculteurs qui font de l'élevage, principalement bovins. Parce que ce type de feu est un feu très spectaculaire qui s'embrasse très vite et qui typiquement on peut satisfaire assez facilement les pulsions de certains pyromanes qui souhaitent voir des flammes.
Un autre élément troublant conforte l'intuition des gendarmes. À chaque fois, les Les incendies se déclarent en fin de semaine, à la nuit tombée. Pourrait-il alors être le fait d'un pyromane qui travaillerait la semaine et chercherait à satisfaire sa passion des flammes le week-end venu Les gendarmes en sont désormais persuadés.
Ces incendies ne doivent rien au hasard. Assez rapidement, on comprend que c'est quelqu'un du coin qui, pour ne pas prendre trop de risques, réalise ses méfaits dans un environnement qu'ils maîtrisent. Rapidement, la rumeur d'un voisin pyromane se répand dans les environs.
Chacun redoute d'être la prochaine cible. La suspicion gagne peu à peu les habitants. Les gens ont commencé à devenir très inquiets.
C'est devenu le sujet de conversation dans les rues lorsqu'on croisait des groupes de personnes ou lorsque la presse relayait ces incendies là, il y a eu une vraie psychose qui s'est installée. Donc tout le monde effectivement se connaît. Tout le monde sait qui est qui, qui fait quoi.
Cette personne elle était à tel endroit à ce moment là. Tiens, ça fait deux fois que je la vois ici. Les agriculteurs pour certains commencent à s'organiser pour monter la garde auprès de leur stock de paille.
On a quelques-uns qui nous l'ont signalé. Moi je me disais faut surtout pas qui tombent sur la personne parce que là il y a vraiment une bêtise qui sera faite par quelqu'un. On le dit en rigolant mais si j'en connais quelques-uns, s'ils Ils l'avaient pris chez eux, en train de mettre le feu.
Je pense que les gendarmes ne l'auraient jamais retrouvé. Michel Martin et Sébastien Point sont tous deux agriculteurs à Chasseneuil. Longtemps, ils ont espéré pouvoir échapper aux pyromanes et ont même organisé des rondes autour de leur exploitation.
Toutes voitures suspectes, garées dans un bois ou en bas d'un chemin, on regardait si ce ne sont pas des promeneurs. Entre l'agriculteur, on se le disait, telle voiture, telle voiture, voilà. Après, voilà, il n'y a rien.
Mais bon, on a monté les gardes, même le Le soir, il y a une voiture passée, je me levais la nuit, je t'écoutais, voilà, parce que l'été on dort les fenêtres ouvertes, donc du coup, c'est chaud. J'entends une voiture passée, ça fait un bruit de fond quand une voiture pas Ça descend, mais c'est un bruit de sourd et ça me réveillait. Je dormais sur un oeil, donc faut pas s'en dire.
Et du coup, j'entendais un bruit, je me levais, je regardais, hop, le bateau passait, bon, mais c'était pas ça, bon, voilà. Et puis on l'entendait le lundi ou Le dimanche, ça boulait. Une vigilance de chaque instant jusqu'à ce week-end de mars où cette fois, il n'entend pas la voiture qui s'approche de sa La ferme.
C'est un 4 mars au soir, on a des amis à la maison et du coup, ma mère m'appelle Tephonson, il y avait la ferme en feu. Et je suis sorti sur la terrasse depuis la terrasse, je vois le paillet et je vois le paillé, tu étais embrasier d'un bout à l'autre, tout était rouge, tout était cramé. Il n'y a pas ça qui a mis le feu au paillet, il l'a mis d'un bout à l'autre.
Parce que tout est en Brasile en même temps. On voyait tout orange, orange de flab rouge, mais la nuit ça se voit bien, la nuit c'est C'est noir, donc. Ah ben l'émotion, c'est l'émotion, j'ai l'air aux yeux, je claque tout, je m'en vais, je pars, Si le gars était devant moi, je sais pas que c'était pas costaud mais si le gars était devant moi, je pense que bon après il a peut-être...
A chaque fois vous voyez, ou à chaque fois j'en combattais, je vois les flammes encore comme aujourd'hui et telle qu'aujourd je vois tout pareil. Pour Sébastien, le préjudice s'élève à 40 000 euros que son assurance lui remboursera. Cet incendie sera le dernier d'une longue série, 23 feux au total.
Mais depuis quelques jours, les gendarmes ont reçu un précieux renseignement sur le profil du mystérieux incendiaires. Il n'y aurait non pas un, mais trois pyromanes, trois membres d'une même famille qui agiraient ensemble. À partir du moment où on a eu des éléments assez précis sur le profil de l'auteur et des auteurs, on a décidé d'organiser des services de surveillance à proximité du domicile puisqu'on avait réussi à l'identifier.
Autour des zones potentielles de commission d'effet des exploitations agricoles sur des points de passage obligés des axes on était sûr que entre le lieu de commission et son domicile il était obligé de passer donc là on a mis en place des gendarmes en tenue civile un véhicule banalisé pour tenir le terrain et à observer ce qui se passait le 14 mai au petit matin après un ultime périple incendiaire cette fois avorté la famille de pyromane présumée est interpellé à son domicile par les gendarmes l'homme est un chauffeur routier de 51 ans qui a lui même travaillé dans le milieu agricole michel et Sébastien avait d'ailleurs déjà croisé sa route. Je le connais un petit peu comme ça parce qu'il travaillait chez le négociant, il est venu chercher des bêtes ici. Jamais j'aurais pensé que ça pouvait, que ce gars-là pouvait faire ça quoi.
Il a travaillé chez Patrick, il a travaillé chez Jean-Paul, il a un métier, il sait ce que c'est, il a travaillé dans l agriculture, donc il sait l'investissement que ça représente de faire du foin, de la paille et le coût. Donc qu'est-ce qui peut expliquer ça ? Je ne sais pas, c'est bizarre.
Soupçonné d'être le meneur, il a depuis été placé en détention provisoire. Sa compagne, âgée de 50 ans, et sa belle-fille, une mineure de 17 ans, sont sont elles placées sous contrôle judiciaire. Elles nient toutes deux avoir allumé des feux.
Un trio pyromane improbable, du jamais vu de mémoire de gendarme. « On a souvent à faire sur les faits de pyromanes, sur des individus isolés qui agissent un peu en loup solitaire. Là, c'est effectivement assez inédit d'avoir trois auteurs d'une même famille.
Alors même si la fille n'est pas la fille de l'auteur, mais la fille de sa compagne. Il y a une organisation familiale pour la commission des faits, on a un peu l'impression qu'ils allaient mettre le feu comme d'autres vont au cinéma le samedi soir. Selon les enquêteurs, les suspects auraient agi par jeu et par fascination pour les flammes.
Ils risquent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende. D'où vient cette fascination pour le feu ? Comment les pyromanes basculent-ils dans l'illégalité ?
Avant de conduire David en prison, sa passion du feu l'a d'abord menée vers une toute autre institution. À 16 ans, il devient pompier volontaire, son rêve depuis l'enfance. Pour moi c'était le Graal, c'était vraiment quelque chose de beau une belle profession et l'institution pompier c'est une famille en vrai, tout le monde écoute, dès qu'on a un petit problème on peut en parler.
Ce qui me plaît, dans un premier temps, les interventions. Mais oui, l'adrénaline, quand c'est un gros feu, oui, on la ressent. On sent qu'il y a un peu de tension, on va dire.
Peu de pression, un peu de tension. Beaucoup de bruit. Beaucoup de bruit des personnes qui crient, on va dire.
C'est un peu le chantier, on va dire, on va dire. Pour rentrer chez les pompiers, il a dû passer un entretien avec le chef de caserne, puis une visite médicale où l'on cherche en plus des examens de santé à détecter d les éventuels troubles du comportement. Le colonel Norbert Berginia compte parmi les médecins-pompiers en charge de cet examen.
Dans leur discours, si on voit qu'il y a un affect particulier pour l'incendie, là on peut le détecter. Par contre il y a certaines perversions qui sont beaucoup plus difficiles et qui hélas se passe l entretien. David, lui, ne présente aucun trouble particulier lors de son recrutement.
Mais quelques temps après, ses premières pulsions pyromanes surgissent. Il a alors 18 ans et se décrit comme un jeune homme malheureux. Moi, j'étais en couple, mais pas forcément heureux.
Dans ma famille, c'était pas l'extase. Mes parents sont en train de divorcer, donc c'était pas de la joie. Ma grand-mère est décédée à cette période-là, donc c'était pas évident d'être compliqué de ma vie.
Son mal-être submerge rapidement le jeune pompier sans qu'il ne soit capable de l'extérioriser ni d'en parler une impasse psychologique que le professeur laurent laillet observe chez la plupart des auteurs d'incendie qu'ils rencontrent Experts auprès de la cour d'appel de Nîmes, ils mènent les examens psychiatriques des pyromanes présumés avant leur procès. On met le feu parce qu'on ne peut pas gérer cette frustration ou cette colère qui est finalement généré par d'autres facteurs qui sont des facteurs de la vie de tous les jours, une déconvenue. Donc un individu face à la difficulté à gérer cette dimension émotionnelle, puisqu'il ne peut pas la penser, puisqu'il n'est pas en capacité finalement de la digérer par son système psychique, mais finalement il va la mettre dans l'agir.
Et ce qu'on va voir, la face visible de l de l'iceberg ça va être son passage à l'acte quand le feu prend qu'est ce que vous Recherche-t-il. L'adrénaline, en fait. L'adrénaline et pouvoir intervenir après derrière.
Bon, même si c'était pas toujours le cas, J'allumais les feux et je rentrais vite chez moi et j'attendais qu'on soit déclenchés. Ce comportement, le psychiatre et criminologue Roland Jean Coutenceau l'a souvent observé chez les pompiers pyromanes qu'il a reçu dans son cabinet. Qu'est-ce que c'est le pompier pyromane ?
C'est quelqu'un, au fond, qui va créer lui-même un feu qui n'existe pas, pour pouvoir se présenter en homme d'action, en héros. Et souvent, comment on l'a aidé côté ? C'est qu'ils étaient les Les premiers soient signalés le feu, soit être disponibles ce soir-là au moment où effectivement il faut qu'on envoie l'équipe de pompiers sur le feu.
En quittant rapidement les lieux pour éviter d'être repéré, le pyromanes ignore tout de l'ampleur du feu lorsqu'il est appelé pour intervenir quelques minutes plus tard au risque de se faire surprendre comme cette nuit d'été où il fait partie du premier équipage à se rendre sur place moi je Je savais que ça pouvait brûler beaucoup, sauf que ça a bien brûlé en fait. Ça a vachement bien brûlé et je ne m'attendais pas autant à faire une telle ampleur en Déjà au loin, quand on arrive avec tous les collègues, on voit un énorme panache de fumée dans la nuit et une lueur de la lumière qu'on réussit à éclairer pas mal toute la montagne. Son équipage est rapidement dépassé par l'ampleur des flammes et doit appeler des renforts.
On se trouvait avec quatre véhicules Quand vous intervenez sur cet incendie avec vos collègues, à ce moment-là, vous venez de vous mettre en danger mais vous venez aussi de mettre la vie de vos collègues en danger oui bien sûr c'est ça mon sens on revient aussi les collègues en danger alors que ce n'était pas le but du tout on peut à la fois ressentir cette montée d'adrénaline, mais aussi avoir dans un coin de son cerveau qu'on est en train d'effectuer un acte transgressif. Donc il va avoir à gérer cette culpabilité-là. Peut-être que c'est aussi ce qui qui va le motiver pour intervenir, pour éteindre le feu, mais jusqu'à ce qu'une nouvelle séquence se produise et qu'à nouveau il soit en recherche de cette adrénaline.
Et le scénario va se répéter comme ça à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il soit stoppé le jeune pompier pyromane reproduira son acte 20 fois en mettant le feu à des hangars agricoles des ballots de paille et des voitures mais aussi à plusieurs hectares de pinèdes et de garrigues les incendies se suivent et m'en passe il y a une période où j'ai arrêté totalement de moi même pendant plusieurs mois j'ai j'avais arrêté en pote et un jour on m'a convoqué à gendarmerie dans mes face à mes actes et là je réagis je réagis je réagis en assumant mes actes, en avoir. On le prend comme une trahison, parce que les sapeurs-pompiers sont une équipe soudée. Et donc quand l'un des nôtres trahit la confiance, c'est douloureux.
Il sera condamné à 3 ans de prison, dont un enferme et devra indemniser les victimes pour les dommages provoqués. Plus de 100 000 euros qu'il continue de rembourser encore aujourd combien de soldats du feu bascule-t-il dans la pyromanie il n'existe aucune statistique précise mais ils ne représentent qu'une minorité des auteurs d'incendie volontaire le pompier pyromane finalement c'est le mouton noir en nombre très faible parmi le groupe des pompiers c'est peut-être celui qui est le plus étonnant le plus choquant le plus intriguant mais statistiquement c'est pas le pompier pyromane qui est à la racine de la plupart des feux dont dont on voit qui qu'ils occupent un peu l'actualité année après année hélas dans la grande majorité des cas les pyromane sont jugés pénalement responsable de leurs actes une fois condamnés ils ont pour obligation de suivre une thérapie auprès d'un psychologue ou d'un psychiatre. Mais il n'existe à ce jour aucun traitement pour faire disparaître la pulsion pyromaniaque.
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Laurent Nuñez