Gérald Darmanin : "Les policiers sont très dignes depuis dix jours, alors qu’on les assassine"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le ministre de l'Intérieur, avec lequel, amis auditeurs, vous pourrez dialoguer dans quelques minutes. 0-1-45-24-7000 pour le standard, passé autrement par les réseaux sociaux ou l'application mobile de France Inter. Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon. Les policiers seront dans la rue aujourd'hui, à Paris, devant l'Assemblée Nationale. Ils demandent plus de sévérité contre les agresseurs des forces de l'ordre. On va y venir en détail dans un instant.
Dans le cortège, il y aura vous, Gérald Darmanin, situation assez étonnante d'un ministre de l'Intérieur qui va donc manifester, mais contre qui ? Contre la politique qu'il applique lui-même, manifester pour demander à votre collègue Eric Dupond-Moretti plus de sévérité contre les agresseurs des policiers. Expliquez-nous cette position, parce qu'elle est tout de même assez baroque.
Elle n'est pas baroque, elle est normale. J'apporte mon soutien aux policiers et aux gendarmes. Chaque jour, depuis que je suis ministre de l'Intérieur, et même avant, en tant que maire de Tourcoing, j'ai eu l'occasion de voir que ce sont des gens courageux, qui protègent les plus faibles d'entre nous et qui sont particulièrement la victime d'une société qui est de plus en plus violente. Que font les policiers aujourd'hui ? D'abord, ils sont marqués par le deuil, l'émotion et la colère. Deux assassinats, il n'y a pas d'autre beau.
Celle d'une personnelle administrative, un rambouillet par un terroriste islamiste, et celle par un trafiquant de drogue d'un brigadier qui faisait son travail de contrôle contre des points à stupes, contre des points drogue. Et pourquoi je vais les saluer ? Je vais rester les saluer avec, je crois, une partie de la classe politique. La maire de Paris nous rejoint. J'ai entendu que le premier secrétaire du Parti communiste français était là. Ce sont des gens qui, à la fois, sont républicains et ont des idées différentes des nôtres, différentes des miennes. Je vais leur dire que nous les aimons.
Et vous savez, les policiers, peut-être qu'ils peuvent demander plus de moyens, ils peuvent effectivement demander parfois une autre politique.
C'est ce que j'allais vous dire, il y a des revendications dans cette manifestation. Ce n'est pas une marche en hommage à leurs deux collectuées. Il y a des revendications, quand on lit les tracts, des revendications qui sont très claires et qui visent le gouvernement. Être au milieu des manifestants, pour préciser votre position, être au milieu des manifestants qui défendent ces revendications, tout en incarnant l'autorité publique, n'est-ce pas un mélange des genres dangereux, Gérald Darmanin ? N'est-ce pas, comme le disait Thomas Legrand, la soumission du gouvernement devant la police, ou plus simplement l'image de votre impuissance, de l'impuissance de l'autorité politique ?
D'abord, ce n'est pas une marche. Ces policiers sont très dignes depuis dix jours. alors qu'on les assassine. Ils sont extrêmement dignes. Moi, je pense aux deux familles et je pense à tous leurs collègues, de ces policiers qui ont été assassinés. Deuxièmement, vous savez, c'est la société qui est de plus en plus violente. Quand il y a un refus d'obtempérer toutes les demi-heures, chacun doit comprendre que c'est la société qui est de plus en plus violente.
Les onze policiers gendarmes qui sont morts l'année dernière, où je suis allé aux enterrements, parce que moi j'entends les leçons de morale de certains éditorialistes ou de certains commentateurs, mais c'est le ministre intérieur qui va voir les petites filles de 7 ans pour expliquer pourquoi papa est dans une boîte au moment où il remet la Légion d'honneur, parce qu'un chauffard ne s'est pas arrêté sur une route départementale. Je constate que le terrorisme islamiste, il touche en premier les policiers et les gendarmes, et le personnel des commissariats, et le personnel des préfectures.
Je constate que les Gilets jaunes, pendant un an, lorsque Christophe Castaner était en responsabilité, il a eu à soutenir plus de 8700 policiers et gendarmes blessés par des manifestations répétées tous les samedis. C'est l'ensemble de la société qui doit se poser des questions.
Et moi si je vais saluer les policiers tout à l'heure, si je vais, alors vous dites manifester, témoigner de mon amour et de mon soutien, je veux aussi dire, c'est une façon pour moi, c'est une façon pour moi aussi, mais bien sûr, mais c'est bien aussi d'avoir le droit de manifester, et je pense qu'en tant que citoyen on peut l'avoir également, cette façon de dire que la société doit se poser la question comment mon comportement permet de respecter les forces de l'ordre. Il n'y a pas de soumission à un pouvoir quelconque. Les policiers de la République, c'est des enfants, des soldats de l'an 2.
Ce sont des femmes et des hommes, des classes populaires et moyennes, qui sont tuées pour nous protéger. Et je pense que la moindre des choses, c'est d'aller leur témoigner notre soutien.
A ce micro, la semaine dernière, Eric Dupond-Moretti a estimé, je le cite, que la délinquance n'augmentait pas dans la société, mais la violence, si. La violence, oui. A-t-il raison ? La délinquance, Gérald Darmanin, augmente-t-elle ou non ?
Il a tout à fait raison, Eric Dupond-Moretti. Nous constatons des baisses considérables de ce qu'on appelle des atteintes aux biens. Moins de cambriolages, moins de vol de voiture. Évidemment, ceux qui nous écoutent et qui ont fait voler leur voiture la semaine dernière, ne seraient pas d'accord, mais statistiquement, c'est vrai. Des baisses extrêmement importantes. Et en même temps, une augmentation extrêmement forte des violences aux personnes, aux forces de l'ordre. Je voudrais dire, d'ailleurs, dans l'éliteau de Thomas Legrand, il est évoqué qu'il n'y a pas eu de doublement. En tout cas, c'est ce qu'il semblait dire.
Il dit qu'il y a moins de policiers qui sont tués qu'il y a 20 ans.
Non, mais ce calcul macabre est totalement faux. 2004, il y a eu 3000, grosso modo, policiers blessés. 2019, il y en a eu 6000. Voilà. Vous avez doublement, en 15 ans, la violence vient de loin.
Il parle des blessés, mais là, il a indiqué le nombre de gens.
En général, quand on meurt, auparavant, on a été blessés. Ça montre une violence quand même extrêmement forte. Doublement des violences contre les policiers. Et je veux dire qu'Éric Dupond-Moretti a raison. Il y a une baisse, effectivement, de la délinquance de droits communs, des cambriolages, encore une fois, des vols de voitures. Et il y a une violence très forte contre les forces de l'ordre. Des violences conjugales extrêmement élevées, plus 35%, vous l'avez vu. Des violences intrafaminales extrêmement fortes. Des violences sur les gens, dans la rue, extrêmement fortes. C'est ce qui m'a fait dire, il y a quelques mois, ce qui avait fait polémique.
Avec Éric Dupond-Moretti.
Un ensauvagement de la société. Pardon de l'évoquer ainsi. C'est vrai, il y a une violence plus forte et c'est la société qui est plus violente.
Des violences urbaines ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi, dans une cité à Argenteuil, où des voitures ont été incendiées et des tirs de mortiers d'artifices ont visé les forces de l'ordre. Marine Le Pen a tweeté, plus un jour sans agression de policiers et d'honnêtes citoyens sans émeutes urbaines devenues banales. Plus un jour sans cela, dit-elle, tweet-elle. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Est-ce que vous reconnaissez un échec sur la sécurité sous le quinquennat d'Emmanuel Macron ?
Non mais moi, je ne débat pas avec certains candidats en campagne. Ce qui est sûr, c'est que j'ai demandé aux policiers et aux gendarmes, sous l'autorité du président de la République, d'être présents dans tous les quartiers de la République et de lutter contre la drogue. Alors évidemment, si vous voulez le CAM dans tous les quartiers de la République, il ne faut pas envoyer les policiers et les gendarmes lutter contre ceux qui font 15 000, 20 000, 30 000, 50 000, 100 000 euros parfois à Marseille d'argent liquide parce qu'ils trafiquent du cannabis ou de la cocaïne.
Quand vous envoyez des policiers, quand on fait des saisies considérables, on a doublé les saisies de cannabis, on a doublé les saisies de cocaïne, on a triplé les saisies d'héroïne, on a doublé le nombre d'arrestations que nous faisons des trafiquants. On démantèle chaque jour des dizaines de points de deal. Évidemment, il y a des réactions.
Alors justement, dans le Figaro, Emmanuel Macron évoquait la fermeture d'un point de deal par jour depuis le début de l'année. Quel chiffre pouvez-vous nous donner ce matin, Gérald Darmanin ? Combien de points de deal fermés, là, aujourd'hui, à l'heure où on parle ?
Il y a plus de 500 points de deal qui, depuis le mois de janvier, ont été démantelés. Nous travaillons aujourd'hui à comprendre aussi ce que ce trafic de drogue fait naître comme nouveau moyen, notamment, vous savez, ce qu'on appelle l'ubérisation, pardon pour ce mot, je mets des guillemets, mais c'est tout à fait vrai, des livraisons à domicile, par l'intermédiaire des réseaux sociaux, Snapchat, notamment, qui doit prendre ses responsabilités, qui doit arrêter d'être le réseau social de la drogue. C'est le réseau social de la drogue. Et moi, j'invite les dirigeants des réseaux sociaux, et notamment...
Snapchat, c'est le réseau social de la drogue, ça veut dire quoi ?
Il suffit d'aller dans n'importe quel commissariat de province, n'importe quel policier, pour savoir que c'est sur Snapchat que les livreurs de drogue donnent leur rendez-vous, comme vous donnez rendez-vous, sans doute, pour livrer une pizza. C'est totalement démoralisé, si j'ose dire. Et effectivement, les scooters, un certain nombre de faux VTC, des livraisons à domicile, désormais, évitent le travail que nous faisons de l'espace public, c'est-à-dire du point de deal en bas de l'immeuble. C'est déjà une première victoire, c'est-à-dire que nous faisons reculer de l'espace public, du bas de l'immeuble, les gens qui trafiquent.
Mais il y a encore beaucoup de travail dans beaucoup de quartiers de la République, et je vais être très humble et vous dire que, évidemment, ce travail est un travail de tous les jours.
Plusieurs députés de la majorité, des députés de gauche, aussi des députés de droite, disent que vous n'utilisez pas la bonne méthode contre le trafic de stupéfiants, que pour assécher le trafic, que pour bloquer les trafiquants, il faudrait dépénaliser le cannabis, ou pour le moins avoir une légalisation régulée, comme vous le demande Jean-Baptiste Moreau, qui est député de la République en marche. Vous lui répondez quoi ? Vous leur répondez quoi ?
Je trouve que c'est un drôle de raisonnement. D'abord, ça tombe très mal au moment où l'assassinat de Mme Alimi est justifié manifestement par quelqu'un qui consomme du cannabis. L'assassinat du policier à Avignon, c'est évidemment quelqu'un qui lutte contre le trafic de stupéfiants. Les contrôles routiers, aujourd'hui, font naître bien plus de retraits de permis. Je suis allé dans l'heure il y a trois jours. Les gendarmes expliquaient qu'ils en étaient les derniers à 460 retraits de permis pour des gens qui consommaient du cannabis contre 360 qui consommaient de l'alcool. Donc la drogue est partout dans notre territoire, chacun le sait.
Elle est partout en dépit de 50 ans de prohibition et d'une mobilisation policière
que vous venez de décrire. La France reste le plus gros consommateur de cannabis en Europe, 5 millions d'usagers annuels, 900 000 fumeurs quotidiens. Est-ce qu'on ne peut pas à un moment faire un pas de côté et reconnaître peut-être l'échec d'une politique de prohibition ?
Non mais attendez, est-ce que la drogue c'est du poison ou pas ? Est-ce que la drogue ça crée la mort ? Est-ce que la drogue ça crée des dépressions ? Est-ce que la drogue ça crée des déscolarisations ? Quand j'étais maire de ma commune, je voyais des gamins de 3e ne plus aller à l'école parce qu'ils étaient sous l'emprise de cannabis. Qu'est-ce que je raconte à la dame qui a deux gamins parce qu'elle est d'une famille monoparentale, comme on dit aujourd'hui dans les quartiers populaires, qui se bat tous les jours pour que son gamin n'aille pas faire des cambriolages ou faire le chouf pour toucher quelques dizaines d'euros.
Donc vous ne comprenez pas ce que disent tous ces députés qui vous réclament ? Qui sont dans votre camp, ce n'est pas d'Afro-gauchistes.
Non mais Romain Reda qui est le bras droit de Mme Pécresse, qui ne l'a jamais condamné, est également pour la légalisation. Donc malheureusement, ce propos sur la légalisation est partout. Et bien moi je le condamne. Parce que depuis que je suis né, je vis dans des quartiers, dans des médias qui commentent effectivement la présence de la drogue partout. Et moi je ne m'en satisfais pas. Et tous les matins, je vais vous dire, je ne sais pas si je suis un bon ministre de l'intérieur, je ne sais pas si les policiers sont contents de ce que je fais, je ne sais pas si les français sont rassurés, mais je peux leur dire que tous les matins, je me retrouve sur ses manches et je me bats.
Peut-être que j'aurai un échec. Mais en tout cas, je me bats. Et je ne veux pas dire à la dame qu'elle est le seul, ces deux gamins, qui nous écoutent ce matin, qu'elle n'a tort devant ses enfants quand elle dit qu'il faut lutter contre les stupéfiants. Et moi je veux lui donner le courage, essayer de lui donner le courage de dire à ses enfants, tu ne dois pas consommer de la drogue, et tu dois travailler à l'école, tu dois gagner ta vie en faisant un métier honnête.
Gérald Darmanin, vous ne savez pas si les policiers sont contents, ils ne le sont pas contents, ils le disent. Ils disent notamment que la réponse pénale n'est pas assez forte, pas assez dissuasive, que les peines contre les agresseurs des policiers ne sont pas assez dures. Quand elles sont prononcées, elles sont trop souvent aménagées.
Le Premier ministre a annoncé un certain nombre de mesures la semaine dernière, mais pas celles qu'ils attendent, celles qu'ils demandent dans tous les tracts, vous le savez, c'est-à-dire la peine minimale, les fameuses peines planchers qu'avait établies Nicolas Sarkozy, qui ont été abrogées sous François Hollande, ils veulent une peine minimale pour quelqu'un qui agresse la police. Vous leur répondez quoi ?
Nous avons mené à 30 ans, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre, la peine de sûreté, au lieu de 22 ans. C'est un effort considérable. Et nous sommes en train de discuter avec le garde des Sceaux, avec les policiers, dans le cadre du Beauvau de la Sécurité. Il vient d'ailleurs la semaine prochaine discuter avec les policiers, et je leur remercie d'ailleurs le travail de l'économie.
Les policiers vont venir parce qu'ils boyquettaient jusqu'à là ?
Oui, ils nous ont dit qu'ils viendraient, donc je les remercie de se mettre autour de la table. On fait le Beauvau de la Sécurité aussi pour eux, pour plus de moyens, les moyens considérables qui sont donnés à la police nationale et à la gendarmerie nationale, pour évoquer la question justement de l'autorité judiciaire. Moi je n'oppose d'abord, parce que c'est une question très importante, elle est démocratique, jamais la police et la justice. Pour qu'il y ait une bonne justice, il faut qu'il y ait une bonne police, et pour qu'il y ait une bonne police, il faut qu'il y ait une bonne justice.
Les policiers sont avant tout des agents du ministère de la justice, au sens où ils font des enquêtes, où ils arrêtent les personnes, où ils donnent les preuves pour mieux condamner. Si nous faisons des bonnes enquêtes, alors il y aura de bonnes condamnations.
Elle est trop laxiste la justice ?
Non, moi je ne crois pas. Et je vais vous dire, la question des peines planchées, moi je ne suis pas idéologue des peines planchées, ou pas des peines planchées, je n'aime pas les combats idéologiques au moment où les policiers justement sont attaqués, et où les français ont besoin de plus de sécurité. Mais il faut aussi dire la vérité, les peines planchées c'était en cas de récidive, Madame Salamé, le juge pouvait y déroger, il n'y a pas de peine d'automatique, la constitution ne le permet pas, et troisièmement, 30% seulement des peines planchées étaient appliquées, c'est-à-dire que plus de 70% des magistrats ne souhaitaient pas appliquer ce qu'avait voté le Parlement.
Donc qu'il faille améliorer la réponse pénale, aider les magistrats à mieux condamner, parce que les policiers feront de meilleures enquêtes, et donner plus de moyens à tout le monde, la réponse est oui, et on a encore beaucoup de travail à faire, et c'est pour ça qu'on augmente encore de 10% le budget de la justice, qui est un ministère qui est paupérisé. Mais c'est juste que ça ne marche pas. Moi je n'ai pas d'idéologie contre... Xavier Bertrand dit le contraire.
Il dit que ça avait marché.
Et que la délinquance avait baissé sous Nicolas Sarkozy, grâce à ça notamment.
D'abord les comparaisons me paraissent toujours un peu hasardeuses, sous Nicolas Sarkozy, vous connaissez mon estime et mon amitié, c'était pas la même époque, il n'y avait pas les réseaux sociaux d'aujourd'hui, Stachep n'était pas le réseau d'adrault par exemple, il n'y avait pas le terrorisme islamiste comme nous le connaissons, puisque le premier attentat terroriste islamiste, qui est celui, si j'ose dire, du djihadisme d'aujourd'hui, c'est celui à la fin du quinquennat du président Sarkozy de l'école juive de Toulouse, il n'y avait pas les gilets jaunes, donc je pense qu'on ne peut pas comparer des époques d'il y a 15 ans.
Je suis dans un gouvernement qui connaît une nouvelle délinquance.
Ce matin, ils vous demandent des peines minimales, vous leur dites non. Mais moi, ce n'est pas une démagogie à la petite semaine,
on est en responsabilité politique, il faut dire en français ce qui fonctionne et si vous en êtes en train de vous.
Dites-le ma vérité, parce qu'ils reviennent, ils disent que c'est notre revendication principale, il n'y en a pas d'autre.
Mais qu'il faille améliorer la réponse judiciaire, c'est une évidence, par plus de moyens de la justice, par plus de moyens de la police. Aujourd'hui, par exemple, Mme Salamé, il n'y a pas assez d'OPJ d'officiers de police judiciaire dans la police et la gendarmerie. C'est-à-dire qu'il y a des policiers, ils arrêtent des personnes, et comme il n'y a pas assez d'officiers de police judiciaire, il n'y a pas assez d'enquêtes qui sont constituées, qui sont transmises. La dame qui s'est fait agresser, elle ne comprend pas pourquoi il n'y a pas de réponse pénale. Le policier a 100, 200, 300 enquêtes parfois dans ses bureaux, et le procureur, il a 400, 500, 600 enquêtes qu'il doit poursuivre.
Et le juge, fois deux, ce que nous devons faire, c'est ce que nous faisons depuis le début du quinquennat du président de la République, plus de policiers, 10 000 policiers gendarmes, plus de PJ, plus de moyens pour la justice, ça met un petit peu de temps, c'est vrai, nous arrivons avec une délinquance en héritage.
Allez, on file au standard d'Inter, on nous attend Martine, bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour, bonjour à l'équipe de France Arterre, et merci pour la qualité de vos émissions. Merci à vous. Bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. Tout d'abord, je voudrais saluer votre courage d'aller cet après-midi à la manifestation des policiers, car cela vous met peut-être en porte-à-faux vis-à-vis de vos collègues, et je vous souhaite bon courage pour le conseil des ministres qui a lieu ce matin. Ma question est la suivante, je suis maire d'un jeune policier qui a à peu près 3-4 ans de carrière.
Il a voulu être policier depuis qu'il est tout petit, il a orienté son cursus scolaire de manière à pouvoir avoir des études qui lui permettent de faire des études de droit et d'accéder aux concours de la police. Il a passé tous les concours de la police et il a réussi celui de brigadier. Actuellement, il est donc dans la police, je ne vous dirai pas dans quelle lumière car je ne voudrais pas l'impacter.
Est-ce qu'il est content puisque c'était son rêve d'enfant ou pas ? Ou c'est plus compliqué ?
Il était très heureux pendant sa formation car il a pu encore bénéficier d'une formation à 12 mois avec des formateurs qui étaient très bien.
Mais aujourd'hui, vous disiez...
Aujourd'hui, il a 31 ans. Il a encore beaucoup d'années de carrière devant lui et il est désabusé. Il est écœuré par tout ce qu'il voit. Et moi, je suis triste. Triste parce que je me dis que quand on se lève le matin et qu'on va travailler en se disant qu'est-ce qui va encore se passer, c'est quand même dommage.
Merci Martine pour cette intervention.
Gérald Darmanin vous répond. D'abord, merci Madame, mais moi je ne suis pas courageux. Ceux qui sont courageux, c'est les policiers comme mon fils qui tous les matins, tous les midis, toutes les nuits vont travailler parfois avec la peur au ventre, mais qui vont protéger nos concitoyens. Ma vie est bien plus simple que celle des policiers et je ne le compare absolument pas.
Désarroi chez un jeune policier, désabusé, disait sa mère Martine.
J'ai à peu près l'âge de votre fils, Madame, si je peux me permettre. Et c'est parce que je suis moi-même en colère, moi-même plein d'émotions, moi-même parfois désabusé, que je fais de la politique. Sinon je ferais autre chose. Et c'est parce que je veux aider votre fils, comme tous les policiers de France, que j'essaye de faire correctement ma fonction de ministre. Je veux dire, Madame, que votre fils, même, malgré ce désarroi, malgré cette émotion, malgré ces difficultés, il fait un métier qui est un des plus beaux métiers du monde. Il fait un métier utile à nos concitoyens.
Et vous savez, le mot qu'on peut trouver aux gens qui sont blessés, aux gens qui sont morts pour leur famille, c'est de dire que les policiers et les gendarmes, tous les jours, ils aident les autres. Ils sont le premier des agents sociaux de l'État. Et ils sont des urgentistes. Ils arrivent quand tout va mal. Alors on va essayer, Madame, pour les futurs fils comme vous, et mères de famille qui s'inquiètent pour leurs enfants, on va essayer que ça aille mieux. Je peux vous dire que la tâche est considérable et que j'ai besoin de beaucoup de Français pour m'aider à réussir dans cette tâche.
Aurélien Ostandard, bonjour, bienvenue. Bonjour, merci de prendre mon appel. Je vous en prie.
Je suis un peu choqué, en fait, de voir un ministre participer à une manifestation. Je trouve que le rôle d'un ministre n'est pas de participer, de s'afficher dans une manifestation. Voilà. Donc ma question est la suivante. Au lieu de préparer le terrain pour la campagne présidentielle à venir, est-ce que votre temps ne serait pas mieux utilisé à justement faire de votre travail et de trouver ces moyens, en fait, que demandent les policiers depuis plusieurs années, depuis que vous n'êtes pas le premier ? Mais voilà. La ficelle est un peu grosse, en fait.
La ficelle est un peu grosse. Merci Aurélien. Gérald Darman, vous répond.
On a une différence d'opinion. Moi, je suis désolé de vous choquer, mais c'est la démocratie, parfois, de ne pas être d'accord. Et moi, je suis très heureux d'aller soutenir pendant les quelques minutes de salutation des policiers, ces policiers qui, à 13h, manifesteront. Les moyens, monsieur, on les donne, on continue à les donner, on augmente de façon considérable les moyens de la police nationale. Il y a encore beaucoup de travail, vous avez raison. Et vous savez, il ne faut jamais avoir peur des campagnes électorales. Vous évoquez la campagne présidentielle, ce n'est pas ça de la politique et ce n'est pas ça de se présenter aux élections.
Justement, ça évite que les sondages ou les commentateurs fassent le travail à la place du peuple. Et donc, oui, je pense que c'est mon travail, c'est mon métier, c'est ma façon de les soutenir, qu'à être avec eux.
Quelques questions rapides, réponses rapides, s'il vous plaît, Gérald Darmanin. Les terrasses rouvrent aujourd'hui avec une jauge de 50% et des tables limitées à des groupes de 6 personnes maximum. Il y a trois préfets, Seine-et-Marne, Ardèche et Creuse, qui ont annoncé l'allègement du port du masque dans leur département avant de rétro-pédaler. Alléger le port du masque à l'extérieur ou pas ?
La réponse est non. Avec le ministre de la Santé, nous avons considéré hier qu'il était encore trop tôt pour alléger le port du masque. On a tous envie de revivre, si j'ose dire normalement, en regardant le sourire des gens que nous avons en face de nous. Nous avons demandé effectivement au préfet de retirer leurs autorisations. Ce moment viendra, il n'est pas encore venu. Aujourd'hui, c'est une grande journée pour les Français, et Saint-Guyant pour les restaurateurs que je voudrais saluer, de pouvoir retrouver un peu de liberté avec la réouverture des terrasses.
Donc on est en terrasse et masqué ?
Vous prenez votre café, j'imagine sans masque, Mme Salamé, mais une fois que vous l'avez bu, il faut la remettre effectivement.
Le haut-commissaire au plan, François Bayrou, a publié dimanche une note proposant un pacte national pour la démographie, note dans laquelle il affirme qu'assurer notre avenir démographique passe par deux voies, avoir plus d'enfants ou accueillir des personnes d'autres pays. L'apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actif retraité et donc la capacité de financement de nos systèmes sociaux, dit François Bayrou. Êtes-vous favorable, Gérald Darmanin, à l'accueil d'immigrés pour soutenir la démographie française ?
Mais il y a toujours eu des immigrés qui sont venus sur le sein national. Ce n'est pas toujours pour des raisons démographiques, mais il y en a toujours eu, il y en aura toujours et c'est une très bonne chose pour notre pays. Moi, mes deux grands-pères venaient de l'autre côté de la Méditerranée. On peut être à la fois extrêmement républicain, extrêmement français, extrêmement patriote.
Donc il faut encourager l'immigration comme le dit François Bayrou ?
Il faut pouvoir accepter l'immigration maîtrisée, ce que nous faisons. Puis il faut aussi encourager la natalité. Je pense que François Bayrou qui vient d'une famille politique qui a toujours été pro-famille. Je pense que c'est effectivement des angles morts de nos politiques publiques depuis plus de 30 ans. Comment une femme, un homme, peuvent être encouragés dans les sociétés en quels nous vivons ? Les loyers sont chers ou les temps de travail sont longs pour aller travailler par le temps de transport pour faire garder son enfant ? Je pense que c'est une question qu'on doit se poser évidemment et M. Bayrou pose de bonnes questions.
Alors, trois questions pour terminer. Vous êtes candidat au régional dans les Hauts-de-France sur la liste de La République En Marche contre le Front de la Rassembleure Nationale mais aussi contre Xavier Bertrand qui a dit cette petite phrase dans le journal du dimanche. Je ne sais pas si vous l'avez lu. Je connais bien Gérald Darmanin. Je sais que ce choix lui a été imposé par Emmanuel Macron. C'est vrai ?
Moi, je fais un choix en cohérence. Je soutiens la majorité présidentielle. Donc, je suis dernier de la liste de M. Petraszewski pour qui je voterai. Je l'ai déjà dit. Ça n'empêche pas l'amitié que j'ai pour Xavier Bertrand. Je considérais qu'il a fait un très bon travail à la région des Hauts-de-France. Mais personne n'a me dicté ce que je dois faire. que j'habite dans ma région, que je me bats contre le Front National.
Et là, vous vous battrez aussi contre Xavier Bertrand ?
Non, je me bats pour mes convictions. Au second tour, nous verrons bien. Moi, en tout cas, je ne veux pas que cette région aille au Front National. C'est l'objet de mon envie politique depuis que j'ai l'âge d'être adhérent à l'époque au RPR. J'étais très heureux d'avoir contribué à faire battre Mme Le Pen la dernière fois.
Le retour de Karim Benzema en équipe de France, c'est bien ?
Si Didier Deschamps le décide. En tout cas, c'est un immense joueur. Personne ne peut le contester. Et a tout péché miséricorde. Donc, il n'y a aucune raison de pouvoir garder, comme je peux le lire ici ou là, des commentaires. Vous savez, c'est sans doute très difficile d'être joueur professionnel. Comme tous les sportifs de haut niveau, moi, je ne les critique jamais parce que je suis incapable de faire ce qu'ils font. Et donc, moi, je dis que M. Benzema, si M. Deschamps l'a décidé, tant mieux pour la France.
Les discothèques fermées depuis plus d'un an n'ont toujours pas de date de réouverture. Le député LR de la Manche, Philippe Gosselin, a déploré la semaine dernière à l'Assemblée nationale que le gouvernement refuse de rouvrir ses discothèques, mais qu'il autorise la réouverture des clubs libertins dès aujourd'hui. Il dit, je le cite, il est bien connu que dans ces clubs, on pratique tous les gestes barrières. C'est même d'ailleurs pour ça qu'on y va. Voilà, on a surdit où nous en sommes. Fin de citation. Comment justifiez-vous ce deux poids deux mesures ? Gérald Darmanin.
Le ministre de la Santé, sans doute, a des bonnes raisons de pouvoir organiser le fonctionnement différent du déconfinement. Moi, je pense que la question surtout essentielle, c'est celle du pass sanitaire. La question du pass sanitaire, elle pose des questions qui ne sont pas simples. Parce qu'il y a notamment des gens qui ne peuvent pas se faire vacciner pour plein de raisons et qui pourraient ne pas accéder à un certain nombre de voyages, par exemple, ou d'endroits plus sympathiques. Ou de clubs libertins. Ce qui est certain, c'est que nous devons accepter l'idée qu'on doit être cohérent. Et je dis à M.
Gosselin, parce que j'ai souvent vu ça à la Semaine Nationale, lorsque vous ouvrez, on vous dit que vous devez trop vite et que vous mettez en danger les Français. Lorsque vous fermez, vous dites que vous n'ouvrez pas assez et c'est absurde dans vos décisions. Voilà, un peu de soutien, un peu d'union nationale ferait du bien à tout le monde.
Vous allez aller au cinéma, vous allez voir un concert, vous allez fêter la réouverture des lieux culturels ou le ministre de l'Intérieur n'a pas le temps ?
Il essaiera d'avoir un petit peu de temps pour sa famille, effectivement, de pouvoir bénéficier de ce qu'il fait de celle de la France, c'est-à-dire la culture, en effet.
Il y a tout le gouvernement qui est aux terrasses des cafés. Jean Castex, Emmanuel Macron, on voyait Bruno Le Maire tout à l'heure.
Jean Castex et Emmanuel Macron qui sont en terrasse de café actuellement, on le voit sur les télévisions, non masqués.
Oui, parce qu'ils boivent leur café, je vois le président en train de boire son café.
Oui. Ils discutent aussi. Non masqués.
Vous n'allez pas mettre un policier derrière le président de la République. J'ai préféré prendre mon café avec vous ce matin sur France Inter. Je vous remercie de votre invitation.
Merci à vous Gérald Darmanin. Merci d'avoir été au micro d'Inter et d'avoir dialogué avec nos auditeurs. 8h45.
France Inter
Gérald Darmanin