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interviewLe Média (sur YouTube)· 6 octobre 2018 38 min

CAMEROUN : SCRUTIN PIÉGÉ DANS UN PAYS DOMINÉ

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] – Ce dimanche une élection présidentielle se déroule au Cameroun. Paul Biya, 85 ans, au pouvoir depuis trente-six ans, remet son mandat en jeu. A priori, il ne risque pas d'être contrarié par la glorieuse incertitude des urnes.

Il contrôle tout l'appareil idéologique d'un État qu’il a façonné à son image et pour son intérêt. Cette élection se déroule dans un contexte tourmenté. À l'Ouest, dans les régions anglophones, un mouvement sécessionniste défie l'armée nationale et dans le Nord, les djihadistes de Boko Haram sont affaiblis, mais ils poursuivent leurs menées terroristes.

Cette élection qui semble jouée d'avance, est tout de même une occasion de se pencher en profondeur sur le Cameroun, un pays qui n'a formellement jamais été une colonie française, mais où, selon des historiens, la Françafrique a été inventée. Pour en parler, j'ai invité Augusta Epanya. Elle est membre de la direction de l'Union des populations du Cameroun, UPC MANIDEM, le parti qui a incarné la lutte pour l'indépendance et qui se présente comme l'âme immortelle du peuple camerounais.

Bonjour Augusta, – Bonjour. – C’est un paradoxe que j'assume. Je vous invite à commenter l'actualité de la présidentielle qui vient, alors que votre parti a choisi de la boycotter, nous reviendrons là-dessus.

L’UPC est le plus vieux parti camerounais et il me semble qu'il est important de vous entendre, d'entendre votre parole pour bien comprendre un pays où, finalement, le passé ne passe pas et conditionne, structure le présent. Donc, c'est pour ça que j'ai préféré vous inviter, vous. Alors commençons d'abord par le passé, même si l'actualité est prégnante.

Il y a 60 ans exactement, presque exactement, le fondateur de votre parti, Ruben Um Nyobe, a été assassiné par l'armée française, l'armée coloniale française. C'était le 13 septembre 1958. Alors Ruben Um Nyobe est une figure très mal connue en dehors du Cameroun, y compris dans les milieux progressistes, et j'aimerais que vous parliez un peu de lui et de son combat.

Si je dis que c'est un Mandela qui n'a pas survécu ou un Lumumba qui n'a même pas eu l'occasion d'exercer le pouvoir, est-ce que je suis dans le vrai ? – Oui, vous êtes totalement dans le vrai. Effectivement, la carrure de Ruben Um Nyobe est largement l'équivalent de celle de Lumumba.

Et d'ailleurs, leurs combats se sont menés durant à peu près les mêmes périodes et avec cette vision panafricaine que d'autres combattants africains, qui se sont battus contre le colonialisme, n'avaient pas forcément. C'est à dire que pour dresser très, très rapidement le portrait de Ruben Um Nyobe, c'est l'un des fondateurs, avec Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié, qui ont tous trois été assassinés, faut-il le rappeler, par les colonialistes français. – Et le pouvoir camerounais. – Et le pouvoir camerounais, effectivement, pour ce qui concerne Ernest Ouandié, et Félix-Roland Moumié qui a été assassiné très peu de temps après l'indépendance.

Mais il faut quand même savoir que la main et l'État français restaient derrière tout cela, puisque l'État français continue à avoir des liens extrêmement forts avec le Cameroun, tant sur le plan économique, que sur le plan, je dirais même, politique. Les liens sont très forts, quoi qu'on en dise et quoi que certains essaient de faire penser aujourd'hui, essaient de faire passer aujourd'hui. À savoir qu’on essaie de présenter Paul Biya, qui est vraiment l'incarnation de la Françafrique et du néocolonialisme, c'est la chose des colonialistes… Il faut quand même rappeler, pour ceux qui ne le savent pas, qu’en fait on a éliminé tous ceux qui se sont battus pour l'indépendance du Cameroun, notamment les militants de l’UPC, de l'Union des populations du Cameroun.

On les a systématiquement éliminés, traqués, assassinés. – Mais quel était le projet de l'UPC ? Parce que si Um Nyobe est mort en 58, l'UPC a été créée en 1948.

Quel est le projet qui a suscité tant de hargne de la part du pouvoir colonial ? – Alors d'emblée… en fait l'UPC a été créée le 10 avril 1948. L'objectif d’emblée était la réunification, parce qu'il faut savoir qu’après la Première Guerre mondiale, la France… – Le Cameroun qui était une colonie allemande. – Une colonie allemande, sous tutelle hein, également.

Enfin, ce n'était pas vraiment une colonie non plus, c'était la Société des Nations. Et donc le Cameroun s'est retrouvé à nouveau confié à la Société des Nations qui elle-même a donné le mandat à la France et à la Grande-Bretagne, qui s'étaient partagé le Cameroun à la fin de la Première Guerre mondiale. Ils ont donc 20%, à peu près 20%.

On évalue à peu près à 20% le territoire qui est revenu à la Grande-Bretagne et le reste donc à la France. Ces deux entités étant créées complètement artificiellement parce qu'il faut savoir qu’on parle de zones anglophones et de zones francophones, mais vous avez une même communauté de langue, de coutumes et de vie, qui se trouve de part et d'autre des régions. – En 1919, le Cameroun a été coupé en deux. – C'est ça.

Ils se sont donc partagé ce gâteau et c'est pour ça que la première des revendications, avant même l'indépendance, c'est réunification et indépendance, et élévation du standard de vie. Alors c'étaient les termes qu'on utilisait à l'époque pour dire qu’au cœur du projet de l'UPC, il y avait l'idée qu'il fallait que les populations vivent décemment, correctement des fruits de ce que peut produire le Cameroun, et des fruits de leur travail, évidemment. Donc il n’y avait pas d'idée d'une caste qui dominerait le reste de la population etc.

Donc ça, c'est très important, réunification, indépendance, élévation du standard de vie. Ces trois revendications ont toujours été intrinsèquement liées. – Alors pourquoi l’UPC n'a pas été intégrée dans le dispositif néocolonial quand on sait que le PDCI RDA, qui était le parti frère de l’UPC en Côte d'Ivoire avec Félix Houphouët-Boigny, s'est intégré dans ce dispositif.

Pourquoi la France a décidé la perte de l’UPC ? – Mais la France a toujours combattu l’UPC, d'abord en l'associant, en considérant que c'était un mouvement qui était étroitement lié au Parti communiste, eh bon, c'était la guerre froide etc. et vraiment, ils ont mis un acharnement contre l’UPC.

Il faut savoir que l’UPC a été contrainte et forcée de prendre les armes en 1955, en mai 1955, à l'issue d'une manifestation pacifique qui a été sauvagement réprimée, où il y a eu plus de 5 000 morts après une répression. Je vous passe les détails sur toute la répression subie par les actions menées par l'UPC, par les militants upécistes et par les dirigeants de l’UPC, Um Nyobe, Félix-Roland Moumié, qui ont été traqués. Les upécistes ont dû, donc les militants de l'UPC, ont dû essaimer sur plein d'autres pays africains.

C'est d'ailleurs aussi comme ça que ça a nourri notre vision panafricaine. Elle existait, mais ce que je veux dire, c'est que le fait qu'on ait eu à se réfugier, qu'il y ait eu des colonies de militants dans un nombre de pays très important, au Congo, en Guinée… enfin… en Algérie etc., il y a énormément de pays qui ont reçu des militants de l’UPC, pour le coup ça a nourri vraiment notre vision panafricaine de la libération du continent et de la libération et du Cameroun, et du continent, qu'on a considérée comme étant intrinsèquement liée. – Pourquoi cette répression du combat indépendantiste camerounais n'est pas très connue ?

Comment vous l'expliquez ? Est-ce que vous êtes d'accord avec cette sentence selon laquelle le Cameroun est le pays où la Françafrique a été inventée ? – Je pense que le Cameroun, enfin je ne sais pas si on peut dire que ça a été inventé là, mais c'est un maillon extrêmement fort de l'expérimentation en Afrique subsaharienne de ce qu'on a appelé plus tard la Françafrique.

Parce qu’il faut savoir, quand même, qu’au Cameroun, c'est l'une des répressions les plus féroces contre… – Oui, justement, j'aimerais qu'on parle un peu de cette répression parce qu’elle a été très forte et mal documentée. Par exemple vous, vous êtes la fille d'un militant de l’UPC qui a été, bien que marié à une Française, je crois, il a été expulsé au Cameroun en 1960 avec sa femme, et avec vous d'ailleurs, et c'est peut-être de là que vient votre combat. Mais ce n'est pas la seule chose un peu étrange qui a été faite, notamment en 1972, un livre "Main basse sur le Cameroun" de l'écrivain Mongo BETI a été interdit.

Je pense que c'est un des rares livres qui a été interdit dans l'histoire contemporaine de la France. Alors est-ce qu'on vous pouvez nous parler de cette répression ? – Alors cette répression, elle a été extrêmement féroce.

D'abord il faut savoir que l’UPC a été très implantée dans ce qu'on a appelé le "pays bassa", donc le pays, la région, d'où était originaire Um Nyobe. Mais en pays Bamiléké, à l'Ouest, très implantée aussi. Les principaux maquis étaient dans ces deux grandes régions.

Mais attention, il y a eu également de la résistance au Nord et au Sud, on l’oublie souvent. Évidemment, on parle des deux principaux bastions. Et alors, il faut savoir que des dizaines et des dizaines de villages ont été rasés, et on pense qu’il y a eu utilisation du napalm.

Je vous renvoie vers un film qui s'appelle "Autopsie d'une indépendance", si vous ne l'avez pas vu, il est téléchargeable, et c'est très intéressant. Il y a une interview dans ce film de Messmer… – Pierre Messmer, anciennement haut-commissaire au Cameroun et ministre très en vue en France. – Exactement qui à demi-mots, mais à peine voilés, admet qu’il y a eu utilisation du napalm.

Utilisation du napalm qui laisse penser qu'il y a eu… on parle de… il y a des batailles de chiffres, mais on parle de 500 000 à 600 000, voire 800 000 morts sur une population qui était très peu importante. C'est pour ça que les gens ne comprennent pas pourquoi au Cameroun, un pays qui a été comme ça, fer de lance de la résistance des peuples africains, des peuples colonisés, pourquoi il ne se passe pas plus de choses aujourd'hui. Pourquoi n'y a pas plus de manifestations de… – Malgré un pouvoir qui a 35 ans, 36 ans. – C’est ça, malgré toutes les aberrations qu’on vit au Cameroun.

C'est-à-dire, un président qui, pour les trois quarts du temps, vit en Suisse, des fois six mois de l'année. Un président grabataire qui ne réunit pas son conseil des ministres, etc. Enfin bon, des choses effarantes que… Même si on voit des choses énormes dans de nombreux pays africains, on bat vraiment des records.

Alors les gens ne comprennent pas pourquoi on n'est pas plus, comment dire, plus à l'offensive au niveau du peuple camerounais. Je pense qu'il y a un traumatisme qui est profond dans toutes les familles camerounaises aujourd'hui. Je pense qu’est inscrite dans l'ADN de nos compatriotes cette répression. – Même une forme de défaite, peut-être. – Aussi peut-être, parce que l’UPC, jusque-là, n'est pas arrivée au pouvoir.

Et ceux qui ont accédé au pouvoir sont ceux qui combattaient l'indépendance. Il faut savoir qu'Ahidjo était l'homme de main des colonialistes. Il ne s’est jamais battu pour l'indépendance, Biya non plus.

Parce qu'on parle de Biya président, mais Biya était là dès le début, il a été secrétaire d'État, etc. Il fait partie de ce personnel issu de la colonisation qui perdure aujourd'hui, qui est toujours aux affaires aujourd'hui. Et ça c'est des hommes qui ont 85 ans, 86 ans.

Aujourd'hui, le président du Sénat, monsieur… – Marcel Niat. – Monsieur Niat, dont on dit qu'il est mort, après il y a eu des démentis, on ne sait pas. Il est vivant, il est mort… Mais c’est pareil, c'est un monsieur qui a 84 ans, 85 ans.

Je veux dire qu'ils sont largement en âge de prendre une retraite bien méritée, enfin, en tout cas, on les aurait bien mis à la retraite avant. – Et eux ne la prennent pas. Vous avez reparlé de la réunification du Cameroun, qui a été l'une des revendications de l’UPC dès le départ.

Alors finalement, elle est advenue, d'une manière ou d'une autre, et elle a été réalisée. Enfin, je veux dire que plus de 50 ans plus tard, c'est une sorte de volonté de divorce, une sorte de guerre civile à bas bruit entre les zones colonisées par l’Angleterre et le bloc central du pays anciennement colonisé par la France. Les anglophones disant que les francophones veulent les "francophoniser".

Comment l’UPC regarde cette guerre civile ? Parce que c'est déjà une guerre civile. Même si elle ne touche pas les grandes villes du pays, elle est inscrite dans le pays et elle divise le pays. – Bien sûr. – Quel est le regard que vous portez dessus ?

Est-ce que vous supportez les sécessionnistes ou alors est-ce que vous supportez l'État camerounais, l’armée camerounaise ? – L’UPC a toujours… l’UPC se bat pour la construction des États-Unis d’Afrique. Donc l’UPC ne peut pas être pour la partition, repartition, ou encore partition et des micros États au niveau du continent.

Ça, c'est une position de principe. En 1885, lorsque la Conférence de Berlin a, comment dirais-je, tracé au cordeau les frontières actuelles, évidemment que c'est contre les peuples africains, c’est contre la volonté de voir l’Afrique se construire et d'avoir son mot à dire dans le concert des Nations, bien évidemment. Et c'est des communautés qui ont été partagées en deux, voire en trois, etc.

C'est une même communauté de vie, de langue, de coutumes, qui a été partagée. On a plein d'exemples à donner à ce titre-là. Donc, on ne peut pas être pour ça.

On sait très bien que la manière dont les choses se sont faites, y compris le soi-disant référendum, 72 etc. tout ça… – La manière dont on est passé d’un État fédéral à un État unitaire et puis à un État dictatorial. – Absolument, évidemment, on sait tout ça.

Et on sait aussi que les revendications des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne sont évidemment pas prises en compte. Évidemment qu'elles ne sont pas prises en compte. Nous on s'est toujours battu, au niveau de l’UPC, pour être en lien dans les luttes qu'on a menées, avec l'ensemble des régions.

Bien évidemment, y compris ces régions-là. D'ailleurs, il faut quand même rappeler les conditions dans lesquelles on en est arrivé là. C'est-à-dire, il y a deux ans, des revendications catégorielles, des avocats, des enseignants etc. qui réclamaient un certain nombre de choses, à juste titre, à juste raison, parce qu'ils étaient discriminés en plus de ce qu'ils subissent au même titre que l'ensemble des populations.

Du seul fait qu'ils aient été colonisés par la Grande-Bretagne, ils se voyaient imposer des textes de loi qui étaient plus des textes de lois d'obédience… enfin qui calquaient sur les textes de loi français. Souvent on leur envoyait des enseignants venant de la zone "francophone", et ainsi de suite. Donc, il y avait de vraies discriminations et de vraies revendications catégorielles.

Et comme d'habitude, le pouvoir n'y a pas répondu. Et ça a été tout de suite l’escalade, la répression contre les populations qui revendiquaient et on a vu des images sur les réseaux sociaux de jeunes femmes traînées dans la boue, dans des flaques, où il y avait une volonté de les humilier, de montrer une image dégradée etc. – Et maintenant, les images que l’on voit sont pires.

On voit des images de guerre, d’horreur. – Exactement, maintenant on voit des images de guerre. Mais ce sont eux, c'est ce pouvoir qui a radicalisé les populations.

C'est ce pouvoir… Au départ, les gens qui réclamaient la séparation, qui réclamaient l'indépendance, étaient extrêmement minoritaires. Aujourd'hui, malheureusement, je pense qu’ils sont de plus en plus nombreux. Mais sur la base de la non capacité de ce pouvoir à répondre aux revendications des populations. – Alors c'est une crise de l'État postcolonial, mais c'est aussi une crise de la forme de l'État.

Et certains défenseurs des sécessionnistes anglophones, des autonomistes anglophones, estiment que l’UPC, comme le Parti au pouvoir actuellement, est un parti jacobin qui s'inscrit dans la tradition jacobine parce que, quelque part, l’UPC a été créé par les syndicalistes, qui étaient, quand même, affiliés à la CGT. Est-ce que finalement c'est l'État jacobin à la française qui est mis en question ? Un État jacobin qui peut être progressiste ou conservateur… Est-ce que vous pensez que c'est la conception d'un État centralisé qui doit être revue, qui doit être adaptée ?

Qu'est-ce que vous pensez de la décentralisation ou du fédéralisme ? – La décentralisation ne s'est pas mise en place, tout le monde le sait. Tout le monde revendique cette décentralisation, mais pas seulement le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, dans les quatre coins du… Tout le monde sait que ce n'est pas seulement centralisé, c’est autocratique.

C'est le pouvoir discrétionnaire d'un homme. Ça va bien au-delà même du schéma jacobin. C'est le pouvoir discrétionnaire d'un homme qui lève le doigt et qui décide de vie ou de mort sur telle institution, sur tel individu, etc.

Donc non, nous notre vision et notre position est claire. Nous considérons qu'il faut s'asseoir autour d'une table et discuter, y compris avec ceux qu'on appelle les "Ambazoniens", c'est à dire les sécessionnistes. Il faut s'asseoir autour d'une table avec tous les protagonistes de cette situation et de cette crise.

Tous sans exception. Et il faut discuter, s'entendre et trouver la meilleure manière de prendre en considération l'ensemble des justes revendications des uns et des autres. Ça c'est absolument impératif. – Est-ce que l'unité du Cameroun peut être mise sur la bande des négociations selon vous ?

Est-ce qu'on peut imaginer une séparation, comme l’Éthiopie et l’Érythrée par exemple ? – On voit aujourd'hui, ils sont en train à nouveau de rediscuter pour… Qui nous dit que demain, ils ne vont pas retrouver effectivement une unité ? Donc, je veux dire que même les processus qui ont conduit à une division, comment dirais-je, à une séparation etc., aujourd'hui, on voit qu'il y a des processus inverses qui sont en train de se… Alors qui sont parfois au niveau du balbutiement.

Je pense à la Corée, je pense effectivement à l’Érythrée et à l'Éthiopie, on peut penser aussi au Soudan etc. Je veux dire que… En tout cas, très sincèrement, tous ceux qui veulent que l’Afrique sorte de l'ornière et sorte de l'obscurantisme dans lequel on nous a plongés et où on nous maintient aujourd'hui, ne peuvent pas être pour des partitions et encore des partitions. L'essentiel étant qu'on prenne en considération l'ensemble des justes revendications, que tout le monde puisse avoir voix au chapitre, que tout le monde puisse apporter sa pierre à l'édifice.

Je crois que c'est ça qui est important. – Dans cette crise de l’État, dans cette guerre civile qui vient, l'armée camerounaise prend une part importante. L'armée camerounaise qui est quand même une armée née de la guerre contre les indépendantistes.

Est-ce que cette armée est une armée nationale ? Est-ce qu'il faut la transformer pour donner une chance à la démocratie au Cameroun ? Est ce qu'il est possible aujourd'hui de changer le Cameroun sans changer l'armée ? – Il faut changer l'armée, bien évidemment.

On a une armée qui n'est pas une armée, comment dirais-je, qui est une armée de… j’allais utiliser un mot fort, surtout dans le contexte, mais quasiment de "prédation". C'est une armée qui malmène, qui maltraite le peuple, qui n'est pas une armée de protection, qui n'est pas une armée de sécurisation des populations. Aujourd'hui, le rôle de l'armée, malheureusement, au Nord-Ouest et au Sud-Ouest c'est quoi ?

Ils rasent des villages. Je lisais encore des communiqués tout à l'heure, avant de venir, je crois que c’est à Bamenda qu'ils ont attrapé un chauffeur de taxi et un petit instituteur et ils les ont purement et simplement liquidés. Enfin sur quelle base, sur quelle base ? – Vous pensez que l’armée camerounaise peut se rebeller, comment dire, choisir le camp de la démocratie et abandonner ce pouvoir vieillissant ?

C'est une possibilité selon vous ? – En tout cas, il n'y a pas à notre connaissance, pour le moment, une fraction de l'armée qui serait organisée, qui serait progressiste et qui serait… disons, qui aurait, un peu comme ça s'est passé au Burkina par exemple, où il y avait effectivement une partie de l'armée, des hommes conscients, des hommes qui avaient une conscience politique et patriotique, et qui pouvaient porter quelque chose, porter un projet etc. À notre connaissance, nous n'avons pas ça au niveau de l'armée camerounaise.

Aujourd’hui, il y a près de 900 personnes, 900 personnes qui sont arrêtées, détenues, qui viennent de ces régions Nord-Ouest, Sud-Ouest, sans procès, sans rien. Sans procès et dont certaines sont détenues au secret total. – Alors vous pensez que l'armée ne peut pas bouger, vous pensez que le pouvoir ne va pas céder.

Est-ce pour ça que… – Ah, je n’ai pas dit ça. Pourquoi le pouvoir ne pourrait pas céder ? Le pouvoir peut céder, il y a un certain nombre de conditions à réunir pour cela. – Et quelles sont ces conditions ? – Alors, les conditions c'est que… Je pense qu'aujourd'hui, il est urgent qu'il y ait des propositions claires qui redonnent espoir et qui redonnent de vraies perspectives.

Vraies perspectives… Alors il est important de remplacer Biya. Tout le monde en a ras-le-bol. D'ailleurs, l'engouement qu'on voit autour des meetings… on va peut-être en parler après. – On va en parler, oui. – Voilà… autour des meetings, comment dirais-je, des différents candidats, le montre.

C'est-à-dire que je pense que la jeunesse, aujourd'hui, elle a soif de changement, elle a soif de débats, elle a soif d’échanges, de construction, et de perspectives. Moi, je le lis comme ça, nous le lisons comme ça, c'est à dire qu’il y a beaucoup de monde. Kamto traîne beaucoup de monde dans ses meetings, Akere traîne beaucoup de monde dans ses meetings, ses rassemblements, Libii traîne beaucoup de monde etc.

Vraiment ça, c'est indéniable, on ne peut pas le nier. Mais après, le problème c'est, est-ce que les projets, les programmes de ces candidats sont véritablement en rupture avec le modèle qui nous a été imposé depuis presque 60 ans ? – Qu'est-ce que vous en pensez ? – Moi, je pense qu'il n'y a pas de rupture. – Et pourquoi vous ne vous présentez pas pour justement incarner cette rupture ?

Pourquoi vous ne vous êtes pas présentés, parce que là c’est trop tard ? – Alors on ne s'est pas présentés, pourquoi ? D'abord, la première chose, c'est que le pouvoir ne nous a toujours pas officiellement reconnus.

Deuxième chose, nous avons une position de principe qui est que, dans la situation actuelle, effectivement de quasiment de guerre civile larvée, nous considérons qu'on ne peut pas dans ces conditions, à moins d'entériner le fait que ces Camerounais ne sont plus des Camerounais, on ne peut pas entériner le fait… – Les Camerounais qui sont dans les zones où il y a la guerre… – Nord-Ouest, Sud-Ouest… – Et qui ne voteront pas. – Absolument, qu'on ne nous raconte pas d'histoires, ils ne voteront pas, ils ne pourront pas voter, ils n'iront pas voter. Ils ont d'autres préoccupations : c'est leur survie.

Donc, qu'on arrête de raconter des histoires. À supposer même qu'on installe quelques bureaux de vote, les gens ne vont pas se déplacer… ou ça ce sera tellement peanuts que ce ne sera absolument représentatif de rien. Donc, qu'on arrête.

On ne peut pas organiser des élections présidentielles dans ces conditions. Nous, nous sommes dans une plateforme qui s'appelle "STAND UP for Cameroon", et nous avons demandé à ce qu’il y ait un… comment dirais-je, un débat inclusif qui s'engage, enfin, une table ronde qui s'engage au niveau de toutes les forces impliquées dans la situation de crise que vivent le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, pour que l'on trouve une solution. Donc ça, c'était pour nous le préalable avant l'organisation des élections présidentielles… – Vous voulez une transition. – Bien sûr qu'on veut une transition.

Donc nous, notre projet c'est quoi ? On considère qu’il faut… des élections présidentielles cela supposerait une CENI… – Une commission électorale indépendante. – Une commission électorale indépendante avec une large représentation des organisations politiques, bien évidemment, des associations, des cultes religieux, de tout ce qui constitue la société camerounaise aujourd'hui.

Donc ça, ce serait la CENI avec un contrôle du processus. Nous, on a fait un projet de loi électorale qu'on a produit depuis, quasiment dans les années 2000. On a évidemment envoyé tout ça aux autorités, bien entendu.

Il y a six conditions qu'on avait notées, qui ont été largement reprises après, nous c’est depuis 2000 qu'on a dit : il faut cette CENI, il faut un code électoral qui soit totalement revu, il faut qu'on puisse voter à partir de 18 ans, il faut qu'une personnalité n'appartenant à aucune organisation politique puisse se présenter également, autour de laquelle il y aurait consensus, il faut une élection à deux tours, il faut évidemment le vote de la diaspora qu'on n'avait absolument pas à l'époque. Donc voilà en gros l'essentiel des conditions qu’il nous semblait nécessaire de réunir. Et après, ce qu'on propose, on a effectivement un programme politique, ce qu'on propose c'est une période transitoire de deux ans au cours de laquelle on refondrait totalement la constitution.

Tout est à refaire, toutes les institutions sont à reconsidérer. Aujourd’hui, il ne s'agit pas de plaquer les institutions françaises. Il s'agit d'avoir, de produire des institutions qui répondent à notre histoire, à nos besoins, aux perspectives qu'on veut donner au Cameroun, dans tous les domaines.

Il s'agit aussi de reconquérir notre souveraineté. Quand on sait que sur le plan économique, on est totalement phagocyté : 140 filiales françaises, des multinationales installées au Cameroun dans tous les secteurs. Le Cameroun a été le premier pays à signer les accords de partenariat économique… – Avec l'Union européenne. – Avec l'Union européenne, où on déverrouille… – Qui prévoit le désarmement tarifaire… – Absolument. – Et donc qui pourrait menacer l'agriculture et l'industrie locale. – Absolument, tous ceux qui essaient de construire des petites choses au Cameroun, les nationaux, auxquels, vraiment, il ne reste que la portion congrue pour essayer de se frayer un petit chemin, et essayer de lancer un peu d’affaires, ou des entreprises.

Il faut qu'on reconquière notre souveraineté, qu'on la conquière plutôt. On ne l’a jamais conquise. – Est-ce que les élections en Afrique, aujourd'hui, au Cameroun et plus largement en Afrique, peuvent être une occasion de poser la question de la souveraineté ?

On a l'impression que non, tant l'argent semble avoir pris le pouvoir dans la vie politique de nombreux pays, y compris les pays qui ont des élections régulières. Est-ce que c'est finalement le plus gros voleur, c'est-à-dire, le plus riche, parmi les lieutenants de l'ancien régime, qui finit par gagner les élections un peu ouvertes parce que, justement, il a de l'argent pour payer les électeurs, parce qu'en gros c'est ça. C'est-à-dire, est-ce que le règne de l'argent ne dénature pas complètement la possibilité démocratique ? – Tout à fait, vous avez raison, c'est tout à fait le problème.

En fait, aujourd'hui, on est face à de telles autocraties, à de telles dictatures, à de telles situations bloquées, qu'on ne pose plus le problème qu'en termes d'alternance. On ne pose plus la question de l'alternative. C'est quoi, qu'est-ce qu'on veut construire ?

Est-ce qu’on veut construire la poursuite du Cameroun d'aujourd'hui avec quelques petites améliorations ? Parce que c'est tellement caricatural, qu’il y aurait quand même quelques petites choses à améliorer. Mais dans le fond, la nature du pouvoir ne changerait pas, c’est-à-dire, il resterait un pouvoir foncièrement néocolonial, arrimé au franc CFA, arrimé au capital étranger, etc.

Ou alors, est-ce qu'on veut construire une vraie souveraineté ? Souveraineté ne dit pas enfermement. Il s'agit aussi, à un moment donné, d'établir des relations économiques qui nous profitent, qui profitent à la construction du continent, qui nous permettent de créer des emplois et qui permettent aussi qu'on puisse reconquérir et reprendre possession de nos richesses, de toutes nos richesses. – Mais, est-ce qu'au point de vue idéologique justement, la pensée progressiste de gauche que vous incarnez au Cameroun, et qui semble affaiblie, au Sénégal aussi, dans un certain nombre de pays, au Burkina Faso avec des sankaristes qui peinent… Est-ce que cette pensée n'a pas… Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu la guerre idéologique ?

Dans la mesure où, par exemple, le panafricanisme me semble complètement phagocyté par le libéralisme. C’est-à-dire, je ne sais pas si vous avez entendu parler de la question de la zone de libre-échange continental qui singe le panafricanisme, mais qui, en réalité, est un projet au service des multinationales. – Bien sûr. – Et qui ne trouve pas vraiment d'adversité.

Les populations africaines ne s'opposent que par endroits et très faiblement à un tel projet qui est un projet, en réalité, du grand capital. Est-ce qu’on peut utiliser ce mot ? – Oui, oui, oui, il faut l'utiliser parce que c'est ce dont il s'agit.

Mais est-ce qu'aujourd'hui les forces alternatives, je dirais bien sûr dans nos pays, mais même en Occident, où nous vivons actuellement, est-ce qu'on les entend ? Est-ce qu'on entend les forces alternatives à la domination du capital à l'échelle internationale ? Est-ce qu'on entend ces forces alternatives ?

Je parle même d'un point de vue médiatique. Là vous m'invitez sur votre plateau, il s'agit d'un média alternatif. Pourquoi alternatif ? – Eh bien on essaye d'exister pour porter des idées alternatives et justement c’est un pari qui nécessite également la participation des citoyens… – Mais oui, très intéressant.

Si vous avez jugé utile de créer ce média alternatif, ça veut bien donc dire que les médias dominants sont phagocytés, et tout le monde le sait. Ce sont les tenants du capital, comme on le disait à l’instant, qui contrôlent ces médias-là, tout le monde le sait. Et d'ailleurs, tout le monde le voit.

Aujourd'hui le problème, c'est que nous n'entendons pas, dans nos pays, des forces qui proposent autre chose que ce qui se fait, que ce qui va dans le sens de l'idéologie dominante. On n'entend pas des penseurs, des gens qui réfléchissent sur d'autres modèles, sur d'autres manières d'aborder, de résoudre les problèmes sociaux, d’autres manières de résoudre les problèmes économiques, d’autres manières de construire ce continent qui nous tient tant à cœur… – Mais quels leviers utiliser pour que ça change ? – Ah ben, c'est la mobilisation.

Nous on continue. On continue à se mobiliser, ça fait soixante ans que ça dure et on va continuer. Alors, évidemment, ce n’est pas facile.

Ce n’est pas facile, mais ça va venir. Ça va venir de toute façon. Nous sommes des gens extrêmement pugnaces.

Alors certes, nous n'avons pas gagné 60 ans après, mais qui eût cru qu’après l'assassinat du dernier chef historique, Ernest Ouandié, qui a refusé qu'on lui bande les yeux avant qu’on lui tire dessus, que ce parti-là existerait encore autant d'années après. Après janvier 1971, quand on l'a assassiné, ils étaient persuadés d'avoir éradiqué l’UPC. Aujourd'hui, moi je vous parle, je suis de l'UPC, il y a évidemment de jeunes générations qui viennent derrière moi. – Oui, il y a un certain nombre de candidats, de nouvelles figures qui apparaissent à l'occasion de cette présidentielle au Cameroun.

Il y a des anciens, disons, dignitaires du pouvoir qui ont plutôt une réputation d'intégrité relative, comme Maurice Kamto. Il y a des jeunes loups, comme Cabral Libii qui n'a pas encore 40 ans. Quel est le regard que vous portez sur chacun d'entre eux ?

Finalement, si vous deviez, si on vous contraignait à voter malgré tout. Vers qui votre préférence irait-elle ? – Non moi, je pense que ça manque beaucoup de consistance, sincèrement.

Ça manque de consistance en termes programmatiques. Il n’y a pas de rupture. – Vous les avez entendus, qu'est-ce qui vous dérange dans les propos des uns et des autres ? – Il n’y a pas de rupture.

C’est-à-dire, effectivement, le seul point sur lequel on peut s'accorder, c'est qu’ils semblent tous, dans leur programme, mettre en avant le fait qu'il faut de la transparence, qu’il faut plus d'équité, qu’il faut arrêter d'être dans l'autocratie etc. Mais sur le fond, les propositions sur le plan économique, sur le plan social, etc., sincèrement… – Par exemple, quelles sont les propositions de l'UPC MANIDEM que vous ne voyez absolument pas dans les programmes de ces différents candidats ? – La question de la souveraineté.

La question de la souveraineté. Et la souveraineté, une fois qu’on a des gens qui, politiquement, sont convaincus de cette nécessité, ça veut dire qu'on met en œuvre, on se donne les moyens de reprendre la main sur toutes nos richesses, toutes nos richesses sans exception. On renégocie et voire, on rompt des contrats. – Est-ce qu’un candidat qui manifesterait sa volonté de renégocier les contrats avec des multinationales aurait même le temps de commencer à appliquer son programme dans un pays dominé comme le Cameroun ?

Quand on sait que dans des pays européens comme la Grèce, la démocratie a du mal à tenir face au pouvoir… – Vous savez, les forces politiques qui portaient Syriza malheureusement ont capitulé. – Donc, mais si… – Mais oui, il faut aussi à un moment donné, trouver les alliances… Je pense qu'en Afrique, aujourd'hui, il y a quand même des gens qui sont sur les mêmes positions que nous, qui veulent effectivement qu'on arrive à gagner cette souveraineté. Je pense que nous ne sommes pas les seuls au niveau de l'UPC à vouloir cette souveraineté.

En tout cas, nous, tous les jours, on rencontre des militants des quatre coins du continent qui souhaitent aussi cette souveraineté. À un moment donné, il ne faut plus commettre l'erreur que ceux qui sont arrivés au pouvoir ont commise : à savoir qu’ils pensaient s'en sortir tout seul. Ça n'est pas possible.

Ça n'est pas possible. – Et c’est de là que vous vient votre conviction panafricaniste. – Mais bien sûr.

Bien sûr et puis parce qu’on pense que l’Afrique a été totalement balkanisée, et de façon, bien sûr, artificielle. On est tous… . Notre sort est lié.

Notre sort est lié et personne ne s'en sortira seul sans les autres. Ça, il faut en être convaincu. Donc très vite, il faut s'appuyer sur des forces.

Moi, j'ose espérer que tout le bouillonnement auquel on assiste au niveau de la jeunesse africaine, aujourd'hui… il se passe des choses. On sent que la jeunesse en a assez d'être dirigée par des caciques qui sont, finalement, complètement… évidemment, des gens qui n'ont aucune légitimité, qui ne sont pas là pour l’intérêt des peuples africains. Ces forces politiques-là, on doit les balayer.

On doit les balayer et on doit s'inscrire dans de vraies alternatives… pas seulement dans de l'alternance. – Alors, vous militez au Cameroun, vous militez en France aussi, vous êtes en contact avec les milieux militants européens. Est-ce que vous avez l'impression que les enjeux, les défis des progressistes africains, sont compris en Europe ? – Non, bien sûr que non.

Mais je pense que c’est à nous… – Par les forces progressistes européennes ? – Non je ne crois pas je crois que… – C’est quoi le problème ? – Je pense qu'il faut qu'on fasse le travail d'information.

Il faut qu’on les sensibilise plus à nos… comment dirais-je… à nos problèmes, à nos difficultés. À la responsabilité de l'État français dans les situations que nous vivons à ce jour. Dans le fait qu’il faut qu'ils fassent tout pour qu’au niveau des politiques internationales qui sont menées par ceux qui sont les tenants du pouvoir, ils aient leur voix au chapitre aussi.

Parce que de plus en plus, on se rend compte qu’on dépossède l'Assemblée nationale de son rôle, de sa fonction, de sa mission. Donc c'est aussi un problème. Alors moi, je dirais… enfin il faudrait que je nuance mon propos parce que j'ai quand même le sentiment qu’ils sont mieux informés qu'ils ne l'ont été il y a quelques temps, il y a quinze ou vingt ans.

Parce qu’il y a des associations comme Survie, il y a des forces comme le Parti de gauche, des forces comme le Parti communiste, et des forces associatives aussi. Il y a beaucoup de forces associatives qui font un très bon boulot. Survie fait un bon travail. – Est-ce qu’il y a une manière de créer des synergies ?

Notamment pour défendre un certain nombre de positions africaines au Parlement européen, par exemple, parce que des élections approchent. Est ce qu'il y a une possibilité de créer des synergies et des combats communs avec des objectifs clairs entre progressistes africains et européens ? – Cette possibilité existe.

D'ailleurs, de nombreuses forces progressistes africaines ont saisi des députés européens de gauche pour qu'ils se fassent porte-paroles des problèmes, sur plusieurs conflits, sur plusieurs situations. Ça s'est produit déjà, que ce soit pour le Cameroun, que ce soit pour la Côte d'Ivoire, que ce soit pour d'autres pays. Je sais qu’ils sont régulièrement sollicités, et aux questions orales, parfois écrites, ils posent les problématiques qu'on leur demande de poser.

Mais il faut que ce soit beaucoup plus systématique, surtout quand leur État ou des multinationales françaises sont impliqués. Je crois qu'il faut systématiquement le faire. – Merci Augusta. – Merci à vous de m'avoir invitée. [Musique]