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interviewINA Politique· 22 mars 2022 4 min

Valérie Pécresse et son grand-père | INA adn

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

C'est une des choses sur lesquelles il faut insister. Le mot de dépression est très souvent très mal vécu. Voyez-vous, tout à l'heure, Mme de Guilage nous disait qu'elle n'avait pas vu de spécialiste et qu'elle avait employé ce mot tout récemment seulement. Dans les familles, dire de quelqu'un, de la famille, qu'il est déprimé, c'est un peu un déshonneur. En revanche, quand on trouve des ascarises, quand on trouve des oxyures, quand on trouve la fameuse apadécide chronique, c'est l'honneur qui est restitué à la famille. Ce sont tous ces fameux boucs émissaires, salvateurs, parce qu'ils viennent introduire l'élément somatique qui est, lui, parfaitement avoible.

Or, la dépression, non seulement est parfaitement avoible, je dirais même que, pour moi, dire de quelqu'un qu'il a été déprimé, c'est presque lui rendre un hommage. Non pas que je souhaite à quiconque d'être déprimé, car il n'y a pas d'épreuve plus épouvantable que la dépression, mais la dépression existe. Je la rencontre tous les jours. Et pour vous donner une idée de son importance, je vais vous donner quelques chiffres. Il y a en permanence, dans un pays comme le nôtre, 3% de personnes qui sont en dépression grave.

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Invité

3%, ça fait 1,5 million de personnes ?

1:17
Présentateur

Ça fait 1,5 million de personnes en permanence qui sont en dépression grave, c'est-à-dire qui connaissent l'épreuve la plus épouvantable qui soit. Si on définit la gravité d'une maladie par la douleur, la douleur morale de la dépression est pire que toutes les douleurs physiques. Je n'ai jamais vu un malade déprimé qui ait été éprouvé par ailleurs sur le plan physique ne pas dire mille fois ma maladie physique plutôt que ma dépression.

1:42
Valérie Pécresse

Votre grand-père Louis Bertagna, à vous en particulier Valérie Pécresse, que vous a-t-il appris ?

1:49
Invité

Ma mère était son assistante, donc j'ai grandi effectivement après l'école chez mes grands-parents et j'ai vu les souffrances des malades. Parce que les patients appelaient au téléphone, ils appelaient au téléphone et ils appelaient et ils étaient souvent en grande souffrance. J'ai même assisté à une scène assez dramatique d'un patient qui était en train de commettre une tentative de suicide et qui passait le dernier coup de fil à mon grand-père, donc pris par ma mère au téléphone. Et donc c'est des moments qui vous marquent. Il m'a appris que les âmes devaient être réparées autant que les corps.

Lui c'était un médecin de l'âme, il était adoré par ses patients et surtout il a fait reconnaître la vulnérabilité de la dépression dans la société française. Il a fait introduire avec un certain nombre de collègues médecins les médicaments pour soigner la dépression, les antidépresseurs. Il s'est battu toute sa vie pour qu'on arrête de dire que quelqu'un qui était déprimé était juste mélancolique et devait juste se prendre en main. Et c'était son combat. Et réparer les âmes, c'est aussi un petit peu ça la politique.

2:53
Valérie Pécresse

Est-ce qu'il vous a aidé ? Est-ce qu'il a facilité votre premier contact avec Jacques Chirac ?

2:57
Invité

Non, en réalité, ce qui s'est passé, c'est que Jacques Chirac était à terre en 1997 après la dissolution ratée de l'Assemblée nationale. Et c'est le moment que j'ai choisi pour lui envoyer une lettre de candidature. Donc je lui ai envoyé une lettre de candidature en lui disant, voilà, vous êtes abandonné par tout le monde, moi je souhaite vous rejoindre. J'étais à l'époque maître des requêtes au Conseil d'État. J'ai été recommandé par Denois de Saint-Marc qui était le vice-président du Conseil d'État à Jacques Chirac.

Mais bien sûr, Jacques Chirac, quand il m'a rencontré la première fois, savait que j'étais à la fois la petite-fille de mon grand-père et il savait aussi que j'étais mariée à un Corrésien. Un Corrésien dont la cousine était la femme de son suppléant, Henri Belcourt. Donc effectivement, la Corrèze est mon grand-père. Mais ce n'est pas là-dessus qu'apportait notre premier entretien. Notre premier entretien a porté sur deux éléments de mon CV qui l'ont intéressé. L'Internet, parce que j'étais spécialiste de l'Internet et que lui avait eu des problèmes avec le mulot, et le russe et le japonais.

Parce que j'avais appris le russe et le japonais et que lui aussi était fasciné par la Russie et le Japon. Donc on a parlé de russe, on a parlé de Russie, on a parlé de Japon, on a parlé de littérature. Et cet homme qui était vraiment à terre, politiquement à terre, je crois qu'il s'est pris d'affection, effectivement, pour la jeune femme qui venait essayer de le rejoindre. Et c'est comme ça que j'ai eu le poste.