Discours de Macron au Rwanda : "Je viens reconnaître nos responsabilités"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le mémorial qui se trouve à Guy Sosi, un quartier de la capitale, où sont inhumés plus de 250 000 victimes d'ailleurs de ce génocide Rwanda de 1994.
Alors vous avez bien dit que c'était le génocide des Tutsis et donc je pense que le président Macron va s'incliner devant les victimes du génocide Tutsi. C'est-à-dire, et j'ai une pensée pour elle en ce moment parce que c'est vraiment très émouvant de ce point de vue-là, et si le fait il va vraiment se grandir, j'ai une pensée en particulier pour les enfants qui ont été tués parce que Tutsi, et c'est ça, quand on dit le génocide des Tutsis, c'est ça que ça veut dire, et parce que des extrémistes toutous ont voulu garder le pouvoir et ont organisé de façon très moderne ce génocide en mobilisant la population autour d'eux.
Seul celui qui a traversé la nuit peut la raconter. Excusez-moi, on écoute le président qui s'exprime en direct du Rwanda.
Paroles, empreintes de gravité et de dignité qui résonnent dans ce lieu, ici, au mémorial de Guissoisy, à Kigali, racontées la nuit. Ces paroles convoquent un insondable silence, le silence de plus d'un million d'hommes, de femmes, d'enfants, qui ne sont plus là pour raconter cet interminable éclipse de l'humanité, ces heures où tout s'est eu. Elles nous racontent la course éperdue des victimes, la fuite dans la forêt ou dans les marais, une course sans arrivée et sans espoir, une traque implacable qui reprenait chaque matin, chaque après-midi, dans une terrible et banale répétition du mal.
Elles nous font entendre la voix de ceux qui, après avoir trébuché, ont affronté la mort ou la torture de leurs bourreaux sans un cri, parfois pour laisser s'enfuir un proche, un parent, un enfant, un ami, qu'ils avaient protégé jusqu'à leur dernier souffle. Ces voix qui se taisaient quand montaient, à l'aube, l'insoutenable euphorie des chants de rassemblement de ceux qui tuaient ensemble et de ceux qui partaient dans leur vocabulaire dévoyé au travail. Ce lieu leur restitue tout ce dont on avait tenté de les priver.
Un visage, une histoire, des souvenirs, des envies et des rêves, et surtout, une identité, un nom, tous les noms, gravés un à un, inlassablement, sur la pierre éternelle de ce mémorial. Ibuka, souviens-toi. Ces paroles nous font entendre aussi la voix de ceux qui portent la plaie de cette nuit, ceux qui portent la blessure béante d'avoir été là et d'être encore là. Ceux dont nous n'avons écouté la souffrance ni avant, ni pendant, ni même après. Et c'est peut-être là le pire. Survivants, rescapés, orphelins. C'est grâce à leur témoignage, à leur courage, leur dignité, que nous mesurons combien il ne s'agit pas de chiffres ou de mots, mais de l'irremplaçable épaisseur de leur vie.
Ces paroles disent une tragédie qui porte un nom, génocide. Elles ne s'y réduisent pas pour autant. Car il s'agit bien d'une vie avec tous ses rêves, un million de fois fauchés. Un génocide ne se compare pas. Il a une généalogie. Il a une histoire. Il est unique. Un génocide a une cible. Les tueurs n'ont eu qu'une seule obsession criminelle, l'éradication des Tutsis, de tous les Tutsis, des hommes, des femmes, leurs parents, leurs enfants. Cette obsession a emporté tous ceux qui ont voulu y faire obstacle, mais elle n'a jamais perdu sa cible. Un génocide vient de loin. Il se prépare. Il prend possession des esprits méthodiquement pour abolir l'humanité de l'autre.
Il prend sa source dans des récits fantasmés, dans des stratégies de domination érigées en évidence scientifique. Il s'installe à travers des humiliations du quotidien, des séparations, des déportations. Puis se dévoile la haine absolue, la mécanique de l'extermination. Un génocide ne s'efface pas. Il est indélébile. Il n'a jamais de fin. On ne vit pas après un génocide. On vit avec, comme on le peut. Au Rwanda, on dit que les oiseaux ne chantent pas le 7 avril, parce qu'ils savent. C'est aux hommes qu'il appartient de briser le silence. Et c'est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître.
Les tueurs qui hantaient les marées, les collines, les églises, n'avaient pas le visage de la France. Elle n'a pas été complice. Le sang qui a coulé n'a pas déshonoré ses armes, ni les mains de ses soldats, qui ont, eux aussi, vu de leurs yeux l'innommable, penser des blessures et étouffer leurs larmes. Mais la France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir, celui de regarder l'histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu'elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l'examen de la vérité.
En s'engageant dès 1990 dans un conflit dans lequel elle n'avait aucune antériorité, la France n'a pas su entendre la voix de ceux qui l'avaient mise en garde ou bien a-t-elle surestimé sa force en pensant pouvoir arrêter ce qui était déjà à l'œuvre. La France n'a pas compris qu'en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d'un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait alors une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu'elle cherchait précisément à l'éviter. A Arusha, en août 1993, la France pensait, aux côtés des Africains, avoir arraché la paix.
Ces responsables, ces diplomates y avaient œuvré, persuadés que le compromis et le partage du pouvoir pouvaient prévaloir. Ces efforts étaient louables et courageux, mais ils ont été balayés par une mécanique génocidaire qui ne voulait aucune entrave à sa monstrueuse planification. Lorsqu'en avril 1994, les bourreaux commencèrent ce qu'ils appelaient odieusement leur travail la communauté internationale mit près de trois mois, trois interminables mois, avant de réagir. Et nous avons, tous, abandonné des centaines de milliers de victimes à cet infernal huis clos.
au lendemain, alors que des responsables français avaient eu la lucidité et le courage de qualifier le génocide, la France n'a pas su en tirer les conséquences appropriées. depuis, 27 années de distance amère se sont écoulées, 27 années d'incompréhension, de tentatives de rapprochement sincère, mais inaboutie, 27 années de souffrance pour ceux dont l'histoire intime demeure malmenée par l'antagonisme des mémoires. Alors, en me tenant avec humilité et respect à vos côtés ce jour, je viens reconnaître nos responsabilités. C'est ainsi poursuivre l'oeuvre de connaissance et de vérité que seule permet la rigueur du travail, de la recherche et des historiens.
Et nous le poursuivrons encore en soutenant une nouvelle génération de chercheurs, de chercheuses qui ont courageusement ouvert un nouvel espace de savoir, en souhaitant qu'aux côtés de la France, toutes les parties prenantes à cette période de l'histoire rwandaise ouvrent à leur tour toutes leurs archives. Reconnaître ce passé, c'est aussi et surtout poursuivre l'oeuvre de justice en nous engageant à ce qu'aucune personne soupçonnée de crime, de génocide ne puisse échapper au travail des juges.
Reconnaître ce passé, notre responsabilité, est un geste sans contrepartie, exigence envers nous-mêmes et pour nous-mêmes, tête envers les victimes après temps de silence passé, dons envers les vivants dont nous pouvons, s'ils l'acceptent, encore apaiser la douleur. Ce parcours de reconnaissance à travers nos dettes, nos dons, nous offre l'espoir de sortir de cette nuit et de cheminer à nouveau ensemble sur ce chemin. Seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner. Dibuka, Dibuka, Dibuka. Je veux ici en ce jour assurer la jeunesse rwandaise qu'une autre rencontre est possible.
N'effaçant rien de nos passés, il existe l'opportunité d'une alliance respectueuse, lucide, solidaire, mutuellement exigeante entre la jeunesse du Rwanda et la jeunesse de France. Et c'est l'appel que je veux lancer ici. bâtissons ensemble de nouveaux lendemains. Préparons ici pour nos enfants de prochains souvenirs heureux. C'est le sens de l'hommage que je veux rendre à ceux dont nous garderons la mémoire qui ont été privés d'avenir et à qui nous devons d'en inventer un.
Voilà. L'allocution du chef de l'État, du président de la République, tellement attendue au Rwanda qui est revenu dans ce pays pour présenter que peut-on dire François Granère, chercheur, auteur de l'État et le génocide des Tutsis au Rwanda, présenter des excuses. Sous-titrage Société Radio-Canada
Emmanuel Macron