Yan Chantrel : « La France doit sortir d’une forme de silence »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Anne Chantrel, on va revenir sur toutes ces actualités avec vous. Je me rappelle, vous êtes sénateur socialiste des Français de l'étranger. On a sélectionné d'abord trois unes de la presse régionale. On les regarde ensemble. La une de Ouest-France, ce sont les ex-otages Cécile Collère, Jacques Paris, qui sont donc libérés par l'Iran après trois ans et demi de détention. Ils ont pris le chemin de la France. La deuxième une, celle du Dauphiné libéré. Faut-il rationner le carburant à la fin du week-end de Pâques, marqué par des ruptures de stock dans de nombreuses stations-services.
Certains ont mis en place des rationnements temporaires. Le gouvernement, de son côté, se veut rassurant. Et puis, dernière une, c'est celle de la dépêche. On prend un peu de hauteur, beaucoup de hauteur même. Si loin de la Terre, si près de l'essentiel, après avoir contourné la Lune. Les astronautes d'Artémis 2 reviennent avec des images spectaculaires et une certitude vue de l'espace. La Terre apparaît plus précieuse et plus vulnérable que jamais. À rebours, des tensions qui la divisent. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Je veux parler dans un premier temps, effectivement, de la libération des otages, Cécile Collère et Jacques Paris. Je pense qu'il y a un véritable soulagement, pour eux-mêmes déjà, et pour leur famille éventuellement, évidemment. Et puis surtout, signaler le travail très fort qui a été fait par notre diplomatie. Je pense qu'on a fait bloc, tous, tous partis confondus, le Parlement. Et je pense que c'est que comme ça qu'on peut arriver justement à ce type de libération. Donc saluer aussi, bien évidemment, le travail de nos diplomates, parce que les temps sont durs pour être diplomates à l'heure actuelle. D'ailleurs, il y en a encore des diplomates qui sont en Iran avec la situation actuelle.
Et puis nous avons également des ressortissants qui ne sont pas prisonniers. On a à peu près 500-600 à l'heure actuelle en Iran. Donc je pense très fortement également à eux sur place, qui vivent quand même une situation de guerre assez difficile, plus que difficile. Et donc j'ai une pensée en même temps à travers eux, à nos compatriotes qui sont également là-bas actuellement.
– Et on va parler de l'Iran, Donald Trump qui hier encore menaçait de détruire la civilisation iranienne, qui finalement cette nuit a fait volte-face, un cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran, accepté également par Israël. Comment vous réagissez face à ce volte-face de Donald Trump ?
– C'est du Donald Trump, c'est-à-dire que finalement, je dirais, il est insaisissable et c'est peut-être même volontaire de sa part. C'est une manière de négociation en quelque sorte, mais qui est très problématique. Alors après, là, tant mieux qu'il y ait un cessez-le-feu. On espère qu'il va durer, qu'il va être pérenne, mais tout ça pour ça, je dirais, parce qu'en fait, Donald Trump, ce qu'il a obtenu, c'est uniquement par rapport à la question du pétrole, c'est-à-dire que c'est de pouvoir rouvrir pendant 15 jours quelque chose qui était déjà ouvert avant le conflit. Donc il obtient pendant 15 jours quelque chose qui l'était déjà.
S'il n'y avait pas eu justement ce conflit qu'il a déclenché de manière unilatérale, sans concertation, de manière complètement folle, qui est un échec pour le moment, pour les États-Unis, c'est un échec. Ils n'ont pas réussi, non seulement, à mettre à bas le régime, contrairement à ce qui était un de leurs objectifs, parce que c'est très difficile de comprendre aussi quels sont leurs objectifs. Si vous arrivez vous-même à le savoir, moi, personnellement, je ne sais pas quels sont leurs objectifs. Donc le problème, c'est que notre pays lui-même, je trouve, a été très absent depuis le début de la séquence. Où est la parole de la France ? Où est la parole de l'Europe ?
Nous sommes des simples spectateurs. Nous regardons se faire, à nos portes, une guerre, sans aucune intervention, sans proposition de conciliation. Je pense que pendant…
Mais on en a les moyens. Emmanuel Macron, il s'est exprimé notamment sur le Liban. Pour appeler Israël à pas d'opération terrestre au Liban. Il n'a pas été entendu. Vous savez, la parole de la France n'apporte pas.
Je pense que la France, ce n'est pas rien. On est quand même à l'ONU. On a quand même l'Europe où on pourrait organiser, essayer de fédérer justement pour pouvoir faire des propositions de conciliation. Parce qu'en général, quand on arrive à sortir d'un conflit, c'est rarement quand les deux négocient entre eux. C'est en général justement parce qu'il y a une force intermédiaire qui permet de mettre des gens autour de la table et de permettre d'aller justement vers la fin d'un conflit.
Mais ça peut être la France aujourd'hui ?
Ça peut être la France avec l'Europe. Pas la France uniquement. Je pense que la France doit prendre des initiatives, vraiment, parce qu'en plus on a des liens très forts, notamment avec le Liban, qui est très très important. Et je pense que la France doit quand même sortir d'une forme de silence, peut-être de stupéfaction, pour agir et accompagner et pouvoir permettre de résoudre ce conflit.
Un mot, puisque le Liban est exclu de cet accord de trêve. C'est ce que dit Israël, c'est regrettable ?
Oui, c'est totalement regrettable, effectivement, parce qu'on assiste. Alors après, je vais vous dire très franchement, à partir du moment où on a laissé faire, déjà le gouvernement d'extrême droite, de Netanyahou, le génocide qu'il a perpétré en Palestine, que rien n'a été fait. Ça ouvre la porte, bien évidemment, à ce qu'il poursuive son extension du conflit à d'autres pays, puisque rien ne l'arrête. Et là, on le voit bien, rien ne l'arrête à nouveau, rien n'est fait. Donc, il faut également que notre pays soit un peu plus fort, pour mettre fin, justement, à cette guerre, également, qui est menée contre le Liban, la population libanaise.
Parce que c'est elle qui en paye le prix au quotidien.
Un conflit qui a des répercussions économiques en France, et on l'a vu encore dans le journal, la hausse des prix du carburant qui inquiète, et qui provoque aussi la colère d'une partie de la population. Est-ce que le gouvernement doit prendre de nouvelles mesures ?
Oui, il faut des mesures. Nous, on a proposé ce qu'on appelle des chèques énergie, parce qu'il faut cibler, effectivement, une aide à ceux qui, déjà, ne peuvent pas se passer de leur voiture, et qui sont les plus fragiles, qui ont des revenus les plus bas. Et ça concerne souvent des personnes qui sont dans des territoires ruraux, d'ailleurs, qui n'ont pas le choix de prendre leur voiture, ne serait-ce que pour aller travailler. Donc, un chèque énergie permettrait d'aider beaucoup plus, plutôt que d'aider un peu tout le monde, mais avec un effet qui est très faible, finalement. C'est d'aider beaucoup ceux qui en ont le besoin.
Par exemple, si vous faites un chèque énergie, on a regardé les évaluations. Pour ceux qui ont les revenus les plus modèles, c'est à peu près 5 millions de personnes. Vous donnez 300 euros, ça fait 1,7 milliard, et non pas 20 ou 21 milliards, qui était le cas, justement, à l'époque, avec ce qui avait été fait par le gouvernement pendant 3 ans, qui était effectivement très coûteux, et qui n'est pas forcément juste.
Quand vous avez des grosses voitures, que vous êtes multimillionnaire et que vous allez à la pompe, la répercussion n'est pas la même pour vous que quand vous avez de petites voitures et que vous n'avez pas pu faire la transition énergétique, justement, pour pouvoir vous déplacer, et que vous n'avez pas des gros revenus. Donc, il faut que, justement, les mesures soient justes, socialement, et permettre d'accompagner ceux qui ont le plus besoin. Et nous, c'est ce qu'on propose, justement, avec le chèque énergie, pour pouvoir cibler cette aide, temporairement, mais surtout, ce qu'il faut faire, parce que là, par rapport au conflit, il a cette fameuse trêve de 15 jours.
Déjà, le prix du baril est descendu. Donc, pour les augmentations, ça va très vite. C'est même anticipé, la plupart du temps. Ils anticipent des marches par rapport aux augmentations à vie. Ça serait bien aussi que les pétroliers anticipent les baisses, et pas uniquement les hausses. Et ça, je pense que le gouvernement doit également faire pression sur eux. Alors, la pression, elle peut être de toutes sortes. Elle est très facile à mener sur eux. C'est pas compliqué. Vous ne baissez pas, il y a des taxations sur les super-profits que nous-mêmes nous proposons.
Pour pouvoir payer les mesures d'1,7 milliard, taxation sur les super-profits, c'est à peu près 2 milliards, parce que c'est à ces compagnies qui s'enrichissent sur le dos des Français, justement, et qui profitent de la crise, qu'on doit utiliser pour pouvoir rendre l'argent aux Français.
On va passer à l'actualité du Sénat. Le Sénat qui examinera la semaine prochaine le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Et hier, Gérald Darmanin était devant les sénateurs. Steve, c'est votre éclairage. Le ministre de la Justice, qui était donc auditionné par le Sénat, il est venu défendre son projet de loi.
Un texte présenté mi-mars au Conseil des ministres et qui fait partie d'une réforme plus vaste de la justice souhaitée par le garde des Sceaux. L'objectif du texte est très simple, accélérer le temps judiciaire. Écoutez Gérald Darmanin. Aujourd'hui, nous sommes en moyenne, pour les 36 cours d'appel de France, il y a évidemment des exceptions selon les cours d'appel, mais en moyenne à 6 ans, en première instance, pour attendre le jugement d'un viol, et 8 ans pour attendre le jugement d'une affaire de narcotrafic ou d'homicide. Le texte prévoit plusieurs dispositifs.
Il propose une réforme des cours criminels départementales, un assouplissement de la composition des juridictions, une réduction des délais d'audiencement ou encore la légalisation de l'usage de la généalogie génétique dans les enquêtes criminelles. C'est une pratique qui, en plein, boum à l'étranger, Auriane.
C'est pas facile à dire. Le projet de loi pose aussi une grande question qui divise.
Faut-il instaurer le plaidé coupable en matière criminelle ? C'est un dispositif qui existe déjà en matière de délit. L'idée est de l'étendre désormais au crime. En échange d'une reconnaissance de culpabilité, l'auteur des faits pourrait espérer une réduction de sa peine. Le magistrat ne pourra pas requérir au-delà des deux tiers de la peine encourue. Tout ça se ferait en l'absence de procès et donc en l'absence de jury populaire.
Et cette innovation ne fait pas consensus.
Ça existe déjà dans plusieurs pays, notamment dans des pays anglo-saxons. Mais une partie du monde judiciaire, effectivement, craint que cela débouche sur une justice à deux vitesses. Dans la tribune dimanche, le bâtonnier et la vice-bâtonnière tirent la sonnette d'alarme. Ceux qui en ont les moyens refuseront et obtiendront un vrai procès. Les autres accepteront. En réponse à cette critique, Gérald Darmanin a annoncé hier un amendement du gouvernement. Écoutez-le. J'ai entendu la demande de la profession. J'ai entendu la demande d'une partie des sénateurs. J'ai donc proposé un amendement.
Vous pouvez s'étudier demain en commission des lois la possibilité, évidemment, de rendre éligible la procédure de PJCR à l'aide juridictionnelle. Le ministre de la Justice considère que 15% des dossiers criminels pourraient être concernés par cette nouvelle procédure du plaidé coupable. Ça pourrait permettre de gagner du temps et donc de désengorger les tribunaux et donc de gagner en quelque sorte de l'argent. Monsieur le sénateur, est-ce que vous êtes favorable à cette nouvelle procédure du plaidé coupable ?
Non, je ne suis pas du tout favorable parce qu'effectivement, c'est un changement de philosophie majeure par rapport à notre justice en termes de droit pénal parce qu'effectivement, le temps d'un procès, c'est justement de permettre d'établir aussi la vérité. Et c'est souvent des moments de réparation également pour les victimes de pouvoir avoir le droit à un procès, de pouvoir avoir justement un système de jury parce qu'en fait, la justice est rendue également au nom du peuple français à travers ces jurys. Donc, elle ne le serait plus.
Donc, à travers une forme de négociation, et ça a été très bien dit dans les témoignages que vous avez mis à l'écran, c'est qu'en fait, les personnes, alors même s'il y a des commis d'office, comme le propose le ministre de la Justice, automatiquement, des commis d'office, souvent, c'est des personnes qui débutent également dans la profession. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas bons, mais des fois, ils sont moins expérimentés, contrairement à une personne qui a de l'argent et qui va pouvoir s'acheter le meilleur des avocats, justement, pour pouvoir réduire sa peine, pour pouvoir négocier.
L'objectif, juste, la philosophie de ce texte, c'est de désengorger les tribunaux. On a entendu Gérald Darmanin, parfois jusqu'à six ans pour obtenir un premier jugement. Voilà, quelle est votre solution ?
Alors, ça, le constat est tout à fait juste, et c'est réel. Il faut désengorger les tribunaux, et il a raison, c'est totalement inacceptable d'avoir des comptes rendus de justice au bout de cinq ans, six ans, ce n'est pas possible pour les victimes. Il y a une raison très simple, c'est-à-dire que, M. Darmanin, plutôt que d'agir sur le nœud du problème, qui sont les moyens de notre justice, ce n'est pas la peine de proposer une justice au rabais parce qu'on n'en a pas les moyens, il faut s'en donner les moyens. Parce que quand vous regardez, par rapport à tous les pays de l'OCDE, par habitant, on dépense pour notre justice 77 euros. En Allemagne, c'est le double, c'est 136 euros.
Même en Italie, c'est 100 euros. Tous les pays européens dépensent plus, ont plus de juges, rapportés au nombre d'habitants, ont plus d'avocats. En fait, ce n'est pas compliqué. Si vous voulez qu'une justice, non pas au rabais expéditif, qui juge mal, si vous voulez avoir une justice de qualité pour nos compatriotes, on leur doit d'investir dans ce temps-là. Vous embauchez plus de magistrats. Oui, il faut augmenter le pouvoir de PIB. On est à 0,20% du PIB. La moyenne, c'est 0,30%. Il faut augmenter. Donc, c'est un tiers de plus, les moyens. Donc, il faut des moyens supplémentaires pour notre justice. Et ça, ça prend du temps,
c'est ce que disait Gérald Darmanin,
pour former un magistrat pour plusieurs années. Ça prend surtout une volonté politique. Et effectivement, je pense que ça devra être au cœur, notamment, du débat présidentiel. Parce qu'effectivement, ce n'est pas le gouvernement actuel qui est complètement démonétisé, qui est en capacité d'impulser quoi que ce soit. À ce niveau-là, ça, j'en ai bien conscience. Mais ce n'est pas une raison pour détricoter à ne serait-ce qu'un an d'une élection présidentielle qui est quand même des sujets majeurs, qui, à mon avis, doivent être tranchés par les Français pour avoir une justice au rabais expéditive.
Et d'ailleurs, qui ne sera pas satisfaisante aussi bien pour les victimes et peut-être pour les coupables. Et encore, il y a aussi des cas, parce que moi, je connais, c'est un système nord-américain. J'ai vécu là-bas. Et vous avez aussi des innocents qui ont peur d'être condamnés de manière beaucoup plus importante, qui plaident coupable pour pouvoir avoir une petite peine. Et ça y va à l'appel, aux États-Unis notamment. Des innocents qui plaident coupables. Oui, qui plaident coupables parce qu'ils ont peur d'avoir une peine plus importante. Parce qu'ils savent qu'ils ont moins de chances que d'autres de pouvoir y passer. C'est rapidement parce qu'il n'y a pas de me gronder, sinon.
Mais une dernière question.
Pour négociation,
les socialistes, vous votez contre. Ah oui, on vote contre, en grande partie d'ailleurs, à cause de ce changement de plaider coupable qui est une justice à deux vitesses. Et nous, on veut un renforcement des moyens et non pas ce type de mesures.
Un mot d'éducation, parce que c'est des sujets sur lesquels vous travaillez beaucoup. Il y a Anne Chanterelle. Il y a une alerte ce matin dans le Parisien du ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. En 2035, il y aura près d'1,7 million d'élèves en moins. Ça fait 14% de baisse. Une vague sismique qui rend nécessaire de repenser l'offre scolaire sur le territoire à long terme. C'est ce qu'il dit. Vous n'êtes pas d'accord ?
Je suis d'accord dans le sens qu'elle offre, quelle opportunité finalement, moi je dirais, pour justement renforcer notre éducation. Parce que vous avez moins d'élèves. Le but, ce n'est pas de dire il y a moins d'élèves, on va gérer en ayant moins d'enseignants parce que c'est un peu ça ce qui est en sous-main.
Ça ne justifie pas les baisses de poste ?
Non, pas du tout. Au contraire, je pense que ça doit justifier encore plus d'enseignants avec moins d'élèves par classe, par exemple. Donc moi, je dis oui, pourquoi pas aller dans une réorganisation pour augmenter la qualité éducative, pour avoir une offre éducative de meilleure qualité, encore de plus grande qualité pour améliorer les conditions de travail également des enseignants qui ont souvent des classes surchargées qui leur permettra d'avoir des classes peut-être avec moins d'élèves.
Mais pas moins de profs et pas de fermeture de classe, c'est un peu ce qu'il laisse sous-entendre. Il dit si l'année prochaine encore on ne fermera aucune école sans l'accord du maire, compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment.
Moi, je pense qu'en tout cas, pareil, je pense que le gouvernement n'est pas en capacité de prendre quoi que ce soit comme orientation et décision sur ce sujet-là. Ils peuvent juste faire du commentaire par rapport à une situation qui est réelle, qui est un fait. Et à mon avis, le sujet de l'éducation, en tout cas, devra être au cœur du débat présidentiel. Vraiment, je pense que c'est fondamental par rapport à toutes ces données pour savoir quelle éducation nous souhaitons pour notre pays parce que c'est l'avenir de demain. Le seul moyen de s'émanciper de manière collective et individuelle, et les Français, ils sont très attachés et ils le savent, c'est l'éducation.
Ils voient bien que les moyens ne sont pas là, qu'il y ait des écoles surchargées. On n'a pas toujours la même qualité éducative en fonction des endroits dans lesquels on vit. Il y a des inégalités territoriales, effectivement, et ça, c'est inacceptable. Et il faut travailler et revenir là-dessus. Il faut avoir une autre offre. Et ce n'est pas en gérant, en se disant, de manière comptable. L'éducation ne se gère pas de manière comptable. C'est un investissement dans l'avenir, dans notre pays, dans notre jeunesse, dans nos enfants.
Et il est important, justement, de pouvoir s'en donner les moyens, surtout quand on voit la société dans laquelle on évolue, avec l'intelligence artificielle, avec les changements climatiques. Et plus que jamais, il est plus que jamais fondamental d'investir dans notre éducation et de leur rendre accessible et de qualité pour toutes et tous, quels que soient ses revenus.
– Autre article dans Le Parisien, il concerne le groupe PS au Sénat. Et on voudrait avoir votre éclaircissement. Alors, une assemblée générale exceptionnelle aurait lieu ce matin au sein du groupe PS, vous allez nous le confirmer, pour limiter le mandat du président du groupe. Est-ce que vous préparez un putsch contre Patrick Caner ?
– Non, pas du tout. Après, vous savez, au niveau de notre groupe, comme tout groupe, on discute par rapport à nos règlements. Ça, c'est quelque chose qui a été voulu, notamment par le président. Quand il a été réélu, lui-même souhaitait une refonte de notre règlement. Tout ça a été mené de manière consensuelle au niveau de l'exécutif, dont le président… – Donc, avec Patrick Caner. – Oui, et pas que lui, d'ailleurs. Toutes les personnes, toutes les sensibilités ont participé pleinement. Il y a même eu une consultation de l'ensemble de notre groupe. Ça a été très démocratique pour pouvoir avoir des propositions.
Nous, nous n'avons fait que retranscrire ce que souhaitait le groupe à travers, notamment, une consultation. Après, on discute, on débat. – Mais est-ce que le but,
pour être clair, il y a une chanterelle, est-ce que le but, c'est que Patrick Caner ne puisse pas se représenter en septembre ?
– Non, ce n'est pas le but, mais après, il ne faut pas se focaliser uniquement sur une présidence. C'est toutes les fonctions qui sont non-cumulables dans le temps, c'est l'esprit qui a émergé de cette consultation. Et je pense que c'est plutôt sain, nous-mêmes, par rapport à nos propres pratiques politiques, que nous nous posons la question en tant que groupe, quelles sont les bonnes pratiques à mettre en place, que nous exigeons pour nous-mêmes, en termes de responsabilité, de limitation de cumul dans le temps. Et nous pensons que nous sommes un grand nombre à être attachés au non-cumul dans le temps, effectivement.
Et ce n'est pas par rapport à des personnes ou autres, pas du tout, c'est par rapport à des fonctions. Et d'ailleurs, c'est déjà le cas en interne, il y a certaines fonctions qui ne sont pas cumulables dans le temps, qui ne sont exercées qu'une seule fois même. Et ce n'est pas forcément valable pour la présidence. Et c'est ça qui est une discussion. Et je trouve ça plutôt sain qu'un groupe se pose un cadre. Et c'est tout à l'honneur, d'ailleurs, également, de notre président d'avoir permis ça, d'avoir permis cet échange, cette discussion, de cette rénovation, également, de notre règlement intérieur. Et je pense que c'est totalement acceptable, accepté.
Et ça honneure, à mon avis, notre groupe de pouvoir permettre ce genre de dispositions qui pourra peut-être être des pratiques qui seront valables pour d'autres groupes parlementaires qui pourraient éventuellement s'en inspirer. Oui, oui, tout à fait. Très bien. Il y a une réunion
qui s'est un peu moins bien passée, c'est le Bureau national du Parti socialiste. Hier, vous y étiez. C'est le troisième depuis la fin des municipales. Comment ça s'est passé ?
En fait, il y a une discussion comme toujours, c'est normal. Des fois, il y a des petits artifices communicationnels, il ne faut pas s'arrêter à ça. Là, on est au-delà de la discussion
parce qu'il y a un courant qui est parti avant la fin.
Oui, oui, mais après, on a un parti démocratique qui justement discute et c'est normal de discuter parce qu'il peut y avoir des divergences par rapport à des points de vue stratégiques. Comment on opère ? Alors, nous, c'est très simple. Moi, je soutiens la direction actuelle. Nous, on propose des choses très claires. C'est déjà le vote des militants. On est un parti démocratique. On considère que tout doit être validé par les militants. On dit assez régulièrement et à juste titre qu'en dehors des personnes, c'est le contenu qui compte. Ça fait plusieurs mois sous la direction de Chloé Rydel qu'on travaille sur un projet qui est quasi finalisé.
D'ici un mois, il sera présenté devant notre bureau national notamment et on considère que déjà, c'est le départ. Ça ne doit pas être l'aboutissement. À partir de cet accord sur le projet, nous allons le faire voter par les militants. Mais après, il y a d'autres questions parce que quand vous écoutez certaines personnes qui ne sont même pas forcément dans le parti, qui sont extérieures, il y a différentes propositions aussi au niveau du rassemblement de la gauche. Il y en a, elle est plus restreinte que d'autres. Nous, on défend de Ruffin à Glucksmann, il y en a qui défendent de Hollande à Glucksmann en quelque sorte et qui défendent d'autres périmètres.
Et on considère que les militants également doivent décider de cela. Ils doivent décider quel périmètre ? Primaire ou non ? Désignation de notre candidat. En fait, ce n'est pas compliqué, ils décideront de tout. Donc nous, on va mettre sur la table le projet. L'idéal, ce serait avant l'été, absolument. Alors après, il ne faut pas s'énerver, les socialistes ont toujours désigné d'ailleurs assez tard leurs candidats. C'est assez exceptionnel quand on les désigne au mois d'octobre. C'est même souvent arrivé. Même Lionel Jospin a été désigné en janvier en 1995.
Il fait de la com'. Qu'est-ce qu'il fait ? Non, je ne dis pas.
Je pense qu'il y a un point de vue légèrement stratégique. C'est qu'on a du mal à comprendre où il veut en venir. Lui, il veut. Il se borne uniquement à dire désignez-moi et tout va être magnifique. Les gens vont être derrière moi. Mais il n'y a aucune proposition de comment on y arrive. Moi, je suis convaincu que la meilleure façon plutôt que de se dire on va se réunir à 5-6 et puis on a déjà vu ce que ça a donné parce que ça s'est passé déjà il y a 5 ans. Ça n'a rien donné.
Donc, c'est de pouvoir permettre un temps démocratique aussi bien en interne puisque les militants mais après en externe vis-à-vis des Français en s'adressant aux Français à travers cette primaire parce qu'effectivement il y a urgence d'être à la hauteur de la situation de notre pays et de pouvoir faire une proposition d'union parce que quand vous écoutez les Français de gauche notamment il n'y a qu'une seule chose sur laquelle ils sont d'accord c'est qu'il faut que la gauche unire. À 80%, ils nous le réclament ils nous le demandent. Donc, il faut leur proposer un processus qui permette d'atteindre ce qui est souhaité par le peuple de gauche notamment.
Il y en a un autre qui veut travailler sur le projet c'est Ronan Dantec qui est avec nous. Bonjour, merci d'être la sénataire écologique de l'Atlantique président du mouvement Ensemble sur nos territoires. Vous réunissez samedi à Montreuil en région prairiesienne plusieurs figures de la gauche. Quel est le but de cette initiative Ronan Dantec ?
Justement de travailler sur le projet. Je pense qu'après les municipales il est très clair que les Français le peuple de gauche veut d'abord qu'on travaille sur le fond et pas qu'on ait un débat toujours centré sur comment choisit-on le candidat à la présidentielle. Depuis deux ans ensemble sur nos territoires et notamment les rencontres de Boukouzé travaillent de manière très approfondie autour de ce qu'on appelle la social-écologie terme qui a d'ailleurs beaucoup gagné dans le débat public ces derniers mois. Beaucoup s'en réclament aujourd'hui.
Nous, on a essayé de travailler au-delà du slogan qu'est-ce que la social-écologie aujourd'hui quelles sont ses priorités les classes moyennes et populaires l'Europe la décentralisation et on a donc proposé à Montreuil à une bonne partie des animateurs de la gauche réformiste on ne va pas jusqu'à LFI de discuter à partir de la plateforme de la social-écologie qu'on a mis au débat qui est une plateforme très approfondie plus de six pages de propositions et je crois que c'est important que la gauche se rassemble seront là Ford, Glucksmann Vallaud Jadot Léa Ballage la porte-parole de Marine Tondelier que la gauche travaille sur le fond montre ses convergences sur le fond en respectant évidemment aussi les spécificités des uns et des autres c'est vraiment ce qu'on nous demande aujourd'hui de refinalement faire passer le projet avant les désignations et la politique plus politicienne
Vous souhaitez travailler un projet commun de toute la gauche hors LFI c'est ça l'objectif c'est ça l'ambition ?
Non c'est pas exactement ça nous on a travaillé un projet vraiment avec beaucoup d'intellectuels avec ces rencontres de Beaucousé qui ont réuni jusqu'à 1000 personnes donc on a un projet déjà à mettre sur la table et c'est ce projet que nous mettons au débat pour éclaircir le débat et pour montrer effectivement les axes de convergence donc on n'a pas vocation à écrire le programme commun de la gauche mais d'ores et déjà de dire voilà il y a une part du socle commun qui est la social-écologie et que les uns les autres effectivement aient la capacité de s'exprimer sur ce point de dialoguer entre eux de s'écouter je crois que dans les urgences pour la gauche aujourd'hui il y a effectivement le fait de montrer cette capacité de dialogue et de travailler en commun et puis on a une priorité parce que c'est notre défaite aux élections municipales ce sont les classes moyennes et populaires qui se détournent aujourd'hui fortement de la gauche ce que j'ai appelé la France des pavillons qui aujourd'hui vote soit à l'extrême droite à droite ou s'abstient et qu'il faut reconquérir donc c'est quoi nos priorités pour reconquérir cet électorat qui a longtemps voté à gauche et qui aujourd'hui s'en détourne si on n'a pas la reconquête de cet électorat si on n'a pas les propositions de pouvoir d'achat de mode de vie qui correspondent à ses aspirations alors quel que soit le candidat la gauche de Tuméa ne gagnera pas les prochaines échéances
un mot Yann Chantrey il nous reste 30 secondes
oui mais toute initiative est très bonne et je rejoins Renaud Nantec également sur la volonté justement de travailler sur un projet il a raison donc cette initiative participe pleinement également au rassemblement de la gauche en termes de contenu il a raison je pense que c'est pour ça quand je vous disais nous on veut d'abord travailler sur le projet et le faire valider parce qu'effectivement je suis d'accord c'est le début d'un processus le projet le travail sur le fond donc toute contribution de qui que ce soit à gauche sur le fond des propositions du contenu pour effectivement reconquérir notamment il a raison les classes populaires les classes moyennes qui ont déserté justement les urnes en grande partie parce que la plupart du temps c'est même pas qu'elles ne votent pas pour la gauche c'est qu'elles ne votent pas du tout et sera toujours le bienvenu donc cette initiative en est une très bonne comme les autres qui sont en cours
merci beaucoup à tous les deux merci Renaud Dantec d'avoir été avec nous et merci Yann Chantrel d'avoir été notre invité pendant cette demi-heure retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat
Yan Chantrel