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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 11 mai 2026 8 minAutoproduitActualité / polémiqueÉconomie & entreprises

Le sommet Africa Forward montre "une forme de désillusion vis-à-vis de l'Afrique francophone", selon Paul Deutschmann

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 30 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:39OuverteRéponse directe

    Ce sommet marque un vrai tournant dans les relations entre la France et le continent africain ?

  • 2:40OuverteRéponse directe

    Et c'est aussi parce qu'il y a, avec plusieurs pays francophones, on a des relations diplomatiques qui ont été rompues, donc on est contraints et forcés d'aller voir ailleurs aussi.

  • 3:22OuverteRéponse directe

    Et alors, est-ce que ça change la façon de faire du business, d'aller voir d'autres pays que notre ancien précaré ?

  • 4:38OuverteRéponse directe

    Vous parliez de la Chine, il y a de gros investisseurs venus de Chine, il y en a aussi qui viennent des monarchies du Golfe, puis il y a les Etats-Unis qui reviennent, qui focalisent leurs investissements essentiellement sur la sécurisation des minerais critiques. On n'est pas tout seul et la concurrence est rude.

  • 5:08FerméeRéponse directe

    Est-ce que la France est toujours aujourd'hui le premier partenaire commercial européen du continent africain ?

  • 5:29OuverteRéponse directe

    Et je ne sais pas si vous avez vu la une de l'UMA ce matin, qui parle de ce sommet, mais qui le décrit en disant qu'il y a des relents de néocolonialisme, que derrière le ravalement de façade, en fait, les fondations restent les mêmes, et que sous couvert de développement économique, c'est surtout l'ancienne puissance coloniale, donc la France qui souhaite conserver son influence en Afrique. Vous en pensez quoi ? Et ce sera la fin de notre interview.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:53InvitéFait
    « C'est un tournant parce qu'il tranche évidemment avec le dernier sommet qui a eu lieu sur le continent il y a un peu moins de 10 ans, en 2017, qui était à Bamako sous François Hollande. »
  • 1:09InvitéFait
    « Et puis avec ces grands patrons français qui parlent aux grands patrons africains et d'Afrique anglophone. »
  • 1:25InvitéFait
    « Oui, complètement. Des points des pays comme la Côte d'Ivoire ou d'autres en Afrique centrale restent des pays clés pour les groupes français. »
  • 1:47InvitéFait
    « qui sont d'ailleurs étroitement associés à l'organisation de ce sommet »
  • 3:59InvitéFait
    « Le projet a finalement été redonné à des groupes chinois il y a deux ans. »
  • 4:14InvitéFait
    « d'ailleurs en dépit de la nature du propriétaire de ce groupe, où le groupe va être coté en bourse, pour la première fois un groupe français va être coté sur une bourse africaine, en l'occurrence à Johannesburg, le groupe Canal+ »
  • 4:30InvitéPromesse
    « Et donc on veut faire de ces exemples-là des modèles pour des autres groupes français, mais avec aujourd'hui une vraie appréhension de la part des groupes français sur le continent d'ordre général. »
  • 5:10InvitéFait
    « ce sont des signaux qui sont des signaux un peu contre-intuitifs qu'on envoie au milieu de l'affaires français, au grand dame d'ailleurs d'Emile Macron, qui a regretté ce grand retrait des groupes bancaires français du continent. »
  • 5:45InvitéFait
    « En effet, il y a encore des points d'attache, on parlait de la Côte d'Ivoire, qui restent des pays très forts pour les milieux d'affaires français. »
  • 7:06PrésentateurFait
    « qui parle de ce sommet, mais qui le décrit en disant qu'il y a des relents de néocolonialisme, que derrière le ravalement de façade, en fait, les fondations restent les mêmes, et que sous couvert de développement économique, c'est surtout l'ancienne puissance coloniale, donc la France qui souhaite conserver son influence en Afrique. »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Présentateur25 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, l'avenir africain de la France s'écrit-il désormais en anglais pour la première fois en 50 ans. C'est un pays anglophone qui accueille le sommet franco-africain, désormais baptisé d'ailleurs Africa Forward. Ça se passe au Kenya, dans la capitale Nairobi, aujourd'hui et demain, en présence d'Emmanuel Macron et d'une vingtaine de grands patrons français. Bonjour Paul Deutschman.

0:29
Invité

Bonjour.

0:29
Présentateur

Vous êtes le rédacteur en chef du média d'investigation africain intelligence, média indépendant qui existe depuis plus de 40 ans et vous, vous travaillez sur le continent africain depuis une dizaine d'années. Ce sommet marque un vrai tournant dans les relations entre la France et le continent africain ?

0:44
Invité

Oui, c'est un tournant parce qu'il tranche évidemment avec le dernier sommet qui a eu lieu sur le continent il y a un peu moins de 10 ans, en 2017, qui était à Bamako sous François Hollande. Et donc, évidemment que la teneur était davantage à l'époque sécuritaire, dans un pays aujourd'hui avec lesquels les relations sont glaciales, pour ne pas dire inexistantes, qu'est le Mali. Donc oui, c'est un tournant, assumé d'ailleurs, comme l'avait dit dans le texte, puisque Africa Forward, ce n'est pas l'Afrique en avant. Et puis avec ces grands patrons français qui parlent aux grands patrons africains et d'Afrique anglophone.

Et on voit d'ailleurs bien qu'il y a très peu de patrons d'Afrique francophone et qu'on se tourne davantage vers ces grandes figures du grand capitalisme africain en Nairobi.

1:20
Présentateur

Néanmoins, l'Afrique francophone représente encore plus de la moitié des investissements sur le continent africain.

1:25
Invité

Oui, complètement. Des points des pays comme la Côte d'Ivoire ou d'autres en Afrique centrale restent des pays clés pour les groupes français. Mais la stratégie d'Emmanuel Macron, qui a fait son stage de l'ENA au Nigeria, il faut le rappeler, en 2004, et qui a été assez tôt sensibilisé en réalité à ce capitalisme africain, en partie porté par des milliardaires nigériens comme Tenueloumulu ou Aliko Dangote, qui sont d'ailleurs étroitement associés à l'organisation de ce sommet, ont beaucoup parlé au président, qui a tissé dès 2017 des relations avec eux et a tenté de tisser des partenariats entre des groupes français et ces figures nigériennes notamment.

1:55
Présentateur

Donc ce virage anglophone, c'est vraiment dû à Emmanuel Macron ? Pour ses prédécesseurs, l'Afrique n'était que francophone ?

2:03
Invité

Alors oui et non. Ce qui est toujours intéressant, c'est que dans le discours, si on prend depuis Jacques Chirac, il y a toujours l'idée d'ouvrir l'influence de la France à des pays en dehors du précaré, donc des anciennes colonies. Nicolas Sarkozy, François Hollande, qui s'était lui-même rendu au Nigeria, qui avait accueilli le président Kenyan à Paris, ou qui est allé en Angola, un pays lusophone assez stratégique aujourd'hui pour la France, ont tous, dans les faits, évoqué la fin de la France-Afrique pour se tourner vers d'autres pays, notamment les géants anglophones. Emmanuel Macron est de loin celui qui est allé le plus loin, ça c'est une certitude.

Il l'acte très clairement avec ce sommet d'ailleurs, parce qu'il est plus jeune aussi, qu'il assume plus librement cette liberté vis-à-vis de l'ancien précaré. Mais oui, clairement, c'est celui qui va le plus loin, et on le voit bien aujourd'hui.

2:43
Présentateur

Et c'est aussi parce qu'il y a, avec plusieurs pays francophones, on a des relations diplomatiques qui ont été rompues, donc on est contraints et forcés d'aller voir ailleurs aussi.

2:50
Invité

Tout à fait, il y a un choix pragmatique de voir que les géants anglophones sont aujourd'hui les plus gros marchés du continent, mais il y a aussi une forme de désillusion vis-à-vis de l'Afrique francophone, parce que l'influence de la France dans ces pays-là a clairement décroît depuis dix ans, et particulièrement au cours des cinq dernières années, que ce sont des régimes avec lesquels la France en train d'ailleurs sont très compliqués.

On parlait du Mali, mais on peut évidemment élargir des pays même d'Afrique centrale, où on a des États où les chefs sont en poste depuis des fois plusieurs décennies, et c'est vrai que c'est un climat général qui favorise plutôt à se projeter en dehors de son ancien précaré, tout à fait.

3:22
Présentateur

Et alors, est-ce que ça change la façon de faire du business, d'aller voir d'autres pays que notre ancien précaré ?

3:28
Invité

Alors oui, après le business, c'est peut-être un discours qui fonctionne finalement à peu près partout. Maintenant, il faut reconnaître que les succès pour l'instant des groupes français en Afrique de l'Est, ou en Afrique francophone, ne sont pas non plus légion. Si on prend le cas du Kenya, qui est un cas assez ablématique, il y a eu un grand projet qui était porté par deux groupes français, Vinci et un fonds d'investissement qui s'appelle Meridium, de l'autoroute A18 si je ne me trompe pas, qui devait illustrer très clairement justement cette influence renouvelée des groupes français en Afrique de l'Ouest, Afrique de l'Est, excusez-moi, qui s'est soldé plutôt par des échecs.

Le projet a finalement été redonné à des groupes chinois il y a deux ans. Meridium aussi avait développé un projet en Éthiopie qui s'est soldé par un échec. Donc pour l'instant, s'il y a certaines réussites, c'est compliqué. On parle d'un autre groupe aussi qui va être je pense au cœur de ce sommet qui est Canal+, d'ailleurs en dépit de la nature du propriétaire de ce groupe, où le groupe va être coté en bourse, pour la première fois un groupe français va être coté sur une bourse africaine, en l'occurrence à Johannesburg, le groupe Canal+, via le rachat d'un géant qui s'appelle Multi-Choice, qui va faire de Canal+, le leader de la télévision payante sur le continent.

Et donc on veut faire de ces exemples-là des modèles pour des autres groupes français, mais avec aujourd'hui une vraie appréhension de la part des groupes français sur le continent d'ordre général.

4:37
Présentateur

Oui, puisque la concurrence est rude. Vous parliez de la Chine, il y a de gros investisseurs venus de Chine, il y en a aussi qui viennent des monarchies du Golfe, puis il y a les Etats-Unis qui reviennent, qui focalisent leurs investissements essentiellement sur la sécurisation des minerais critiques. On n'est pas tout seul et la concurrence est rude.

4:51
Invité

Clairement, clairement, ce n'est pas nouveau. En réalité, ça fait presque 30 ans, mais particulièrement depuis 5 ans, notamment en Afrique anglophone, où les marchés sont beaucoup plus importants et donc de facto avec beaucoup plus d'intérêts de pays que vous avez précédemment cités. Donc ça va être un des gros enjeux aujourd'hui pour la France, de pouvoir être capable de prouver qu'elle a les moyens, en sachant que les signaux sont plutôt des signaux qui peuvent être vus de façon délicate pour les groupes français. Si on prend les groupes bancaires, qui sont un gros enjeu, ils ont quasiment tous quitté le continent africain.

Si on prend la Société Générale, la BNP ou le Crédit Agricole, ils n'ont quasiment plus d'activité. Donc, ce sont des signaux qui sont des signaux un peu contre-intuitifs qu'on envoie au milieu de l'affaires français, au grand dame d'ailleurs d'Emile Macron, qui a regretté ce grand retrait des groupes bancaires français du continent.

5:32
Présentateur

Est-ce que la France est toujours aujourd'hui le premier partenaire commercial européen du continent africain ?

5:37
Invité

Alors, elle l'est dans certains pays, elle est largement concurrencée aujourd'hui par l'Allemagne. En effet, il y a encore des points d'attache, on parlait de la Côte d'Ivoire, qui restent des pays très forts pour les milieux d'affaires français. Mais on voit que c'est quand même une marge qui se réduit d'année en année. Et donc oui, c'est quand même un mouvement qui est aujourd'hui plutôt un mouvement de retrait, même si on indique que ce n'est pas le cas en valeur absolue.

6:00
Présentateur

Paul Deutschman, ce sommet aujourd'hui et demain au Kenya, c'est à 100% pour faire du business, on ne va pas parler de politique, vraiment pas ?

6:07
Invité

Alors, oui et non, on va toujours un peu parler de politique, et évidemment que certaines crises sécuritaires, mais qui ne seront peut-être pas celles qu'on attend, c'est-à-dire les sahéliennes, mais la crise au Soudan, ou même dans des pays voisins, vont être évoquées. Dans ce rapprochement avec les pays et ces géants du continent, il y a aussi une dimension diplomatique, c'est-à-dire qu'Emmanuel Macron a beaucoup utilisé l'influence de ces géants, notamment de l'Angola, qui est un géant lusophone, pour être capable de parler aussi dans des crises. On peut parler de la crise en RDC, où l'Angola joue ce rôle de médiateur, elle l'a été aussi dans le cadre de la crise en Centrafrique.

Donc, il y a un volet évidemment éminemment diplomatique. L'idée, en tout cas, c'est de ne pas, en effet, que le sécuritaire sature l'agenda du président. Ça a été le cas pendant tout ce premier mandat d'Emmanuel Macron, et il a, je pense, vécu cet héritage, puisque c'était un héritage dont il a hérité de son prédécesseur, Barkhane, des opérations militaires, et qu'il veut en effet parler davantage d'entrepreneuriat, business, parce que c'est des sujets qui lui apparaissent déjà personnellement, en titre personnel, peut-être plus porteurs, et qui sont aujourd'hui, en effet, un des enjeux centraux pour l'avenir de l'influence sur le continent.

7:04
Présentateur

Et je ne sais pas si vous avez vu la une de l'UMA ce matin, qui parle de ce sommet, mais qui le décrit en disant qu'il y a des relents de néocolonialisme, que derrière le ravalement de façade, en fait, les fondations restent les mêmes, et que sous couvert de développement économique, c'est surtout l'ancienne puissance coloniale, donc la France qui souhaite conserver son influence en Afrique. Vous en pensez quoi ? Et ce sera la fin de notre interview.

7:22
Invité

En tout cas, c'est certain qu'il y a eu des maladresses dans la manière dont Emmanuel Macron s'est adressé au continent. C'est une réalité avec une forme, des fois, peut-être de péché originel qui était de penser que parce qu'il était un jeune président, il n'était pas l'héritier de la colonisation française. Et d'ailleurs, il le disait, à qui veut l'entendre, qu'il n'était pas finalement l'héritier du RPR ou du Parti Socialiste qui ont eu des relations particulières avec le continent.

Et preuve est de constater qu'il y a, en tout cas, aujourd'hui un ressenti, un discours très critique à l'égard de la France sur le continent, et qu'il est, qu'il le veuille ou non, l'héritier, en effet, des méfaits coloniaux de l'époque passée.

7:54
Présentateur

Merci beaucoup pour votre analyse, Paul Dutchman, rédacteur en chef du Média d'investigation Afrika Intelligence.