POLLUTION DE L'EAU : l’État savait, il n’a rien fait
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
En janvier dernier, le chercheur et enseignant Gaspar Leemire faisait paraître une étude de données impressionnante sur un scandale sanitaire peu connu du grand public, celui de la contamination des eaux au CVM, le chlorure de vinyle monomère, un gaz cancérigène contenu dans les tuyaux en PVC. Cette affaire s'ajoute donc à d'autres scandales du même ordre, présence de Pifaces ou résidus médicamenteux dans les eaux potables. Scandale Nisselé mis à jour notamment par la cellule investigation de Radio France.
Alors, nos eux sont-elles plus polluées qu'elles ne l'était ? Comment l'État a-t-il fermé les yeux sur certains de ces risques sanitaires ? Bonsoir Gaspar le maire.
Bonsoir, merci d'être présent. Ce soir, vous êtes chercheur enseignant en droit de l'environnement à sciences pot, doctorant en sciences politiques au sein de la chair Earth et vous écrivez votre thèse intitulée le paradigme de l'atrocité climatique à l'université danger. Merci d'être présent ce soir dans question du soir. [Musique] [Applaudissements] [Musique] On est parti d'un seul document, c'était un bleu de rimes. les RIM, c'est ce qu'on appelle les réunions interministérielles.
Donc c'était une décision qui avait été prise en réunion interministérielle et ce donc ça c'était en 2023, en février 2023. Et à ce moment-là, le gouvernement français avait décidé d'accorder une dérogation à l'entreprise Nestle pour utiliser certains filtres non conformes. C'est comme ça que c'est écrit.
On a découvert une vaste affaire effectivement de de fraude aux eau minéral et le principal acteur de cette fraude et bien c'est la multinationale Nestley qui depuis en fait les années 90 utilise dans ces usines des filtres pour traiter des eaux qui sont vendues comme des eaux minérales naturelles et qui sont donc censé être des eaux pures à la pureté originelle et qui sont en fait traitées parce qu'elles sont contaminées notamment par des bactéries mais aussi par des pesticide. La journaliste Marie Dupin de la cellule investigation de Radio France, elle était l'invitée il y a quelques semaines de questions du soir sur France Culture évidemment. Gaspar Lemèire, 30 % des marques du groupe Nesley avaient recours selon cette enquête à des systèmes de purification interdits ou illégaux allant à l'encontre de leur label dit eau minéral naturel.
Du point de vue justement de la qualité des eaux que l'on consomme, comment est-ce que vous analysez cette affaire ? Cette affaire, elle est assez étonnante en fait parce que cette pratique, elle a perduré extrêmement longtemps. C'est pas une pratique qui serait tout à fait récente en fait dès le début des années 2000, Nesley a recours à des techniques de décontamination avec des charbons actifs, des filtres ultraviolets, ce qui est effectivement complètement illégal quand on vend une eau qui est censée être une eau minérale naturelle.
Pourquoi ils font ça ? Bah parce que effectivement l'eau n'est la la qualité de l'eau en fait n'est plus garantie. Euh il y a des phénomènes climatiques qui conduisent à à des des asséchements des nappes euh qui conduisent à leur tour à la prolifération des bactéries.
On a des fuites de pesticides à tous les niveaux, peut-être aussi des problèmes de gestion. Mais en tout cas, ce qui est euh absolument étonnant, c'est que ce soit complètement passé sous les radars pendant assez longtemps. Lorsque vous dites la qualité de l'eau n'est plus garantie à quand, datez-vous ce tournant-là justement sur la qualité des eaux qui traversent la France et par ailleurs sur la façon dont les industriels s'en servent. et euh et la distribue.
Bah c'est une question qui est assez difficile parce qu'en fait on manque cruellement de de données historiques. Euh les scandales il sortent les uns après les autres mais on n pas on n pas d'archives pesticides qui nous permettrait de suivre l'évolution des niveaux de pesticides dans l'eau depuis très très longtemps. Donc on n pas vraiment de visibilité sur le passé.
On a des problèmes de données à tous les niveaux en fait. L'autre fait évidemment marquant de cette affaire Nestle, c'est l'implication tacite ou non d'ailleurs de l'État de différents responsable public de haut niveau. Là aussi, comment est-ce que vous analysez cette affaire à travers ce prisme sur l'implication de l'État, sur la responsabilité aussi de différents ministères et de différentes agences de l'État ?
Ce qui s'est passé, c'est que il y a eu une alerte en fait qui a été lancée en 2019 par quelqu'un qui travaillait dans une usine où les pratiques étaient tout à fait douteuse. Cette alerte, elle a conduit à une enquête de la direction générale de la consommation. Euh et euh cette enquête dure 1 an, 2 ans et là Nesle va de façon préventive aller avertir euh le ministère de l'industrie.
Dire voilà, on fait des choses qui sont illégales, on met des filtres, on utilise des ultraviolets, il faut pas le faire. Mais on a un plan, on va faire autrement très prochainement. On va mettre des filtres à 0,2 microg, ce qui est illégal aussi.
Et Nesle dit à la ministère à la ministre de l'époque, Agnès Pag Runaché, si on fait pas ça, ça va être des emplois perdus de partout. Il faut il faut vraiment nous laisser le faire, même si ça a pas l'air d'être très légal. Et la ministre réfléchit, négocia un petit peu et dit "Bah d'accord, on va on va vous aider à faire ça." Ça c'est en 2021.
Elle lance quand même une enquête indépendante, mais elle n'avertit pas le procureur des pratiques illégales de Nesley. Et surtout 2 ans plus tard, la méthode qui est toujours illégale d'utiliser des microfiltres à 0,2 microg qui permettent d'éliminer les bactéries, les matières fécales aussi qui sont présentes dans cette eau de source ou plus de cette eau minérale naturelle, et bien ces pratiques sont validées par une équipe interministérielle qui implique les cabinets du premier ministre, du ministère de l'économie, du ministère de l'environnement. Donc il y a une couverture totale.
Ce qui est frappant, c'est que la logique sanitaire passe tout à fait au second rang. que la démarche cette fois-ci économique, financière que l'intérêt de préserver de l'emploi, c'est toujours le chantage qui est formulé par certains industriels et certaines entreprises, prévaut sur absolument tout le reste. Sur tout le reste, non seulement sur les considérations environnementales, mais aussi sur la protection de l'intérêt des consommateurs. puisque ce qu'il s'est passé, c'est que l'entreprise Nesley a vendu pour 3 milliards d'euros de bouteilles d'eau qui était présenté comme de l'eau minérale euh qui était en fait de l'eau du robinet, de l'eau qui avait été filtrée, de l'eau qui avait été travaillée et les intérêts des des consommateurs n'ont été protégés à aucun moment.
L'association UFC, que choisir qui représente les intérêts notamment des consommateurs à déposer plusieurs plaintes. Là aussi, que peuvent ce type de démarche ? que peuvent les consommateurs pour se défendre face à ce type de scandale que l'on apprend dans la presse ?
Alors, il y a une plainte qui date de 2024 et on a déjà eu un premier résultat. Elle était déposée, voilà, auprès du procureur d'épinal et le procureur a signé en fait avec l'entreprise Nesle ce qu'on appelle une convention judiciaire d'intérêt public. Donc voilà, Nesley a gagné à peu près 3 milliards en vendant ses bouteilles frauduleuses.
Et le procureur a proposé à Nesley de euh bah même pas de PL découpable en fait, simplement de payer une somme pour compenser voilà le dommage, euh le tort porté au consommateur. Et cette somme, elle est de 2 millions d'euros sur les 3 milliards qui ont été engrangés. Donc c'est un petit peu si vous voulez comme si on avait un braqueur qui va dans une banque, il prend 3 milliards et puis bon il confesse quand même une partie au moins de de son méfet quelques années après et on lui dit bon bah c'était pas bien mais vous êtes de bonne volonté on va on va s'arranger vous rendez un peu moins de 1 % finalement du du butin et vous repartez libre et vous n'aurez aucun problème.
Donc le droit il est pas toujours suffisant. Heureusement, il y a d'autres démarches juridiques qui ont été entreprises depuis et elles pourront peut-être amener à des des conséquences un peu plus intéressantes que ça. La comparaison est osé Gaspar le maire, mais elle a le mérite d'être claire.
L'autre actualité qui concerne les eaux minérales que l'on consomme au quotidien, c'est la modification de la définition de ce qu'on appelle lespiface, c'est-à-dire ces polluants éternelles qui traversent là aussi l'ensemble des eaux minérales et au sein des robinets que l'on consomme. Quel est l'enjeu autour de la modification de cette définition ? Pourquoi un flou d'ailleurs entoure la définition de ces produits-là ?
Alors, je suis pas spécialiste de la question d'épiface, donc je vais pas vous répondre en m'aventurant sur un terrain que je que je ne maîtrise pas. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que cette question de la définition des concepts, de la définition des seuils, de la définition des indicateurs, elle est absolument cruciale en matière de droit sanitaire, en matière de droit de l'eau. Et ces techniques de changement assez insidieuses, assez obscur pour les citoyens qui sont difficiles à à retracer, on les observe en permanence.
On les a observé par exemple avec les pesticides, avec le plan écoyaito. Voilà, il fallait faire baisser dans 10 ans de 50 % le niveau de pesticide. Ça n'a pas eu lieu.
Qu'est-ce qu'on propose 20 ans plus tard ? propose de changer d'indicateur. On change d'indicateur et là miraculeusement alors que le niveau d'usage de pestide avait stacné, il va baisser de 50 % très brutalement à partir du moment où on change d'indicateur.
Donc voilà, au lieu de régler le problème, on change les définitions, on change les indicateurs et ça c'est évidemment une manière de faire perdurer l'insécurité sanitaire. Vous avez parlé très largement he Gaspar le maire de des effets, j'allais dire généraux du réchauffement climatique sur la qualité des eaux, de l'impact aussi de l'utilisation croissante et du recours au pesticides. Est-ce que la qualité de l'eau se dégrade d'une façon générale en France ?
Est-ce que il est de plus en plus dangereux entre guillemets de consommer au quotidien et sur le long terme les eaux diffusées dans distribué par nos robinets ? ou bien plus généralement vous estimez qu'il existe une défaillance forte importante des pouvoirs publics dans le contrôle justement de de la qualité de ces eaux. Je crois qu'en fait on est en train de découvrir des pollutions qui sont extrêmement anciennes.
L'usage de pestide, voilà, il stagne et on se rend compte, on arrive à identifier de plus en plus de substances, des produits qui se transforment dans l'eau qui étaient déjà là auparavant et qu'on narrivait pas à mesurer. L'enquête que j'ai mené sur le chlorure de viny monomère, c'était présent dès les années 1960. L'épha, l'usage, il n'est pas nouveau.
C'est une substance qu'on commence à utiliser dans les années 1950. Donc c'est des découvertes qu'on fait mais avec énormément de retard et ce qui est assez inquiétant c'est de se dire qu'aujourd'hui il doit y avoir énormément d'autres substances qui sont voilà peut-être déjà les investigations sont en cours à l'autre bout du monde et ça arrivera en France 20 30 ans plus tard comme cela a pu être le cas avec l'épiface qui contrôle les eaux aujourd'hui Gaspar le maire est-ce que c'est l'état est-ce que c'est la responsabilité unique de l'État alors pour ce qui est de l'eau potable les responsabilités sont partagé entre l'État d'une part et en particulier la direction générale de la santé ainsi que les agences régionales de santé, les ARS, voilà, qui ont une mission de surveillance générale qui effectue tout un tas de mesures et qui sont les agences déconcentrées au sein de au sein de du territoire français. Il y en a une par région.
Tout à fait. Et d'autre part, les fournisseurs d'eau sont aussi ils ont ils font face à ce qu'on appelle une obligation de résultat en droit. ils doivent garantir le caractère potable euh de l'eau.
Et ça ça signifie que voilà, eux aussi ils sont ils sont en charge de faire des tests. Mais le la la difficulté c'est que ces fournisseurs d'eau, ils sont extrêmement nombreux. Ce sont souvent des communes, des collectivités de communes.
Parfois c'est un prestataire privé, donc une entreprise, mais il y en a énormément sur le territoire. Et à l'analyse, il apparaît que les défaillances locales de ces très nombreux acteurs, nécessairement, il y aura des difficultés ici ou là, surtout quand les moyens manquent. C'est c'est le cas quand le fournisseur d'eau est très petit.
S'il y a une défaillance et bien c'est à l'état de veiller à l'application de la loi et il apparaît en pratique que cette obligation elle n'est que rarement respectée. Mais pour creuser justement ce que vous êtes en train de nous expliquer, Gaspar le maire, quand on écoute le discours, les discours de l'État au sujet de ses contrôles de la qualité des eaux, il renvoie non pas systématiquement mais quand même très très régulièrement à la responsabilité des collectivités, à la responsabilité des communes comme si c'était de leur ressort unique et comme si au fond l'État n'était pas garant de cette qualité. Alors, comment le comprendre ?
Je pense que cette technique qui permet de se défausser de de ses responsabilités, elle opère au niveau environnemental mais elle opère à un niveau beaucoup plus large et elle est le témoignage d'un d'un phénomène qui est la la bureaucratisation en fait de nos sociétés. C'est-à-dire que on doit gérer euh tout un ensemble de tâches qui sont extrêmement complexes. Il faut diviser le travail, il faut diviser les tâches, il faut diviser les spécialités pour que euh le fonctionnement social puisse euh perdurer.
Et euh cette division du travail, elle conduit à une dilution des responsabilités. Il y aura toujours un autre agent public. qu'il y aura toujours un autre service sur lequel rejeter la faute, c'est un problème.
Mais fort heureusement aussi dans les contentieux, ça peut être d'une aide précieuse parce que chaque administration va tenter de se défausser de ses responsabilités et donc elle va fournir des informations assez intéressantes vis-à-vis des manquements qui ont pu être commis par d'autres parties de l'administration ou par des services déconcentrés ou par une collectivité locale. C'est peut-être pratique pour les chercheurs et j'imagine que vous le dites avec une certaine ironie. Pratique aussi dans certains procès, dans certains conflits mais tout de même les responsabilités de l'État pour qu'elle puisse être effective, il faut quand même qu'elle soit logiquement justement attribuée.
On a du mal à comprendre que dans ce domaine un flou règne justement sur la répartition des compétences. Alors le flou, il règne assez rarement sur le plan légal. Le flou, il règne dans les discours.
Il est entretenu de façon apparente, de façon illusoire. Mais euh dès lors que qu'on arrive au niveau du du contentieux, ce flou, il peut rapidement se dissiper et c'est d'ailleurs la fonction du juge et de l'avocat que de le dissiper. On va parler euh Gaspar Lemire maintenant euh de CVM, c'est-à-dire le chlorure de vinyle monomère sur lequel vous avez travaillé.
Je voudrais vous faire entendre une association de comités citoyens en la personne de Catherine et Hervé Conreau. Il nous explique de quoi il s'agit. Ils ont participé au à envoyé spécial daté du 16 janvier dernier.
Le chlorure de vinier le monomère, donc le CVM. Tout le monde en a un petit peu, un petit peu, un petit peu. Puis le dernier au bout de la canisation, on a plein.
Voilà que donc c'est fauteur de deux cancers, deux types de cancer du foie. C'est inquiétant complètement hein. Non.
Voilà. Donc et vous étiez pas du tout au courant ? Non.
Ah ben non, vraiment j'apprends aujourd'hui quoi. Je savais pas du tout. Et pourtant voilà entre voisins, on se connaît un peu et mais on savait jamais été évoqué quoi.
H et et mon rôle maintenant, est-ce que moi j'ai quelque chose à faire ? Alors oui, ce que vous pouvez faire ben c'est demander à ce qui est une analyse d'eau pratiquée à votre robinet de cuisine. Donc on a on a préparé des modèles de lettrre que vous pouvez reprendre ou non hein qui sont adressés de au responsable de la qualité de votre eau.
Bon là on est sur des valeurs au-dessus. 139 quand même problématique, sachant qu'en plus la personne au 139 euh c'est une maison qui va être vendue. Donc est-ce que les nouveaux propriétaires onont conscience que ils ont potentiellement de l'eau qui n'est pas potable ?
Comment vous êtes-vous retrouvé Gaspar Le si je puis dire dans cette affaire en tout cas présent pour la décortiquer et tenter de comprendre ses ramifications nombreuses ? On y reviendra. Alors tout est partie de ce qui était en apparence un un fait d'hiver dans une commune du Loiret à Châenois.
Les habitants étaient confrontés à deux types de problèmes. Ils étaient confrontés à une pollution de leur eau aux manganèise qui est une substance visible dans l'eau qui est marron. Et c'est très important parce que en fait euh certains habitants on font ont fait prendre des bains à leurs enfants et ils ont diffusé sur les réseaux sociaux des images d'enfants qui prenaient quasiment ce qui était des bains de bou.
Ça a été très médiatisé parce que c'était visuellement parlant. Et dans le même temps, ils étaient confrontés à une autre substance toxique qui elle est invisible, qui est inodor, qui est chlorure de vinyle monomère et qui se trouvait par hasard être aussi présente dans leur eau du robobinet, j'oserais pas dire haut potable puisqu'elle ne l'était pas. Euh donc tout ça a donné lieu à une couverture médiatique, à un article qui a été publié dans le journal Le Monde.
J'ai lu cet article et j'étais un petit peu perplexe parce que donc il était question de ce CVM que je ne connaissais pas. substance qui était définie comme cancérogène certain. Dans le même temps, le ministère de la santé avait l'air de dire que ce n'était pas très grave de boire du CVM et pourtant il était interdit aux habitants du village de consommer l'eau contaminée.
Donc c'est cancérogène mais c'est pas grave, il ne faut pas consommer l'eau. J'étais un petit peu perplexe et j'ai décidé d'enquêter. On va revenir sur le rôle de du ministère de la santé, mais présentez-nous, j'allais dire la géographie de la diffusion de ce CVM dans les eaux français.
Ce sont les petites communes en particulier qui sont concernées parce que les OIS stagnent. Ce sont certaines régions d'Île-de-France par ailleurs. Alors, l'île-de-France est plutôt épargnée par cette régions de France.
De France. Ce sont effectivement certaines régions françaises de l'ouest de la France notamment. C'est principalement le cas de la Nouvelle Akitaine et de la Normandie qui sont vraiment les plus touchés, mais aussi dans une moindre mesure du centre Val- de Loire ainsi que de la Bourgogne Franchecté par exemple.
Et ensuite au sein de ces régions, ce sont effectivement les plus petites communes où en fait il y a moins d'habitants. S'il y a moins d'habitants, il y a moins de demandes en eau. S'il y a moins de demandes en eau, l'eau stagne dans les tuyaux.
Et voilà, par un phénomène chimique qui pour le coup est assez intuitif, euh l'eau a plus de temps pour se charger. de ce CVM. Et donc c'est souvent dans dans des au niveau de des communes très rurales que les contaminations sont les plus importantes.
Vous avez mentionné le ministère de la santé, il joue dans ce scandale un rôle absolument clé puisque vous avez découvert au fil de vos travaux, au fil de vos recherches que ce ministère avait dissimulé des données. Effectivement euh donc je me suis intéressé à cette question et euh il y a des données publiques, il faut le dire, elles sont sur le site Open Data. du gouvernement qui sont des données du ministère de la santé.
Qu'est-ce qu'on y trouve justement dans ces données publiques ? On trouve des données brutes. Des données brutes, on peut pas les déchiffrer si on n'est pas informaticien.
Donc moi, j'ai pas réussi à à y accéder par manque de compétence. J'ai demandé aux agences régionales de santé, toujours elles, bah de me communiquer leurs données à ell sous un format clair. Et là, évidemment, bah j'ai découvert qu'il y avait des milliers de contaminations qui avaient été identifiées en France.
Mais ce qui a été très intéressant dans un second temps et c'est un travail que je suis en train de mener avec justement l'association comité citoyen qu'on a entendu tout à l'heure et qui est pionnière sur le sujet du CVM. On a confronté la base de données du ministère de la santé et ce que m'ont transmis les ARS. Et ce que l'on voit c'est que quand on déchiffre les données du ministère, elles ne recensent que 25 % des contaminations qui ont été enregistrées par les ARS.
Il en manque les 3/4. Qu'est-ce que répond le ministère de la santé lorsque vous les contactez ou tentez de les contacter ? Là encore, c'est l'association comité citoyen qui a fait cette demande et la réponse du ministère était extrêmement instructive.
Sa réponse était de dire que le CVM finalement quand on fait des analyses, le niveau de CVM varie énormément entre un logement et le logement qui peut être situé quelques mètres plus bas. de sorte que la teneur en CVM dans un logement n'est pas représentative de l'ensemble du réseau. Et le ministère nous a expliqué que pour que tout ça soit plus représentatif, il a sélectionné un certain nombre d'échantillons.
Il a sélectionné un certain nombre de mesures. Autrement dit, pour que les mesures soient plus représentatives, on a enlevé les 3/4 des contaminations qui avaient été effectivement recensés. Après ces mois, Gaspar le maire de travaux justement de fouille pratiquement.
Comment est-ce que vous comprenez cette position du ministère de la santé ? A priori, le ministère n'a pas d'intérêt direct, n'a pas d'intérêt financier, il n'est pas une entreprise, il n'est même pas non plus, j'allais dire le ministère du budget ou Ber qui aurait des, j'allais dire des intérêts en matière d'emploi à faire valoir. Pourquoi le ministère de la santé ne donne pas l'entièreté des données et ne permet pas de déchiffrer celles qui sont rendues publiques ?
Il y a une première chose qui est que c'est extrêmement difficile de dire à des centaines de milliers de Français, puisque c'est l'ordre de grandeur dont on parle aujourd'hui, euh qu'ils ont consommé pour certains d'entre eux pendant 50 ans une eau qui contenait une substance cancérogène. C'est très dur de l'avouer. Vo la puissance publique savait que le CVM c'était dangereux.
Dès 1978 au niveau européen, on interdit de poser des tuyaux qui contiennent cette substance parce que le risque est connu, parce que le caractère cancéogène a été identifié, parce que le phénomène de relargage dans l'eau, il a également été identifié. Il ne se passe pas grand-chose pendant à peu près 40 ans. Donc c'est la difficulté à reconnaître une erreur ou la difficulté peut-être à reconnaître une inaction à minima ?
Bah ça effectivement c'est un premier point. C'était très difficile de le faire. Dans un deuxième temps, il faut voir que bon ben le ministère de la santé n'est peut-être pas le ministère du budget mais qu'ils font tout de même l'un et l'autre partie d'un même gouvernement.
Et en l'occurrence si on veut régler le problème du CVM, il faut changer les canalisations. Échanger 1 km de canalisation, ça coûte au minimum 100000 €. Maintenant, on parle de centaines de milliers de kilomètres de canalisation contaminés.
Alors, il faut pas tout changer parce que si le contact entre l'eau et le tuyau, on a dit tout à l'heure, est pas trop long, ça peut aller. Mais il faut quand même investir des milliards, des dizaines de milliards d'euros. Et il se trouve qu'en fait, on a un taux de renouvellement naturel des canalisations, c'est-à-dire que quand elles ont bien vieilli, on les remplace de toute façon.
Et l'idée du ministère, c'est de faire un calcul un petit peu cynique qui est de dire "On voit gens tomber comme des mouches en ce moment. Il y a peut-être pas mal de cancer du foie, mais ça reste discret." En tout cas, on n pas mené d'études épidémiologiques, donc on sait pas où ils sont exactement.
Euh on va lisser les dépenses, on va attendre que ça se passe, on fait des changements et des changements de canalisation sont faits depuis plus de 10 ans maintenant. Euh ça a lieu mais simplement ça va pas très vite et ça permet de pas engager des dizaines de milliards d'un coup parce qu'on les a pas de toute façon. Pourquoi et comment surtout la notion même de préjudice écologique vous paraît-elle pertinente pour aborder non pas ces problèmes mais la gestion de ces problèmes et la réaction collective à avoir ?
Alors, la notion de préjudice écologique euh elle vient de la jurisprudence dans les années 90. C'est le juge euh qui a trouvé ça. On parle de préjudice écologique quand il y a un dommage euh qui a été porté à un écosystème, à ses fonctions, à ses éléments ou qui a une perte de jouissance euh de l'environnement pour certains êtres humains.
Ça vient de la jurisprudence. Ça a été intégré au droit français en 2016 dans le cadre de la loi sur la reconquête de la biodiversité. Et c'est une arme qui est extrêmement puissante.
Dans le cas du CVM, ça n'a pas tellement lieu d'être parce que on parle pas spécialement d'écosystèmes, on parle de nos organismes humains à nous. Mais en revanche euh aujourd'hui en fait, il y a énormément d'activités qui sont autorisées par l'État français qui conduisent à la destruction ou à la dégradation d'écosystème. C'est le cas avec voilà les pendages de 65000 tonnes de pesticides par an euh en France.
Ça fait un/ers de la consommation européenne. Euh c'est le cas dans l'affaire du chlore déconne aux Antilles. C'est le cas avec utilisé, on le rappelle, pour les bananes rères justement et pour absolument pour lutter contre le charançon de la banane et qui a un pesticide persistant qui est présent dans les sols pour des centaines, peut-être des milliers d'années.
Euh voilà, en fait, il y a toutes sortes d'activités, les résidus médicamenteux aussi où les écosystèmes ont été dégradés et quelques actions ont été menées. Dans le cas de des pesticides, l'État a été condamné une fois à la suite de plainte d'association environnementale. Mais ce qui est intéressant, c'est que toutes les personnes qui sont concernées, en tout cas les personnes publiques comme les collectivités qui sont concernées par une dégradation de leur écosystème, elles peuvent envisager d'engager un recours contre l'État.
Et là, on parle de milliers de communes en fait qui demain pourraient engager un recours contre l'État en raison de la pollution du fait des pesticides qui détruit de fait les écosystèmes et c'est documenté scientifiquement. Et dans le même temps, Gaspar le maire, j'ai le sentiment en vous écoutant avec attention qu'on est totalement dépassé presque par ce qui nous arrive que ces outils que notre rapport à l'eau, que ce qu'elle contient nous a pratiquement ou effectivement dépassé, que philosophiquement c'est même compliqué désormais d'aborder ce problème de politique publique avec sérénité. Effectivement, il me semble qu'on fait face à un problème qui est majeur et qui n'est pas tellement discuté dans l'espace public, à savoir que l'on ne comprend pas en tant que citoyen et en tant que corps politique, on ne comprend pas ce que l'on fait et on ne comprend pas ce qui nous arrive.
Il y a une double opacité. Il y a l'opacité et bien de ce qui se passe sous nos pieds ou dans nos estomacs qui est le fonctionnement de système technique extrêmement compliqué. On pourrait parler de boîtes noires.
Voilà, c'est des systèmes, on sait ce qui rentre, on sait à peu près ce qui sort. Mais entre les deux, tout le monde ignore ou presque ce qui se passe sinon les experts et les révélations parfois voilà, elles mettent des décennies à arriver. D'un, l'eau en robinet de plus en plus compliqué euh de la boire, j'allais dire d'une manière innocente.
Assz à peu près pareil avec la feresslée, s'agissant des bouteilles. Qu'est-ce que vous buvez vous ? Euh alors moi, je continue à boire euh de l'eau du robinet puisque de toute façon l'eau en bouteille euh de chez Nesley, c'est aussi de l'eau du robinet qui est vendu 100 fois plus cher.
C'est de l'eau qui a subi des filtrages et simplement voilà, elle est vendue à un prix exorbitant. Donc ça n'a pas l'air d'être tellement intéressant de de l'acheter. Nous n'avons pas tellement le choix.
Merci beaucoup. Donc Gaspar Le maire, j'appelle que vous êtes chercheur et doctorant en sciences politiques au sein de la chair Earth. Vous écrivez votre test sur le paradigme de l'atrocité climatique à l'université d'Anger.
Merci beaucoup d'être venu ce soir dans question du soir. Merci à vous. M.
Didier Lemaire