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interviewRMC — Face à Face· 25 mai 2020 21 min

L'invité de Bourdin Direct : Bruno Le Maire - 25/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin. C'était Bruno Le Maire, bonjour. Bonjour Jean-Jacques Bourdin. Ministre de l'économie, merci d'être là en plateau, vous êtes le premier du gouvernement. C'est un bonheur. Vous êtes le premier du gouvernement. Mais c'est un bonheur d'être présent physiquement. Moi aussi, c'est un bonheur de vous savoir là, parce qu'au moins 30% de questions en plus. Bruno Le Maire, nouvelle phase de déconfinement, décision annoncée cette semaine ? Oui, dans la semaine.

0:36
Bruno Le Maire

Précision sera prise dans la semaine, nous aurons une série de réunions avec le Président de la République et le Premier ministre dans le milieu de la semaine, pour être tout à fait précis. Et j'espère que nous pourrons apporter des précisions en fonction de la situation sanitaire. Avant la fin de la semaine ? Avant la fin de la semaine, oui.

0:51
Présentateur

Avant la fin de la semaine, nous connaîtrons la suite. Est-ce que vous êtes favorable à la réouverture très vite, début juin, des restaurants, café, bars, théâtres, salles de sport en zone verte ?

1:04
Bruno Le Maire

Bien sûr. Bien sûr que personnellement, j'aimerais que les cafés, les bars, les restaurants puissent se rouvrir. Mais la décision, elle sera prise en fonction d'un seul et unique cri de la sécurité sanitaire des Français. Alors on est dans la bonne direction, puisqu'il y a de bonnes nouvelles, que le déconfinement a été réussi. Je pense qu'on peut le porter au crédit du Premier ministre, du Président de la République et de tout le gouvernement, de tous ceux qui ont travaillé sur ce sujet. Mais je pense qu'il faut continuer à regarder la situation et prendre les décisions d'ici la fin de la semaine.

Mais à titre personnel, oui, moi j'ai hâte de pouvoir retourner dans un restaurant ou dans un bar. Le rouge freine la reprise économique, franchement ? Ce qui freine la reprise économique, c'est la confiance qui doit se reconstruire. On le voit sur la consommation, on le voit sur un certain nombre d'activités économiques. Mais aujourd'hui, il y a une reprise qui s'est amorcée, une reprise économique qui devient plus solide de jour en jour. On le voit dans beaucoup de secteurs, le bâtiment, les travaux publics, la sidérurgie, tout ça redémarre bien. Et puis c'est plus contrasté sur le commerce, soyons clairs. Notamment sur le commerce de vêtements, c'est plus contrasté.

Et il y a de vraies différences entre les grandes métropoles et les villes moyennes. Donc on n'y est pas encore. On va poursuivre cette relance de l'activité économique. Et tous les plans sectoriels sur lesquels j'ai travaillé et que le Président de la République va annoncer s'agissant de l'automobile, tout le plan de relance sur lequel je travaille également, doit nous permettre d'accélérer la reprise économique.

2:30
Présentateur

Je vais vous parler de l'automobile, je vais vous parler de l'aéronautique, mais puisque vous parliez des commerces, question tout de suite qui me vient à l'esprit, est-ce que les soldes vont être reportés ? C'est ce que demandent les commerçants.

2:42
Bruno Le Maire

J'ai beaucoup discuté avec les commerçants. Il faut bien voir qu'ils ont perdu des semaines de trésorerie. Rideau fermé, pas un euro qui rentre dans les caisses. Donc ils ont besoin de refaire leur trésorerie. Donc je suis favorable à un report des soldes de quelques semaines. Elles devraient démarrer le 24 juin. Je pense qu'on peut les reporter de 3-4 semaines. Nous allons continuer à en discuter avec les fédérations. Les soldes à partir du 15 juillet, quoi. Par exemple, je n'ai pas encore de date définitive, mais en tout cas, oui, je suis favorable à un report pour que les commerçants puissent refaire leur trésorerie.

Enfin, il faut imaginer ce que c'est quand on a une boutique de vêtements, de chaussures ou autre, qu'on n'a rien vendu pendant 3 mois. Il faut pouvoir refaire sa trésorerie et donc accepter que les soldes soient décalés de quelques semaines.

3:25
Présentateur

Bruno Le Maire, parlons d'automobile. Vous avez préparé le plan de soutien de la filière automobile qui sera présenté demain par Emmanuel Macron. Donc s'il est présenté demain par Emmanuel Macron, je sais ce que vous allez me répondre. Vous allez me dire, mais non, je laisse la primeur des annonces au président de la République. Bien, mais beaucoup de fuites dans la presse sur les aides, notamment pour l'achat d'un véhicule électrique, d'un véhicule hybride. Il y aura des aides, on ne va pas entrer dans les détails,

3:52
Bruno Le Maire

mais il y aura de nouvelles aides. Mais on peut très bien expliquer la philosophie. D'abord, je pense que c'est un geste important qui soit annoncé par le président de la République. C'est une façon de dire, l'industrie automobile, elle est stratégique pour la France. Et puis, elle appartient à notre culture. Citroën, Peugeot, Renault, ça appartient à notre culture industrielle. Le plan doit reposer sur trois grandes orientations. La première, c'est effectivement relancer la demande. Et en particulier, la demande de véhicules propres, ceux qui émettent le moins de CO2. On doit en profiter pour renouveler le parc automobile français et qu'il émette moins de CO2.

Puis donner un vrai coup de pouce aux véhicules électriques qui vont occuper une place de plus en plus importante dans la voiture. La deuxième orientation qui nous paraît très importante, c'est de soutenir les PME. Leur permettre de se digitaliser, de se robotiser. Parce qu'il y a tout un tissu de PME, de sous-traitants qui sont absolument vitaux et qui doivent être respectés par les grands donneurs d'ordre. Et puis, la troisième orientation, c'est les engagements que prendront les constructeurs automobiles.

Il n'est pas question pour nous de faire un plan pour l'industrie automobile sans que les deux grands constructeurs, PSA et Renault, ne prennent des engagements de localisation de leurs véhicules nouveaux, c'est-à-dire les véhicules électriques, en France. Pour qu'il y ait de l'activité en France et de la production technologiquement avancée, en particulier les véhicules hybrides, les véhicules électriques et peut-être demain les véhicules à hydrogène sur notre territoire. Le plan de relance doit être l'occasion, aussi bien au niveau sectoriel qu'au niveau global, de changer la donne en matière de choix de politique industrielle.

5:24
Présentateur

Alors Bruno Le Maire, je ne vais pas entrer, encore une fois, dans le détail du montant des aides.

5:29
Bruno Le Maire

Mais vous verrez, le Président de la République annoncera des choses fortes demain, je peux vous le garantir. Vraiment, sur les aides ? Surtout, sur tous les éléments que j'ai indiqués, que ce soit les engagements des constructeurs ou sur les soutiens à la demande, le Président de la République, demain, fera des annonces fortes. Bien, alors Bruno Le Maire, tout de même, très bien, les aides,

5:49
Présentateur

mais il y a 400 000 véhicules en stock actuellement. Des véhicules qui n'ont pas été vendus. Est-ce que vous allez... Comment faire ? Comment faire pour que ces 400 000 véhicules soient vendus ?

6:03
Bruno Le Maire

Je connais votre art à tirer les verres du nez de votre interlocuteur. Oui. Mais je ne vous donnerai pas de chiffres. D'abord parce que nous continuons à... Il y aura des aides pour aider les concessionnaires. Il y a un instrument pour déstocker qui est très efficace, c'est la prime à la conversion. Pourquoi c'est efficace ? D'abord parce que ça touche les ménages les plus modestes. Et ensuite, parce que ça permet de renouveler le parc automobile. Alors est-ce qu'elle sera augmentée, cette prime à la conversion ? Le moins de CO2. Vous le verrez demain. Il n'y a que 24 heures à attendre.

6:29
Présentateur

Oui, mais j'ai bien compris qu'elle serait augmentée.

6:31
Bruno Le Maire

Je vous ai déjà indiqué que ça pouvait être une orientation intéressante pour déstocker des véhicules, relancer la machine économique, mais toujours avec la même exigence. Décarboner notre économie. Et que ce soit sur l'aéronautique, sur le véhicule automobile, sur la tech, sur l'ensemble des secteurs sur lesquels nous travaillons, il y a un fil rouge, la décarbonation de l'économie française.

6:51
Présentateur

Bien. Bruno Le Maire, très bien. Sur l'électrique, il va falloir multiplier les bornes de rechargement. Gros problème. Oui, bien sûr. Et notamment sur les autoroutes. Et aujourd'hui, ça coûte de plus en plus cher maintenant de recharger ça aussi.

7:05
Bruno Le Maire

Là aussi, il y aura des annonces ? Il y aura de quoi équiper son véhicule. Je connais des inquiétudes parfaitement légitimes du consommateur qui se dit j'aimerais bien acheter un véhicule électrique. Mais est-ce que je vais pouvoir sortir de chez moi, faire 300-400 bornes ? Est-ce que je trouverai de quoi recharger ? Il y aura là aussi des réponses. Il faut que je leur redis que les constructeurs s'engagent. Il y a un engagement que doit prendre Renault, par exemple, c'est d'être actionnaire de l'Alliance pour les batteries électriques. Vous savez que nous avons créé... Vous demandez à Renault d'être actionnaire de l'Alliance pour les batteries électriques.

Oui, je demande des sujets qui sont encore en discussion jusqu'à demain. Nous avons créé une alliance pour les batteries électriques pour qu'on arrête de s'équiper en batteries produites en Chine ou en Corée du Sud alors que la batterie va représenter 30 à 40% de la valeur du véhicule. Il faut rapatrier la production de valeur en France. Et donc, rapatrier la production de batteries en France. Nous l'avons fait avec cette alliance des batteries électriques qui est franco-allemande. Dedans, vous avez qui ? Vous avez Peugeot, vous avez Total et vous avez ce grand producteur de batteries qui est Saft. Mais il n'y a pas Renault, il n'y a pas le deuxième constructeur.

Nous, nous voulons que le deuxième constructeur soit actionnaire et participe à cette alliance. Bien, 5 milliards d'euros de prêts, est-ce que c'est signé ? Non, ce n'est toujours pas signé parce que vous voyez, comme je vous l'ai dit, qu'il reste des choses en négociation. Donc, ce n'est toujours pas signé, ce prêts de 5 milliards d'euros ? J'espère pouvoir le signer prochainement en fonction des engagements pour Renault. Mais vous savez, demain, c'est dans une éternité. Oui, d'accord.

8:32
Présentateur

Non, bon, pas de fermeture de sites. Est-ce que vous allez exiger de Renault de garder ouvert tous ces sites industriels ? Non. Non ? Non. Donc, il y aura des fermetures de sites.

8:46
Bruno Le Maire

Ça, c'est la politique, Jean-Jacques Bourdin, qui a échoué. Alors, il y aura... Celle qui consiste à faire de grandes proclamations sur des micros le matin, en disant, j'exige de Renault qu'il ne fasse aucune fermeture de sites et qu'il ne se sépare d'aucun salarié. Et puis, Renault sera toujours moins compétitif. Et Renault continuera à être en péril. Et dans 2 ou 3 ans, ou dans 4 ans, il y aura un ministre de l'économie qui, malheureusement, sera obligé de dire que voilà, on met la clé sous la porte de Renault parce qu'on n'a pas permis à Renault de se renouveler, de se moderniser et de rester dans la course mondiale de l'industrie automobile qui est féroce.

Eh bien, nous, nous ne voulons pas faire ça. Bien sûr que nous serons attentifs à chaque fois. Alors, est-ce qu'il y aura fermeture de sites ? Mais nous voulons laisser la possibilité à Renault d'adapter son outil de production, de l'adapter en faisant attention à certains choix. J'ai dit que Flin ne devrait pas fermer parce qu'il n'y a pas de raison pour nous, quand on regarde attentivement, que Flin ferme. Et je vous le dis comme actionnaire de Renault.

Mais il peut y avoir d'autres choix qui sont nécessaires et qui permettront au bout du compte à Renault de produire de nouveaux véhicules sur notre territoire, de rapatrier la production de véhicules électriques et de prendre des engagements chiffrés sur la production de véhicules électriques qui sont créateurs de valeurs et donc d'emplois. C'est ça la politique du XXIe siècle, pas les vieilles déclarations du XXIe.

10:02
Présentateur

Est-ce qu'on peut s'engager ce matin ? Est-ce que vous pouvez dire ce matin, il n'y aura pas de suppression de postes ? Non, je ne peux pas vous le dire. Vous ne pouvez pas le dire.

10:10
Bruno Le Maire

Et je pense que ce ne serait pas responsable de le dire. Ni responsable. Que c'est comme cela qu'on a désindustrialisé le pays en disant qu'il faut absolument relocaliser, il faut absolument préserver tous les emplois, mais sans expliquer comment on fait. Moi, je vais vous expliquer comment est-ce qu'on va réussir la reconquête industrielle de notre pays, que nous avions commencé à réussir puisque nous avions commencé à créer de nouveaux emplois. La première condition, c'est innover, investir dans les nouvelles technologies. C'est tout ce que nous avons fait et tout ce que nous allons continuer à faire.

La deuxième condition, c'est permettre d'être sur ces technologies nouvelles que sont les véhicules électriques. La troisième, c'est être compétitif et attractif, continuer à baisser les impôts qui pèsent sur les entreprises industrielles. Je pense en particulier aux impôts de production. Je pense à la C3S. À un moment donné, il faut alléger la charge fiscale sur nos entreprises industrielles pour qu'on puisse recréer des emplois industriels, relocaliser, réouvrir des usines. Et c'est ça le choix que nous faisons. Celui de l'innovation, celui de la compétitivité fiscale et celui de la formation et de la qualification des salariés.

11:15
Présentateur

C'est donc la poursuite de la politique économique d'avant avec un nouveau modèle d'après qui, j'ai horreur de ces avant-après, je vous le dis tout de suite, mais tout de même, c'est ce que je veux résumer.

11:26
Bruno Le Maire

Oui, la politique du gouvernement que je ne le fais. Vous feriez un très bon ministre de l'économie. Je suis nul en économie. C'est exactement cela. C'est-à-dire, poursuivre une politique qui avait donné des résultats, mais en lui donnant un nouveau cap stratégique, celui d'une économie décarbonée qui émet moins de CO2 et qui protège plus notre environnement.

11:45
Présentateur

Alors, question directe, est-ce que l'État va renforcer sa participation dans l'entreprise, Renaud ? Ce n'est pas à l'ordre du jour. Non.

11:54
Bruno Le Maire

Et Air France ? Air France, la logique était exactement la même. Innover, renouveler la flotte pour qu'elle soit moins émettrice de CO2, supprimer des lignes sur lesquelles le train est aussi compétitif et émet évidemment moins de CO2. Alors là, ce sera la suppression. Ce que nous apportons des aides, c'est effectivement à certaines conditions de politique industrielle et de décarbonation.

12:18
Présentateur

Pour Air France, la condition, c'est plus de vol lorsque la distance est inférieure à 2h30.

12:24
Bruno Le Maire

Exactement, c'est une règle. Plus de vol.

12:26
Présentateur

Elle s'appliquera, cette règle ?

12:28
Bruno Le Maire

Sauf pour être tout à fait précis pour les vols dans lesquels il faut une liaison avec un hub qui vous permet de rejoindre un vol international. Mais nous sommes en discussion avec Air France pour voir dans quel calendrier nous le faisons avec la ministre des Transports. Dès 2021. Le calendrier n'est pas encore fixé, mais la règle a été fixée et la règle sera respectée. Il n'y a pas de raison de prendre un avion lorsqu'il y a un train qui vous permet de faire la même distance en moins de 2h30.

12:51
Présentateur

Bien, le chômage partiel, réduction de la prise en charge du chômage partiel,

12:56
Bruno Le Maire

c'est indispensable ? Pour les employeurs, il nous semble bon à un moment donné de dire, écoutez, nous avons soutenu pendant 3 mois, l'État a payé l'intégralité des salaires, vous allez maintenant prendre à votre charge une partie de ce chômage partiel, une partie qui restera très modérée, très limitée, mais à compter du 1er juin, oui, il y aura une évolution des règles.

13:19
Présentateur

Une partie, c'est-à-dire ? On est à 100% aujourd'hui ?

13:22
Bruno Le Maire

Voilà, ça veut dire qu'on sera à moins de 100%, mais ne vous inquiétez pas, on ne va pas passer à 50% ou 60%. Ce sera raisonnable, ce sera progressif, ce sera annoncé le 1er juin. La deuxième chose sur laquelle je veux insister, c'est que le 1er juin, les salariés, eux, ne perdront rien. C'est les employeurs qui vont devoir payer un peu plus. Et la troisième chose qui est vitale, c'est que pour les secteurs qui restent fermés, et qu'eux, ils n'ont pas le choix, ils font du chômage partiel parce qu'ils ne peuvent pas reprendre leur activité, l'intégralité du chômage partiel sera maintenue. Et nous ferons toutes les propositions chiffrées avec Moyen-Pénicaud dans les prochains jours.

13:55
Présentateur

Bien, Bruno Le Maire, combien ont coûté à l'État, depuis mars, les aides publiques ? Les aides de l'État ? Combien ça a coûté ?

14:06
Bruno Le Maire

Si on prend l'intégralité de ce qui a été fait, en budgétaire, et en soutien de trésorerie, c'est 450 milliards d'euros, 20% de la richesse nationale qui ont été mis sur la table ?

14:19
Présentateur

450 milliards d'euros.

14:21
Bruno Le Maire

Je mets là-dedans les 315 milliards d'euros de prêts garantis par l'État. Ce n'est pas de la trésorerie directe. Mais si jamais une entreprise à qui nous avons prêté 3 milliards ou 4 milliards fait faillite, et qu'il y a une garantie de l'État à 90%, il faut être clair, ça veut dire que l'État perdra 2, 3, 4 milliards d'euros. Donc je le mets dans ces dépenses qui ont été mises sur la table. 20% du PNB français a été mis sur la table pour sauver notre économie et sauver nos entreprises. Mais l'État est si riche que ça, il va falloir rembourser quand même. Bien sûr. Qui va rembourser ? Nos enfants ? Qui ? D'abord, disons-le très clairement, oui, il faudra rembourser.

Il n'y a pas de dette perpétuelle. C'est une invention qui est intellectuellement séduisante, mais politiquement pas praticable. Parce que sinon, les investisseurs ne s'intéresseront jamais à la dette française. La première question qu'il faut se poser, c'est quand est-ce qu'il faut rembourser ? Pas maintenant. Et je pense qu'il ne faut pas commettre à nouveau l'erreur que nous avions commise en 2009, qui était de relancer l'économie et dans le même temps appuyer sur le frein en commençant à réduire les dépenses publiques. Ça, c'est une politique qui vous met dans le décor. Donc je ne crois pas à cette politique.

Aujourd'hui, il y a eu un premier temps, le soutien immédiat, 450 milliards d'euros mis sur la table. Le deuxième temps, c'est tous les plans de relance sur lesquels je travaille. L'automobile, l'aéronautique, le soutien à la tech, le tourisme, les librairies. Tous ces secteurs vont être soutenus. Le troisième temps sera celui, la culture, celui de la relance globale et stratégique pour les prochaines années, qui sera une relance nationale et européenne. J'y ai travaillé à la demande du président de la République et du Premier ministre. Je m'y suis engagé totalement. Nous multiplions les consultations. Ça, c'est pour la rentrée prochaine de septembre.

Et puis, viendra le temps où il faudra, effectivement, rembourser cette dette. Ce n'est pas maintenant. Et ça ne se fera pas un seul moyen, la croissance. Pas par les impôts, pas par les taxes. En espérant qu'elles reviennent. C'est tout le choix stratégique que nous faisons. C'est relancer l'activité économique, développer tous ces secteurs, les moderniser, franchir un cap technologique pour que notre économie soit une des plus performantes de la planète et à partir de là, retrouver des marges de manœuvre qui nous permettront de rembourser notre dette. Voilà la stratégie économique et financière du gouvernement.

16:32
Présentateur

Les recettes viendront de la croissance en très grande partie. Il y a aussi la taxation des GAFA, par exemple. Ça a rapporté combien ?

16:39
Bruno Le Maire

Ça a rapporté, à l'heure où je vous parle, 350 millions d'euros. Donc, ça veut dire que c'est une somme qui n'est pas négligeable. Et ça veut dire qu'effectivement, la fiscalité qui va être rentable au XXIe siècle et sur laquelle nous voulons nous battre et qui est objectivement plus difficile que de dire qu'on va rétablir l'ISF, parce que ça, c'est très simple à faire. Mais je pense que ça rapporte peu et que ça n'est pas la bonne politique pour le pays. En revanche, taxer les gens du numérique qui sortent très renforcés de cette crise économique. Et très enrichis, dites-moi. Très enrichis. Très enrichis. J'ai vu la fortune de Jeff Bezos, par exemple. Ça, c'est des fortunes personnelles.

Oui, personnelles, oui. Je dis juste que les GAFA, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, leur capitalisation représente quatre fois la capitalisation de toutes les plus grandes entreprises françaises du CAC 40. C'est pour vous dire ce que ça peut représenter. Mettre en place une taxation des genres du numérique, nous l'avons fait et quoi qu'il arrive en 2020, ils paieront une taxe. Se battre pour avoir une taxation minimale à l'impôt sur les sociétés. Pour qu'une multinationale ne puisse pas faire de l'optimisation fiscale en se mettant dans un pays où l'IS est à 2 ou 3%. Ça, ça rapporte beaucoup de milliards d'euros au Trésor public français et au Trésor public européen.

C'est un deuxième combat que nous continuerons à livrer et j'ai bon espoir que cette taxation minimale se mette en place rapidement. Troisième combat fiscal vital, c'est la taxation carbone aux frontières. On ne va pas relocaliser des industries et des entreprises qui émettent peu de CO2 en France pour importer de l'étranger et il y aura des produits plein de CO2. Taxation carbone aux frontières. C'est indispensable, Jean-Jacques Bourdin, c'est une priorité absolue du Président de la République et une priorité absolue

18:13
Présentateur

du gouvernement. Est-ce que Ségur de la Santé qui commence cet après-midi, est-ce que le personnel soignant sera augmenté ? Je le souhaite. Vous le souhaitez et vous n'êtes pas le seul mais le sera-t-il ? Olivier Véran,

18:24
Bruno Le Maire

ministre de la Santé, il va engager les discussions. Je crois que le Président de la République et le Président de la Santé ont été clairs sur ce sujet. Ils ont beaucoup donné. Oui. Ils méritent d'être récompensés.

18:33
Présentateur

Bien, ils le seront donc. Gérald Darmanin veut peser. Vous voulez peser, vous ? Est-ce que vous voulez peser sur la vie politique ? Je ne sais pas. Moi, je n'ai pas compris. Comment avez-vous compris cette...

18:44
Bruno Le Maire

Moi, je veux être utile. Oui. Jean-Jacques Bourdin. Oui. Je veux être utile. Utile à mon pays. Utile dans les fonctions où j'occupe de ministre de l'économie et des finances. Avec une feuille de route qui m'a été donnée qui est celle de transformer l'économie française. En trois ans, nous avons accompli avec mes équipes un travail considérable. Aujourd'hui, on est confronté à la crise économique la plus grave que la France ait jamais connue dans son histoire contemporaine. Je poursuis cette feuille de route. C'est la transformation de l'économie française qui nous permettra de passer ce cap de la crise et d'en sortir plus fort. Plus prospère.

19:17
Présentateur

J'ai été frappé par ce qu'a dit Darmanin, Gérald Darmanin. Il faut une politique pour le peuple. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous ne faites pas une politique pour le peuple actuellement ? Depuis qu'Emmanuel Macron est à la présidence ?

19:28
Bruno Le Maire

Je pense que nous avons fait depuis maintenant un peu plus de trois ans une politique pour le peuple français. Ah bon ? Pour tout le peuple français.

19:36
Présentateur

Donc il n'en faut pas une.

19:36
Bruno Le Maire

Je pense que nous avons permis de baisser le chômage c'est pour tout le peuple français. Je pense que nous avons amélioré le pouvoir d'achat notamment des plus modestes c'est pour tout le peuple français. Je pense que nous avons permis d'amorcer cette reconquête industrielle c'est pour tout le peuple français. Et j'entends bien dans la mission qui m'a été confiée par le président de la République en 2017 qui était transformer l'économie française, lui permettre de faire valoir tous ses atouts, continuer à porter ce message de transformation et de succès. Nous sommes une grande puissance économique mondiale. Nous devons le rester. Il y a des conditions pour ça que j'ai énumérées.

La technologie, l'innovation, la formation, la qualification, la décarbonation. On va y arriver et j'entends le faire au poste que j'occupe.

20:23
Présentateur

Être maire et ministre en même temps, n'est-ce pas contraire à la règle ? Vous êtes toujours élevé contre le cumul des mandats. Toujours.

20:33
Bruno Le Maire

C'est des circonstances particulières. Donc je tiens compte et nous tenons tous compte des circonstances particulières mais ma conviction n'a jamais changé. Je suis opposé au cumul des mandats. Et je reste opposé au cumul des mandats. J'ai toujours indiqué qu'un haut fonctionnaire s'il voulait faire de la politique il pouvait mais qu'il fallait qu'il démissionne de la haute fonction publique et j'ai démissionné de la haute fonction publique pour mettre en accord mes convictions avec mes actes. Mes convictions, vous l'aurez noté ce matin, elles changent assez peu.

21:01
Présentateur

Merci Bruno Le Maire d'être venu nous voir. Il est 8h54. Vous êtes sur RMC BFM TV.