Violette Spillebout - L'interview politique du 15/04/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Violette Spilbout, vous êtes députée du Nord, membre d'Ensemble pour la République, le parti du président Emmanuel Macron, conseillère municipale de Lille, vous étiez candidate lors du dernier scrutin dans la grande ville du Nord. On va parler politique française bien sûr, mais d'abord un détour par les désordres du monde hier à Washington pour parler direct qui ont commencé entre Israël et le Liban. Ce sont les premiers depuis le début de la guerre le 2 mars et même depuis 1991, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a appelé à saisir une occasion historique en vue d'une paix durable. Mais le Hezbollah, grand absent des discussions, continue de bombarder le Nord d'Israël.
Est-ce que vous êtes optimiste ?
Il faut être optimiste, il faut être optimiste sur une diplomatie qui permette de retrouver la paix. On est dans une période de trêve, de cesser le feu. Alors il y a des difficultés très importantes qui ont des impacts économiques sur l'ensemble du monde avec le blocage du détroit d'Ormousse. Mais c'est vrai que la reprise de discussions, ça permet de reprendre un peu espoir d'abord parce qu'une guerre c'est terrible pour toutes les victimes dans tous les pays qui sont touchés. Et ça reste un drame et une forte inquiétude, y compris dans notre pays pour tous nos jeunes qui voient aujourd'hui qu'on est dans un monde où il y a une véritable guerre.
Et c'est quand même quelque chose depuis quelques mois qui est extrêmement inquiétant. Et puis parce que cette guerre, elle a des impacts très importants aussi sur notre pays, notamment sur le plan économique et sur le plan finalement de la vie quotidienne des Français.
Et oui, nos compatriotes qui ont constaté que le prix à la pompe n'avait pas baissé malgré le cesser le feu de la semaine dernière. Et il devrait encore moins baisser au vu des derniers développements, vous l'évoquez, le blocage du détroit d'Ormousse depuis lundi. Le gouvernement envisage de contrôler les marges des distributeurs et c'est une mesure insuffisante pour les associations de consommateurs. Alors ça vous inquiète le climat social autour de l'essence parce qu'on sait toujours que depuis les gilets jaunes, c'est un sujet sensible ?
Avant le climat social, il y a la vie quotidienne des travailleurs, de ceux qui ont besoin de leurs voitures. Alors bien sûr, on sait que le gouvernement, dès le début de cette guerre, a mis en place des aides d'urgence pour les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs, les gros rouleurs comme les infirmiers et continuera d'être aux côtés d'eux. Mais ça ne suffit pas parce que finalement, nous tous, on a besoin de notre voiture. Et aujourd'hui, on voit que les personnes renoncent. Renoncent parfois à travailler parce que ça leur coûte plus cher d'utiliser la voiture et qu'il ne faut pas assez de chiffre d'affaires quand on est un artisan par exemple.
Renoncent aussi aux vacances, aux loisirs. Et ça risque d'être durable parce qu'on sait que l'instabilité des prix du baril va continuer. Donc le gouvernement, il n'a pas beaucoup de marge de manœuvre. On sait qu'on est dans un moment, dans des années, depuis quelques années, où la dette de la France ne permet pas de refaire quoi qu'il en coûte du post-Covid. Et donc le blocage des prix, ça aurait un effet sur la pénurie de l'essence et du diesel dans notre pays. La baisse des taxes, ce n'est pas vraiment permis à cause du budget de la France. Mais qu'est-ce qui reste effectivement ?
C'est faire en sorte que les marges des distributeurs ne soient pas trop élevées, que ces marges, certains n'en profitent pas pendant une crise qui risque malheureusement d'être durable. Donc il n'y a pas beaucoup de choix pour le gouvernement aujourd'hui et c'est les Français qui en payent le prix.
Et c'est vrai que la tentation d'en profiter, c'est un grand classique de la paire des distributeurs. Autre sujet international, c'est la Hongrie, bien sûr. Les élections législatives de dimanche ont détrôné le Premier ministre nationaliste sortant, Victor Orban, et couronné son opposant, Peter Magyar, qui est lui un pro-européen résolu. Sa victoire a d'ailleurs été saluée par toutes les capitales de l'UE. Est-ce que c'est une bonne nouvelle ?
Ça aussi, c'est un moment d'espoir, cette élection de Peter Magyar, parce que ça montre que la victoire de l'extrême droite n'est pas une fatalité. Après 16 ans de Victor Orban, aujourd'hui, le peuple a choisi un parti et un représentant qui certes reste conservateur, reste dans la ligne de la Hongrie, mais qui est pro-européen, surtout qui n'est pas hostile au soutien à l'Ukraine et qui est surtout un défenseur des droits.
Moi, je crois que la marque majeure qui nous réjouit et qui peut nous donner aussi un peu d'espoir en France et en Europe, c'est que c'est quelqu'un qui est clairement pour les droits LGBT, pour les droits des femmes, qui est quelque part ouvert alors qu'on était dans un pays qui était le totem d'une Europe qui se refermait sur elle-même. Et puis c'est aussi un dirigeant d'un grand pays européen qui va libérer le soutien à l'Ukraine, ce fameux prêt dont l'Ukraine a besoin et qui va redialoguer avec l'Europe.
Donc c'est, je trouve, en 2026 un signe positif qui nous donne espoir, nous, pour les présidentielles en France, de pouvoir porter un projet qui reste pro-européen, qui reste progressiste.
Alors, justement, sur la politique française, les députés Modem ont annoncé hier qu'ils ne voteraient pas la PPL, la proposition de loi portée par votre collègue Caroline Yadon sur l'antisémitisme. Elle sera examinée, je le rappelle, à partir de demain dans l'hémicycle. Cette proposition de loi qui prévoit de renforcer la répression des infractions, de provocations, d'apologie du terrorisme, qui interdit par exemple de les présenter comme acte de résistance. Ça complique l'adoption du texte qui est dénoncé par ses détracteurs comme attentatoire à la liberté d'expression. Est-ce que vous êtes favorable, vous, à la PPL Yadon ?
Je suis favorable à la PPL Yadon parce qu'elle est très claire. Elle a été retravaillée entre le début du mois de mai 2025 et le passage au Conseil d'État. Et elle est très claire sur le délit dont la sanction est renforcée. C'est celui de l'appel à la destruction d'un État. Il faut rappeler que cette PPL de Caroline Yadon, c'est une PPL qui ne cite pas Israël, qui s'adresse à toute forme de haine et d'appel à la destruction d'un État. Et c'est important de lutter contre les nouvelles formes de l'antisémitisme parce qu'elle percole partout dans notre pays, notamment depuis le 7 octobre. Et il faut une tolérance zéro avec ces appels à la destruction d'un État.
Moi, je soutiens Caroline Yadon aussi parce que c'est une députée extrêmement courageuse qui vit depuis le dépôt de cette proposition de loi un cyberharcèlement et des menaces qui sont à un niveau totalement intolérable. Ce n'est pas ça, normalement, d'être députée. C'est de défendre ses convictions et de pouvoir débattre à l'Assemblée nationale. Donc oui, c'est un sujet qui déchire l'Assemblée. Elle a été adoptée en commission des lois, cette proposition, au mois de janvier. Et on arrive à un moment dans l'hémicycle où j'espère, malgré cette signature poussée par la France Insoumise pour tenter de décider le débat...
Signature de la pétition qui a atteint plusieurs centaines de milliers de signatures. J'espère que le débat pourra être un vrai débat de fond et ne sera pas caricatural comme il l'est par la France Insoumise depuis plusieurs semaines, qui hystérise finalement avec cette pétition un sujet qui devrait être pris sérieusement à l'Assemblée nationale.
Alors, autre sujet chaud, c'est le travail le 1er mai. Le gouvernement a finalement décidé lundi d'écarter la proposition de loi qui élargissait les possibilités de travailler sur ce jour férié symbolique. Il a reculé devant l'opposition de la gauche et des syndicats. Et Bruno Retailleau, le président de l'LR, il fustige, je cite, « un gouvernement tétanisé précisément par la peur de la gauche et des syndicats ». Il a raison.
Il ne faut pas être aussi caricatural sur le sujet du 1er mai. Alors moi, j'ai soutenu cette proposition de loi de Gabriel Attal parce que mon groupe, le groupe Renaissance, porte la valeur travail, porte la liberté des salariés de pouvoir choisir s'ils veulent travailler et être payés double 1er mai, surtout quand c'est pour rétablir une inégalité. Il faut savoir de quoi on parle.
On parle des McDonald's, de tous les fast-foods, des supérettes, des glaciers, des bars qui depuis des années peuvent ouvrir le 1er mai sans que leurs salariés aient des sanctions et de boulangers et fleuristes qui finalement depuis des années avaient une tolérance et depuis 2024 se voient avoir des amendes, voire pire, lorsqu'ils font travailler leurs salariés le 1er mai. Donc rétablir une inégalité, c'était une bonne chose. Aujourd'hui, on voit que ce message, il est reçu finalement par les syndicats de façon élargie comme une provocation sur les droits qui sont acquis pour les travailleurs dans tous les secteurs depuis des années.
Voilà, on a un gouvernement qui, dans une situation fragile, a peur d'une situation sociale qui se tend. Je peux le comprendre. Sébastien Lecornu, il dit finalement, il faut que ce soit circonscrit uniquement aux boulangers et fleuristes, que ça ne s'étende pas aux chaînes de boulangerie, par exemple. Il faut qu'on ait encore du débat. Il faut que le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, recrée du dialogue social au cours du 1er mai. Nous, on était prêts depuis un an. Ce n'est pas prêt. C'est tout. On voit que situation internationale et nationale, tout ça est fragile et compliqué.
Et puis, les ennuis volant en escadrille, comme disait Jacques Chirac, qui le disait à lui d'une manière un peu plus fleuri et imagée, le dispositif ZFE Zone à faible émission a été rejeté hier à l'Assemblée. Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas, Violette Spilboutin.
Là aussi, moi, je reste positive. C'est quand même un projet de loi, le projet de loi simplification de la vie économique, qui est depuis deux ans entre l'Assemblée et le Sénat. Ça montre la difficulté à légiférer sur des gros textes de loi. 87 articles. Les 87 articles, ils ont été adoptés, oui, alors avec le renoncement aux ZFE. Moi, je le regrette. Je me suis abstenue, moi, hier. Moi, je le regrette parce que les ZFE, même si c'est compliqué pour le pouvoir d'achat de Français qui ne peuvent pas remplacer leur voiture, c'est quand même une mesure écologique fondamentale qui est un marqueur du mandat d'Emmanuel Macron et auquel nous, notre groupe, avec Gabriel Attal, on reste très attaché.
Il y a eu un vrai débat parlementaire, Sénat, Assemblée, avec des députés qui flangent parfois entre l'intérêt de la vie économique et le pouvoir d'achat des Français et une vision plus durable de ce qu'il faut pour la qualité de l'air, c'est-à-dire avoir moins de véhicules polluants, notamment dans nos grandes villes. Moi, je trouvais que l'amendement du gouvernement sur la liberté de choisir pour les communes et d'avoir un débat local des villes et des métropoles, comme à Lille, chez moi, sur les ZFE, c'était une bonne solution. Ce n'est pas ce qui a été choisi par la majorité des députés. Écoutez, voilà, c'est la vie du Parlement aujourd'hui. Ce n'est pas simple.
Et c'est compliqué pour le gouvernement, effectivement. Vous avez déposé, Violette Spilbout, fin janvier, une PPL, une proposition de loi avec le député LFI, Paul Vannier, sur la prévention des violences dans les établissements scolaires. Il vient d'être inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Ce sera un passage le 1er juin. Il était temps, non ?
Il était temps. En même temps, on a déposé cette proposition de loi après d'un an de travail, la commission d'enquête Bétharam et puis ce travail avec le ministère de l'Éducation nationale pour avoir une loi musclée sur le contrôle des établissements scolaires pour prévenir des violences. Et entre le 20 janvier et le 1er juin, finalement, une inscription dans le contexte qu'on vient de décrire, c'est une chose positive. Alors ça, je dis merci, Gabriel Attal, Kevin, parce que vous dites que sur l'école, il n'est pas suffisamment actif.
Mais il y avait peu de voies de passage pour ce texte qui est un texte de 11 articles et de sacrifier, entre guillemets, toute notre niche Ensemble pour la République, c'est-à-dire cette journée parlementaire où on choisit notre texte pour ce texte, sur les violences dans les établissements scolaires et surtout pour la prévention et la sécurité des élèves, pour rassurer les parents à un moment où il y a tout ce scandale du périscolaire aussi qui est venu s'ajouter. Je pense que c'est une bonne chose. Voilà, c'est une bonne chose.
Il va falloir que tous les groupes parlementaires soient raisonnables en nombre d'amendements pour qu'on réussisse à faire passer le texte sur une seule journée du lundi 1er juin. Et je compte sur mes collègues pour qu'on y arrive.
Alors, vous l'évoquiez tout à l'heure, on est à presque un an jour pour jour de la présidentielle. Jordan Bardella apparaît comme le grand favori du premier tour, selon les sondages, qu'il faut prendre bien sûr avec des pincettes, mais ça donne un état de l'opinion. Il est grosso modo autour de 35% avec une large avance sur tous ses concurrents. Et puis, du côté du bloc central, j'ai compté 10 candidats potentiels. Edouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, vous êtes proches, Gaël Braun-Pivet, Aurore Berger, Elisabeth Borne, Jean Castex, François Bayrou, Bruno Le Maire. Ça fait beaucoup de monde. Comment on va organiser tout ceci ? Est-ce qu'il faut une primaire ?
C'est la bonne journée pour poser la question parce qu'on est le 15 avril. Et ce midi, il y a une rencontre entre quatre acteurs importants du bloc central. L'équipe, bien sûr, de Gabriel Attal avec Franck Rister, le Modem avec Marc Fénaud, et puis aussi l'UDI et Horizon.
Et cette rencontre, elle a pour but de faire en sorte que s'il y a des pré-campagnes en 2026 et que nous allons chacun porter nos valeurs et nos candidats en 2026, on puisse se rassembler pour avoir un candidat unique pour faire face à l'extrême droite, à l'extrême gauche et que les Français aient un choix réellement avec un candidat raisonnable, un candidat qui porte les valeurs démocratiques et progressistes dans notre pays.
On va suivre de très près le processus. Merci Violette Spilboud d'avoir répondu aux questions de Radio-J. Et très bonne journée à vous.
Merci à vous.
Merci beaucoup David. Votre invitée demain 7h45 sera Virginie Martin, politologue, autrice de Jeux de pouvoir quand les politologues regardent des séries. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Violette Spillebout