Lettonie - déclaration avec le Président Egils Levits
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- 0:15E. LevitsFait
« La France n'a jamais reconnu l'occupation de notre pays. »
- 0:30E. LevitsFait
« Le président français François Mitterrand a été le premier dirigeant d'un grand pays occidental à visiter la Lettonie après la restauration de notre indépendance. »
- 0:45E. LevitsFait
« La Lettonie apprécie hautement la participation des soldats français dans les groupements tactiques multinationaux déployés en Lituanie. »
- 1:00E. LevitsPromesse
« La Lettonie espère devenir membre non permanent du Conseil de sécurité pour la première fois lors des élections de 2025. »
- 1:15E. LevitsFait
« La France est désormais le seul pays membre de l'Union européenne qui est membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. »
- 1:45E. LevitsPromesse
« La Lettonie soutient l'invitation du président français à inaugurer une conférence sur l'avenir de l'Europe dès cet automne. »
- 2:00E. MacronFait
« Cette visite officielle bilatérale d'un président français est la première depuis celle de Jacques Chirac en juillet 2001. »
- 2:15E. MacronFait
« En novembre 1919, quand des navires français s'engagèrent aux côtés des marins lettons dans le golfe de Riga, pour appuyer leur aspiration à la liberté. »
- 2:30E. MacronFait
« La Lettonie a pris la décision de rejoindre une initiative alors franco-néerlandaise pour la neutralité carbone. »
- 2:45E. MacronChiffre
« Nous avons ensuite été 8 puis 10, et nous avons réussi à convaincre l'ensemble du groupe. »
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-E. Levits : Mesdames et messieurs, j'ai l'immense plaisir de pouvoir accueillir aujourd'hui le président de la République française, Emmanuel Macron, et son épouse Brigitte Macron. Cette visite démontre la volonté du président français d'apprendre à mieux connaître la Lettonie, d'échanger opinions et idées pour approfondir la coopération, aussi bien dans une dimension européenne que dans une dimension plus vaste.
Cette visite est une magnifique preuve de la coopération entre nos Etats et nos peuples que l'on constate au quotidien, et qui a de profondes racines historiques. Je voudrais vous rappeler que la France nous a soutenus lors de la guerre d'indépendance et dans la lutte pour la reconnaissance de jure de notre Etat il y a 100 ans. La France n'a jamais reconnu l'occupation de notre pays.
Le président français François Mitterrand a été le premier dirigeant d'un grand pays occidental à visiter la Lettonie après la restauration de notre indépendance. Avec l'adhésion de la Lettonie à l'OTAN et à l'Union européenne, nos relations avec la France sont passées à un niveau supérieur, nous avons une vision analogue à celle de la France à de nombreux sujets, et cette vision commune est fondée sur des valeurs partagées et l'esprit de relations multilatérales. Lors de cette visite, nous allons aborder les défis de sécurité auxquels l'Europe est confrontée.
La Lettonie apprécie hautement la participation des soldats français dans les groupements tactiques multinationaux déployés en Lituanie. Ainsi, c'est la sécurité de toute la région baltique qui est renforcée. Nous allons évoquer la manière de renforcer aussi les relations transatlantiques tout en augmentant les capacités européennes dans le cadre des activités de l'alliance.
Nous allons nous entretenir des relations de l'Union européenne avec ses régions voisines. Nous devrons nous engager sans relâche pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine, et rester solidaires avec le peuple biélorusse dans sa lutte pour la démocratie. Nous discuterons de l'influence des technologies numériques et des plateformes des réseaux sociaux sur la démocratie, sur les processus de formation de l'opinion publique, sur le phénomène de la désinformation qui, de nos jours, à l'heure de la numérisation, s'amplifie rapidement et crée de nouveaux défis à la démocratie.
Demain, lors d'une discussion ouverte au public avec le président français, nous écouterons aussi des opinions d'experts et de meneurs d'opinions lettons sur ces thèmes. Je suis heureux que ce soit en Lettonie que siège le centre d'excellence de communication stratégique de l'OTAN, dont le rôle dans l'évaluation analytique de ces questions est important. Je me réjouis que la Lettonie, ensemble, avec la France et la Lituanie, aient convenu d'un communiqué commun sur la défense de la démocratie.
Au cours de la visite du président de la République française, nos ministres des Affaires étrangères vont signer des documents au sujet de la coopération franco-lettone dans le domaine de l'éducation et de la science, ainsi qu'au sujet des priorités de notre plan d'action de partenariat stratégique jusqu'en 2022. La France est désormais le seul pays membre de l'Union européenne qui est membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cela donne à la France une position privilégiée pour défendre l'opinion européenne quant à la réduction des conflits et menaces mondiales.
De même, la Lettonie espère devenir membre non permanent du Conseil de sécurité pour la première fois lors des élections de 2025, aidant ainsi à mieux faire entendre la voix de l'Europe. Cependant, pour pouvoir exprimer et défendre dans le monde la position commune de l'Europe, il faut pouvoir y aboutir. Il est clair que l'Europe nécessite des réformes.
Le président français a beaucoup traité ce sujet et, dans une certaine mesure, assume un rôle de leader dans les discussions internes en Europe. Toutefois, cela n'est pas suffisant. Ici, le tandem franco-allemand a un rôle central.
Pour cela, il est à la fois indispensable que tous les pays membres de l'Union européenne participent activement dans le processus des réformes européennes et la promotion de leur unité. Toute une série de crises, qu'il s'agisse des finances, du Brexit, de la migration, maintenant de la pandémie, ont fait la lumière sur les points faibles des mécanismes de l'Union européenne. Nous avons devant nous un immense travail pour relancer l'économie européenne après les suites de la crise occasionnée par la pandémie.
Il nous faut utiliser cette opportunité pour consolider le marché commun européen, notre grande force est notre atout, en prenant un tournant décisif vers le pacte vert et la numérisation. Nous ne pouvons pas nous enfouir la tête dans le sable et espérer que tout sera comme avant. Pour cette raison, la Lettonie soutient l'invitation du président français à inaugurer une conférence sur l'avenir de l'Europe dès cet automne.
Nous devons nous mettre à l'écoute de ce que pensent vraiment les citoyens européens, sans tabous, afin de définir des réformes raisonnables pour redonner de l'efficacité à l'Union européenne. C'est la seule manière de répondre aux ambitions de l'Europe, pour nous-mêmes et pour le monde. La Lettonie, dans une attitude constructive, sera toujours parmi les promoteurs de l'idée de l'Europe.
La Lettonie peut unir l'Europe géographiquement, politiquement, culturellement, numériquement. La société lettone est capable de se mobiliser rapidement à l'occasion des crises, de les surmonter de manière efficace et d'en sortir encore plus forte. La Lettonie est un endroit excellent pour les innovations, que ce soit dans le domaine politique ou social ou dans celui des hautes technologies.
Des valeurs communes unissent la Lettonie et la France. La devise de la République française est liberté, égalité, fraternité, tandis que dans le préambule de la Satversme, Constitution de Lettonie, il est stipulé que la liberté, l'égalité et la solidarité sont le fondement d'une société cohésive. Ces valeurs que nous partageons constituent un socle stable pour une coopération encore plus étroite.
Pour cela, monsieur le Président, je vous remercie encore de votre visite. J'ai la conviction que ce soir et demain nous attendent des discussions fructueuses au sujet de notre avenir commun, en Europe, pour renforcer l'Europe dans le monde et les valeurs communes. Merci.
On donne la parole. -E. Macron : Merci beaucoup.
Merci, monsieur le président, cher Egils. Je suis très heureux aujourd'hui d'être parmi vous, à Riga, avec mon épouse et notre délégation, et vous remercie très chaleureusement pour votre accueil. Je connais moins bien votre pays que vous ne connaissez le nôtre ainsi que notre langue, et votre carrière d'éminent juriste vous a, en effet, permis de connaître tout à la fois notre langage et notre droit.
Je vous envie. Et j'aimerais avoir la même connaissance de votre pays. Il n'en demeure pas moins que, comme vous l'avez souligné, cette visite officielle bilatérale d'un président français est la première depuis celle de Jacques Chirac en juillet 2001.
Et je suis aujourd'hui à Riga pour, au fond, réparer cette longue absence, mieux comprendre, mieux nous connaître, aussi expliquer plusieurs éléments importants de notre politique européenne et internationale, mais développer aussi nombre de voies bilatérales que nous devons et pouvons renforcer sur le plan académique, culturel et économique. Vous l'avez parfaitement évoqué. Néanmoins, cette absence de visites officielles bilatérales ne doit pas masquer les liens de l'histoire si forts qui nous unissent.
Et vous l'avez en creux rappelé. En novembre 1919, quand des navires français s'engagèrent aux côtés des marins lettons dans le golfe de Riga, pour appuyer leur aspiration à la liberté. Quand Aristide Briand, ensuite, se fit l'avocat de l'indépendance de la Lettonie devant la société des nations.
Et lorsque François Mitterrand fut le premier chef d'Etat occidental à se rendre en Lettonie à l'occasion de son indépendance recouvrée. Ces quelques jalons suffisent à dire, au-delà des échos entre nos devises et nos textes constitutionnels, les liens qui nous unissent. Cette identité lettone, affirmée, singulière, c'est celle aussi que je veux mieux découvrir et reconnaître, celle qui fait que votre pays, en s'engageant à plein au sein de l'Union européenne, n'en a pas pour autant renoncé à son identité profonde, à son attachement profond, à sa culture, et je sais combien aussi cette culture européenne compte.
C'est pour cela et pour rendre hommage à cet attachement viscéral, à votre vie intellectuelle culturelle, mais à la part européenne de celle-ci que la tragique histoire du groupe français, comme on l'appelait, démontre que...
Je rendrai demain hommage, au musée des Occupations, à cet écho de notre histoire, si je puis dire, de votre histoire, le courage de celles et ceux qui ont voulu penser librement, défendre la liberté, et dont je dois vous dire que c'est, pour moi, un extrême honneur qu'ils aient eu ce nom de baptême. Je veux aussi ici rappeler la contribution à la culture européenne de votre pays, les poètes Rainis ou Ziedonis, les peintres Rozentals ou Rothko, l'architecte Eisenstein, le violoniste Kremer, qui font partie de notre patrimoine européen et dont les noms en écho, j'en suis sûr, éveillent chez beaucoup d'entre nous des souvenirs. Ils sont largement présents à Paris.
Monsieur le président, vous l'avez rappelé, nos pays sont unis à plusieurs égards, unis au sein de l'OTAN, et vous savez l'engagement de la France au sein de l'eFP et notre présence, par roulement, entre les trois Etats baltes, pour protéger et participer à cette mission essentielle qui est la nôtre en tant qu'alliés, et dans laquelle nous nous inscrirons dans la durée. J'étais il y a quelques instants, juste avant de vous rejoindre, en Lituanie auprès de nos forces qui sont adjointes à l'eFP, et vous savez combien nous sommes aussi engagés pour la sécurité de votre pays dans le cadre de l'OTAN. Nous tenons à ce cadre et nous sommes conscients de votre voisinage comme de votre histoire, et c'est aussi dans cet esprit de compréhension réciproque, de transparence, et de protection de votre sécurité, que nous avons voulu contribuer à réenclencher un dialogue stratégique avec la Russie.
Je sais qu'il éveille parfois des interrogations ou beaucoup de commentaires. Je veux ici dire avec beaucoup de force que ce dialogue ne nie rien de toutes nos histoires européennes, mais vise à regarder en face notre histoire et notre géographie, et sans aucune naïveté ou crédulité, à réengager un dialogue stratégique exigeant avec nos voisins russes pour justement trouver les voies des désescalades lorsqu'elles s'imposent, mieux lutter contre les cyberattaques, ou les intrusions, parfois les manipulations, mais construire une architecture de sécurité en bâtissant les voies d'une confiance que dans le temps, nous devons savoir reconstruire. Ce ne se fera pas en un jour, mais je pense que c'est une nécessité.
Et c'est pourquoi au-delà de notre partenariat au sein de l'OTAN, notre partenariat au sein de l'Union européenne est à mes yeux essentiel. Nous sommes deux pays qui ont un rôle important, et avons beaucoup de valeurs communes, et des volontés communes. Ce dialogue d'ailleurs doit s'inscrire dans ce cadre, comme d'ailleurs plusieurs combats communs que nous menons s'y inscrivent.
Je n'oublie pas qu'il y a maintenant un an et demi, la Lettonie a pris la décision de rejoindre une initiative alors franco-néerlandaise pour la neutralité carbone. Et votre décision, j'en avais alors parlé lors du sommet de Sibiu avec votre premier ministre, a déclenché véritablement un mouvement de fond. Nous avons ensuite été 8 puis 10, et nous avons réussi à convaincre l'ensemble du groupe.
Et je crois que cet attachement, qui est une conviction contemporaine de votre pays pour la lutte contre le changement climatique, est un élément important de notre stratégie ensemble. De la même manière, nous oeuvrons ensemble sur le plan de relance européen, je veux saluer le rôle de votre pays pour contribuer à une solution en juillet dernier, bâtir véritablement une volonté et une ambition commune pour notre Europe sur le plan économique, industriel, technologique, mais aussi sanitaire. Vous l'avez rappelé, notre volonté aussi commune, et c'est la force de ce texte que nous signons à trois, Lettonie, Lituanie et France, c'est de protéger nos démocraties et notre information contre les manipulations, les intrusions, parfois les attaques.
Et donc, de déployer à la fois l'organisation politique et administrative pour le protéger, l'organisation aussi technologique qui nous permettra de rendre nos démocraties à la fois dans le processus électoral, mais le quotidien aussi de notre vie démocratique, qui suppose une information libre, plus sûre. Cette initiative est importante, nous en débattrons demain, mais elle constitue, je crois, un jalon essentiel de notre combat européen. Il y a beaucoup d'autres sujets que nous portons ensemble, et la conférence pour l'avenir de l'Europe, qui débutera bientôt ses travaux, sera à mes yeux un lieu privilégié rassemblant toutes les institutions, toutes les sensibilités politiques de cette redéfinition de notre Europe que vous avez évoquée.
Je salue votre volonté, M. le président, de donner à la Lettonie plus de place, non seulement en Europe, mais au sein des Nations Unies, et à l'international. Nos discussions de ce soir et de demain matin permettront d'aller plus loin sur ces sujets.
Nous sommes, je le disais, ensemble dans la présence avancée de l'OTAN, la police du ciel, mais je veux aussi saluer la présence de la Lettonie dans le cadre de l'alliance internationale que nous avons su bâtir au Mali. C'est un signe important de cet engagement pour la paix, la lutte contre le terrorisme, et la stabilité du continent africain qui montre l'ambition légitime de votre pays, mais aussi les combats que nous menons épaule contre épaule, ensemble. Voilà, monsieur le président de la République, ce que je voulais vous dire en vous remerciant à nouveau pour votre accueil et vos mots.
Voyez toujours dans la France une amie et une alliée, un partenaire fiable et à l'écoute. Nous aimons la liberté et la France est toujours du côté des combattants de la liberté. Vous en fûtes, vous en êtes.
Et dans un présent souvent bousculé, une géographie qui demeure extraordinairement incertaine, nous serons aux côtés de la Lettonie en tant que membres de l'Union européenne, en tant qu'alliés de l'OTAN, en tant qu'amis. Merci, monsieur le président.
Emmanuel Macron