RUFFIN - "NOTRE ADVERSAIRE, C'EST L'INDIFFÉRENCE" (Convention France Insoumise)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour. François Ruffin, candidat dans la première circonscription de la Somme avec le soutien du Parti communiste, de Ensemble, des Verts, et je remercie la France insoumise d’avoir permis ce rassemblement. Voilà.
Je viens vous apporter d’abord une bonne nouvelle : nos enfants peuvent sortir. Enfin, les miens. C’était ce qui était inscrit ce matin sur un panneau municipal à Amiens : « vos enfants peuvent sortir ».
Il faut savoir que cet hiver ce n’était pas trop la consigne puisque les écoles recevaient au contraire la consigne du rectorat de ne pas faire sortir les enfants dans la cour de récréation, de ne pas leur faire faire de sport, à cause des pics de pollution. Des pics de pollution qui, comme à Paris, en fait durent pendant une semaine, sont renouvelés la semaine suivante. Donc l’expression « pic de pollution », à mon sens, perd sa raison d’être puisque si ça dure pendant des semaines ce n’est plus du tout des pics de pollution.
On s’est tellement habitués à ça que « Le Courrier picard » annonce les pics de pollution sur quatre lignes. Vous savez, auparavant, un pic de pollution, ça faisait la une. Maintenant, dans mon journal régional, c’est sur quatre lignes.
Donc il y a un processus - allez, je vais sortir un mot savant avec plein de syllabes - de mithridatisation des esprits. Qu’est-ce que c’est ? Le roi Mithridate, en Grèce, s’était habitué pour ne pas être empoisonné à avaler un peu plus de poison tous les jours.
Nous, malheureusement, il y a un risque que nos esprits s’habituent. Oui, c’est le coup de la grenouille aussi dont on réchauffe l’eau. On est face à ça.
Ça, c’était cet hiver. Ce printemps, vous le savez, à Amiens il y a eu un petit truc qui s’appelle Whirlpool. Je passe sur les dividendes - 10 % d’augmentation au premier trimestre pour les actionnaires -, sur le salaire du PDG - 13 millions d’euros -, sur le départ en Pologne parce que les salaires y sont quatre fois moins chers, sur le fait que l’on a là une Europe qui est mise à nu… Je reviens à mon sujet : les sèche-linges qui dont partent en Pologne sont consommés à 30 % en France et à 30 % dans l’Europe du Nord, ce qui veut dire camions-camions-camions.
Il faut savoir que, pour moi, le symbole de l’Europe devrait être le camion. Le symbole de la mondialisation, c’est le bateau qui permet de transporter à bas coût au niveau mondial et le symbole de l’Européanisation c’est le camion qui permet à travers les autoroutes, les grands projets de construction d’autoroutes, de transporter à bas coût au niveau européen. Là, il y a une contradiction entre le fait de vouloir peut-être lutter contre les pics de pollution et de construire cette Europe-là mais je pense qu’il faut aller plus loin.
Et il faut aller plus loin avec les salariés. Quand on a une grève qui dure comme ça pendant deux semaines, c’est l’occasion d’avoir des longs temps de discussion avec les salariés et de leur demander : « - Vous, vous en avez un de sèche-linge ? - Ben non, pourquoi faire ?
Le vent est très efficace, l’air est très efficace. » Ça veut dire aussi qu’on peut être favorable à la remise en cause de production de sèche-linges et on peut être favorable à cette remise en cause avec les salariés eux-mêmes. Quand on est en grève, il y a des tas de discussions.
Y compris on me demande ce qu’est un mandat révocable, etc. On pourrait décider d’arrêter le sèche-linge, de revenir au lave-linge qui était la production historique sur le site d’Amiens, qui est elle partie en Slovaquie, à Poprad, mais simplement ce n’est pas nous qui décidons. C’est tout le problème.
Ceux qui décident, c’est le PDG Jeff Fettig aux États-Unis, ce sont les actionnaires - le fonds Vanguard Group, qui est également l’actionnaire principal de Monsanto -, etc. On a en fait la possibilité de se poser ces trois questions qui me paraissent être des questions-clés : que veut-on produire ? où veut-on produire ? comment veut-on le produire ? et même comment veut-on vivre ?
C’est-à-dire la nécessité de reprendre en main notre destin commun et le fait que les collectifs de travail, le savoir-faire, les choix économiques ne s’opèrent pas à Benton, aux États-Unis, à 7 374 km d’Amiens, mais que ça puisse se décider avec les salariés d’Amiens, avec les élus d’Amiens, et ainsi de suite. Quand on est sur le parking de Whirlpool, avec des salariés qui sont quand même un peu dos au mur, je vous avoue que l’imbrication de ces enjeux sociaux, écologiques, démocratiques, ça donne un peu le vertige quand on voit le chemin qui est à parcourir pour nous. Il y a déjà avec le score réalisé par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle l’émergence d’une force populaire généreuse, combative.
J’espère qu’elle va faire surgir lors de ces élections une espérance écologique, sociale et démocratique. Mon adversaire, moi, c’est toujours la finance ; ça n’a pas changé. Mais c’est surtout l’indifférence ; mon principal adversaire, c’est l’indifférence.
Tous les jours, on a à se battre autour de nous contre une espèce d’à-quoi-bon géant, contre une résignation qui nous entoure, et on craint d’être enlisés là-dedans. Pour conclure, je voudrais reprendre le slogan de Fakir mais je voudrais le reprendre pour vous et aussi pour tous les militants, parce qu’il faut songer aux petites mains invisibles : on va avoir notre photo à nous sur les panneaux électoraux mais parce qu’il va y avoir des gens bien souvent pour les coller pour nous, il va y avoir des gens pour distribuer des tracts pour nous et il va y avoir des gens pour mener la bataille, parce que c’est une bataille à mener porte après porte, maison après maison, quartier après quartier. Donc c’est pour eux que je voudrais dire : sans vous, on ne peut rien, avec vous on peut beaucoup, et c’est pour ça qu’à la fin c’est nous qu’on va gagner.
Je vous remercie.
François Ruffin