Michel Barnier, une censure inéluctable ? - Ian Brossat est l'invité des 4V du 30 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Bonjour, Yann Brossard. — Bonjour. — Merci d'être avec nous ce matin. On entendait dans le journal de 7h30 cette interview de Volodymyr Zelensky, qui semble prêt à des concessions pour peut-être aboutir à un cessez-le-feu. En tout cas, il l'espère, une fin de la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Qu'est-ce que vous en pensez de ces déclarations ?
— Je pense que c'est la voie de la raison. C'est une bonne chose, une bonne nouvelle. C'est bien la preuve que la guerre n'est pas le seul chemin possible et qu'une perspective de paix, contrairement à ce que certains nous expliquaient parfois, est une perspective possible pour l'Ukraine, pour la Russie. Et c'est évidemment une bonne nouvelle pour ces pays-là, mais pour le monde entier.
— Mais cette guerre, ce n'est pas lui. C'est Vladimir Poutine qui l'a déclenché. Accepter donc de céder une partie de son territoire, c'est accepter finalement que la force l'emporte.
— La paix est toujours le fruit de compromis. Et donc, en l'occurrence, qu'on avance sur le chemin de la paix est une bonne chose. Je souhaiterais que ça inspire d'autres dirigeants. Et quand on voit le carnage qui a lieu en ce moment à Gaza, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on aimerait qu'un cessez-le-feu là-bas aussi soit demain possible.
— M. Zelensky se dit prêt à faire des concessions, ce qui nous amène par cette transition à d'autres concessions, celles que fait Michel Barnier, vous devez sans doute me dire, au Rassemblement national. Mais en tout cas, il essaye lui aussi de trouver des compromis pour sauver son gouvernement. Vous, vous êtes pour que la semaine prochaine, il y ait une motion de censure qui soit votée, ou la semaine suivante, ou celle d'après, et qui fasse tomber ce gouvernement ?
— Aujourd'hui, ce que je vois, c'est que le Premier ministre écoute pour l'essentiel les propositions du Rassemblement national. Il est dans une espèce de mano à mano.
— Vous n'étiez pas pour la baisse de la taxe sur l'électricité ?
— Enfin, en l'occurrence, c'est une fausse baisse, puisqu'en réalité, les taxes sur l'électricité vont malgré tout augmenter. Donc cette promesse est une promesse en carton-pâte. Ce que je vois, c'est que ce budget est un mauvais budget, qu'il y aura 4 000 suppressions de postes d'enseignants, qu'il y aura l'augmentation du prix des consultations médicales et des médicaments. Et donc au final, ça n'est pas un bon budget pour les classes populaires, pour les classes moyennes, pour tous ceux qui travaillent. Donc bien sûr, il faut censurer ce gouvernement pour tourner la page de ces politiques qui ont été rejetées par les électeurs aux dernières élections de l'État.
— Le Sénat auquel vous appartenez, vous êtes sénateur communiste, lui, trouve que ce budget est très bien, celui de la Sécurité sociale aussi bien que la loi de finances. Il a tort, le Sénat. C'est une institution qui est à côté de la plaque.
— Mais vous savez, les mêmes sénateurs, les sénateurs de droite en l'occurrence, qui sont majoritaires au Sénat, ils ont par exemple voté en faveur de 7 heures de travail gratuits, 7 heures qui ont heureusement été finalement retoquées par le gouvernement, tellement ça suscitait un tollé. Moi, je vais vous dire, je pense que toutes ces politiques-là, les Français n'en veulent plus. Et d'ailleurs, lorsqu'ils ont la possibilité de s'exprimer par les urnes, ils le disent. Simplement, dans ce pays, le suffrage universel n'est plus respecté. Et on a aujourd'hui un gouvernement qui ne tient aucun compte de ce que les Français ont massivement dit à l'occasion des élections législatives.
— On en parlait dans le journal. Quel crédit accordez-vous au maintien de la note A à moins, décidée par l'agence de notation Standard & Poor's ? Le poids des agences internationales, le poids des marchés financiers, est-ce que, malgré tout, ça doit compter pour conduire la politique de la nation française ?
— En tout cas, c'est la preuve qu'ils n'ont pas eu encore le temps de ruiner totalement ce pays et que la France est, malgré tout, un grand pays. — Donc c'est plutôt un point... — Ce que je vois, là, c'est la situation financière. Mais pour ce qui est de la situation économique, elle est extrêmement préoccupante. On parle de 250 plans sociaux, de 200 000 emplois qui sont aujourd'hui menacés. Et c'est la raison pour laquelle, avec les parlementaires communistes, nous disons, par exemple, qu'il faut interdire les licenciements boursiers.
Personne ne peut comprendre qu'on est aujourd'hui de très grandes entreprises qui touchent des aides publiques et qui licencient à tout va, alors même qu'elles font des bénéfices et qu'elles gavent leurs actionnaires. Et donc, à un moment donné, il y a besoin de remettre un peu de rationalité dans tout cela. Et je souhaite qu'on ait demain un gouvernement qui nous permette d'avancer dans cette voie.
— Un gouvernement, par exemple, qui pourrait avoir une clause de non-censurabilité, comme l'a proposé Boris Vallaud, le président du groupe PS à l'Assemblée, qui dit que ça pourrait être un gouvernement de gauche. On pense par exemple à Bernard Cazeneuve. Vous, vous auriez cette possibilité de reconnaître un gouvernement, de ne pas censurer un gouvernement qui serait tenu par une personnalité de gauche ?
— Ce qu'il faut, c'est un gouvernement qui tourne la page de ses politiques. Évidemment qu'il faut tenir compte du fait que nous n'avons pas la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Mais il faut des mesures d'urgence qui montrent qu'on tourne la page. C'est l'abrogation de la réforme des retraites, voulue par 80% des Français, l'augmentation du SMIC et des salaires, le retour du service public, l'école, l'hôpital, qui sont aujourd'hui sacrifiés. Un certain nombre de mesures fondamentales qui montrent aux Français qu'on a entendu le message des dernières législatives.
— Il y a un débat qui monte, c'est la responsabilité d'Emmanuel Macron dans la crise politique que nous vivons. Est-ce que vous êtes de ceux, ceux du cas des Insoumis, par exemple, qui réclament aujourd'hui sa démission ?
— Vous savez, je pense qu'il faut prendre les étapes les unes après les autres. L'étape qui vient, c'est la question de la survie du gouvernement. Et c'est tout faire pour tourner... — Et c'est la seule étape, donc, pour M. Macron ? — Tourner la page, tourner la page de ce gouvernement et de ses politiques, c'est pour moi l'urgence, parce que c'est ce qui permettra aux Français d'aller mieux tout de suite. — Donc vous ne demandez pas... — Donc l'urgence, c'est respecter le verdict des urnes aux dernières législatives.
— On comprend à travers votre réponse que vous ne demandez pas ce que demandent notamment les Insoumis. On en vient à Paris. Pourquoi ? Parce que vous êtes président du groupe communiste à Paris, que vous avez longtemps été adjoint d'Anne Hidalgo et qu'elle a annoncé cette semaine qu'elle ne se représenterait pas en 2026. Vous étiez au courant ?
— Oui, j'étais au courant parce que je discute avec elle et que nous avons des relations de confiance depuis fort longtemps, d'ailleurs.
— Est-ce que vous êtes candidat à sa succession ?
— En tout cas, je suis disponible pour mener une liste d'union des forces de gauche et de l'écologie, parce que je pense que nous avons besoin de maintenir cette ville du côté des valeurs progressistes. Paris, c'est une ville qui est à l'avant-garde de l'écologie, une ville mélangée, une ville mixte. Socialement, elle doit le rester. Et je ne me fais pas à l'idée que les vents mauvais qui soufflent à l'échelle nationale, la droite, l'extrême droite, finissent par avoir des conséquences sur Paris. Paris doit rester un pôle de résistance. C'est à l'extrême droite. Et j'ai envie de me battre pour ça en 2026, je vous le confirme. — Mais en confisant la liste des municipales,
parce qu'il y a quand même une sacrée concurrence. Il y a l'ancien premier adjoint Emmanuel Grégoire. Il y a M. Rémi Ferrault, qui est également aujourd'hui adjoint et qui a été adoubé en quelque sorte par Anne Hidalgo. Ça fait beaucoup. — Moi, ce que je souhaite, c'est l'union.
Et je vous le confirme. Je pense que je suis le plus à même de tirer une liste d'union victorieuse pour les prochaines élections municipales à Paris. J'ai envie de me battre pour nos valeurs, pour notre identité, pour notre mode de vie à Paris. Et je ne veux pas que notre ville soit fragilisée par la droite et par l'extrême droite qui, aujourd'hui, domine à l'échelle nationale.
— Donc vous serez candidat, c'est ce qu'on comprend. Est-ce que, lorsque vous serez candidat, vous rendrez la cathédrale Notre-Dame, qui va donc réouvrir la semaine prochaine officiellement, payante, comme le souhaite, par exemple, Rachida Dati, la ministre de la Culture ?
— Je pense que c'est une très mauvaise idée, que Mme Dati pense peut-être que tout s'achète et tout se vend. Mais je pense qu'en l'occurrence, l'accès à une église ou une cathédrale en France... — C'est pour une bonne cause. On précise quand même que c'est pour rénover, notamment les édifices religieux en France. — Oui, bien sûr. Vous savez, à chaque fois qu'on invente un impôt supplémentaire ou une redevance supplémentaire, on explique toujours que c'est pour une bonne chose ou pour une bonne raison. Je pense que ça n'est pas une bonne idée que l'entrée dans la cathédrale doit rester gratuite.
Et je voudrais en profiter, puisqu'on voit les images, le reconnaître aujourd'hui, je pense que c'est important.
— Et en termes de reconnaissance, vous reconnaissez aussi qu'Emmanuel Macron a gagné en quelque sorte un pari qu'il avait lancé et qui semblait un peu fou à l'époque de l'incendie en disant « Dans 5 ans, ce sera... »
— Écoutez, s'il ne pouvait faire que ça, ce serait très bien.
— Eh bien, voilà ce que vous avez dit ce matin. Merci beaucoup. — Merci à vous. — Yann Brossat. Et c'est la suite de Télématin et du Télétemps, bien sûr.
— Exactement. On vous attend pour danser tout à l'heure. Jeff, merci à Sophie Chet qui a traduit cette interview.
— Non, non, c'est pour Verra, Jeff, c'est obligatoire.
— Vous pouvez rester, Yann Brossat, qui est donc candidat à la succession d'Annie Delgou.
Ian Brossat