Antisémitisme, dissolution, législatives... L'interview de Yaël Braun-Pivet en intégralité
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BFM Politique, Benjamin Duhamel. A 20% si l'on projette en siège, vous obtiendriez seulement entre 90 et 110 sièges. Vous dites quoi, Emmanuel Macron ? Chapeau l'artiste.
Je suis désolée, monsieur Duhamel, mais moi, je ne peux pas commencer là-dessus. On vient de regarder le journal de votre chaîne et le journal a commencé sur ce qui vient de se passer sur l'antisémitisme.
Et on a prévu, évidemment, d'y consacrer une importante partie dans cette émission.
Oui, mais moi, je ne peux pas commencer sur le commentaire des sondages, sur le commentaire de la décision du président de la République. Le commentaire, c'est aussi un sujet qui intéresse les Français, Yael Brancé. Je m'en doute et j'en parlerai volontiers après. Mais je crois qu'aujourd'hui, ce qui joue dans notre pays, ce n'est pas de commenter tel ou tel sondage. C'est de se lever, de se dresser contre l'antisémitisme, de se dresser contre la haine de l'autre, de rappeler à chacun qu'en France, il n'y a qu'une communauté. La communauté nationale. Vous savez, moi, avec le président du Sénat, le 12 novembre dernier, nous avons appelé les Français à marcher.
À marcher pour la République, à marcher contre l'antisémitisme. Et nous avions dit à la fin de notre appel, la France ne serait pas la France si elle ne nous entendait pas. La France nous a entendus le 12 novembre. Alors, les Français sont venus par dizaines de milliers. Nous étions plus de 200 000 à marcher dans toute la France. Dans ces manifestations, il n'y avait qu'un mot d'ordre pour la République, contre l'antisémitisme. Dans ces manifestations, il n'y avait qu'un drapeau. Le drapeau français, le drapeau tricolore, le drapeau bleu-blanc-rouge.
Et ça n'a pas empêché, il y a le bon humain, que ce genre de drame arrive, comme ce qui s'est passé à Courbevoie, que vous évoquiez. Cette fillette de 12 ans violée parce qu'elle était juive. C'est un échec collectif, ce qui s'est passé à Courbevoie ?
Justement, il y a une dérive de notre société que nous ne pouvons pas laisser passer. Il y a des actes que nous ne pouvons pas tolérer. Il y a des propos qu'il ne faut plus accepter.
Lesquels ?
Et donc, moi, j'ai été, comme vous le savez, à plusieurs reprises, victime directe, en tant que présidente de l'Assemblée nationale, quatrième personnage de l'État, victime directe de faits antisémites. Il ne faut pas accepter ça. Et je sais que les Français ne sont pas antisémites. Donc, dressons-nous, levons-nous, marchons à nouveau contre l'antisémitisme et contre la division de notre société.
Juste pour que les choses soient claires, qui est-ce que vous ciblez quand vous dites qu'il y a des propos qui ont été tenus aujourd'hui ? Cet antisémitisme, sur le champ politique, il vient d'où ? Est-ce qu'il vient de la France insoumise ? Est-ce qu'il vient du Rassemblement national, quand on voit les propos tenus par un certain nombre de candidats qui ont été investis ? Il vient d'où ?
J'ai entendu sur votre antenne à nouveau, puisque j'ai écouté attentivement, l'avocate de cette jeune fille parler. Et l'avocate de cette enfant relatait que les agresseurs parlaient du conflit entre Israël et le Ramas, cette organisation terroriste, qu'ils assimilaient le soutien à Israël à des faits de génocide, d'une association à ce qui se passe aujourd'hui. On voit bien qu'il y a une grande confusion des esprits, et que cette confusion des esprits, évidemment, est entretenue par certains sur l'échiquier politique. On les connaît tous. Il s'agit de la France insoumise, on peut les nommer. Je vous ai parlé de la marche pour la République contre l'antisémitisme.
Le seul parti à ne pas venir à cette marche, c'est la France insoumise. Le seul parti qui, à l'Assemblée nationale, depuis des mois, consacre l'intégralité de ces questions au gouvernement, à ce qui se passe à Gaza, qui continue à bordéliser l'Assemblée nationale en affichant des drapeaux qui ne sont pas nos drapeaux nationaux. Regardez...
Emmanuel Macron non plus n'était pas présent à cette marche.
Regardez, le parti d'Emmanuel Macron était représenté par moi-même, puisque j'appartiens à ce parti et à cette majorité, par la Première Ministre qui était présente à mes côtés, par l'ensemble du gouvernement. Donc la majorité présidentielle était très largement représentée lors de cette marche. Juste avant de donner la parole à Pauline Théveniot... Je termine une chose sur les drapeaux. Regardez le moment où la NUPES, nouvelle version, se reconstitue. Moi, je n'ai pas vu de drapeaux français, j'ai vu des drapeaux palestiniens. Eh bien, ça n'est pas ça, ma conception de la communauté nationale.
Juste avant de donner la parole à Pauline Théveniot, pour bien comprendre, ça veut dire que vous considérez qu'il y a une responsabilité de la France insoumise dans l'explosion de ces faits antisémites ?
Il y a une responsabilité de tous ceux qui ne sont pas clairs dans leurs propos, de tous ceux qui attisent la haine de l'autre, de tous ceux qui cherchent à importer un conflit qui se déroule à l'étranger, sur notre territoire, et qui ne savent pas où sont les vraies valeurs, et qui, manifestement, n'ont pas bien compris ce qu'était la République, la République française.
Pauline Théveniot.
Alors justement, hier, Marine Le Pen a signé une tribune dans le Figaro, où elle pose le problème en ces termes, je la cite. Combien de temps allons-nous tolérer les objections de l'extrême gauche sur l'antisémitisme ? Vous vous dites, elle a raison, vous vous dites, c'est l'hôpital qui se moque de la charité, compte tenu des dérapages de certains de ses candidats.
Alors, je serais évidemment tentée par la deuxième version. Évidemment, moi, c'est là où je, quand je parle de confusion des esprits, c'est de cela aussi que je parle, et c'est le Rassemblement national. Moi, je veux bien qu'on dise, l'histoire du Rassemblement national, n'en parlons pas. Mais on peut quand même en parler un peu. On peut quand même se dire, vous savez, moi, je sais d'où je viens. Je sais d'où ils viennent. Moi, je viens d'une famille de républicains. Je viens d'une famille de résistants. Moi, mon grand-père, il n'était pas français. Il n'était pas français pendant la guerre. Il était juif. Qu'est-ce qu'il a fait ? Il s'est engagé dans la Légion étrangère.
Après, une fois que l'armistice a été fait, il a rejoint la résistance. Il s'est battu, il a pris les armes pour défendre un pays qui n'était pas le sien, mais pour une cause qui était plus importante que lui. Et après la guerre, il a été médaillé de la résistance. Et c'est comme ça que ma famille est devenue française. Et cette France, cette République, c'est celle-là que nous cherchons.
Et donc, ce que vous dites, c'est que Marine Le Pen ne peut pas incarner cette voie-là contre tenue de son histoire ?
Je ne dis pas. Je ne dis pas ça. Je dis simplement, regardons d'où l'on vient. Et je dis simplement… Mais c'est un peu elliptique.
Pardon, Yael Brunpivé, vous dites. Certains disent qu'il ne faut pas parler de l'histoire. Mais alors, parlons-en. Donc, très concrètement, est-ce que vous considérez que Marine Le Pen n'est pas bien placée pour dire ce qu'elle dit ?
On dirait que le Rassemblement national a été fondé par Jean-Marie Le Pen, qui a été condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites. C'est la juste réalité. Et tout le monde sait qu'aujourd'hui, au Rassemblement national, ou au Front national, comme on veut l'appeler, il y a eu certains individus qui sont issus de cette mouvance d'extrême droite nationaliste et antisémite, que plusieurs d'entre eux ont déjà été condamnés, et qu'il y a des candidats qui ont été investis, qui tiennent encore des propos ouvertement antisémites. Donc, ne nous voilons pas la face.
Aujourd'hui, le rempart à l'antisémitisme sur notre territoire, c'est la troisième force que nous représentons, le bloc des Républicains, qui va des Républicains, le parti tendance historique, nous-mêmes.
Et on va en parler dans un instant. Une dernière question d'Amandine à ce sujet. Vous parliez de confusion des esprits. Est-ce que Serge Klarsfeld, à vos yeux, y participe ? Parce qu'il est très connu des Français, chasseur de nazis, fils de déportés. Et il dit que s'il était confronté à un choix entre la France insoumise et le Rassemblement national, il choisirait le Rassemblement national parti pro-juif.
Il fait une erreur en disant cela ? Nous sommes d'accord que son premier choix, et c'est ce qu'il a exprimé, se porte vers la troisième voie et le troisième bloc que nous représentons.
Dans le cadre d'un duel entre le Rassemblement national et la France insoumise.
Serge Klarsfeld, au premier tour, votera au centre. Et c'est tout à son honneur. Et il a bien raison de faire ainsi. Et moi, j'appelle nos compatriotes à faire de même.
Il n'y a rien au fait que s'il est confronté au choix... Vous savez, mais les si, les si, les si...
Attendez, non, non, non, non, pardon Yelbon, c'est un sujet important qui a suscité beaucoup d'émoi. Je sais. De la part de personnes qui regardent avec attention ce que peut dire Serge Klarsfeld, qui est une grande conscience, compte tenu de l'histoire qui a été rappelée par Amandine Atalaya, est-ce que cela vous choque qu'ils disent que dans le cadre d'un second tour, entre le Rassemblement national et la France insoumise, ils choisiraient le RN parti pro-juif, ce qui est donc précisément l'inverse de ce que vous venez de nous dire il y a quelques instants ?
Eh bien oui, parce que je considère que le RN n'est pas un parti pro-juif. Mais en fait, ce qui est hallucinant, c'est qu'on me fait dire cette phrase-là. Quel est le pays dans lequel nous voulons vivre où on commence à se dire tel parti est antisémite, tel parti est pro-juif ? Est-ce que c'est ça la France de 2024 où on se positionne en fonction de ça ? C'est dingue ! Notre pays est un pays laïque. On ne doit pas juger les gens en fonction de leur religion. Les positionnements politiques sur quel est notre projet pour la France ne doivent pas être fondés principalement sur l'appartenance à telle ou telle identité religieuse. C'est une folie. Ce n'est pas notre pays.
Notre pays est un pays républicain, laïque. La religion ne doit pas être la ligne conductrice du choix de vote des électeurs. En tout cas, ce n'est pas cette République-là qui est celle que je chéris.
On vous a entendu. Je rappelle que l'on voit à l'écran ces images du rassemblement qui a lieu en ce moment à Courbevoie, en hommage à cette fillette violée parce qu'elle était juive. Elle a 12 ans. Ce rassemblement qui a lieu en cours, qui a lieu en ce moment. Je repose donc la question qui était la mienne, Yaël Braun-Pivet. On va peut-être revoir le sondage pour ceux qui nous rejoignent à l'instant. Sondage qui vous est extrêmement défavorable. 36% pour le rassemblement national, 20% pour ce bloc central que vous représentez, c'est-à-dire à peine une centaine de sièges si l'on fait des projections. Et je répète donc ma question. Vous dites quoi Emmanuel Macron ?
Est-ce que vous lui dites chapeau l'artiste quand on voit ce résultat ?
Alors déjà, je vous dis en premier lieu que la projection de sièges sur des scrutins avec un scrutin en deux tours dans 577 circonscriptions ne veut pas dire grand-chose. Si on avait adopté la proportionnelle intégrale, je souscrirais peut-être cette projection de sièges.
Même si on met de côté la projection des sièges, vous êtes à 20%, le rassemblement national est à 36%.
Eh bien ça m'invite à faire campagne de façon acharnée pendant encore 6 jours, ce que je fais sur le terrain et dans les plateaux, pour convaincre les Français qu'il faut absolument voter pour la troisième force que nous représente.
Mais vous êtes optimiste quand on voit ces résultats-là. Il y avait une forme de pari de la part du Président qui disait qu'il va y avoir une clarification, au fond, sentiment d'urgence. En l'État, quand on regarde les sondages, cette clarification-là, en tout cas, elle est plutôt en votre défaveur.
La clarification qui était souhaitée par le Président de la République, elle a lieu sous nos yeux. C'est le choix qu'a fait le Président des Républicains de s'allier au Rassemblement national. Et donc c'est l'explosion des Républicains, puisqu'il n'a pas été suivi par l'ensemble des élus républicains, des grands élus de la République, que peuvent être Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Annie Gennevard, etc. Et donc ça, on voit bien que les Républicains ont clarifié ce qu'ils étaient et qu'ils sont profondément républicains.
Pourquoi vous êtes largué à 20% comme ça, à 16 points derrière le RN ?
On n'est pas largué. Moi, je n'aime pas ce vocabulaire à nouveau. On est clairement une force démocrate, responsable, raisonnable. Et là, nous avons encore une semaine de campagne pour convaincre les Français. Nous sommes passés d'un vote aux européennes qui était à 14-15%. Nous sommes aujourd'hui à 20%. Eh bien, moi, je considère que la semaine qui vient va nous permettre de continuer à remonter, à faire mentir les sondages et les projections que vous nous montrez. Ah, vous allez faire mentir les sondages ? Eh bien, en tout cas, c'est à ça que je vais m'employer jour et nuit, matin, midi et soir. Je ne veux pas faire mentir les sondages. Les sondages, ça ne m'importe pas.
Ce qui m'importe, c'est le résultat des élections, c'est le bulletin que les Français mettront dans les urnes. Et moi, j'appelle les Français à voter pour la République dimanche prochain. Pour la République, celle qu'on aime.
Vous dites avoir de l'espoir, mais il est de l'autorité publique que vous étiez opposé à ce choix du président, à cette dissolution. Et vous avez d'ailleurs demandé un entretien avec lui. L'Élysée a publié une photo où l'on vous voit visiblement dépité. Je crois que c'est le mot qu'on peut employer. Quand le président vous apprend cette nouvelle, qu'est-ce que vous... Voilà, on voit la photo de cet entretien que vous avez sur la terrabe de l'Élysée. Avec Emmanuel Macron, qu'est-ce que vous lui dites à ce moment-là ?
Alors, c'est un entretien, effectivement, que nous avons en tête à tête après l'annonce de la dissolution au cadre de la majorité. Et moi, je souhaite que nous puissions en discuter, puisque je suis la présidente de l'Assemblée nationale en tête à tête. C'est ce que nous faisons. Et moi, c'est de notoriété publique, et je l'assume parfaitement. J'essaye de le convaincre qu'il y a une voix, l'Assemblée nationale, pour une coalition des personnes qui ont la même vision que nous de la République. Et donc, j'essaye de le convaincre. Je n'ai pas réussi à le faire. C'est peut-être mon plus grand regret. Non pas que je regrette...
Non pas que je regrette de revenir aux urnes, parce que, vous savez, dans une démocratie, on ne peut pas, quand on est responsable politique, quand on est élu du peuple, se plaindre de revenir aux urnes. Moi, je suis, et c'est la raison pour laquelle je suis candidate, je vais tous les jours devant les électeurs, et dimanche, je sollicite leur suffrage. Donc, je suis très démocrate et soucieuse de la voix du peuple et de l'entendre. Maintenant, moi, je pensais qu'il y avait un autre chemin. Je l'ai exprimé, je l'assume.
Cet autre chemin, il passe aujourd'hui par les urnes, mais il existe toujours, parce que c'est l'autre chemin des Républicains et des responsables qui veulent s'allier pour porter les mêmes valeurs que nous,
et surtout pour ne pas conduire la France à la ruine, parce que quand vous regardez les programmes, on ne va y venir à la forme de cette consultation. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été consulté comme la Constitution l'exige et le demande, ou est-ce que ce président vous a mis devant le fait accompli, comme Gérard Larcher, par ailleurs ?
Vous savez, la consultation prévue par la Constitution, elle est ce qu'elle est, et ce qui a été fait respecte parfaitement les formes de la Constitution. Moi, je suis très attachée aux institutions. Les consultations ont été faites, elles sont prévues par l'article 12. Le président m'a consultée, il a consulté le président du Sénat, il a pris sa décision en conscience, c'est le président de la République, la Constitution lui confère ce pouvoir, il l'a utilisé.
C'est ça qui est respecté de l'institution.
Question de Pauline Théveniou.
Oui, l'un des scénarios après ce scrutin, c'est qu'aucune des forces n'ait suffisamment de siège à l'Assemblée, une majorité suffisamment solide pour composer un gouvernement stable, et donc c'est celui d'un pays ingouvernable. Dans ce contexte, Marine Le Pen dit qu'Emmanuel Macron, s'il y a une crise politique, parce que les institutions sont bloquées et qu'il n'y a pas de gouvernement possible, qu'Emmanuel Macron, il sera obligé de démissionner, il n'aura pas le choix. On comprend pourquoi, tactiquement, elle, elle dit ça, elle veut faire un référendum pour ou contre Macron. Mais, de fait, est-ce qu'elle n'a pas raison quand elle dit que cette hypothèse sera finalement inévitable ?
Elle a tort. Elle a tort pour plusieurs raisons. D'une part, comme vous le savez, le président de la République a été élu en 2022 pour cinq ans. Donc, 2022, c'est il n'y a pas si longtemps que ça. C'était il y a deux ans. Et les Français ont exprimé clairement leur choix. Et nous sommes tous au courant, puisque les Français avaient voté pour, que nous avons affaire à un quinquennat. Donc, il n'y a aucune raison de confondre les élections et de faire le grand amalgame entre les élections. Les Français sont des gens intelligents. Ils ont voté aux Européennes et il y a eu ces résultats-là. Aujourd'hui, il s'agit des législatives. Ça n'est pas le même scrutin. Ça n'est pas les mêmes enjeux.
Mais attendez, qu'est-ce qu'on ne les prend pas pour des imbéciles ? Ils ont voté en 2022 pour le président de la République. Le pays ? Qu'est-ce qu'il restera comme l'objet pour débloquer la situation ? Moi, quand j'ai pris la tête de l'Assemblée nationale, avec une majorité relative, d'aucuns me disaient que cette Assemblée nationale serait ingouvernable. C'est ce qu'on m'a dit. Et on m'a dit « Bonne chance, bon courage ».
C'est ce que disent aujourd'hui les membres de la majorité pour justifier la dissolution.
Moi, je suis fière de ce que j'ai fait à l'Assemblée nationale. Avec Elisabeth Borne, Première ministre, avec Gabriel Attal ensuite, nous avons voté plus d'une centaine de textes. Mais surtout, moi, j'ai réussi à dresser des ponts entre les uns et les autres. On a créé ce qu'on a appelé des semaines transpartisanes, où les groupes d'opposition et de majorité ont présenté des textes en commun qui ont amené à des votes à l'unanimité. Moi, j'ai été la présidente qui a parlé à tout le monde et qui a fait fonctionner cette Assemblée que les Français ont voulue.
Donc demain, il faudra et nous reviendra la mission et la tâche de faire fonctionner cette Assemblée, même si elle est dite ingouvernable, parce qu'elle sera le choix des Français. Et c'est cela qu'il faut respecter, le choix des Français.
Je me permets une question ?
Vous avez le droit, oui. C'est gentil, merci de m'y autoriser.
Le scénario dont parle Pauline et qui, encore une fois, semble se dessiner dans les sondages, ce n'est pas une situation comme vous l'avez connue pendant effectivement deux ans, où vous avez une 250 députés et une majorité relative avec cette volonté d'aller chercher des alliés. C'est trois blocs d'une taille diverse et l'impossibilité de trouver des accords, que si un gouvernement est nommé, il soit immédiatement renversé après une motion de censure. C'est de ça dont on parle. Est-ce qu'à la fin des fins, il n'y aura pas un scénario où la seule possibilité pour débloquer le schéma institutionnel serait une démission du président de la République ?
À nouveau, cette impossibilité, c'est ce dont vous parlez à travers des sondages, des projections complètement hypothétiques. Donc vous ne croyez pas à une Assemblée ingouvernable ? Moi, en tout cas, je ne crois jamais à l'échec tant que je n'ai pas fait tout mon possible pour qu'il n'arrive pas. Et donc si l'Assemblée est dans le contexte que vous décrivez, eh bien moi, en tant qu'ancienne présidente de l'Assemblée nationale, je me battrai matin, midi et soir aussi pour qu'elle fonctionne, parce qu'elle résultera du choix des Français. Et que de toute façon, M. Duhamel, la Constitution nous dit qu'on ne pourra pas la changer.
Et donc, pendant un an, c'est cette Assemblée qui s'imposera à nous. Et bien justement, il y a une bonne idée. Donc il faudra bien la faire fonctionner. Nous n'aurons pas le choix.
On fait une courte pause et on parle...
Pour ne pas faire les enfants gâtés du suffrage universel, vous savez, les Français vont choisir. Eh bien nous devrons en prendre acte et faire avec.
Et on parle, juste après cette courte pause, des possibilités que vous auriez pour tenter de gouverner. Restez avec nous dans BFM Politique. La présidente sortante de l'Assemblée nationale, Yael Broun-Pivet, invitée de BFM Politique. Yael Broun-Pivet, avant de continuer cet entretien, une question d'un téléspectateur qui va apparaître à l'écran dans un instant. Voilà ce que vous demandez. Patrick, est-ce que vous accepteriez de participer à un gouvernement d'union nationale avec le RN ou avec le nouveau Front populaire ?
Patrick, c'est une question intéressante, mais je pense qu'aujourd'hui, elle ne se pose pas. Et en tout cas, moi, j'ai exprimé vraiment mon souhait de rester à l'Assemblée nationale et j'espère pouvoir redevenir présidente de l'Assemblée nationale parce que je fais partie de ceux qui réussissent justement à faire fonctionner une Assemblée compliquée. Moi, durant mes deux ans... Mais vous pourriez opposer un nom très ferme à ce que dit Patrick. Non, mais ce n'est pas le sujet. Vraiment, ce n'est pas le sujet. Moi, j'ai envie de redevenir présidente de l'Assemblée nationale parce que j'ai envie de continuer à faire en sorte que cette Assemblée nationale fonctionne.
Ce que Patrick vous demande, c'est qu'il parle d'un gouvernement d'union nationale avec le RN et le nouveau Front populaire, ce que vous dénoncez.
Vous ne dites pas... Non, mais qui irait du Rassemblement national au Front populaire ou à Rassemble... Non, c'est l'un ou l'autre, il est le bon de pivot. Mais non, moi, je ne peux travailler qu'avec des personnes qui ont la même conception de la République que moi qu'avec des personnes qui voient de la même façon l'intérêt national. Et on parlera peut-être, je l'espère, des programmes économiques des uns et des autres. Mais en tout cas, moi, je ne pourrai jamais m'associer avec des gens qui ont comme ambition de ruiner la France pour faire des promesses qu'ils savent vont être extrêmement néfastes pour nos compatriotes.
Juste d'un mot, vous avez rappelé il y a un instant que vous souhaitiez redevenir présidente de l'Assemblée nationale. Là encore, vous allez dire que je regarde les sondages, mais on peut dire que c'est assez improbable.
Mais moi, j'ai été une présidente qui a été très respectueuse des oppositions et qui a été très respectée par les oppositions. Toutes les oppositions, parfois, on me l'a même reproché dans la majorité. Ça veut dire que même si vous n'avez pas la majorité, vous pourriez rester présidente de l'Assemblée nationale. Pourquoi pas ? Je pourrais très bien être celle qui arrive à faire fonctionner une assemblée fracturée, divisée. Donc moi, en tout cas, je veux être la plus utile possible à mon pays à nouveau et je respecte infiniment le choix des Français, donc on verra bien.
Non mais c'est intéressant, vous pourriez rester présidente de l'Assemblée nationale,
même avec un premier groupe du composé de 250 députés du RN. Vraiment, moi j'en ai marre de faire des suppositions.
Ah ben c'est pas des suppositions, parce qu'à l'instant vous dites, à l'instant vous dites, j'ai travaillé avec les oppositions.
Vous pourriez mettre une ligne rouge en disant, je ne discuterai jamais avec des députés Rassemblement national pour me maintenir au perfor.
Mais écoutez, j'ai été celle qui, à l'Assemblée nationale, a dit qu'il fallait respecter les institutions et donc que chacun puisse exercer des responsabilités au sein du bureau de l'Assemblée nationale. J'ai été celle qui a dit, il faut un vice-président LFI et deux vice-présidents RN. Donc ne venez pas me dire qu'il faudrait que je fasse le tri entre les députés. Donc vous pourriez discuter avec eux pour vous maintenir le tri ? Donc il n'est pas question de passer un accord avec quiconque. Moi je parle des Français, de leurs représentants.
Si l'Assemblée nationale a besoin de moi pour la faire fonctionner, parce que, comme vous l'avez dit, pendant un an nous ne pouvons pas dissoudre, eh bien évidemment j'aiderai au fonctionnement de l'Assemblée nationale, parce que c'est ça la priorité. C'est tout, c'est aussi simple que ça. Je ne vois pas pourquoi vous faites des nœuds au cerveau.
Si je résume, tout est bon pour rester présidente de l'Assemblée. Mais pas du tout.
Alors, il ne faudrait pas me résumer, M. Duhamel, il faudrait m'écouter.
J'essaye de vous écouter. Et je constate, avec une forme d'étonnement, je dois dire, que vous avez passé la première partie de cette émission à dire pique-pendre du Rassemblement national, du nouveau Front populaire, d'un certain nombre d'ambiguïtés. Mais vous dites, mais pour autant, je pourrais rester présidente de l'Assemblée, même avec un certain nombre de députés, au nom de ces points politiques-là.
Excusez-moi, mais j'ai été présidente d'une Assemblée avec 88 députés du Rassemblement national. J'ai été présidente d'une Assemblée avec 75 députés de la France insoumise. J'ai été présidente d'une Assemblée avec une vingtaine de députés écologiques. J'ai été présidente d'une Assemblée qui ont voulu élire les Français.
Avec 250 députés de la majorité sortante.
Moi, je ne sais pas, demain, comment sera composée l'Assemblée nationale. Si je peux aider à son fonctionnement, j'aiderai. Il ne s'agit pas d'avoir une compromission quelconque, ni avec la France insoumise, ni avec le Rassemblement national. Est-ce que c'est clair, M. Duhamel ?
Non, ce n'est pas clair, puisque si ce n'est pas de compromission, comment est-ce que vous pourriez rester au perchoir ?
Je ne sais pas comment il faut que je vous le dise. Comment il faut que je vous le dise ?
Si vous dites qu'il n'y a pas de compromission, comment est-ce que vous pouvez envisager la possibilité de rester au perchoir ?
Je ne connais pas la figure de l'Assemblée nationale, et vous ne la connaissez pas non plus, donc nous en rediscuterons après. C'est absurde, c'est cet échange.
Je repose ma question, Yael Broun-Pivet. Si le Rassemblement national, comme cela semble être indiqué, est le premier groupe de l'Assemblée, est-ce que vous pourriez rester présidente de l'Assemblée nationale ?
La question aujourd'hui ne se pose pas dans ces termes, M. Duhamel, et si elle se pose un jour dans ces termes ce que je ne souhaite pas et ce que je vais faire pour éviter, eh bien on en reparlera. Et en tout cas, je vous l'indique très clairement à nouveau, s'il faut être encore plus clair, aucune compromission et aucun compromis avec le Rassemblement national et avec le groupe La France insoumise, c'est complètement contraire à qui je suis, à mon identité et à ma vision de la République.
Bien. Yael Broun-Pivet, vendredi soir encore, le président de la République a renvoyé dos à dos ce qu'il appelle les extrêmes. Je voudrais donc qu'on pose une question assez simple dans le cadre d'un second tour. Pour continuer. Attendez, mais Yael Broun-Pivet, pardon de poser des questions et pardon aussi sans doute de retranscrire les interrogations d'un certain nombre de Français qui voient la façon dont cette campagne est en train de se dérouler et qui ont donc envie de savoir la chose suivante, dans le cadre d'un second tour entre le Rassemblement national et un candidat du nouveau Front populaire, quelle doit être la position de la majorité que vous représentez aujourd'hui ?
Alors, la position de la majorité que je représente aujourd'hui, c'est de dire que les Français, dimanche prochain, le 30 juin prochain, ont des bulletins de vote entre les mains et il leur appartient de faire en sorte qu'il n'y ait pas de deuxième tour entre la NUPES et le Rassemblement national. Est-ce que vous me permettez d'avoir cette réponse-là et de mener le combat jusqu'au bout, jusqu'au moment, jusqu'à vendredi soir, minuit, moment où on sera en trêve républicaine ? Est-ce qu'en tant que femme politique, aujourd'hui, dimanche, à une semaine du vote, je dois m'avouer battue et considérer que les carottes sont cuites ?
Eh bien, les carottes ne sont pas cuites, je vais me battre et je me bats.
Et donc, vous ne dites pas, il faudra faire barrage, quoi qu'il en coûte, au Rassemblement national ?
On verra ce qu'on dira au premier tour, mais évidemment, si je dis ça aujourd'hui, il faudra faire barrage au Rassemblement national. Je l'ai toujours fait et je continuerai à le faire.
Même s'il s'agit en face d'un candidat, la France insoumise ?
Il n'y a pas de même. Le meilleur candidat pour faire barrage au Rassemblement national, c'est les candidats de la majorité, c'est ceux qui représentent cette troisième force républicaine, responsable, raisonnable, laïque, attachée aux valeurs de la République. C'est le meilleur moyen de battre le Rassemblement national. Nous sommes à 7 jours du premier tour, c'est cela qu'il faut dire et rien d'autre.
– Mais donc juste, si vous dites barrage au Rassemblement national, ça veut dire que vous ne reprenez pas la rhétorique du président consistant à renvoyer d'aux ados les extrêmes.
– Moi…
– Non mais j'ai essayé de comprendre, attendez, je suis peut-être un petit peu lent, mais…
– Non mais je comprends, mais ça doit être moi qui m'exprime mal. Et moi je ne suis pas en train de faire de la rhétorique, je ne suis pas en train de faire de commentaire. Je suis une femme politique, je suis candidate aux élections législatives, j'ai des électeurs à convaincre, des électeurs à convaincre dans ma circonscription et des électeurs à convaincre sur tout le territoire national, puisque je siégerai à l'Assemblée nationale et c'est ça que je fais, je ne fais pas de rhétorique et je ne fais pas de commentaire.
– Et dernière question avant deux, une question d'Amandine sur Jean-Luc Mélenchon, s'il y a des triangulaires, ce qui semble se dessiner compte tenu de la forte participation, est-ce qu'il faudra que la troisième, la personne arrivée en troisième position, se désiste pour combattre le Rassemblement national ?
– Nous regarderons ce qu'il y a lieu de faire, selon les circonscriptions, mais en tout état de cause, il faut impérativement, s'il y a des triangulaires, que les Français nous placent, nous, troisième force, en tête de ces triangulaires, pour que nous soyons en mesure de l'emporter et de faire le barrage à la France insoumise et au Rassemblement national.
– Et si ça n'arrive pas, vous verrez dimanche soir ?
– Eh bien, nous verrons dimanche soir et je pense qu'on aura l'occasion de s'en reparler.
– Qui sont d'Amandine ?
– Oui, Jean-Luc Mélenchon, lui, se projette davantage, puisque hier soir, sur France 5, il a dit qu'il avait l'intention de gouverner. Est-ce que vous faites partie de ceux qui, ils sont nombreux dans la majorité, ils voient une forme de clarification, alors que néanmoins, les partenaires de Jean-Luc Mélenchon continuent de dire à gauche qu'ils ne veulent pas de lui et qu'il ne sera pas Premier ministre ? Qu'est-ce que vous dites, vous, comment vous comprenez ces propos ?
– Drôle d'alliance quand même, vous me l'accorderez, parce que c'est une alliance de circonscription, plus de conviction. On voit bien que c'est une alliance purement électorale, et certains d'ailleurs le disent, au sein même de cette alliance. – Mais qu'il finira avec Jean-Luc Mélenchon Premier ministre ? – En fait, on voit, moi je ne vois pas bien comment cette alliance est en capacité aujourd'hui de gouverner. Ils ne sont pas d'accord sur grand-chose, ils ne sont pas d'accord sur la stratégie politique, ils ne sont pas d'accord sur l'incarnation, ils ne sont pas d'accord sur les mesures apportées. Ça commence à nous faire beaucoup pour aspirer à gouverner la France.
Donc c'est pour ça que moi je dis que la meilleure façon de faire en sorte que ce soit des forces républicaines qui soient au pouvoir demain, c'est de voter pour nous dès le premier tour. – Oui, mais vous n'avez pas du tout répondu sur Jean-Luc Mélenchon. – Si, je vous ai répondu en vous disant que Jean-Luc Mélenchon qui hier a fait cette fameuse clarification en aspirant à gouverner, manifestement est très contesté dans son propre camp à cet égard. Et donc ça m'apparaît difficile d'être candidat pour gouverner un pays lorsque l'on n'est fait même pas l'unanimité ni le rassemblement dans son propre camp.
– Donc c'est quoi ? C'est une sorte d'épouvantail ?
– Écoutez, en tout cas, ce qui est sûr, c'est que quand Jean-Luc Mélenchon, vous voyez, je suis très attaché à la République, dit « la République, c'est moi », je pense qu'il y a beaucoup de nos compatriotes qui ont été extrêmement choqués en se disant « la République, c'est certainement pas lui ».
– Question de polité, vieux.
– Et donc effectivement, Jean-Luc Mélenchon à Matignon, je pense qu'il y a de quoi être effrayé, être inquiet, mais on voit bien que ça crée encore plus de désordre dans son camp. Et donc vraiment, moi j'appelle les Français à voter pour les candidats de la majorité et du rassemblement républicain,
parce qu'il n'y a que nous qui puissions faire barrage au rassemblement national.
– Question de Pauline.
– On a assisté cette semaine à une vague d'émancipation d'un certain nombre de hauts responsables de la majorité vis-à-vis d'Emmanuel Macron, à commencer par Édouard Philippe, qui a estimé qu'Emmanuel Macron a tué la majorité présidentielle. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? – Alors j'ai entendu ça, ce qui est sûr, c'est que le président de la République
a dissous l'Assemblée nationale, c'est un fait. – Jusqu'à là, on est d'accord, je pense. – Et donc ce faisant, tous les députés et tous les groupes politiques qui siégeaient à l'Assemblée nationale ont été dissous. Donc il va falloir demain… – Mais vous voyez bien, dans l'utilisation du mot, il l'a tué. – Ça n'a pas le même sens de dire qu'il a tué la majorité présidentielle. – Mais moi, en tout cas, ce que je vois, c'est que demain, à l'Assemblée nationale, nous aurons des députés qui vont s'organiser, évidemment, différemment de ce que nous étions de 2022 à 2024. – Et donc vous le dites sans le dire. – Pourquoi vous n'allez pas au bout de votre pensée ?
– Je l'ai écrit ce matin dans un des quotidiens du dimanche. – Oui, mais là, vous faites une circovolution pour dire la même chose. – Dans la tribune dimanche. – Pas du tout, je ne fais pas de circovolution, je n'utilise pas ce vocabulaire-là, je ne l'ai jamais utilisé. mais je suis quelqu'un qui s'est bien souvent émancipée de ma majorité. Il n'est de notoriété publique que je n'étais pas la candidate du président de la République au perchoir.
Donc moi, je fais partie de celles qui ont des engagements, qui ont des convictions, qui ont une fidélité et une noyauté au président de la République, mais qui n'a jamais hésité à dire quand elles n'étaient pas d'accord et à suivre une autre voie quand je pensais que c'était la bonne voie à vivre pour moi et les Français. – Et si je vous suis Yelmourne-Pivet, ça veut donc dire que la prochaine législature… – C'est comme cela que je me suis définie en tant que femme politique.
– Et si je vous suis Yelmourne-Pivet, ça veut dire que la prochaine législature sera, même pour ceux qui seront élus au titre de la majorité sortante, une législature d'émancipation vis-à-vis du président ?
– En tout cas, ça sera nécessairement une législature très différente. Et donc nous verrons et nous échangerons les uns avec les autres, mais elle sera forcément différente. Vous savez, nous étions une nouvelle majorité en 2017, nous n'avions jamais fait de politique aujourd'hui. Nous avions de l'expérience, nous avons rencontré les Français, nous avons travaillé pour eux, nous avons porté des combats politiques, nous continuerons à le faire. Évidemment, ça sera différent, mais 2022, ça n'était pas 2017 non plus. – C'est sûr. – Donc 2024 sera aussi différent.
Maintenant, moi, ce que je crois, c'est qu'on est capable, avec l'expérience qu'on a acquise, avec ces combats que nous avons menés, de porter cette voie qui est la voie de la raison. Et c'est celle que je porte aujourd'hui. J'ajoute une dernière chose. Il y a un texte, vous voyez, on parle de cette dissolution qui a été brutale. Il y a un texte pour lequel je m'étais beaucoup investie, qui est le texte sur la fin de vie, qui tient à cœur à nos compatriotes. Moi, j'ai présidé quasiment tous les débats dans l'hémicycle. – Et ça, vous souhaitez qu'il soit repris ? – Et bien la dissolution a mis un terme au débat.
Et si c'est le Rassemblement National qui, demain, a 200 ou 250 parlementaires, il n'y aura plus de textes de fin de vie, parce que je les ai vus dans l'hémicycle s'y opposer farouchement. Et ça, ça me fait une peine infinie, parce que je sais que les Français, ils sont très attachés.
– Il y a le bon de pivé, il y a la phrase d'Edouard Philippe, et il y a aussi ce qu'a dit Bruno Le Maire, qui a comparé les conseillers du Président à des cloportes.
– C'est violent comme mot, c'est violent. Mais je comprends que l'on puisse se dire, si les récits divers et variés qu'on a lus sous les plumes de vos confrères sont exactes, qu'effectivement, le Président a été bien mal conseillé.
– Vous y croyez ça ?
– Je n'en sais rien, je ne sais pas, je ne connais pas les dessous de l'histoire. Mais je trouve que ça nous importe peu aujourd'hui, et puis en tout état de cause, quand on est un homme ou une femme politique, on assume ses choix, je sais, le Président assume ses choix, et on ne se cache pas derrière des conseillers. – En aucun cas, on se cache derrière ses conseillers, on doit assumer, on regarde les Français, on leur parle et on leur dit la vérité. – Juste, il y a quand même un petit côté,
– Entre les phrases d'Edouard Philippe, les cloportes, je reprends le mot utilisé par Bruno Le Maire, il y a un petit côté « les rats quittent le navire » quand même là.
– Mais oui, c'est encore une expression que moi, je ne valide évidemment pas.
– Une expression imagée, vous comprenez ce que ça veut dire. – Mais je comprends bien. – Ça veut dire qu'au fond, les principaux représentants du macronisme semblent être en voie d'émancipation.
– Mais vous savez, aujourd'hui, nous sommes tous à bord du navire, le navire c'est la France. – Sinon il y a la phrase de François Hollande qui dit « le macronisme est terminé ». – Non mais Edouard Philippe, il est sur le navire et il se bat au quotidien dans cette campagne pour notre pays. Bruno Le Maire, il est au quotidien sur le terrain, dans les médias, pour se battre, pour que le navire France aille à bon port. C'est sur ce navire qu'on est tous embarqués, tous.
– Et sur cette phrase de François Hollande, le macronisme est terminé ?
– On était censé parler économie, on en parlera à quelle heure ?
– Dans un instant, mais jusqu'à preuve du contraire.
– Parce que le navire France, ce qui lui importe… – On choisit les questions. – Non mais oui, mais moi, je suis une femme politique, je ne vais pas passer mon émission à commenter les phrases, les petites phrases, les uns et les autres.
– Alors, juste avant de parler du programme, un des faits marquants de cette campagne des législatives, c'est la volonté des députés, vous en faites partie, de ne pas afficher la figure du président sur leur affiche de campagne.
– Pourquoi ? – Écoutez, parce que moi, j'ai une équation personnelle, je vais répondre pour moi. J'ai été présidente de l'Assemblée nationale, je suis une élue locale, ça fait sept ans que je suis députée. Les citoyens de ma circonscription et les Français connaissent maintenant mon visage, ils me connaissent, ils me reconnaissent dans la rue. – Vous n'avez pas besoin du président ? – Mais j'ai toute la liste des partis qui m'ont investi sur mes affiches et sur mes tracts. Évidemment, j'ai besoin du président, j'ai besoin de Gabriel Attal, j'ai besoin d'Edouard Philippe, j'ai besoin de François Béroux, j'ai besoin d'Hervé Marseille. – Juste parce que pourquoi l'avoir fait ?
Pourquoi avoir affiché la figure du président ? – J'ai besoin d'être une députée qui est portée.
– En 2022 et pas aujourd'hui ?
– Mais alors, en 2022, elle était, je crois, sur une de mes deux affiches. C'est pas important. Et aujourd'hui, c'est le moins important.
– Parce que ça dit sans doute aussi une forme de rejet du président de la République, si vous faites le choix.
– Mais pas du tout, pas du tout. C'est que je crois, et peut-être que c'est très immodeste de ma part, et vous allez me le dire, peut-être. Je crois qu'au bout de sept ans, Yael Brunpivet, en tant que députée et présidente de l'Assemblée nationale, ancienne présidente, peut aller devant les électeurs de sa circonscription sans avoir besoin d'afficher tel ou tel. Je le crois modestement, mais peut-être que je me trompe complètement mais ça, l'histoire le dira. Mais en tout cas, moi, je suis une femme engagée, je vais devant mes concitoyens, je leur demande leur confiance.
– Question de Pauline sur le programme, donc, de la majorité présidentielle.
– Merci beaucoup, M. Duhamel. – Qui a été présentée par Gabriel Attal jeudi. En ces termes, il dit que c'est le programme de, je le cite, ma majorité, mes candidats, et il appelle les Français, sur la base de ce programme, à le choisir comme Premier ministre. Est-ce qu'il s'émancipe plus aussi des médias ? – On n'est pas encore sur le programme. – Si, si, si, c'est dans la foulée. Parce que c'est lui qui l'a présentée. – C'est lui qui l'a présentée. – Mais bien sûr que c'est lui qui l'a présentée. – Mais ça dit des choses aussi de l'évolution de votre famille politique, et ça, les gens le voient et s'interrogent là-dessus.
– Non, mais quand je vous demande de parler du programme, de la majorité et des principaux candidats, c'est pour parler du fond. Si on est encore là pour dire qui en parle, qui pour quoi, etc. – Alors, bien sûr, c'est une question de fond. Donc, évidemment, c'est à Gabriel Attal, Premier ministre, de présenter le programme. Et évidemment, nous sommes tous derrière lui. Après, c'est Gabriel Attal qui mène pour la majorité présidentielle la campagne. Et donc, il n'y a pas de questions à se poser. Maintenant, si on peut parler du programme… – Alors, bien sûr, on n'a pas le droit de parler du programme.
– Non, mais si, indexation des pensions de retraite, c'est dans la loi. Baisse d'impôt de 2 milliards d'euros pour les classes moyennes par la baisse des frais de notaire, c'était déjà prévu. La construction de réacteurs nucléaires, ça l'était aussi. En fait, vous dites aux Français, on continue exactement comme avant.
– Alors, on continue comme avant sur ce que l'on a fait de bien. Ce que l'on a fait de bien, et les Français me le disent, ce n'est pas une invention de ma part. Ce que l'on a fait de bien, c'est donner de l'emploi et un travail à 2 millions de personnes. C'est des foyers entiers, des millions de foyers dans notre pays qui ont retrouvé de la dignité. Ce qu'on a fait de bien, c'est donner des contrats d'apprentissage à 1 million de nos jeunes pour qu'ils puissent se former, avoir plus tard un emploi qui soit digne et qui leur permette de vivre et de s'émanciper.
Ce qu'on a fait de bien, c'est les 18% de baisse des émissions de gaz à effet de serre qui font que notre pays est résolument engagé sur la transition écologique. – Et alors, ce que vous avez fait de bien ? – Ce qu'on a fait de bien, c'est la réindustrialisation de notre pays avec ces 500 usines qui sont réimplantées sur notre territoire. Ce qu'on a fait de bien, c'est de baisser les impôts de nos compatriotes. – Et alors, ce que vous avez fait de bien ? – C'est la suppression de la taxabilisation, c'est la suppression de la redevance audiovisuelle, c'est de permettre à nos entreprises d'être compétitives en baissant les impôts de production.
Et ce qu'on a fait de bien, c'est d'assurer les retraites de nos compatriotes.
– Donc satisfait-il, on continue comme ça ?
– Alors ça, c'est ce qu'on a fait de bien. Ce qu'on a fait de pas bien. Ce qu'on a fait de pas bien. – Ce qu'on a fait de pas bien, c'est, à mon sens, la gouvernance. – Je pense qu'on n'a pas associé les Français aux politiques que l'on a menées. Moi, j'ai toujours plaidé pour que l'on fasse des référendums. Ce que l'on n'a pas fait de bien, c'est qu'on n'a pas bien travaillé avec les corps intermédiaires. On s'est coupé, les syndicats, on s'est coupé des organisations, des associations, des organisations de jeunesse, etc. On n'a pas assez concerté. On a été trop verticaux. Ça, on ne l'a pas bien fait et je le reconnais volontiers.
Ce qu'on n'a pas fait de bien, c'est qu'on n'a pas été suffisamment dans le renouveau démocratique. On avait dit, pas plus de trois mandats dans le temps. On avait dit qu'on ferait une dose de proportionnelle. On avait dit qu'on rééquilibrerait les pouvoirs entre l'Assemblée nationale et l'exécutif. Ça, on n'a pas bien fait, donc il faut le faire davantage. Donc, on a fait des choses bien. On n'a pas été bien fait et puis il faut continuer. C'est normal, il faut faire son autocritique. C'est important.
– Ce qui est objectivement assez rare chez les macronistes, mais là, vous venez de le faire.
– Merci de le saluer.
– Une question d'une téléspectatrice, Pascale, pour terminer cette émission, qui vous pose la question suivante. Vous avez sûrement vu, Yael Brown-Pivet, la scène de racisme visant une femme qui s'appelle Divine dans un reportage du service public. Qu'en pensez-vous ? Et je précise que Marine Le Pen a réagi. Et elle a dit la chose suivante, qu'elle ne voyait rien de raciste dans l'expression « va à la niche » que l'on entend et qui est effectivement lancée contre cette femme divine qui est là.
– Oui, et puis vous savez, là même, lorsque Grégoire de Fournas dans l'hémicycle a dit qu'il retourne en Afrique, alors qu'il y avait une question qui venait d'être posée par un député de la France insoumise, disait que ça n'était pas raciste non plus. Donc on ne doit pas avoir vraiment la même conception de ce qui est raciste, de ce qui ne l'est pas. Et vous voyez, quand je vous dis « la République », « les valeurs », « une seule communauté nationale », eh bien ça n'a rien à voir avec ce qui est porté par le Rassemblement national, c'est très clair.
– Il y a du racisme au Rassemblement national ?
– Écoutez, en tout cas, moi, je ne comprends pas qu'on puisse avoir cette réaction-là face à cette scène qui est terrible. Et en fait, on voit bien qu'il y a… ça se passe pour les Juifs, ça se passe pour les personnes de couleur, il y a une parole qui est décomplexée. – Vous craignez qu'en cas de victoire du RNI ait cette forme de parole désinhibée ?
C'est ce que disait Éric Dupond-Moretti hier sur ce plateau.
– Il a raison, et moi, je suis soucieuse, et la France a besoin d'apaisement. Moi, j'ai des personnes âgées qui me disent qu'elles ne regardent plus la télé, donc elles ne doivent pas nous regarder aujourd'hui, parce qu'elles font la boule au ventre quand elles regardent la télé, elles sont inquiètes. Donc il faut faire attention, le pays a besoin d'union et d'apaisement, et c'est ce que nous portons.
– Merci beaucoup, Yaël Bond-Pivet, d'avoir été l'invité de BFM Weekly. – Merci à vous. – Merci beaucoup, Amandine. Merci, Pauline, pour Le Parisien. – Sous-titrage Société Radio-Canada
Yaël Braun-Pivet