Coupe du monde : "Il n'y a aucun doute, cette France fait peur", affirme l'historien du sport François Da Rocha Carneiro
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h21, les bleus, face aux bleus et jaunes ce soir en Coupe du monde de football. La France affronte la Suède pour une place en huitième de finale. Ces deux équipes se sont déjà affrontées 23 fois depuis 1935. Mais là, ce sera la première fois dans le cadre d'un mondial. Si je vous sors cette archive, c'est parce qu'on regarde le mondial ce matin avec l'œil d'un historien, un historien du sport, très très grand spécialiste de l'équipe de France de football. Bonjour François d'Arochac-Arnero.
Bonjour.
Vous avez écrit 4 livres sur les bleus, le dernier sorti il y a un mois. Bleu, histoire de l'équipe de France de football depuis 1904. Alors ça donne quoi d'habitude France-Suède ? Avantage à qui ?
Avantage à la France puisque la France a gagné la moitié du temps finalement. Et le reste du temps, le reste des matchs, c'est soit match nul, soit défaite.
Et pour ce soir, la presse suédoise n'est guère optimiste. J'ai regardé quelques titres. Nous partons jouer contre la meilleure attaque des 20 dernières années. La presse suédoise qui a vu aussi le précédent match des bleus et qui a dit que c'était cauchemardesque. La France intimide vraiment ses adversaires cette année ?
Oui, en raison entre autres de l'attaque, de la qualité des joueurs d'attaque. Il n'y a aucun doute, cette France fait peur.
Le bilan des phases de poule, c'est 3 matchs, 3 victoires. Est-ce qu'historiquement, une bonne phase de poule est bon signe pour la suite ?
Pas systématiquement. Et c'est surtout le fait de ne pas faire une bonne phase de poule qui peut ne pas signifier que le reste de la compétition sera mauvais. J'en tiens pour exemple ce qui s'est passé il y a 20 ans, en 2006. Les deux premiers matchs, ce sont des matchs nuls contre la Suisse et la Corée du Sud. Et il faut attendre le troisième match pour que l'équipe de France remporte ce match et finalement se qualifie pour la suite de la compétition. Et ça se termine en finale.
Alors j'ai vu que les statisticiens misaient sur une finale France-Argentine. Et si, c'est bien effectivement ce qu'on va avoir, ce serait la cinquième finale pour les bleus depuis 1998. Ce serait unique dans l'ère moderne ?
Alors c'est assez exceptionnel, mais il y a aussi la RFA dans les années 1966-1990. Il y a deux titres pour la RFA en 1974 et en 1990. Et il y a trois titres de finalistes, de vice-champions en 1966, 1982 et 1986. Donc ce ne serait pas unique, mais ce serait exceptionnel. Ça montrerait la domination du football français sur cette première partie du millénaire.
C'est vraiment la compétition des Français en ce moment, la Coupe du Monde ?
A priori, oui. C'est ce qui ressort des résultats en tout cas, oui.
Je sais que vous aimez bien faire la comparaison avec l'Italie en comparant deux ados français et italiens.
Un ado français est habitué à voir l'équipe de France au sommet en Coupe du Monde. Il est habitué à la voir en finale. Et là, aujourd'hui, si on devait ne pas aller jusqu'au bout, un ado français serait obligatoirement déçu. Alors qu'un ado italien est habitué à ne plus voir l'Italie en Coupe du Monde, même pas en finale. Mais en Coupe du Monde ou alors lorsqu'il l'a vue, c'était dans ses jeunes années, et il l'a vue être éliminé au premier tour.
Est-ce que vous iriez jusqu'à dire que l'équipe de France actuelle est la meilleure de tous les temps ?
De tous les temps, je ne sais pas, parce que c'est très dur de comparer des équipes de France, ou des équipes en général, sur la longue durée. Mais c'est probablement, enfin, c'est certainement la plus performante de l'histoire de l'équipe de France, oui.
Pour en revenir à la presse suédoise, il y a des journalistes qui disent que l'équipe de France a tellement de talent qu'il y a de quoi faire finalement deux équipes, et deux équipes qui seraient toutes les deux capables de gagner le mondial.
Mais c'est ce que disait Thomas Meunier, un défenseur belge il y a quelques mois, à savoir que dans le groupe susceptible d'aller en Coupe du Monde, il y a de quoi faire trois à quatre équipes championnes du monde.
Alors on a connu quand même l'équipe de France dont on disait qu'elle perdait la tête haute, le summum étant bien sûr France-Allemagne en 82. À quel moment se fait la bascule ?
À mon sens, c'est 1998, parce que, bien sûr, il y a le titre de 84 et les deux demi-finales de 82 et 86. Donc là, c'est une séquence favorable.
Alors là, vous mélangez l'euro et le mondial.
Voilà, tout à fait. L'euro est remporté en 1984 à domicile. Donc c'est cette phase du carré magique, finalement, qui est très glorieuse, mais qui est suivie ensuite d'une période assez difficile. Luxonor, qui est un international qui est titularisé, sélectionné à la fin des années 80, dit qu'à son époque, il jouait dans une équipe de losers. Les années 87, 95 à peu près, ce sont des années de doute. Et il faut attendre vraiment 98 pour qu'on s'habitue à la possibilité de gagner. Et dès lors qu'on a l'habitude de gagner, ou dès lors qu'on a montré qu'on était capable de gagner, on ne va plus accepter la défaite.
Et donc vous dites merci Zinedine Zidane ou merci Aimé Jacquet ?
Merci le groupe. Merci Aimé Jacquet, bien sûr. Mais merci le groupe. Le football est un sport collectif.
Et de tous les sélectionneurs, justement, de l'équipe de France, lequel retenez-vous ?
Didier Deschamps et Gaston Barreau. Gaston Barreau, parce que c'est celui qui a la plus longue carrière. Et Didier Deschamps.
Attendez, Gaston Barreau, je suis désolée, l'AG1 Blanc. Il va falloir me dire de quelle époque il s'agit.
De 1919 à 1958.
D'accord. Et alors, qu'est-ce qu'il a fait ?
Il a tenu l'équipe de France pendant près de 40 ans. Et donc, il faut quand même une sacrée solidité pour rester aussi longtemps. Et surtout, en termes sportifs, c'est Didier Deschamps, oui.
Didier Deschamps, pourquoi ?
Parce qu'il a réussi à la tenir pendant 14 ans. C'est très prenant. C'est très dur médiatiquement, humainement. Comment dire ? D'assurer cette tâche de sélectionneur. Et puis, parce que, non seulement il a su la tenir, mais il a su la mener loin. À un titre de champion du monde. À un titre de vice-champion du monde. Et de vice-champion d'Europe. Et puis, on verra ce qu'il adviendra, là, cette fois-ci.
Oui, parce que même en cas d'échec à ce mondial, ça ne va pas non plus effacer son bilan, quand même.
Non, non, non. C'est un bilan très, très positif. Et ce qu'il y a aussi d'exceptionnel, c'est sa fidélité à ce qu'il avait dit en 2012, lorsqu'il prend la tête de l'équipe de France, lors de sa première conférence de presse. Il estime que les joueurs doivent une exemplarité au sein du groupe. Et surtout, il met le collectif en avant. C'est la solidité du groupe qui compte. Or, c'est vraiment cette philosophie-là qui est restée pendant 14 ans à la tête de l'équipe de France.
Et le prochain, ce sera sans doute, ce n'est pas encore officiel, mais très probablement, on va dire, Zinedine Zidane. Est-ce qu'un grand joueur fait un bon sélectionneur ?
Pas systématiquement non plus. On a l'exemple de Michel Platini qui s'est ennuyé dans cette tâche de sélectionneur. Enfin, c'est ce qu'il dit. Fin 80, début 90. Exactement. Et les joueurs de 1992 qui participent au championnat d'Europe en 1992 regrettent à ce moment-là que le sélectionneur les ait quasiment lâchés parce qu'il n'y était plus. Il n'était plus dans l'humeur de ce métier de sélectionneur. Donc, ce n'est pas systématiquement une bonne chose.
Une dernière question, peut-être plus personnelle et moins l'historien que vous êtes, François d'Arochac-Arnero. Le premier bilan de ce mondial, le nouveau format, donc élargi à 48 équipes. Vous avez pris du plaisir jusque-là à suivre la compétition ?
Alors, très peu de plaisir parce que je ne peux pas regarder beaucoup de matchs. À cause du décalage horaire ? Il y a le décalage horaire, voilà, le décalage horaire. Et puis, surtout, il y a tellement d'équipes que la compétition en est totalement diluée. Là, on arrive dans la deuxième phase. Ce sont des 16e de finale et non pas des 8e de finale comme on avait l'habitude de regarder jusqu'alors. On constate une gabegie écologique. Évidemment, regardez cette compétition en pleine canicule. Eh bien, il y a des choses qui se font dans le cerveau qui ne sont pas favorables à la Coupe du Monde.
Et puis, il y a l'indécence de la FIFA qui profite financièrement et qui, en même temps, soutient des régimes assez peu recommandables qui font que cette Coupe du Monde n'est pas spécialement agréable à regarder si ce n'est qu'il y a le spectacle sportif qui, lui, reste agréable.
Voilà, et on suivra quand même les Bleus ce soir à partir de 23h. Merci François Darocha-Carnero. Bleu, histoire de l'équipe de France de football depuis 1904. C'est votre dernier livre paru aux éditions du Détour. Merci François Darocha.