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Discours / meetingNathalie Arthaud· 3 avril 2017 6 minAutoproduitActualité / polémiqueSantéTravail & emploiÉconomie & entreprises

Claire Rocher, infirmière au CHU de Dijon

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 85 %Défensif 15 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:00Claire ROCHERFait
    « Les exemples que je vais donner proviennent tous de l’hôpital de Dijon où je travaille car ce qui se passe dans cet établissement de 7 000 personnes est à l’image de ce qui se passe dans les autres hôpitaux du pays »
  • 0:00Claire ROCHERChiffre
    « Tous les nouveaux embauchés des Services Techniques sont des CDD, certains le sont depuis 3, 4 à 5 ans »
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    « La Direction essaie de se débarrasser de ces services en les donnant à des sous-traitants »
  • 0:00Claire ROCHERFait
    « Les directeurs des hôpitaux sont les militants de cette évolution, et l’expriment d’ailleurs crûment dans une lettre adressée au futur président de la république, où dans 17 propositions, qu’ils nomment « New Deal des CHU » »
  • 0:00Claire ROCHERFait
    « ils demandent la création d’un label international : « France University Hospital » pour créer à partir de tous les hôpitaux dument audités – un produit international attractif »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Claire ROCHER Les exemples que je vais donner proviennent tous de l’hôpital de Dijon où je travaille car ce qui se passe dans cet établissement de 7 000 personnes est à l’image de ce qui se passe dans les autres hôpitaux du pays, y compris dans ceux d’Ile-de-France. Même si les rythmes de transformations ne sont pas les mêmes, la politique générale est identique : sous prétexte de modernisation, transformer les hôpitaux en produit vendable, « à l’international » comme ils disent. Lors du mouvement de grève nationale de la Santé et de la Fonction Publique, tout le monde s’est exprimé, aussi bien dans le rassemblement que dans la délégation qui a envahi les bureaux de la Direction, exprimant une colère évidente dont je vous fais part.

Tous les nouveaux embauchés des Services Techniques sont des CDD, certains le sont depuis 3, 4 à 5 ans, le chantage de la Direction aux heures supplémentaires et aux remplacements impromptus des week-ends est permanent. La Direction essaie de se débarrasser de ces services en les donnant à des sous-traitants, tout comme le nettoyage des parties communes de l’hôpital est déjà sous-traité par des entreprises de nettoyage privées. Une ASH racontait qu’elle pouvait commencer les chambres de Dermatologie à 7 h, puis être envoyée en Maladies infectieuses à 10 h aider pour les sorties, et aller en Médecine interne, sans jamais avoir pu finir le boulot dans aucun des services.

Il faut tout laisser en plan pour aller dépanner à l’autre bout du CHU. Les chambres ne sont presque plus jamais faites à fond. Cette tendance à se débarrasser de tout ce qui n’est pas le cœur du métier est général à toutes les entreprises.

Sauf que pour nous personnel hospitalier, le cœur du métier, ce sont des êtres humains, des gens angoissés, souvent ! abattus, souvent ! inquiets de toute façon, et notre travail consiste à les soigner techniquement mais surtout de ne pas rajouter au stress !

La nouvelle directrice, envoyée il y a 2 ans pour redresser les comptes de l’hôpital, applique des directives étatiques qui sont un vrai plan de bataille contre les personnels et les patients. Sa première démarche a été de recenser toutes les dépenses des services pour faire ensuite des plans d’économies et prioriser les activités rentables. Depuis, ce n’est qu’une réorganisation générale permanente à coup de plans d’activités et de nouvelles maquettes organisationnelles.

Qui fait quoi et quand, difficile de le savoir. Les horaires sont devenus un vrai casse-tête, jour après jour, c’est un travail d’équilibriste pour arriver à faire les tâches et les soins élémentaires, ceux qui sont obligatoires, laver et faire manger les malades, assurer les soins, entretenir les locaux et les appareils, pour tous c’est la course à l’aveugle, sans jamais voir le bout. Cette pression est devenue le modus vivendi insufflé par les administrateurs en tous genres.

Des sommes considérables sont consacrées à mettre en place des audits sur tout, afin d’obtenir des accréditations qui permettent d’attirer des patients en grand nombre, venus d’ailleurs par exemple, ou de faire la réputation de l’établissement. Avoir le « prix d’excellence » est devenu vital car tous les hôpitaux sont désormais endettés jusqu’au cou auprès d’investisseurs dont le but est de récupérer tous les hôpitaux sont désormais endettés jusqu’au cou auprès d’investisseurs dont le but est de récupérer une rente à vie par le biais des intérêts. Sous prétexte de modernisation tous les établissements ont été contraints par l’État de passer sous la férule de la finance : depuis, un hôpital doit ressembler le plus possible à une entreprise d’automobile.

Transformé ainsi, un établissement acquiert une valeur comptable sur lequel il est plus facile de spéculer. 80% de toutes ces transformations, le nombre des administratifs en augmentation de près de 2O%, les cabinets d’audits qui fleurissent et la déstructuration presque systématique des services n’ont qu’une seule et unique raison d’être, permettre à la finance d’y pénétrer afin qu’ils se transforment en un produit rentable. Les directeurs des hôpitaux sont les militants de cette évolution, et l’expriment d’ailleurs crûment dans une lettre adressée au futur président de la république, où dans 17 propositions, qu’ils nomment « New Deal des CHU » - pas moins – ils demandent la création d’un label international : « France University Hospital » pour créer à partir de tous les hôpitaux dument audités – un produit international attractif.

Produit qui se vendrait sans doute aux plus riches de la planète Au moins, ils ne cachent pas leurs intentions de récupérer le secteur de la Santé afin de le vendre à l’international. D’en faire un produit de luxe alors qu’à l’origine il était au contraire au service de la collectivité. Toute la collectivité.

Aujourd’hui, si les hôpitaux rapportent quelque chose, ce ne sera pas à la population !