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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 16 juin 2021 24 min

Franz-Olivier Giesbert : "Avec Tapie, tout est dur, ça tourne vite au match et parfois au catch"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 un écrivain, journaliste au verbe haut, à la plume tranchante, éditorialiste au point qu'il dirigea longtemps. Il publie Bernard Tapie, leçon de vie, de mort et d'amour, c'est aux presses de la cité. Vos questions amis auditeurs au 01 45 24 7000. François-Olivier Gisbert, bonjour. Bonjour. Et merci d'être sur Inter. Votre livre, c'est le portrait d'un personnage de roman français, un autodidacte inclassable qui aura eu plusieurs vies dans les affaires, le foot, le vélo, la télé, le théâtre, la politique et qui est aussi passé par la case prison.

Aujourd'hui, il lutte contre le cancer et à vous lire, il lutte avec la même énergie, le même acharnement qu'il a déployé toute sa vie. Vous cherchez au fil des conversations que vous avez ensemble, ce qui fait l'unité de cet homme. Le ton est souvent cash, on a parfois l'impression de lire des dialogues d'Odiard, on va y venir. Mais dites-nous pour commencer, pourquoi Tapie ? D'où vient chez vous la fascination que vous éprouvez pour lui ?

1:07
Bernard R. Tapie

Alors, je ne suis pas tapiste au départ, j'ai connu Tapie dans les années 90, c'est François Mitterrand, qui était président de la République à l'époque, j'avais des hauts et des bas avec lui d'ailleurs, et qui me dit, tiens, vous devriez voir, c'est comme si c'était sa dernière trouvaille, j'ai un nouveau ministre de la ville, vous devriez le voir, il est très très bien. Alors, il faut bien voir, j'étais déjà fasciné par Marseille, j'ai passé beaucoup de temps, j'étais partisan de l'OM, enfin tout ça, j'adore le vélo, donc évidemment, toute la saga avec Bernard Hinault, avec Tapie, évidemment, je connaissais Tapie.

Mais je n'étais pas dans ces journalistes de cours, vous savez, qui le suivaient partout, qui allaient suivre les matchs, etc., qui étaient invités, j'étais totalement dehors de tout ça. Et en fait, différents journaux que j'ai dirigés, que ce soit le Nouveau Observateur, le Figaro, j'avais souvent des problèmes avec lui, on a eu des hauts, des bas, je crois qu'il est venu dîner quand même une fois à la maison, mais il y avait aussi beaucoup de bas. Et puis, en fait, c'est au moment du... Vous savez, quand il y a eu l'arbitrage, dit frauduleux... L'affaire Crédit Lyonnais.

Eh bien oui, c'est l'histoire de fou, c'est-à-dire qu'il est grugé par le Crédit Lyonnais dans la vente d'Adidas, mais il est grugé de beaucoup, c'est pas seulement 2 milliards, c'est-à-dire qu'il faut bien voir, quand vous regardez les faits, tout est dans le livre, il y a des... Eh bien, c'est 2 milliards, 2 milliards, mais c'est beaucoup plus, parce que cette société, il l'a vendu, soi-disant, 2 milliards au Crédit Lyonnais, qu'il a acheté lui-même, et qu'il a revendu, tout ça, avec des prêtes non, des trucs, etc., qu'il a revendu 4 milliards, et en plus, ça vaut beaucoup plus cher. On va pas refaire le feuilleton judiciaire, parce qu'il est en cours. Je réponds à cette question.

Oui, oui, oui, c'est sur la fascination. Oui, oui, la fascination, c'est ça. C'est-à-dire, brusquement, elle arrive là. Le type est par terre, est attaqué de toutes parts, et je découvre, en fait, que c'est une énorme arnaque, et donc, c'est vrai qu'à ce moment-là, je me retourne. Et je suis choqué. D'ailleurs, il y a des gens qui se souviennent très bien au point à l'époque, il y a même eu des engueulades, enfin, disons, même presque un peu plus que des engueulades, sur la question, parce que je dis, mais attendez, c'est pas possible. Je suis pas le seul journaliste, hein, qui bascule à ce moment-là. Et donc, à ce moment-là, je vais vers lui, et je regarde.

Et c'est vrai que j'ai, c'est ça le portrait, vous l'avez bien fait, c'est un monstre d'énergie, mais d'une énergie comme on n'imagine pas. Il y a quelque chose de totalement surmètre, quand vous pensez que là, avec son cancer, il ne prend pas d'antidouleur. Mais qui peut faire ça ? Il ne prend pas d'antidouleur. Il y a une scène que je raconte au début, son fils Laurent qui m'a raconté. Il est allé le voir à l'hôpital après son opération... Il a duré plusieurs heures. Oui, une opération, une réanimation, etc. Qu'est-ce qu'il voit ? Il voit son père en train de faire des pompes. Mais c'est ça !

3:41
Présentateur

C'est ça qui vous a fasciné, son énergie, son appétit de vivre, le côté surhomme de tapis ?

3:47
Bernard R. Tapie

Ah, c'est ça, mais c'est complètement ça. Puisque, si vous voulez, moi, je suis, comment dire, je suis très attaché à la philosophie romaine. Sénèque, vous savez, le côté... Par exemple, cette grande phrase de Sénèque sur la vie qui court, vous savez, il y a mille phrases à têtois de vivre, il vit chaque jour comme si c'était une journée en soi, enfin, toutes ces phrases-là, ce sont des morales de vie. Et lui, si vous voulez, c'est ça. Vous savez, il y a une espèce de proverbe qui dit que le bonheur... Tapis, c'est Sénèque ! Non, non, non, c'est une façon de dire pourquoi il fascine. Vous voyez ? Pourquoi il fascine ? Il bouleverse aussi des gens comme moi. Je ne suis pas tout seul.

Je remarque la France entière. C'est-à-dire qu'elle n'en revient pas. L'énergie est là. Et il trouve encore le moyen, quand il se fait attaquer, alors que franchement, il est faible, très faible, quand il se fait attaquer avec sa femme, les racailles des quartiers s'acharnent sur sa femme, il trouve encore le moyen d'insulter, d'engueuler les racailles qui s'acharnent sur sa femme.

4:45
Présentateur

Mais on entend votre fascination pour l'homme, pour son talent, pour la personnalité hors normes, et on peut le comprendre et on peut le partager. C'est sans doute pour ça aussi que Tapie est aimé et qu'il fascine autant. Mais quand même, il a été condamné à de multiples reprises. Traîné devant la justice, le match truqué Valenciano-OM, le Fosséa, les comptes de l'OM, l'affaire Adidas-Crédit Lyonnais qui dure, et le feuilleton judiciaire dure encore. Ce n'est pas Dreyfus, ce n'est pas le Christ, Tapie. Je n'ai jamais dit ça. Je dis d'ailleurs que je ne suis pas Zola et qu'il n'est pas Dreyfus.

Vous dites ça, mais vous dites, Tapie prenait avec l'affaire du Crédit Lyonnais une dimension qu'on me pardonne, ce sacrilège christique. Là, est-ce que vous n'êtes pas légèrement excessif dans votre fascination ?

5:26
Bernard R. Tapie

Vous savez, dans des livres, quand on écrit un livre comme ça, forcément, par moments, on est excessif, puisque j'ai pris un parti pré-littéraire. Moi, j'ai toujours été fasciné, quand j'étais jeune journaliste, par les journalistes écrivains, Norman Miller, que j'ai connu très bien d'ailleurs, Tom Wolfe, qui me fascinait, que j'ai connu également. On en avait un à la maison, à l'Observateur à l'époque, c'était François Caviglioli, qui était un immense, comme ça, la catégorie des journalistes écrivains. Donc, quand vous êtes comme ça, forcément, de temps en temps, vous allez un petit peu plus loin. Il y en avait un qui était dément, qui était Arthur Thompson, qui a interviewé...

5:56
Présentateur

Le Bonzo Journaliste, c'est-à-dire la mise en scène du journaliste dans l'enquête.

5:59
Bernard R. Tapie

Qui est toujours un peu ridicule, qui était toujours super drogué quand il s'est entouré de Nixon. Mais vous étiez drogué, là, sur le Christ, Dreyfus et Caras ? Pas du tout. Au contraire, je dis que je ne suis pas ni Voltaire, ni Zola. Vous prenez des petites précautions. Non, ce ne sont pas des précautions. Des dénégations. Non, non, non. Moi, je raconte une tranche de vie. Je raconte des tranches de vie. C'est-à-dire, je suis fasciné par la ville, les mille vies. Cette personne comme ça, qui sort d'un taudis. Mais c'est un roman, vous l'avez dit vous-même. C'est un roman d'aventure. C'est-à-dire, ça commence dans un taudis de 20 mètres carrés. Ils sont à 4.

Il y a une bassine où on se lave comme ça, ensemble. Enfin, il n'y a pas de place, quoi. Ils adoptent un petit Renardo, d'ailleurs. Vous voyez un peu le genre de... Dans un taudis, dans la Seine-Saint-Denis. C'est ça, le début de l'histoire. Et il va sortir de là. Il va sortir de là, d'ailleurs, grâce au service militaire, qu'on a supprimé depuis. Grâce au service militaire, il découvre, parce qu'il est, finalement, on le met chez les officiers, il découvre que finalement, les gens de la haute, ils ne sont pas plus intelligents que lui. Il peut peut-être y arriver. Et là, il y a quelque chose qui se change dans sa taille. Et il dit, voilà, il est dernier de cordée.

Il va passer au-dessus de tout le monde. Il sera premier de cordée. C'est ça, l'histoire de Tapie. Et après, moi, ce qui me fascine, c'est qu'il va dans différents univers. Chaque fois, on vient le chercher. C'est pas lui. C'est pas lui qui dit, je vais... L'OM. Alors, je vois des pseudo-biographes. Moi, je connaissais bien Edmond Charleroux et Gaston Deferre. On sait très bien comment ça s'est passé. C'est eux qui l'ont fait venir. Ils l'ont dit, viens. Même chose, c'est Bernard Hinault. Il est dans son équipe. Personne ne veut plus de lui. Cyril Guimard n'en peut plus, parce qu'il a une tendinite. C'est affreux. Et il vient voir Tapie. Vous ne pourriez pas faire une équipe. Il l'a fait.

Il gagne le Tour de France l'année suivante. Et ce sera la dernière fois qu'un Français va gagner le Tour de France. C'est Bernard Hinault qui l'a gagné son Tour de France en 1995.

7:43
Présentateur

Il reconnaît, vous l'écrivez, il reconnaît lui-même des erreurs. J'ai accumulé les conneries, c'est sûr. J'ai trop affiché mon bonheur. Par exemple, chez nous, on déteste l'argent des autres, leur pouvoir, leur gloire. Alors, quand on ne respecte pas l'adage, pour vivre heureux, vivons cachés, on s'expose à toutes sortes de vilainistes. L'argent, c'est quelque chose qui revient souvent. D'ailleurs, vous lui dites t'aimes trop le fric. Il n'aime pas ça, d'ailleurs, quand vous lui dites ça.

8:01
Bernard R. Tapie

Ah non, mais il n'aime pas ça. De toute façon, c'était compliqué. Vous pensez bien, parce que j'ai ma personnalité, il a la sienne, et vraiment, j'ai une petite personnalité à côté de la sienne, si vous voyez ce que je veux dire. Même si vous en avez qu'un livre. Je suis écrivant, mais je suis différent. Je n'ai pas du tout la même logique.

8:16
Présentateur

Donc ça a été dur, l'écriture de ce livre ?

8:18
Bernard R. Tapie

Oui, forcément. Avec lui, tout est dur. Tout est dur, parce que ça tourne vite au match, et parfois même au catch. Vous voyez, c'est normal. Mais ça, si on supporte bien, si on répond, ça va très bien. Vous voyez ce que je veux dire ?

8:29
Présentateur

Avec Léa, François-Olivier Gisbert, nous avons compté 12 occurrences du mot couille dans votre livre. 11 occurrences dans la bouche de Bernard Tapie. Attendez, j'ai dû en enlever. Vous avez dû en enlever, mais il en reste 12. Et une dans votre bouche, je cite Bernard Tapie. Si moi, je veux parler sans grossièreté, je peux le faire, mais ça paraîtra aussi naturel que si Giscard disait « J'en ai plein les couilles ». Voilà, fin de citation. Est-ce ainsi que les hommes blancs de plus de 70 ans parlent, François-Olivier Gisbert ?

9:00
Bernard R. Tapie

Vous savez, quand vous passez derrière la fenêtre et que vous allez, par exemple, parler de Chirac, Chirac parlait comme un chartier. De Gaulle aussi, de temps en temps, il y avait des accès comme ça. Je veux dire, ce n'est pas vraiment un problème. Moi, je restitue la parole telle qu'elle est. Telle qu'elle est. Je ne vois pas pourquoi. J'habillerais les choses. Il y a plein de gens qui parlent comme ça. Moi, j'essaye de faire un livre vrai. Ce n'est pas un livre journalistique. Ce n'est pas un livre à sa gloire. C'est une tranche de vie, comme je le dis. C'est vraiment pour faire vivre quelqu'un. Et puis surtout aussi donner des leçons.

Ça ne s'appelle pas pour rien, d'ailleurs, « Leçon de vie, de mort et d'amour » parce que c'est quelqu'un qui a plein de leçons en fin de vie. Notamment, par exemple, sur le fait de ne pas prendre d'antidouleur quand on souffre à mort.

9:43
Présentateur

Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il vous répond quand vous lui posez la question ?

9:46
Bernard R. Tapie

C'est pour affronter la douleur et puis se dire aussi qu'il faut faire marcher ces glandes surrénales qui sont derrière. Au lieu de prendre pour un oui ou pour un non un doliprane, vous avez des glandes surrénales qui... Moi, j'ai eu un gros accident du genou il y a quelques années. Je me souviens très bien qu'au bout de 20 minutes, je ne souffrais plus parce que le corps agit. Et puis voilà, c'est comme ça que ça marche. Et ça, il le sait. Donc, il gère tout. Il contrôle tout. Et moi, c'est vrai que la guerre face à la maladie, c'est juste dingue. Vous savez que, comme il est aujourd'hui, il est quand même très affaibli, il fait ce qu'il appelle des escaliers.

C'est-à-dire, il monte, il descend les escaliers comme ça. On ne voit pas ça. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est ça qui m'a fasciné. Et bouleversé.

10:25
Présentateur

Et bouleversé aussi, et on le découvre dans votre livre, c'est le tapis chrétien. Sans doute, on ne l'imaginerait pas. Il est chrétien, il est croyant, il prie, il vous le dit. Quelle relation entretient-il avec la foi, avec la mort ? Qu'est-ce qu'il vous dit de tout cela ?

10:42
Bernard R. Tapie

Alors ça, c'est des choses qui sont apparues pour un peu. Parce que faire un livre avec tapis, c'est très compliqué, parce qu'il ne répond pas aux questions personnelles. Il considère à chaque fois que c'est une agression. Donc, il est très énervé. Donc, les questions, par exemple, sur la foi, je veux dire, ce n'est pas une foi. Je ne vous cache pas que c'est...

10:58
Présentateur

Au fil de conversations.

10:59
Bernard R. Tapie

Voilà, différentes conversations. Je suis moi-même croyant, mais pas du tout de la même façon. Donc, d'ailleurs, il ne supporte pas ma façon de croire. Moi, je suis croyant panthéiste, spinoziste, mais je suis croyant. Je crois en Dieu, mais un Dieu qui est partout. Lui, c'est vrai qu'il a une vision un peu différente. Et il prie. Il prie tous les soirs. Et il prie parfois cinq minutes, parfois une demi-heure, parfois davantage. C'est-à-dire, il parle, il écoute comme les vrais croyants. Mais ça, il le fait depuis longtemps. C'est-à-dire, c'est ça qui est fascinant. Il a mille cartes.

Moi, ce que je trouve, par exemple, incroyable, c'est qu'à un moment donné, quand il est gosse, voilà, il est dans son petit taudis et il essaye d'en sortir, déjà. Et il va faire du violon. Et il va devenir un très bon violoniste puisqu'il va décrocher un prix. C'est ça, la vie de tapis. Vous voyez, toujours l'idée de sortir, monter. Transcendez.

11:46
Présentateur

Et puis, il y a l'amour des animaux qui vous rapproche tous les deux. Ah oui, ça, beaucoup, oui. On sait, François-Olivier Gisbert, que c'est votre grand combat. Qu'est-ce qui se joue, là, entre vous deux ?

11:56
Bernard R. Tapie

Moi, j'espère que j'aime bien les gens qui aiment les animaux. Alors, moi, je suis un petit peu différent. Je reprendrai la phrase toujours de Georges Bernard Shaw. J'aime les animaux et je ne mange pas les gens que j'aime, quoi. C'est-à-dire, Georges Bernard Shaw, voilà, il ne mangeait pas de viande et moi non plus. Mais c'est vrai qu'il a l'idée, vous voyez que... Je vois, par exemple, une histoire magnifique. C'est l'histoire des chiens. Son chien, Boboy, quand il tombe malade, son chien qui est un énorme corseau... Enfin, c'est des grands chiens, vous savez, énormes. Et son chien s'occupe de lui.

C'est-à-dire, son chien qui était plutôt attaché à sa femme, là, s'intéresse à lui et dort avec lui. Et il se couche sur lui pour essayer de pomper, peut-être, la souffrance, lui apporter l'énergie. Bon, voilà. Donc, il a ce rapport, c'est très, je dirais, presque animal avec les animaux que, moi, je comprends très bien parce que j'ai le même.

12:50
Présentateur

Allez, on file au standard. Benjamin, bonjour, bienvenue. Bonjour, Nicolas Lamorand. Bonjour. Bonjour. Bonjour, monsieur Gisbert. N'est-il pas un peu indécent de célébrer les leçons de vie d'un type qui a passé sa vie à être condamné pour différentes escroqueries et malversations et dont, aujourd'hui, vous essayez de nous faire passer pour François d'Assise ? Merci, Benjamin, pour cette question. Il y a pas mal de réactions comme ça. Je vous les lis. C'est normal. Bertrand, c'est fou, cette fascination française pour les escrocs. Constant, je ne savais pas qu'il était l'avocat de tapis.

Fouljo, comment peut-on imaginer de rendre hommage à quelqu'un qui s'est comporté comme un liquidateur d'entreprise pour l'entreprise Tessu, notamment ? Vous répondez quoi à cela ? François d'Ivégisbert.

13:28
Bernard R. Tapie

C'est plus compliqué. C'est-à-dire que, vous regardez bien toutes les entreprises qu'il a achetées et il les a achetées 1 euro. Et s'il ne les avait pas achetées, elles auraient fermé. Quand vous regardez la vie des entreprises après, elles ont toutes survécu sauf d'eux. Toutes, toutes, toutes, toutes. C'est énormément. D'habitude, en général, elles disparaissent. C'est toujours très compliqué de sauver. Il les a sauvées. Il les a sauvées toujours avec les mêmes méthodes que j'explique dans le livre. C'est juste incroyable. Ça a marché. Donc, vous voyez, le décrire uniquement comme un liquidateur d'entreprise, non, d'ailleurs, bon, parfois, les entreprises ont changé de nom.

C'est vrai que Wander n'existe plus, mais c'est un autre nom aujourd'hui. C'est-à-dire, les emplois sont restés. Donc, on ne peut pas caricaturer. Après, c'est vrai qu'il a eu beaucoup d'ennuis avec la justice. Moi, je renvoie quand même, cher monsieur, sur la relaxe. En 2019, il y a un tribunal de grande instance de Paris qui, au pénal, notamment sur l'affaire de Brun, l'a relaxé. Donc, il a gagné quand même un grand nombre de procès. Regardez d'ailleurs, quand il est ministre, comme par hasard, le ministre de la ville de Mitterrand, il y a un nombre d'enquêtes judiciaires qui tombent dessus.

14:32
Présentateur

Vous dites que c'est la politique qui l'a tuée.

14:35
Bernard R. Tapie

Oui, je pense. C'est-à-dire qu'à partir du moment où il rentre en politique, tout devient très compliqué, bien entendu. Et d'ailleurs, il y a une espèce de dialogue avec Berlusconi qui lui dit « Mais pourquoi tu prends des étapes ? Vas-y tout droit. Moi, j'y vais tout droit. Sinon, le système va me... » Et c'est ça, ce qui est intéressant chez lui. Je ne veux pas en faire Saint-François d'Assise. C'est grotesque. D'ailleurs, personne n'est Saint-François d'Assise. Et c'est juste que c'est... Comment dire ? Comment on tient face au système ? Face à ce qu'on pourrait appeler les monstres froids de l'État, c'est-à-dire la justice, les médias.

Les médias, il y en a pris plein la gueule pendant des années.

15:12
Présentateur

Il a aussi été... Il a été les deux. Il a fasciné les médias. Les médias se damnaient pour avoir tapis parce qu'il fait de l'audience. Voilà. Non, non, bien sûr. Et à un moment donné,

15:20
Bernard R. Tapie

ça s'est retourné très violemment, mais comme toujours, souvent avec les médias.

15:22
Présentateur

Et là, ça s'est à nouveau retourné.

15:24
Bernard R. Tapie

Oui, bien sûr. Parce que c'est le principe. Mais ça a été quand même extrêmement violent. Et je pense qu'il a vécu ça d'ailleurs très mal. Même s'il dit le contraire. Je pense qu'il vit ça très mal. Il vit ça très mal.

15:34
Présentateur

Le système, ça revient tout le temps chez vous dans l'écriture du livre. Oui. Il tapit contre le système. Le système, c'est qui, François-Olivier Gisbert ? C'est facile. C'est vous aussi, non ? Bien sûr. D'accord. On est d'accord parce que j'ai l'impression que c'était... Parce qu'on t'est dit avec Nicolas, le type qui a quand même dirigé le Figaro, l'Obs et le Point. Non, non, mais le système,

15:54
Bernard R. Tapie

bien entendu.

15:54
Présentateur

Ah, à une époque où la presse avait tellement plus d'influence qu'aujourd'hui d'ailleurs. Vous faisiez... Vous êtes un peu... On a toujours de l'influence. Oui, vous êtes le roi du royaume du système.

16:03
Bernard R. Tapie

J'étais toujours un petit peu quand même marginal. Je suis désolé de vous le dire. On n'a pas tout à fait le même âge. Je suis quand même dans le système depuis très très longtemps. J'ai toujours été un petit peu à côté. Et peut-être contrairement à beaucoup trop faire, surtout aujourd'hui, parce que je trouve que ça a changé le climat. Je suis beaucoup toujours dans la contradiction. C'est-à-dire que j'ai toujours veillé à ce que s'exprime, par exemple, dans les journaux que j'ai dirigés, des gens qui pensent le contraire à la fois de la ligne du journal, le contraire de moi-même. Et je pense qu'il y a toujours une part de vérité chez les autres, dans le camp d'en face.

Ça a toujours été ma ligne. Alors, il y a des belles pages de la philosophe Simone Veil avec un W là-dessus que j'adore. C'est-à-dire, il faut toujours chercher la vérité. Penser contre soi-même. Penser contre soi-même. Ça, vous avez... C'est la bonne formule. Ça a toujours été la mienne.

16:44
Présentateur

Et puis, vous en profitez, François-Olivier Gisbert pour régler quelques comptes avec vos ennemis, en l'occurrence, le fondateur de Mediapart, Edoui Plenel, et ce que vous appelez la médiapartisation des esprits. Qu'est-ce qu'il vous a fait pour susciter cette ire ? Pourquoi cette virulence ? À son égard, voire cette haine.

17:02
Bernard R. Tapie

Qu'est-ce que lui ont fait tous ces gens qu'il attaquait, que son journal ou que ses journaux ont attaqué si violemment ? Qu'est-ce que lui a fait, par exemple, Dominique Baudis, qui a été sali c'était répugnant, cette campagne contre Dominique Baudis, à l'époque, il dirigeait le monde. Mais j'étais honteux pour la presse. C'était honteux, tout ça, parce qu'il y avait des informations qui étaient données par un policier et un magistrat, tout le monde savait, on connaît les noms, et qu'aucun de ces journalistes ne vérifiait. Il prenait pour un argent comptant ce qui est... Donc, moi, si vous voulez, je ne suis pas... Dans ce métier, il y a plusieurs façons de faire le métier.

Moi, j'ai toujours aimé le rôle de justicier, je l'ai fait. Il y a aussi le rôle de redresseur de torts. J'aime bien les deux rôles. Mais sur... Je n'ai pas de problème personnel avec lui.

17:48
Présentateur

Mais Cahuzac, l'affaire Bettencourt, les passeports diplomatiques d'Alexandre Benalla, l'affaire François de Rugy, ils ont fait leur boulot,

17:54
Bernard R. Tapie

non ? Non, mais vous rigolez. Vous rigolez. Ils ont fait leur boulot sur un certain nombre de choses, bien entendu, sur l'affaire Cahuzac. Ils ont pris un risque parce qu'ils n'avaient pas les éléments. Ils sont tombés juste. Tant mieux pour eux. Et c'est vrai que c'était une grosse affaire. avéré que c'était complètement faux. Moi, je suis arrivé après et je voyais bien que tout ça était presque une invention. Bon, il y a beaucoup de choses aussi à côté qui sont très approximatives. Et si vous voulez, moi, ce que je n'aime pas, c'est très simple, c'est les injonctions. L'idée que le journalisme, aujourd'hui, ça devient on a une liste, il y a les bons et les méchants.

Gentil Hulot, méchant tapis. Moi, je suis pour... Pas la nuance, pire que ça. Moi, je suis pour la contradiction. J'ai été élevé là-dedans, d'ailleurs. J'ai été élevé, j'ai appris ça de Jean Daniel. Quand j'étais au Nouvel Observateur, Jean Daniel était hystérique, je me souviens très bien. Un de mes premiers papiers, j'étais allé faire un conflit social. Je ne sais pas où c'était, du côté d'enjeu. D'enjeu, je crois, par là. Et je reviens avec l'article et il me dit... Bon, alors, vous avez vu qui ? Vous avez vu les syndicats, bien entendu ? Oui, oui, j'ai eu des jeunes avec eux. Et vous avez le patron ? Ah oui, j'ai vu. Ah ben, c'est génial. Ah ben, c'est la première fois que je vois ça.

Presque, à la limite, ils m'ont embauché tout de suite. Pourquoi ? Parce que, quand il y a un problème, quand on traite un sujet d'actualité, il faut avoir les deux parties. Mais c'est tellement évident. Et c'est ça. Et c'est ça, si vous voulez, qu'on est en train de perdre avec l'idée que tous les journalistes doivent s'aligner sur la même ligne. Moi, je ne suis pas là-dedans. Je suis dans la diversité, dans la confrontation. Et c'est ça que j'aime dans ce métier. Mais comment vous trouvez

19:26
Présentateur

le paysage médiatique aujourd'hui à un an de l'élection présidentielle ? Comment vous trouvez, vous qui avez couvert tellement de présidentielles par le passé, et comment vous trouvez l'ambiance aujourd'hui ?

19:35
Bernard R. Tapie

Moi, je vais vous dire, alors, le fond de ma pensée, c'est... Je suis dans une radio, je dis ça, mais c'est vrai que moi, je suis un amoureux fou de la passe écrite. Et je pense qu'elle peut revenir. Et j'espère qu'elle va revenir pour le pays et pour l'information. Alors, attendez, la radio, c'est un grand média, la télé aussi, je ne suis pas en train de le dire. Et c'est mieux que les autres. Mais je pense qu'on a beaucoup perdu avec la baisse, enfin, je ne peux dire pas la chute, parce que ce n'est pas ça. Il y a quand même des journaux qui se battent, des journaux qui reviennent. Je suis fasciné de voir ça. Et de tous les... Tous les bords politiques. Et c'est bien.

Alors, c'est un autre modèle. Ce sont des modèles, maintenant, on gagne beaucoup moins d'argent. Mais je crois que c'est très important. Et je pense qu'aujourd'hui, on est quand même arrivé au fond, sur ce plan. Je pense qu'on ne peut que remonter. Je vais vous dire un truc. Moi, je pense qu'on va remonter.

20:20
Présentateur

Alain, au standard. Bonjour.

20:23
Invité

Oui, bonjour.

20:23
Présentateur

Je suis marseillais. Je suis marseillais. Voilà ce que vous nous dites.

20:27
Invité

Allez-y. Et en plus, je pense que M. Bernard Tapie était victime de son succès. Mais par contre, il faut oublier une chose, que grâce à ce qu'il a fait à Marseille avec l'OM, 45% de l'ossature de l'équipe de France championne du monde en 1998 était marseillaise.

20:46
Présentateur

Bien compris, Alain. Donc, merci Bernard Tapie. C'est ça, ce que vous lui dites.

20:50
Invité

Quelque part, oui. Quelque part, oui. Excusez-moi. Et je crois que la Fédération française, quand ils ont voulu avoir la Coupe du Monde, qu'ils ont fait un football tout blanc en France, ils ont commencé à taper sur Bernard Tapie. Parce que, malheureusement, on est obligé de passer par un peu de magouille pour gagner. Regardez les championnats étrangers, l'Espagne, l'Italie, etc.

21:09
Présentateur

Merci Alain pour cette question. François-Olivier Gisbert, elle n'est pas dans la même tonalité que celle qu'on vient de vous lire.

21:16
Bernard R. Tapie

Oui, parce qu'il y a des gens qui l'aiment. Notamment à Marseille. C'est très frappant. Moi, je vis à Marseille. Il y a beaucoup de... Des gens demandent des nouvelles comme si c'était...

21:25
Présentateur

Maintenant, il y a plein de gens qui l'aiment.

21:27
Bernard R. Tapie

Avant ! Avant ! Il aurait été élu maire de Marseille facilement. Bien sûr. Mais c'est parce que cette ville, il lui a redonné de l'espoir. Vous savez, c'est ça aussi Tapie. Il donne du rêve. Il a donné du rêve aux gens. Non, il donne. Il donne. Il donne. Parce qu'il ne vend pas. Il donne. Il donne. Il est du rêve. C'est-à-dire... Monde, voilà, regardez. Moi, je suis le petit gars de... C'est Gavroche. Il vient toujours de sa banlieue de son 93. Et puis, il donne des leçons à tout le monde. Il parle à tout le monde. Voilà. Et quand Mitterrand décide à un moment donné d'en faire un ministre, peut-être autre chose. Parce que Mitterrand le regarde avec beaucoup d'intérêt.

Et puis, il est un peu déçu par ses Jospin, ses Fabius, etc. Il dit que celui-là, il a quand même du charisme. Bon, au Parti Socialiste, ça ne peut pas le faire. Mais peut-être qu'il peut faire un truc de centre-gauche. Il répond à Mitterrand. C'est-à-dire... Il n'est pas d'accord. Mitterrand lui dit mais pourquoi vous traitez les électeurs de Front National de salopards ? Ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique. Il faut essayer de les séduire. Et il dit mais non, c'est comme ça. Je sens comme ça. Vous voyez ce que je veux dire ? Et ça, c'est juste incroyable.

22:19
Présentateur

Oui. Comment Bernard Tapie a trouvé votre livre ? Il vous a remercié ou il vous a insulté ?

22:25
Bernard R. Tapie

C'est joker. C'est compliqué. Pourquoi c'est compliqué ? Parce que... Moi, je l'aime.

22:30
Présentateur

Parce qu'il dit les choses. Il faut lui reconnaître ça. Quand il n'est pas content, il envoie un texto. Quand il est content, il envoie un texto.

22:35
Bernard R. Tapie

Dans le livre, il y a une phrase qui est de tapis et qui m'a dite. Quand je lui ai donné parce que le deal était que il lisait tous les guillemets, toutes les citations. Je ne suis pas m'emmerdé à sortir les citations. J'envoie le bouquin tel quel. Puis j'assume. Et c'est vrai qu'il a arrêté au bout de la page 3 ou 4 en me disant je ne peux pas continuer ça me donne envie de vomir. Après, c'est sûr qu'il voit bien aussi autour de lui que c'est un livre qui ne lui fait pas du mal.

23:05
Présentateur

Bien au contraire. C'est une agéographie. Bien au contraire. Pardon ? C'est une agéographie. C'est une biographie.

23:11
Bernard R. Tapie

Vous êtes un peu méchante. Non ! Il y a de tout. C'est littéraire. Absolument. C'est pour ça qu'on vous a invité parce qu'on a pris plaisir à le lire. Oui, c'est ça. J'ai pris un parti pré-littéraire. J'ai pas voulu... Et quand vous prenez un parti pré-littéraire, forcément, vous mettez toujours en danger la personne sur laquelle vous écrivez parce que parfois vous allez trop loin et vous racontez des trucs. Vous voyez ce que je veux dire.

23:32
Présentateur

Sur qui vous allez écrire maintenant, François-Olivier Gisbert ? Il reste des personnages hors normes aujourd'hui comme Tapie, comme d'autres ? Ou de moins en moins ?

23:38
Bernard R. Tapie

Pour l'instant, je suis vraiment sur tellement d'autres projets, des romans. Mais il y a toujours quelqu'un qui me fascine et de toute façon, c'est un livre qui va sortir à la rentrée. Il y a quelqu'un qui me fascine énormément, c'est Gérald De Gaulle. Plus ça va, plus je... Dans les vivants... Dans les vivants, ce serait bien qu'il y ait un Gérald De Gaulle. Vous ne croyez pas, non ? Moi, je crois qu'on a besoin du Gérald De Gaulle. La France a besoin d'un Gérald De Gaulle.

23:59
Présentateur

Merci, François-Olivier Gisbert. On était très contents de vous recevoir dans le 7-9 aujourd'hui. On vous aime bien, même si parfois vous ne nous le rendez pas.

24:07
Bernard R. Tapie

Oh, de temps en temps, comme ça. Mais regardez le mal que j'ai pris sur moi-même. Alors, même les gens que j'aime bien... C'est vrai que ça pourrait se dire. C'est ça ce que vous nous dites. Vous avez vu dans le bouquin, mais on ne peut pas dire que je me présente toujours sur le meilleur jour. C'est vrai, c'est vrai. Donc, voilà, je suis comme ça.

24:21
Présentateur

Merci d'avoir été là, en tout cas.

24:22
Bernard R. Tapie

Je n'ai pas la plume servile.

24:24
Présentateur

Merci. Merci beaucoup. 8h47.