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speechyoutube.com· 11 mai 2026 16 min

Vote de confiance : le discours en intégralité de Marine Le Pen

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Marine Le Pen

La parole est à présent à madame Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement National. Monsieur le Premier ministre, madame la présidente, chers collègues, il est des moments politiques particuliers dans la petite histoire d'une mandature ou dans la plus grande histoire de la vie parlementaire d'un pays. Celui-ci en est un, c'est un moment de vérité. Le moment où les responsables sont contraints d'étaler le résultat désastreux de cinq décennies de gestion dispendieuse. Le spectacle piteux d'un effondrement pour le pays, d'un désastre pour les Français d'aujourd'hui et parce que les conséquences engagent les générations de demain pour la nation.

Et c'est dans ces moments de crise, dans ces moments où le roi apparaît nu, que se révèlent dans le naufrage des formations déconsidérées les petites et grandes lâchetés, les opportunismes honteux, les connivences cachées. Je n'aurai pas la cruauté de décrire les méprisables roucoulades d'aspirants ministres auxquels nous assistons. Ce que l'on retiendra surtout, c'est la solidarité inébranlable et malvenue d'anciennes forces politiques qui ont en commun le poids d'un bilan déshonorant et pour seul projet de se maintenir au pouvoir. Coute que coûte, quoi qu'il en coûte, dirait quelqu'un.

Aujourd'hui, ne se joue pas le sort politique d'un homme qui sait que les exigences du combat politique dépassent évidemment les personnes. C'est l'honneur de la politique et c'est parfois la noble servitude que de l'accepter. C'est pourquoi je m'étonne que M. Bayrou ait pu à un instant croire que je pouvais lier ma décision de voter ou non la confiance à mon intérêt personnel. C'est mal connaître le Rassemblement National et c'est ignorer l'intensité de notre engagement exclusif au service de la France. Ce moment marque la fin de l'agonie d'un gouvernement fantôme, d'un gouvernement qui n'eut de gouvernement que le nom.

En huit mois, des ministres, souvent invisibles ou transparents, n'ont été capables de produire que cinq textes législatifs, dont trois sur Mayotte en raison du dramatique épisode Shido. A l'évidence, le pays n'est pas gouverné. Est-il même seulement administré ? Dès lors, à quoi bon maintenir un gouvernement qui ne gouverne pas ? Les Français ne s'y trompent pas, puisqu'ils sont 75% à souhaiter la censure de ce gouvernement. Et vous, M. le Premier ministre, vous êtes si habitué à la déconnexion de la représentation parlementaire avec l'opinion que vous vous étonnez que les députés dans leur majorité puissent exprimer cette volonté populaire.

Nous vivons l'effondrement d'un système qui croit pouvoir tirer du constat scénarisé de ses échecs une nouvelle virginité politique. Faut-il fonctionner en vertu d'une pensée magique pour croire qu'une sorte de born-gaine d'évangéliste américain permettrait d'obtenir le pardon céleste et l'onction démocratique divine ? Cette légitimité que le peuple, patant de l'échec, ne reconnaît plus à des dirigeants faillis. Dirigeants de droite comme de gauche, vous êtes coupables. Vous ne pouvez pas pleurer devant les caméras les conséquences des méfaits que vous avez vous-même commis.

Curieux procéder en effet de brandir les dettes dont on est comptable, les déficits dont on est responsable, l'effondrement général dont on est coupable pour chercher à obtenir la confiance du Parlement. Pas moins paradoxal, monsieur le Premier ministre, au moment où vos fonctions vous donnaient le devoir d'appeler à l'unité du pays, de désigner à la vindicte publique une classe d'âge. Ne cherchez pas à vous exonérer à mauvais compte des responsabilités d'un système que vous soutenez vous-même depuis 40 ans, et tout particulièrement dans les rangs macronistes depuis 8 ans. Vous cherchez à présenter les gouvernements passés comme irresponsables.

Eh bien, permettez-moi de vous le dire, si la classe politique qui a conduit la France dans le mur est bien irresponsable, ce n'est pas au sens où vous employez ce terme. Sur à quoi nous avons assisté durant la dernière année, c'est un naufrage. Un triste spectacle dont la seule vertu sera, je l'espère, de mettre fin aux supplices des Français et en accélérant l'histoire de préparer la grande alternance. Les informaticiens parleraient de RISET, cette action qui consiste à réinitialiser la machine qui est étouffée par les bugs. Le vrai RISET serait la démission du Président, mais cette décision ne dépend que de lui, puisqu'il est constitutionnellement élu pour 5 ans.

Je ne m'attends à rien sur ce point, consciente que n'est pas le général de Gaulle qui veut. Faut-il que LFI ait mauvaise conscience pour appeler à la destitution d'un président failli qu'ils ont porté par deux fois au pouvoir, en toute connaissance de cause ? Nous, nous respectons les institutions, et notamment l'institution présidentielle, et n'appelons pas à la destitution. L'hypothèse de la démission étant a priori fermée, le Président peut faire le choix de renommer un gouvernement qui, au vu de l'équation politique, ne passera probablement pas la discussion budgétaire.

Techniquement, cela nous conduira en décembre, et le télescopage avec les élections municipales de masse rendra difficile l'organisation d'un scrutin législatif. Ce choix signerait donc l'enlisement institutionnel du pays. Y a-t-il d'ailleurs simplement, dans le bloc Macrono-LR, ou chez les supplétifs socialistes, une seule personnalité ayant suffisamment d'autorité pour gouverner en ces circonstances particulières, et ne pas resservir le plat budgétaire avarié préparé par les cuisines de Bercy ? Je ne le crois pas.

Ce serait le sort d'un gouvernement de gauche, dont le projet gouvernemental se résumerait à 44 milliards d'impôts nouveaux, à des centaines de milliers de migrants supplémentaires, et à l'aggravation du laxisme judiciaire. On le voit, les choix pour sortir de la crise, d'une crise parlementaire, ou peut-être de régimes se restreignent. Une démocratie ne se relève des situations de doute et de confusion qu'en retournant aux sources, en suivant le fil rouge qu'indiquent les institutions et pour notre République la loi fondamentale qu'est notre Constitution. Alors que vous vous enfoncez dans la 4e République, je vous appelle à revenir à la 5e.

Son texte nous renvoie à l'article 5, qui octroie au président de la République un pouvoir d'arbitrage, et dans ce cadre, à l'article 12, qui prévoit la dissolution de l'Assemblée nationale. La dissolution n'est pas un caprice, c'est un levier institutionnel pour sortir des blocages et permettre le fonctionnement démocratique, c'est-à-dire normal et fluide, des institutions. J'entends dire ici et là qu'il n'y aura pas de dissolution parce qu'Emmanuel Macron n'y aurait pas intérêt. Mais ni les règles de la démocratie, ni la Constitution ne prévoient que le président de la République agisse par intérêt. Il doit agir par devoir, et en l'occurrence, dans l'intérêt supérieur du pays.

S'il dispose de pouvoirs pour permettre l'exercice de la démocratie et le fonctionnement des institutions, c'est pour les mettre en œuvre quand la situation l'exige. Tout laisse penser juridiquement, politiquement, voire moralement, que la dissolution n'est donc pas pour lui une option, mais une obligation. Or, en dehors de la dissolution mécanique d'après présidentielle ou de la dissolution ubuesque de 1997, le droit de dissolution a trouvé dans l'histoire à s'appliquer dans plusieurs circonstances précises. En 1962, quand le gouvernement n'a pu disposer de majorité stable. En 1968, quand le pays fut soumis à une grave crise sociale et politique.

Au regard de la pratique constitutionnelle, il n'est pas illégitime de dire qu'en ce 8 septembre 2025, il n'y a pas une condition remplie, mais deux, et même davantage. 1. Le pouvoir législatif est paralysé par une absence de majorité. 2. Le pays connaît une crise sociale latente qui peut exploser à tout moment. Et 3. Il connaît une crise financière, le tout dans un contexte international instable et avec une guerre aux portes de l'Europe. Cet état de fait devrait suffire à dissoudre.

Un grand pays comme la France ne peut pas vivre avec un gouvernement de papier, surtout dans un monde tourmenté et dangereux, dans un monde qui vit des révolutions technologiques et des basculements géopolitiques historiques qui réclament des décisions immédiates. En 2024, M. Macron n'a pas péché en prononçant la dissolution. Un président n'a jamais tort de s'en remettre au peuple. Le scrutin des Européennes de 2024 était à ce point accablant pour la majorité qu'il pouvait et même qu'il devait dissoudre.

L'erreur d'Emmanuel Macron ne fut pas de dissoudre, mais sa faute fut, entre les deux tours, de consacrer son énergie présidentielle et celle de ses amis politiques à fausser le fait majoritaire d'alternance qui se dégageait. Une présidentielle. Il y a un fait majoritaire qui s'exprime naturellement aux législatives qui suivent. Personne n'y trouve rien à redire. Cela s'inscrit dans une logique institutionnelle bien ancrée et permet au pays d'être dirigé et gouverné. Mais il arrive qu'en cours de mandat présidentiel, une élection législative voit émerger un fait majoritaire d'alternance. Tout autant, celui-ci doit être respecté, même s'il annonce et impose au président une cohabitation.

Avec tous ses défauts, François Mitterrand, alors président en 1986, a laissé se constituer une majorité alternative de droite. Il en fut de même pour Jacques Chirac en 1997, avec cette fois-ci une cohabitation socialiste. Ces deux cas montrent que le président de la Vème République a le devoir de s'effacer devant le vote populaire qui s'exprime. Quand il y a blocage, le rôle d'arbitre tel qu'il est dévolu au président par la Constitution est de renvoyer la représentation parlementaire vers le peuple et de laisser s'exprimer le choix des électeurs sans utiliser le second tour pour fausser les logiques électorales.

On avait déjà vu le procédé au Régional de 2015, quand dans les Hauts-de-France et en PACA, le second tour fut utilisé pour interdire des alternances locales qui étaient plébiscitées au premier tour. Ces manœuvres d'instrumentalisation des seconds tours sont des dévoiements de la démocratie. Imaginerait-on un arbitre de football qui s'emparerait du ballon parce que l'équipe qui a sa préférence est en train de perdre ? On le voit, tout réside dans l'impartialité et le sens des responsabilités démocratiques avec lesquelles le président exerce son rôle d'arbitre. A l'issue du vote, M.

Macron doit au moins une fois se résoudre à sortir de son rôle de chef de la majorité pour enfin assumer, si toutefois il en est capable, son rôle de président de la République. En ces circonstances, le président n'a qu'une possibilité, convoquer de nouvelles élections et laisser le pays choisir et s'il ne décide, de choisir une majorité d'alternance. S'il s'implique dans la campagne, s'il sort de son rôle d'arbitre pour devenir joueur, il accepte par avance d'en assumer les conséquences politiques en cas de défaite. L'alternance, l'alternance n'est pas un gros mot, c'est une respiration normale de la démocratie.

L'arbitrage, c'est revenir au peuple souverain, laisser perdurer cette situation de blocage par des artifices, mettrait le président en première ligne pour faire d'une crise parlementaire une crise de régime. Avec le mouvement du 10 septembre, LFI veut bloquer le pays. Sans dissolution, Emmanuel Macron bloque aussi le pays. Or, la France n'a pas besoin de blocage. Mais au contraire d'un déblocage de la situation, pas d'un enlisement, mais d'un élan, les forces de blocage macronistes ou LFI sont les seuls responsables de l'enlisement et du désordre. Enfin, la dernière raison pour laquelle Emmanuel Macron doit dissoudre sort de l'esprit des lois.

Il y a la loi, le texte de la loi, il y a aussi l'esprit de la loi et l'esprit des institutions. L'esprit des lois et notamment de la loi fondamentale constitutionnelle en joint de ne rien faire qui puisse contrarier le fonctionnement des institutions. Si l'une d'elles dysfonctionne, c'est tout l'équilibre institutionnel qui vacille. Personne ne comprendrait que le président contribue à sa paralysie. Vous le voyez, chers collègues, je tire mon analyse de la situation de la haute conception que j'ai de nos institutions et du rôle éminent et fédérateur que je crois être celui du président de la République.

La crise parlementaire que nous vivons constitue un test sur la conception que le chef de l'État se fait de sa fonction. Son issue témoignera également de la santé de nos institutions. Il n'y a pas besoin de je ne sais quelle sixième République et le crime serait de revenir à la quatrième la cinquième fonctionne merveilleusement bien pour peu qu'on respecte sa lettre et retrouve son esprit. Pour ce qui nous concerne, comme nous l'avons toujours fait, nous prendrons nos responsabilités. S'il n'y a pas de dissolution, nous continuerons avec un esprit constructif mais sans faiblesse de faire valoir les idées que nos électeurs nous commandent de défendre.

Mais je le dis avec solennité, n'attendez pas que le groupe Rennes vous suive dans votre folie fiscale et migratoire, dans vos petits partis pris idéologiques qui vous empêchent de voir la réalité du pays. S'il y a une dissolution, nous accepterons le verdict des urnes. Si le peuple nous fait l'honneur d'un mandat clair, c'est-à-dire d'une majorité absolue, nous irons à Matignon pour mettre en œuvre sans attendre la présidentielle un programme de redressement national. Le changement n'attend plus. Merci beaucoup. Madame la Présidente Le Pen.

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