Chine | Conférence de presse à Pékin
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-E. Macron: Bien. Mesdames, messieurs les ministres, M. l'ambassadeur, mesdames, messieurs.
J'ai déjà à plusieurs reprises rendu compte de ces 2 jours passés à Shanghai, puis Pékin, et des entretiens élargis, bilatéraux et des multiples discussions. Donc je pense qu'il est sans doute plus efficace que je réponde directement à vos questions. -Oui, ici. -E.
Macron: Alors, allez-y. C'est le micro qui a le pouvoir. Ca n'est pas moi, madame.
Donc après, il y a madame... -D'accord.
Bonjour. Vous avez beaucoup insisté durant ces 2 jours sur la dimension européenne de la relation avec la Chine. Mais est-ce que vous ne vous sentez pas pour l'instant un petit peu seul dans cette démarche, notamment quand on a écouté hier les discours des dirigeants grec et italien, qui ont prôné un petit peu, qui ont pris la défense des routes de la soie, par exemple? -E.
Macron: Alors, je ne pense pas que l'un s'oppose à l'autre. Je pense qu'il y a un historique et des choses qu'on peut infléchir. Il y a un historique parce que, d'abord, pendant plusieurs années, l'Europe n'a pas été, l'Union européenne n'a pas été coordonnée dans sa politique chinoise, pour ne pas dire qu'elle n'a pas eu de politique chinoise.
Et il y a eu des politiques nationales, les uns jouant, d'ailleurs, plus efficacement que les autres, mais il y avait une approche qui était largement éclatée, ce qui a, d'ailleurs, conduit la Chine à avoir elle-même une approche différenciée, avec ce partenariat des 17 plus 1, et une approche visant à renforcer, si je puis dire, un dialogue stratégique, commercial avec certains pays, qu'ils soient, d'ailleurs, membres de l'Union européenne ou au bord de l'Union européenne. Le 2e phénomène qui a conduit à la situation que vous décrivez, c'est, je pense, la mauvaise gestion de la crise de la dette souveraine de l'Europe par elle-même et avec elle-même. Je m'explique.
Nous avons, à ce moment-là, conduit plusieurs pays à des réformes très dures, rapides, et à des privatisations forcées sans qu'il y ait d'acheteurs européens. Et donc, force est de constater qu'on a mis plusieurs pays en situation d'avoir uniquement des acheteurs non-européens, et c'est-à-dire des acheteurs chinois. Le Premier ministre grec ne pouvait dire autre chose hier que la vérité.
Quand les investisseurs européens n'avaient pas confiance en nous, vous avez eu confiance en nous, alors même que, je le rappelle, beaucoup d'investisseurs chinois qui avaient investi avant la crise avaient beaucoup perdu au moment de celle-ci. Et donc, ces 2 éléments sont les symptômes d'une non-coordination européenne et d'une absence de souveraineté européenne par le passé, que j'ai souvent dénoncée. Nous sommes en train d'essayer de corriger cela, de changer et d'imprimer autre chose.
D'abord de dire, l'Europe, elle doit être souveraine sur certains sujets et avancer ensemble, et je crois que c'est ce que nous avons réussi à faire lorsque, par exemple, il y a maintenant près de 2 ans, nous avons su mettre en place la défense d'intérêts stratégiques européens, ce qui était un agenda nouveau, soutenu par la Commission et Jean-Claude Juncker, largement porté par celui-ci, et qui permet de changer un peu la grammaire des choses et de reconnaître ce qui est, d'ailleurs, une discussion qu'on peut tout à fait assumer et que vous m'avez entendu assumer publiquement à Shanghai comme à Pékin, avec la Chine, qui est de dire, il y a des sujets d'affaires où on doit être ouverts mutuellement et clarifier le cadre. Il y a des sujets qui ne relèvent pas que des affaires qui sont stratégiques et, à ce moment-là, il est légitime que chacun protège ses intérêts de souveraineté stratégique chez soi. L'Europe s'est progressivement dotée ces 2 dernières années de cela.
C'est encore à améliorer, mais ça, c'est un élément qui se corrige. La 2e chose, ce que nous avons souhaité imprimer, en effet, une nouvelle approche, en particulier avec l'Allemagne, mais pour l'ensemble de l'Union européenne. C'est pour cela que, lors de la dernière visite d'Etat du président Xi Jinping, en mars dernier, pour la 1re fois, nous avons tenu une réunion sous un format inédit avec la chancelière Merkel, le président Juncker, le président Xi Jinping et moi-même.
Nous avons parlé d'un agenda européen. Et c'est d'ailleurs à ce moment-là que nous avons décidé d'accélérer les discussions sur l'accord sur les Indications géographiques protégées, qui a été signé tout à l'heure par le ministre du Commerce, le commissaire européen, en la présence du président Xi Jinping et de moi-même. Ca, c'est un fait nouveau.
C'est-à-dire qu'on avance groupés et qu'on montre que nous sommes coordonnés. Ca n'efface pas le passé. Il y a eu les investissements historiques au moment de la crise.
Il y a eu des stratégies autres. Mais plus nous arrivons à montrer que l'Union européenne sait défendre ses intérêts stratégiques, a un agenda coordonné, offensif et défensif, plus elle sera vue de manière crédible par la Chine et plus nous pourrons avancer. Et donc, je suis très confiant sur notre capacité collective à faire cela.
Ca suppose de corriger les erreurs du passé progressivement et d'afficher l'Europe comme étant un partenaire crédible. Au-delà de ce qui vient d'être fait et des 2 exemples que je viens d'évoquer, les prochains mois auront à être jalonnés par plusieurs initiatives sur le fond et en termes de calendrier. Nous avons sur le plan économique à finaliser un accord en matière d'investissements.
C'est au niveau européen qu'il doit être fait. Et donc, au-delà de ce que chacun fait bilatéralement, il va permettre de cadrer les choses au niveau de l'Union européenne avec la Chine. Ensuite, il y a une 2e chose, c'est l'accord sino-européen sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, qui est un rendez-vous très important.
Le président Xi Jinping a manifesté son accord pour avancer sur ce point. Et donc, c'est de coordonner nos agendas et de prendre une initiative forte qui puisse se tenir avant la prochaine COP, avant la COP de Glasgow, qui permettra, justement, de rehausser nos engagements de part et d'autres et de conforter, justement, l'agenda de Paris. Ce sujet économique et d'investissements, ce sujet climatique vont scander les prochains mois de la relation entre l'Union européenne et la Chine.
Il y en a un 3e, qui est l'agenda commercial. Notre capacité ensemble à définir avant l'été une réforme de l'OMC est absolument vitale pour cette institution et pour notre efficacité collective. Sur ces 3 sujets, ce sont des travaux qu'on doit faire au niveau européen.
Nous pouvons prendre des initiatives pour le compte des autres, ce qu'on va essayer de faire sur le climat. Certains de ces sujets sont à négocier au niveau européen. Je pense aux sujets d'investissements ou de commerce, dont c'est la compétence, c'est aussi pour ça que je tenais à ce qu'il y ait le commissaire Hogan à la fois avec sa casquette d'Agriculture et sa future casquette de Commerce.
Et donc, nous allons les faire avancer dans les prochains mois avec un point d'orgue, qui sera le sommet Union européenne-Chine de Leipzig au 2e semestre 2020. Voilà. On n'effacera pas tout du passé tout de suite, mais je pense que la Chine a compris maintenant que l'Europe était organisée, que nous avions un agenda d'ouverture et de souveraineté et que nous avions la volonté, sur, en particulier, les 3 points-clés que je viens d'évoquer, d'avancer ensemble ou groupés comme un partenaire crédible et efficace. -Oui, bonjour.
Frédéric Schaeffer, Les Echos. Je voulais savoir si vous aviez abordé la situation à Hong Kong avec le président Xi Jinping. Je voulais avoir votre opinion là-dessus, quel était votre jugement sur la situation et sur la façon dont Pékin gérait les choses.
Et j'avais une autre question sur un autre sujet, qui est la mise en place du système du crédit social en Chine, qui touche les citoyens chinois, mais également les entreprises, dont les entreprises étrangères. Je voulais savoir si c'était un point d'inquiétude pour vous. Je vous remercie. -E.
Macron: Alors, sur le 1er point, d'abord, évidemment, je l'ai évoqué à plusieurs reprises avec le président Xi Jinping. Nous avons parlé de tous les sujets de manière extrêmement libre. Et d'abord puisque je m'exprime là publiquement sur ce point, la 1re chose que je veux faire, c'est de dire notre soutien à tous nos compatriotes qui vivent à Hong Kong et qui vivent la situation actuelle très directement, et c'est, je dirais, à ce titre au 1er chef que j'ai abordé, évidemment, le sujet avec le président chinois.
J'ai évidemment fait part de nos préoccupations. Quand je dis nos préoccupations, ce sont là aussi celles de l'Europe, celles que nous avons coordonnées avec nos partenaires, en particulier allemands. Nous avons appelé à plusieurs reprises les parties au dialogue, et c'est là-dessus que je suis revenu, à la retenue, à la désescalade.
Et je l'ai dit au président, et c'est pour moi le coeur de la réponse aujourd'hui au contexte que nous évoquons, au-delà de la grande vigilance à l'égard de nos compatriotes, c'est d'insister sur une nécessité d'une désescalade par le dialogue sur ce sujet. Sur la mise en place du crédit social, qui vient s'inscrire plus largement dans les travaux que nous avons enclenchés il y a 2 ans avec la Chine en matière financière, nous suivons évidemment de près les modalités de mise en oeuvre de ce crédit social et des conséquences que cela peut avoir pour les entreprises, à la fois positives, et puis des biais que cela peut créer. Aujourd'hui, rien ne nous porte à penser que cette réforme soit de nature à créer quelque biais que ce soit.
Donc, nous la suivons de près et dans le cadre aussi du dialogue qu'il y a entre les ministres de l'Economie et des Finances. Ce que nous avons fait ces derniers mois, c'est plutôt un travail de normalisation et d'intensification de nos relations financières. Donc, nous avons un 1er agenda sur le plan strictement financier, qui est de poursuivre la voie, d'ailleurs, ouverte par le président Xi Jinping au début de l'année 2017 à Davos, une plus grande intégration des écosystèmes financiers.
Les accords signés ce matin en sont une preuve. Pas qu'avec la France, d'ailleurs. Là aussi, je tiens un agenda européen.
BNPP et Deutsche Bank sont les 2 grandes institutions qui ont signé durant cette période des accords avec des partenaires financiers chinois, ce qui est une première, et permet, justement, une ouverture de nos systèmes financiers et des financements à l'égard de nos entreprises. Dans ce contexte-là, il est clair que nous sommes aussi vigilants sur les modalités de financement dans le cadre d'un agenda, d'une plus grande équité du commerce, des échanges, et dans le cadre d'un investissement réciproque plus stable. Il y a la négociation européenne qui est en cours et qui doit se finaliser pour la fin d'année prochaine.
Il y a aussi tout ce que nous sommes en train de faire, d'avancer sur ce cadre financier et commercial. Et donc, les réformes en cours seront suivies avec cet oeil et dans ce contexte. Mais aujourd'hui, nos échanges, l'avancée de nos travaux va vraiment dans le sens d'échanges plus équitables, et d'un cadre financier plus intégré. -Bonsoir, M. le président.
Pour Politiko. Le multilatéralisme est un des thèmes phares de votre visite en Chine aujourd'hui. Mais comment plaider crédiblement pour un multilatéralisme fort lorsque le président iranien annonce la reprise des activités d'enrichissement à Fordo, et 2 des garants du JCPoA, donc la Chine et la France, continuent de se limiter à appeler à la désescalade sans réelles menaces de conséquences pour l'Iran, qui, de toute façon, jusqu'à nouvel ordre, est toujours contraint par l'accord ?
Donc qu'attendez-vous pour déclencher le mécanisme de résolution de conflit prévue par le JCPoA ? Est-ce que le JCPoA est toujours d'actualité aujourd'hui en tant que cadre ? -E.
Macron: D'abord, ce que vous êtes en train de décrire, c'est plutôt les conséquences négatives d'un non-respect du cadre multilatéral. Replaçons les choses dans leur contexte. Je crois au multilatéralisme fort.
Le JCPoA est un cadre multilatéral créé sur initiative américaine avec plusieurs garants, que vous avez cités pour partie, les 3 Européens, entre autres, évidemment, la Chine, la Russie et quelques autres, qui a montré son efficacité constamment réaffirmée par l'AIEA. L'erreur américaine a été de quitter de manière unilatérale le JCPoA. Cette rupture du cadre multilatéral, elle montre son inefficacité.
La conséquence, quelle est-elle ? Une escalade des tensions dans la région et un moins bon contrôle des activités nucléaires iraniennes. C'est ce qu'il fallait démontrer, comme on le disait dans nos démonstrations enfantines.
Et donc le multilatéralisme fort est plus efficace que l'unilatéralisme criard. La démonstration en est faite par la décision d'hier. Maintenant, quelles conséquences en tirer de manière concrète ?
D'abord éviter, justement, cette escalade. Je ne pense pas que ce soit superfétatoire ou innocent que la Chine avec la France, de manière concertée, appellent justement à cette désescalade et au plein respect. Parce que cela montre que, indépendamment du fait qu'on peut être en désaccord avec les Etats-Unis, qui ont décidé de quitter le JCPoA, nous considérons que le plus grave, c'est la reprise de pratiques d'enrichissement.
Et donc notre priorité, c'est évidemment de ramener l'Iran à un plein respect de celui-ci. Pendant 15 mois, l'implication des Européens a permis, malgré la sortie américaine, de respecter le JCPoA. Ce sont les décisions récentes qui ont conduit à cette escalade et aux décisions d'hier.
Donc maintenant, les prochaines semaines seront pour nous dédiées d'une part à une pression accrue de tous pour que l'Iran revienne dans ce cadre, ce qui doit s'accompagner aussi d'allégement de certaines sanctions pour revenir à l'équilibre d'ensemble et à l'équation de JCPoA. Plus largement, la France n'est pas celle qui a initié cette démarche, ni qui en a été le principal signataire. Je suis obligé de constater, comme vous, que les Etats-Unis d'Amérique et l'Iran font le choix d'en sortir.
Il nous faudra reconstruire, de toute façon, un cadre d'entente sur les activités nucléaires à court terme, sur celles après 2025, sur les activités balistiques et sur la stabilité régionale. C'est ce que nous plaidons depuis maintenant un peu plus de 2 ans. Mais...
L'avenir du JCPoA, si je puis dire, les 2 principaux signataires sont en train d'en décider d'eux-mêmes. Donc ce qu'il nous faut maintenant faire, c'est continuer d'oeuvrer à la désescalade avec tous nos partenaires, et en particulier l'ensemble des membres permanents du Conseil de sécurité. Nous allons continuer, nous, les initiatives pour aider pas simplement à une désescalade, mais à une forme de retour à la normale.
Mais cela ne peut se faire, et c'est l'objet des discussions que j'aurai à nouveau avec le président Trump dans les prochains jours, que si les Etats-Unis d'Amérique acceptent aussi, et l'Iran, de l'autre côté, de rouvrir une forme d'agenda de confiance, d'accepter d'élargir sans doute celui-ci mais d'avancer de manière concrète sur des gestes. C'est ce que nous avons tenté de faire, comme vous le savez, au mois de septembre dernier à New York. C'est ce vers quoi il faudra revenir.
Sinon, quel est le scénario alternatif ? Un crescendo permanent, dont l'issue ne peut être qu'une crise. Ca n'est pas ce que nous souhaitons.
En tout cas, moi, je note ici que les convergences de vues avec la Chine ont été réelles et que la clarté des propos du président chinois avec les nôtres permettent d'appeler aussi l'Iran à ses responsabilités. Je pense que les décisions d'hier sont graves. Et je pense que, pour la 1re fois, de manière explicite et de manière non limitée, l'Iran décide de sortir du cadre du JCPoA, ce qui est un changement profond par rapport à l'attitude qu'ils avaient poursuivie ces dernières semaines.
Et donc, j'aurai des discussions dans les prochains jours également avec les Iraniens, mais nous devrons collectivement en tirer les conséquences. Les réunions au niveau technique et ministériel se tiendront comme il est prévu par l'accord. -Encore une question sur le multilatéralisme, commercial cette fois-ci.
Croyez-vous vraiment à une convergence de vues entre l'Union européenne et la Chine sur une réforme de l'OMC ? Et quelque chose dans les propos du président Xi Jinping fait-il penser que la Chine pourrait renoncer à son statut de pays émergent, qui bloque, jusqu'à présent, un peu les discussions sur le sujet ? -E.
Macron: La question du statut de pays émergent est, en effet, un sujet qui n'est pas récent. Quand on regarde les choses, ce sont les inégalités de développement au sein du pays qui justifient cette approche. Et c'est vrai qu'il y a une spécificité chinoise par rapport aux critères qui sont souvent adoptés dans nos enceintes internationales et dans les critères objectifs qui avaient été retenus.
Le critère, aujourd'hui, qui est retenu pour l'ensemble du pays vaut pour certaines provinces et n'a aucun sens si on prend Shanghai ou même Pékin. Et donc ça fait partie du travail, justement, qui est à conduire dans les prochains mois. Ensuite, je pense que la réaffirmation stratégique de la Chine quant à l'ouverture de son économie l'a conduite, de toute façon, à devoir penser les termes d'un multilatéralisme commercial.
Ensuite, je dirais que les Européens et les Américains ont une grande responsabilité en la matière. Et avant de savoir ce que pense la Chine et jusqu'où elle est prête à aller, je nous appelle, nous, à la responsabilité. Ce que je constate aujourd'hui, si je suis honnête avec nous-mêmes, c'est que ce sont les Etats-Unis d'Amérique qui ont décidé que l'OMC n'était plus un organe valable, et c'est l'Union européenne qui a un encéphalogramme relativement plat quant au sujet de réforme et à la capacité à s'en saisir elle-même.
Donc c'est aussi à nous d'avancer. On ne peut pas constamment dire : "Il faut réformer, il faut réformer, il faut réformer." On ne propose pas grand-chose.
Donc c'est à nous, collectivement, et j'attends la nouvelle Commission pour que nous prenions le taureau par les cornes, sans forcément regarder ce qu'on fait depuis des décennies quand il s'agit de l'OMC, c'est-à-dire le grand frère américain, de nous dire quel multilatéralisme commercial on veut. Nous, Européens, qu'est-ce qu'on propose aux autres ? Moi, je veux qu'on ait une proposition européenne.
Quand on aura une proposition européenne, on verra ce avec quoi la Chine est d'accord, pas d'accord, ce avec quoi les Etats-Unis sont d'accord, pas d'accord. Donc je pense que le 1er trimestre 2020 doit être consacré à un travail des Européens, pour eux-mêmes, et de propositions. Puis, de négociations avec les autres.
Je pense que, stratégiquement, il y a un intérêt de la Chine à évoluer sur ce sujet et à rejoindre cet agenda de réforme. Madame. Madame est constamment en train de...
Alors, allez-y. Je vais prendre 2 questions. Madame, puis madame. -M. le président, bonsoir.
Marie Chantrait, pour LCI-TF1. Au moment où l'on parle là, ce soir, à Pékin, votre Premier ministre, au même moment, à Paris, détaille ses mesures sur l'immigration. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui critiquent ce virage qualifié par certains de droitier ?
Un petit malaise aussi peut-être dans votre gouvernement. Nicole Belloubet, ce matin, dans une interview, votre garde des Sceaux, disait : "Je n'ai jamais pensé que les quotas "étaient la seule réponse. "Ce que j'ai lu sur les pays qui ont instauré les quotas obligatoires, ça n'a jamais marché." -E.
Macron : Je vais vous répondre, mais je vais prendre en même temps, comme je m'y suis engagé, la question de madame. -Camille-Yihua Sheng, de Mandarin TV. M. le président, j'aimerais bien savoir quels sont en France les secteurs où les Chinois ne peuvent pas investir ou ont des difficultés à investir pour des raisons stratégiques et quels sont les secteurs où ils sont particulièrement les bienvenus ?
Est-ce que vous pourriez nous donner des précisions, des détails. Ils en attendent. -E.
Macron: Oui. Je vais vous donner cette information. Alors, sur la 1re question, comme nous sommes bien organisés, le Premier ministre attend la fin de cette conférence de presse pour pouvoir s'exprimer sur l'immigration, et il en est ainsi des pratiques républicaines, et j'y tiens, et il en est aussi du bon ordre de la république.
Donc, je ne vais pas commenter des mesures que le Premier ministre et le gouvernement vont annoncer dans quelques instants. Je vous appelle à la patience. Et les choses avanceront.
J'ai fixé un cap, une clarté. Le gouvernement l'applique après les discussions intenses avec les experts du sujet et les parlementaires. Pour ce qui est...
Je ne commente pas les propos des ministres. Je pense que...
Si on veut que la république tienne à peu près debout, le rôle du président de la République, c'est pas de commenter les commentaires ou les états d'âme, c'est d'être le chef de l'Etat. Donc, je vais m'attacher à cette fonction. Elle me suffit.
Pour ce qui est des difficultés stratégiques et des secteurs sur lesquels les investisseurs chinois peuvent ou pas avoir accès au marché français, la France est un pays qui est ouvert, à tous les investisseurs. Nous avons défini des secteurs qui sont stratégiques où la souveraineté nationale est en question au niveau européen, comme je le disais. Et, donc, là, quand la cybersécurité et la sécurité nationale sont en jeu, nous avons un regard.
Et il y a un décret qui est public qui liste l'ensemble, justement, des secteurs d'investissements où un investissement majoritaire d'un non-Européen est soumis à l'approbation du ministre assis juste devant vous. Et donc, c'est ce qui permet de regarder...
Ca ne vise pas simplement les investisseurs chinois, mais tout investisseur non-européen quand il s'agit des sujets de souveraineté. Pour le reste, les investisseurs chinois, qu'il s'agisse des entreprises, les investisseurs financiers sont de plus en plus nombreux et sont tout à fait les bienvenus en France pour participer au financement de l'économie quand il s'agit de prendre des participations dans des entreprises innovantes, dans des petites et moyennes entreprises ou des grands groupes, d'ailleurs. Les grands investisseurs institutionnels chinois sont aujourd'hui dans le tour de table de la plupart de nos grands groupes cotés au CAC40 ou pour mener leurs propres activités.
On a beaucoup évoqué les sujets de télécommunication. Les activités et les grands opérateurs, ou, plutôt, les grands fournisseurs chinois sont présents en France, très largement, comme partout en Europe. Et je l'ai dit à plusieurs reprises, il y a des sujets qui sont que commerciaux et il y a des sujets qui sont aussi de souveraineté.
C'est quelque chose que la Chine comprend très bien, qui a une approche rigoureuse de sa propre souveraineté. (Question inaudible d'un journaliste) (...) Ben, je pense que Huawei a raison d'investir dans la 5G parce que c'est une technologie d'avenir.
Je pense qu'il y a beaucoup d'opérateurs de télécommunications européens qui achètent Huawei. Je suis tout à fait heureux que Huawei, Nokia, Ericsson, ZTE et tous les autres soient des fournisseurs. Je dis simplement qu'à un moment donné, sur une partie de notre réseau, ce sont des sujets de souveraineté.
Et donc, sur ce sujet-là, sans viser aucune entreprise, l'Etat doit avoir un regard. Les Etats européens doivent avoir un regard. C'est tout à fait normal. de la même manière que l'Etat chinois a un regard sur les éléments de technologie.
Je crois à la notion de souveraineté. Pourquoi ? Parce que je crois à la démocratie.
Le peuple français élit ses dirigeants pour qu'ils soient les garants d'un ordre public et de valeurs qui sont les nôtres. Nous sommes dans un monde en transformations technologiques massives. Aujourd'hui, soyons clairs, si nous n'avons pas un regard sur ces évolutions technologiques pour ce qui concerne la sécurité nationale, l'accès à certaines données très privilégiés, demain, le président de la République français, le chancelier ou la chancelière allemande, quelque dirigeant européen que ce soit ne pourra plus dire à ses citoyens : "Je vous garantis cela", parce que ce ne sera plus son choix, mais ce sera le choix d'entreprises.
Voilà. Donc, il y a ce qui relève des entreprises, du commerce, et c'est formidable qu'il y ait des entreprises technologiques qui aient superbement réussi et qui réussissent en Europe. Ca vous montre l'ouverture de l'Europe et de la France.
Mais il y a un légitime débat technique et stratégique à avoir que nous aurons, d'ailleurs, dans le bon cadre et que nous avons maintenant institué avec nos partenaires chinois pour pouvoir décider de manière très précise de ce qui relève de la souveraineté. Je crois qu'on doit y aller. Et, précisément, d'autres conférences de presse suivront sur d'autres sujets.
Merci beaucoup, en tout cas, pour votre présence et bonne continuation.
Emmanuel Macron