Hondelatte Raconte : L'affaire Maurice Moulay (récit intégral)
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Pendant 20 ans, Maurice Moulet a agressé sexuellement et violé des femmes. Et toutes ses victimes étaient ses patients. Parce qu'il était psychologue.
Ouvrons ensemble la Côte B du dossier d'instruction de Maurice Moulet. Dans le système judiciaire français, le dossier d'instruction contient un sous-dossier appelé Côte B. Il rassemble les rapports des experts psychiatres, psychologues et de l'enquêteur de personnalité.
Ouvrons l'un de ses dossiers. On de la traconte. Côte B sur Europe 1.
Le 21 avril 2015, à Sceau, au sud de Paris, Maurice Moulet, qui est psychologue et qui a 68 ans, est en pleine séance de psychothérapie avec une patiente. Et soudain, la police débarque dans son cabinet. Bien.
M. Moulet, vous allez cesser immédiatement votre activité. Je vous signifie qu'à partir de cet instant, vous êtes placé en garde à vue.
Et que dans un premier temps, nous allons procéder à une perquisition de votre cabinet. Mais enfin ! Mais de quoi s'agit-il ?
En garde à vue, pourquoi ? Pour agression sexuelle et viol, monsieur, la patiente qui assiste à la scène est sous le choc. Elle ne le savait pas.
Mais le psychologue n'est pas inconnu de la justice, loin de là. 20 ans plus tôt, il a été condamné à 12 ans de prison pour viol et agression sexuelle sur 7 patientes, dont une mineure de 12 ans. Maurice Moulet a déjà passé 8 ans en prison.
Il y a une des patientes qui est présente au moment où les policiers viennent d'interpeller. Sandy Boudin, avocate des partis sévifs. Et quand elle sait, parce qu'ils énoncent les motifs de placement en garde à vue à ce moment-là, elle va voir l'associé de ce monsieur, parce qu'il n'était pas tout seul dans le cabinet.
Et là, elle s'effondre en disant, mais en fait, ils ont dit ça, mais en fait, moi aussi, je suis victime. Alors même qu'elle était en pleine séance. Et c'est terrible, parce qu'en fait, c'est vraiment que le regard extérieur qui vous permet de pouvoir dire, mais si j'ai vécu tout ça, et si en fait, je suis comme elle, je suis victime aussi.
Deux semaines après l'interpellation de Maurice Moulet, l'une de ses patientes se présente à son cabinet. Et évidemment, il n'est pas là, puisqu'il est en prison. Et rebelote, l'histoire se répète.
Lors de la perquisition du cabinet de Maurice Moulet, les enquêteurs saisissent son agenda professionnel. Il exerce en tant que psychologue depuis sa sortie de prison. Il n'en a pas le droit.
Les policiers saisissent aussi ses deux ordinateurs. Et ils y trouvent des dizaines et des dizaines de photos de femmes nues, avec des gros plans sur leur sexe. Physiquement, monsieur Moulet, c'est une espèce de petit bonhomme, la petite soixantaine, avec des grosses lunettes carrées, le teint un peu mat, parce qu'il vient d'Afrique du Nord, des petits yeux marrons, des petits yeux intelligents.
Pierre Lombroso, avocat de Maurice Moulet. Maurice Moulet, c'est quelqu'un d'extrêmement séduisant, parce que c'est un intellectuel, un vrai. Et qu'en plus, c'est quelqu'un qui parle bien, qui est très gentil, qui est à l'écoute, c'est son métier, et qui a écrit plein de livres sur la méthode réchienne, et qui vous explique la façon dont il travaille et la façon intelligente dont il travaille.
Au départ, moi, quand je le rencontre, je suis jeune avocat quand même, parce que je le connaissais, on s'est fréquenté pendant 20 ans de péripéties judiciaires. Donc, au démarrage, je suis jeune avocat, c'est un mec qui m'impressionne un peu quand même. Donc, j'essaye, moi, de le convaincre.
Ça, c'est toujours le défaut des jeunes avocats. On essaye de convaincre ses clients de la vérité, de dire les choses, ou de mieux les dire, ou d'élaborer une stratégie de défense, etc. Et puis, petit à petit, on s'aperçoit que ça ne sert strictement à rien.
Donc, on le laisse en roue libre, parce que de toute façon, on ne peut pas faire grand-chose pour lui. Et il m'explique qu'il y a différentes techniques, et que dans le cadre de ces techniques, effectivement, il peut lui arriver de mettre, par exemple, des doigts dans la bouche de ses patientes pour leur faire exprimer des choses, de faire des impositions de mains sur le ventre, sur le pubis, sur les fesses, sur les seins. Et que, soi-disant, en massant certaines parties ou en touchant certaines parties du corps, ça peut permettre à la parole de dire des choses que l'inconscient est incapable de dire comme ça, spontanément.
Bien, M. Moulet, qu'est-ce que vous pouvez nous dire concernant les photos que nous avons retrouvées à votre cabinet ? Ces nus et ces sexes de femmes, en gros plan.
Eh bien, il s'agit de certaines de mes patients. Mais ce n'est pas ce que vous croyez. Il s'agit d'une technique de thérapie qui vise à améliorer l'estime que ces patientes ont d'elles-mêmes, et de les aider à apprécier leur beauté.
Alors, je les prends en photo, et puis, à chacune des séances, nous les regardons ensemble et nous élaborons sur ces photos. Le but est que ces patientes retrouvent confiance en elles, en leur sensualité. Je veux juste les aider à retrouver du plaisir avec leur corps de femme.
Est-ce que c'est une affaire différente des autres ? Bien évidemment que c'est une affaire différente des autres. D'abord parce que c'est complètement atypique.
On a quand même accusé un psychologue qui était un psychologue connu d'avoir commis des attouchements, puis des viols sur des patientes. Je suis à la garde à vue. Il est extravagant, ce monsieur.
Il est tellement persuadé de ce qu'il dit qu'il ne comprend absolument pas le fossé qui existe entre ce qui est du domaine de l'infraction pénale et donc de la recherche policière et de ce qu'il fait dans sa vie. Donc, il est d'une espèce d'arrogance. Il est très pontifiant.
Et il explique aux flics, qui se trompent complètement, et il leur fait un cours de psychologie réchienne. Donc, en fait, c'est ça son truc. Et les policiers lui mettent en face en lui disant « Écoutez, monsieur, c'est quand même très embêtant parce qu'il y a des plaintes qui ont été déposées.
Vous savez qu'un acte de pénétration sexuelle, si la victime n'est pas tout à fait consentante, ça s'appelle un viol. » Et lui de dire « Mais oui, peut-être, mais peut-être qu'elles n'ont pas bien compris, qu'elles n'ont pas bien l'interprété. » Et hop, il repart sur sa théorie, sur ses techniques, sur comment il fait.
Et de façon très pontifiante, comme un prof de fac. Donc, il y a une espèce de gap, enfin vraiment complet, entre ce monsieur grand professeur d'université en psychologie clinique réchienne qui vient expliquer comment on soigne les gens, et de l'autre côté, les petits policiers qui disent « Voilà, en fait, vous avez commis des viols, monsieur. Vous pouvez nous expliquer tout ce que vous voulez.
Ça s'appelle des viols. » Et il énerve, bien évidemment, beaucoup les policiers, parce qu'il les prend un peu pour des cons, quoi. « C'est toujours difficile de rencontrer dans l'expertise des sujets qui ont une profession qui est proche de la vôtre, en l'occurrence un psychologue. » Patrick Blacher, expert psychiatre. « Sur ce, avec l'habitude, on est capable de faire abstraction de ce type de difficultés.
Je pense que c'est plus difficile pour la personne mise en cause qui peut avoir l'impression d'être jugée par un père et non pas simplement expertisée sur un plan purement technique. Il se présente plus comme un collègue en recherchant finalement une sorte d'assentiment, en essayant, sans parler de séduction, d'être quand même au plus proche de nous, en se présentant systématiquement comme un professionnel plutôt que comme un sujet mis en cause pour des faits de nature sexuelle. Donc il n'y a peut-être pas de la manipulation de sa part, mais en tout cas une volonté peut-être de transformer cet entretien d'expertise en une discussion entre pairs pour parler de psychothérapie, de psychanalyse et de techniques psychocorporelles.
Et donc il voulait à tout prix apparaître comme quelqu'un qui était non seulement psychologue, mais en plus un psychologue de renom, qui avait écrit des livres qui étaient publiés chez des éditeurs prestigieux et qui avait travaillé avec des psychanalystes de renommée internationale. Ça c'est certain. Tant qu'il cherche à apparaître comme quelqu'un de crédible sur le plan scientifique.
Écoutez, chers confrères, entre nous, je ne vais pas vous apprendre que certaines patientes ne savent parfois pas profiter des techniques psychothérapeutiques qu'on leur propose. Tout ce que j'ai fait, c'était pour les cétés. Vous savez, en France, on est très porté sur la psychanalyse, sur la thérapie par la parole.
On a voulu me faire passer pour un charlatan parce que je soigne différemment. Mais ces techniques ont fait leur preuve. Chers confrères, je me sente sur les émotions.
J'aide mes patientes à faire circuler les énergies. C'est tout. J'utilise les postures.
Je propose de se déshabiller pour être à l'aise. Et je me déshabille aussi pour qu'on soit à égalité. Et je pose mes mains sur leur corps.
Mais c'est toujours pour leur bien. Enfin, ce sont elles qui prennent ça pour quelque chose de sexuel. Je ne disais pour rien si elles ne savaient pas prendre la plaisir.
Et voilà accusée. Vous conviendrez que c'est le monde à l'envers. Vous avez affaire à un professionnel.
Au début, c'est des méthodes traditionnelles. Et au début, il y a du bienfait. Elles ont un mieux.
Et donc, cette confiance, elle est gagnée petit à petit. C'est très lent. Le travail de mise en confiance, il est très lent, me disent-elles.
Sandy Boudin, avocate des partis civils. Et donc, elles vont y retourner. Avec, du coup, à nouveau cette confiance finalement gagnée.
Et qui est très forte. Il y a une image que j'ai trouvée très intéressante, symboliquement, que tout le monde peut comprendre. J'ai une victime qui me disait Vous mettez un corps dans une marmite bouillante, à ébullition.
Elle réagit. Vous mettez un corps dans une marmite froide. Et tous les jours, vous mettez un degré supplémentaire.
Alors, la chaleur ne sera pas vécue de la même façon. Et vous allez pouvoir rester dans cette marmite. Et cette image assez simple, qui peut parler à tout le monde, peut comprendre ce phénomène d'emprise.
Elle peut permettre de comprendre que cette personne, elle reste dans cette marmite. Et ça, c'est capital. C'est-à-dire qu'on vous dit, on voit qu'il y a des choses pas normales, des fois.
Et quand on le fait remarquer, parce qu'elles ne sont pas juste bouche bée seulement. Elles peuvent réagir, dire que ce n'est pas normal. Ou non, je n'ai pas envie de déboutonner.
Pourquoi je dégrave mon soutien-gorge ? Pourquoi je me mets à quatre pattes ? Elles se posent des questions.
Elles sont dérangées par certains comportements. Mais elles me disent, il a toujours réponse à tout. Il est toujours dans l'argumentation.
Il ne cesse jamais. Il fait référence à des méthodes existantes. J'en ai une qui est partie faire elle-même toutes ses recherches sur Internet pour voir si les méthodes qu'il évoquait étaient réelles.
Et elles le sont, en fait. Ce sont des choses qui existent, des choses sur lesquelles le discours qu'il aura adapté va coller avec certaines choses qu'elles peuvent lire là-dessus. Et donc, elles se sentent presque elles-mêmes stupides de ne pas l'avoir crue sur ces nouvelles méthodes qui vont vraiment pouvoir l'aider plus que d'autres, plus traditionnelles.
Monsieur Boulay, dans certains cas, vous me parlez de toucher sur le pubis qui aurait des vertus de relaxation. Mais qu'en est-il des actes de pénétration ? Mais ça n'a rien à voir.
Avec cette patiente-là, nous étions amants. Elle cherchait avec moi une relation extra-conjugale. On a vécu cette histoire.
Après, elle n'a pas assumé. Et maintenant, elle vient me dire que je l'ai violée. Je peux vous dire qu'elle raconte n'importe quoi.
Qu'elle était plus que consentante. A priori, ce n'est pas un délit d'avoir une relation sexuelle à l'époque avec un patient et une patiente. Mais il faut qu'il soit consentant.
Et qu'est-ce que le consentement ? Dans la mesure où, lorsque vous êtes chez un thérapeute, en tant que patient en souffrance, il y a forcément une relation d'emprise du praticien sur la personne qui vient se faire soigner. Et cette relation d'emprise, qui est à l'origine d'ailleurs de cette interdiction d'avoir une relation sexuelle, dans la mesure où il y a toujours une emprise, même si la personne qui est soignée pense être consentante.
En fait, elle est vulnérable. Et son consentement n'est que le résultat de l'emprise du thérapeute. Soit c'est quelqu'un de pervers, qui savait très bien ce qu'il faisait, il utilisait ses patients qui étaient en état de vulnérabilité parce qu'on fait confiance à son thérapeute.
Quand vous allez chez le dentiste, vous faites confiance, vous ouvrez la bouche, et puis vous ne savez pas trop ce qu'il fait à l'intérieur de votre qualité buccale. Quand on va chez un psychologue, on lui fait confiance. Donc là, il utilisait peut-être de façon consciente cette vulnérabilité pour arriver à ses fins de nature sexuelle.
Soit c'est quelqu'un qui était extrêmement naïf et qui ne se rendait pas compte, qu'il érotisait de façon très importante le cadre de ses consultations, ce qui ne pouvait être que très perturbant pour les patients et les patientes qu'il prenait en charge. Donc c'est ou un pervers ou un grand naïf. Il y a quelque chose qui est très surprenant, qu'il soit naïf ou qu'il soit au contraire quelqu'un de manipulateur et de pervers et de conscient de ce qu'il faisait.
Il n'a pas beaucoup d'empathie pour ses patients et patientes. Là, il a des femmes, certes, qui le mettent en cause sur un plan pénal, mais en tout cas, ont souffert et relatent leurs souffrances et il a l'air vraiment indifférent par rapport à cette souffrance. Donc c'est ça qui est aussi une caractéristique de sa personnalité, en dehors du fait qu'il a une pratique psychothérapique très particulière.
Il est complètement hermétique à la souffrance de ses patientes, ce qui est très étonnant pour un psychologue. Alors pour en parler aussi peut-être un petit peu, il ne vous arrache pas le slip pour vous violer, ce serait trop facile. On est sur des doigts dans la bouche pour vous détendre la mâchoire, mais avec son doigt, il va jouer avec votre langue, il va vous dire de le sucer comme un bonbon ou comme si vous faisiez une fellation ou alors il vous a mis dans une position, la position du chat, qui est peut-être utilisée réellement effectivement pour une technique de yoga ou autre, mais à vous retrouver dans une position où il est derrière vous, lui-même va se mettre en caleçon à un moment parce qu'il se met d'égal à égal avec vous.
Donc on met aussi l'autre en confiance. « Regarde, moi aussi je vais faire comme toi. » Mais c'est comme ça que dans des positions très finalement inconfortables pour leurs patientes, elles se retrouvent à sentir l'érection de leurs thérapeutes.
En matière sexuelle, on se rend compte que certains sujets qui commettent des actes pervers, souvent des personnalités narcissiques, ils jouissent autant sur le plan sexuel que de prendre conscience de l'emprise qu'ils ont sur la victime. Et certains même vont aller jusqu'à prendre du plaisir à en quelque sorte paramétrer la victime pour qu'elle devienne un objet. C'est ce qu'on a du mal parfois à comprendre où on se rend compte que certains victimes ont continué à avoir des relations sexuelles avec l'auteur alors qu'il n'y avait plus de contraintes.
Parce qu'en fait, elles ont été en quelque sorte formatées comme si on pouvait formater le disque dur comme par exemple un système nerveux par l'auteur. Et là c'est un plaisir important qu'on contrôle ça chez les sujets dans les cadres de phénomènes sectaires. Certaines me compareront à un goût de secte.
Ce sont des femmes intelligentes, il faut le savoir, que j'ai en face de moi. Des femmes sensibles, cultivées, qui ont fait des études et qui vous disent mais en fait, quand on regarde une émission sur les sectes, on se dit mais ils sont débiles ces gens-là qui se font embobiner. Ben en fait, elles se voient elles-mêmes là avec le recul en se disant mais comment c'est possible d'avoir finalement eu cette naïveté, cette bêtise ?
Ce sont des termes peu tendrins avec elles-mêmes. C'est quelqu'un qui a eu beaucoup de mérite. Patrick Blacher, expert psychiatre.
Pour arriver à sortir d'une enfance un peu difficile, d'une famille compliquée. Côte B95, enquête de personnalité de Grégory Calita. M.
Moulet est l'aîné d'une fratrie de six enfants dont deux demi-frères et sœurs issus du second mariage de sa mère. Marqué par la rupture de ses parents quand il avait sept ans, il raconte que celle-ci lui cause un bégément jusqu'à l'âge de douze ans. Au sein de la famille recomposée, il occupe la place d'aîné et seconde ses parents dans l'éducation des plus jeunes.
Il indique des rapports conflictuels avec son beau-père, le décrivant comme autoritaire, centré sur lui-même et qui communique mal. Il s'agit d'une difficulté entre les enfants des deux fratries, la fratrie d'origine et puis les enfants nés de la deuxième union de la mère qui auraient été préférés par le beau-père. Il a été victime aussi de vexations, d'humiliation par rapport à ses origines et il se présente comme quelqu'un qui a réussi à obtenir d'une part une qualification professionnelle importante et puis il a toujours travaillé de façon assidue puisqu'il travaille encore alors qu'il avait atteint l'âge de la retraite quand je le rencontre.
P95, enquête de personnalité de Grégory Kalita. M. Moulet obtient son certificat d'études à 14 ans.
Il entre dans la vie active pendant deux ans puis reprend ses études à 16 ans. Reçu au brevet d'enseignement général, il dit avoir été admis aux épreuves du baccalauréat et déclare faire ensuite une classe préparatoire maths sup. Il dit qu'il a réussi une première année de médecine et que c'est secondairement qu'il a renoncé à médecine pour devenir psychologue.
Dès son choix de renoncer à médecine pour faire de la psychologie, il est fasciné par des grands psychologues qu'il aurait rencontré. Donc ici, notamment, M. Anzieux qui est un psychanalyste de renommée internationale.
Est-ce qu'il l'a vraiment rencontré ou pas ? J'en sais rien. En tout cas, c'est ce genre de rencontre qui aurait motivé sa vocation.
Côte B95 Enquête de personnalité de Grégory Kalita M. Moulet explique avoir occupé divers postes de psychologue en hôpital. Il affirme aussi faire de la recherche et rédiser des articles pour des revues spécialisées en psychologie.
A la fin des années 80, il s'établit comme psychologue libéral et ouvre son cabinet à son domicile à Montrepas dans le 78. Bien, madame. Vous nous signalez aujourd'hui des faits d'agression sexuelle de la part de votre psychologue dans le cadre de séances de psychothérapie.
D'abord, pourquoi est-ce que vous avez mis si longtemps pour venir nous voir ? Oui. Oui, j'ai mis longtemps à mettre des mots sur ce qu'il m'a fait.
Je lui fais confiance. C'était mon psy. Il me demandait de lire des livres soi-disant pour comprendre les techniques.
Mais c'était bizarre. En fait, c'était carrément des livres érotiques. Mais en même temps, il avait l'air sérieux.
Et moi, je ne sais plus où j'en suis. Tout était mélangé dans ma tête. En fait, il était remis en cause pour sa pratique professionnelle.
Et le fait de donner des références internationales, des références de chercheurs connus, c'était une façon de donner une sorte de caution scientifique à des pratiques qui lui étaient reprochées. Et c'est ce qu'il essaiera toujours de faire. C'est-à-dire de justifier ces pratiques par des arguments scientifiques qui, pour le moins, ne sont pas validées sur le plan international et ne sont pas du tout des pratiques que M.
Vendieu avait recommandées à ses élèves. Tout est fait assez insidieusement pour que finalement vous ne parliez à personne de ce qui se passe. Sandy Boundin, avocate des partis sinis.
Que ces partages de séances n'appartiennent qu'au thérapeute et à sa patiente et à tel point qu'on ne va rien raconter. Donc, lui, où il se voit l'homme de toute situation pour sauver ses femmes, c'est en réalité un stratagème infime, nuancé, hyper intelligent, quelque part. Lui n'y verra jamais ça.
Il se défendra toujours de ses techniques innovantes. C'est l'avenir de la thérapie, c'est la perversion. Effectivement, ça serait un visionnaire.
Mais je ne pense pas que M. Moulet soit un incompris. Il s'est cru incompris.
Mais je pense que c'est aussi très défensif. C'est-à-dire que le vrai problème des psychologues, c'est qu'on travaille en huis clos la plupart du temps. C'est-à-dire que comme il y a ce huis clos, c'est la porte ouverte à toutes les dérives.
Et c'est vrai que là, M. Moulet travaillait seul et se pensant investi finalement sur des missions de recherche avait peut-être mis au point des techniques qu'il pensait être évolutionnaire ou thérapeutique mais qui de fait n'était que l'expression de ses propres fantasmes. Je me souviens de mots qui revenaient beaucoup comme l'isolement.
Il avait beaucoup à cœur de, pour certaines, critiquer leur environnement, critiquer la place notamment, il y en avait des très jeunes, de leurs parents, de leur éducation. Si elle ne comprend pas là certains aspects sexuels, etc., c'est parce que c'est dû à leur éducation trop rigide. c'est une mère trop proche, ce qui était peut-être vrai par ailleurs, mais que du coup, vous avez quelqu'un qui ne va pas aller en fait parler de tout ce qui se passe.
Les plaintes contre Maurice Moulet s'accumulent. Une troisième patiente l'accusent d'agression sexuelle et deux autres dénoncent les pratiques douteuses de leur psychothérapeute. Le parcours judiciaire de Maurice Moulet est effrayant.
Malgré deux condamnations devant un tribunal correctionnel, une condamnation devant une cour d'assises et une interdiction d'exercer une activité à visée thérapeutique, il n'a jamais arrêté d'être un psy. Il ne s'arrête jamais. Les interdictions d'exercer, il n'en a que faire.
Les condamnations judiciaires, il n'en a que faire. Loin de tirer les leçons de ces précédentes condamnations, vous avez quelqu'un qui a toujours été dans cette même posture et d'ailleurs pour l'avoir connu moi-même sur des dossiers différents à plusieurs années d'écart devant les juridictions de jugement. Il n'avait pas tellement bougé dans son positionnement.
Il en avait même fait un livre et ça m'avait assez sidéré. Sexualité et psychothérapie corporelle, critique du corps moralisé où là dans la petite présentation vous avez d'abord une citation. Dès lors que le corps est en jeu lors de pratiques psychothérapiques, cela inquiète. oui, là c'est moi qui parle, oui ça inquiète M.
Moulet et c'est pour ça qu'il s'est retrouvé condamné nombreuses fois. Comme il a été échaudé puisqu'il a eu deux affaires d'agression sexuelle pour lesquelles à chaque fois il a pris des petites peines on va dire ça comme ça. Pierre Lombroso, avocat de Maurice Moulet.
Il a été échaudé et donc il s'est dit la seule façon de me protéger c'est de faire signer une espèce de décharge dans lesquelles elles acceptent qu'on puisse les toucher dans le cadre d'une thérapie. Et lui vient me raconter ces histoires en me disant je vais faire signer une décharge comme ça j'aurai plus de problèmes de responsabilité et moi je l'écoute je le laisse faire parce qu'il est incontrôlable ce monsieur. C'est quelqu'un qui quand il a décidé de faire quelque chose il le fait.
Donc comme je sais que ça n'a aucune valeur je dis c'est très bien Maurice fais signer ta décharge maintenant si jamais il se passe quelque chose un juge il ne tiendra pas compte de la décharge parce que si quelqu'un il se tourne en prise ce n'est pas trop compliqué de lui faire signer une décharge oui mais tu comprends comme ça ils vont arrêter de m'embêter voilà. Quand vous allez voir un thérapeute il y a une durée des séances une régularité mais il n'y a pas de consentement écrit le fait qu'il ait eu besoin de le formaliser peut laisser penser qu'il avait peut-être peur déjà d'une réaction de la part de ses patientes. Ce qui est surprenant chez M.
Moulet c'est qu'il a eu plusieurs fois des signaux d'alerte il a été condamné à plusieurs reprises et à chaque fois il récidiait donc on peut déjà se dire que cet homme il manque de prudence parce que même s'il pensait être toujours innocent il aurait pu être plus prudent il aurait pu changer de métier il ne l'a pas fait donc on peut se demander si malgré ses condamnations ce qui le pousse à réussir d'y vivre et le plaisir qu'il prenait à abuser sexuellement de ses victimes dans ce contexte d'emprise thérapeutique et je pense qu'on est vraisemblable dans ce cas de figure c'est-à-dire c'est quelqu'un qui avait besoin de mélanger l'emprise thérapeutique qu'il avait et son excitation sexuelle par l'humiliation qu'il provoquait chez ses patients. Côte B95 enquête de personnalité de Grégory Kalita après un premier mariage à 19 ans et la naissance d'un premier enfant Maurice Moulet divorce et rencontre sa seconde épouse avec qui il aura un deuxième enfant cette dernière dit avoir eu le coup de foudre Maurice Moulet dit d'elle elle est la femme que j'attendais qui m'a compris et que j'ai comprise elle a toujours été là proche et complice en 2007 Maurice Moulet et son épouse divorcent il fait ce choix pour préserver sa conjointe de toute contrainte financière que pourraient entraîner ses condamnations en justice. La réalité de sa vie sexuelle j'en sais rien ce qu'il en dit est relativement banal est-ce qu'il était addict à la sexualité on n'en sait rien quel était le vécu de ses partenaires on n'a pas de témoignage de ses partenaires de ses compagnes avait-il des pratiques sexuelles particulières on n'en sait rien est-ce que dans l'intimité dans les relations sexuelles avec les femmes qui étaient ses partenaires il avait cette volonté d'emprise ou non est-ce qu'il était sensible au désir ou au plaisir de ses partenaires en fait on n'en sait strictement rien ce qui dit lui c'est de l'ordre de la banalité il n'évoque pas de paraphilie de perversion sexuelle ni d'attirance particulière pour des masturbations frénétiques ou des fantaisies quelque nature que ce soit donc il relate une vie sexuelle ordinaire sans agression sexuelle dans l'enfant dont il aurait pu être victime et sans particularité dans ses relations après deux ans d'enquête Maurice Moulet qui est alors âgé de 70 ans est renvoyé devant la cour d'assises de Nanterre pour viol et agression sexuelle sur trois de ses patients la prison on a l'impression que la prison n'a aucune prise sur lui Pierre Lombroso avocat de Maurice Moulet c'est-à-dire qu'il est toujours dans son monde et il vit la prison alors tranquille puisque c'est le psy de la prison il fait ses trucs ses machins voilà et lui il aide beaucoup les autres détenus mais en vrai bon quand même il voudrait sortir donc on fait des demandes de mise en liberté on va devant la chambre de l'instruction il explique toujours ses trucs il énerve de plus en plus les juges voilà mesdames et messieurs la cour la seule chose qui a pu en motiver certaines pour venir d'ailleurs aux assises c'est parce qu'elles savaient qu'elles allaient être plusieurs sur le banc qu'elles n'allaient pas être seules leur point commun c'est la honte c'est la culpabilité Sandy Boundin avocate des partis civils il y a quand même quelque chose de très important dans cette dimension du nombre de victimes la seule chance qu'elles auront eu c'est d'être nombreuses c'est pour ça que c'est important de parler parce que prises toutes seules isolément ces victimes n'auraient peut-être jamais été reconnues victimes faites-en très l'accusé Maurice Moulet n'a peur de rien Maurice Moulet il est tellement convaincu qu'il va réussir à convaincre ses juges qu'il y va la fleur au fusil et il y va d'autant plus la fleur au fusil qu'il est très content de pouvoir être confronté à ses victimes pour pouvoir expliquer à ses victimes qu'en fait elles n'ont pas bien compris ce qu'il a voulu faire donc pour les victimes si je suis méchant avec Maurice c'est finalement un double traumatisme parce que elles ont été violées et en plus il y a quelqu'un qui les a déjà traumatisés une fois qui va venir leur expliquer qu'en fait elles n'ont pas du tout été violées et il continue son rôle de thérapeute et son rôle d'emprise qu'il peut avoir sur elle et leur expliquer qu'elles n'ont pas du tout été violées mais qu'au contraire peut-être qu'à ce moment-là elles n'étaient pas tout à fait arrivées au moment où ils pouvaient exercer ce genre de technique sur elles et c'est pour ça qu'elles ont mal réagi ou surréagi à ce genre de technique Souvent je demande aux victimes d'écrire d'écrire parce que quand elles ne viennent pas moi je vais apporter mes mots mais je trouve que les leurs sont toujours plus forts Je m'excuse de ne pas être présente aujourd'hui j'aimerais vous faire part des raisons de mon absence Tout d'abord il ne s'agit pas d'un caprice de dernière minute mais un choix que j'ai fait au moment de mon dépôt de plainte et de l'ouverture de l'enquête Les professionnels qui m'entouraient m'ont alors informé que ce cas de figure était possible J'ai basé mon processus de guérison sur ce fait Je commence à peine à oublier le visage et la voix de mon violeur Je ne souhaite pas être à nouveau dans la même pièce que lui ni entendre ses arguments qui sont lui-même depuis toujours malgré le nombre de vies qu'il a détruits Mon plus grand regret est de ne pas pouvoir apporter du soutien aux autres victimes ici présentes mais je souhaite aller mieux et me préserver avant tout chose que j'apprends tout juste à faire J'espère que vous me comprendrez et que vous respecterez mon choix Je vous souhaite bon courage Tout le temps j'ai envie de demander des suspensions d'audience pour aller lui parler un petit peu quoi mais en fait je sais puisque je le connais bien je sais que ça ne sert à rien parce que de toute façon vis-à-vis de la cour d'assises que ce soit les magistrats professionnels ou les jurés plus je vais gesticuler et plus ils vont penser que c'est une mauvaise stratégie de défense pour effectivement essayer d'atténuer un petit peu ce qu'il dit mais on voit très bien que lui il est dans sa théorie dans son monde dans son truc et que de toute façon ça ne sert strictement à rien et la seule chose que je me dis je me dis je le laisse faire et après moi j'aurai mon temps de parole pour essayer d'expliquer pourquoi il est comme ça à l'audience et pour expliquer les raisons pour lesquelles il est dans cette espèce de monde un peu fou et de revenir sur les faits pour demander l'acquêtement lors d'un premier procès Maurice Moulet est condamné à 17 années de réclusion criminelle il fait appel un an plus tard il est rejugé en appel devant la cour d'assiette de Versailles Monsieur l'enquêteur de personnalité je vous prie de commencer votre présentation préliminaire sans que nous ayons à vous poser des questions nous vous écoutons écoutez la conjointe de Monsieur Moulet évoque des rapports incestueux entre lui et sa mère elle nous dit je dirais que sa mère est responsable c'était une mère incestueuse cependant elle refuse de s'épancher davantage sur ce point Monsieur Moulet qu'avez-vous à répondre à cette présentation de l'enquêteur de personnalité oui Monsieur le Président ce que ma compagne a dit est vrai ces accusations de viol cela me renvoie à ma propre culpabilité d'avoir touché le corps de ma mère quand j'étais petit c'était des contacts que j'avais l'habitude de désérotiser j'ai une problématique d'ordre psychosexuel je le reconnais en l'appel Maurice Moulet voit sa peine de prison réduite de deux ans le voilà condamné à 15 années de réclusion criminelle mais il n'en a pas fini avec la justice 4 ans plus tard il est de nouveau condamné devant le tribunal correctionnel de Nanterre à 5 ans de prison pour 3 nouvelles agressions sexuelles ainsi s'achève ce numéro dont de la traque compte dans sa version code B l'enquête d'aujourd'hui était signé Marion Douzet rédaction en chèque de code B Guillaume Maury réalisation aujourd'hui Guillaume Vassaut retrouvez on de la traque compte code B tous les vendredis et samedis dès 6h sur votre plateforme de podcast et et Merci.