Municipales, sécurité, procès de Marine Le Pen... L'interview de Benoît Payan en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est le maire sortant de Marseille, Benoît Payan, maire d'Hivergauche, qui nous rejoint à présent, maire candidat à sa succession. Bonsoir M. Payan, puisque vous l'avez annoncé ce week-end. Un petit mot, je sais que vous voulez parler de Marseille, mais un petit mot, le temps que vous arrivez à régler ce fauteuil sur la politique nationale. On en parlait tout à l'heure, le procès de Marine Le Pen en appelle, ce risque d'être écarté...
Ou international même, d'ailleurs, vu ce qui est en train de se passer.
Ce risque d'être écarté de la présidentielle par la justice. Est-ce que quand Jordan Bardella dit ce serait inquiétant pour notre démocratie, qu'elle ne puisse pas concourir, vous pensez la même chose que lui ou pas ?
Il se trouve qu'elle a été condamnée en première instance et qu'elle a bénéficié finalement, non pas d'un passe-droit, mais que la justice a tenu compte d'une spécificité. C'est-à-dire qu'elle est une candidate qui est sondée très haut et que le calendrier judiciaire s'est quand même notablement accéléré pour elle. afin qu'en appel, donc dans le deuxième degré de juridiction, elle puisse ou pas prouver son innocence, ou qu'elle puisse ou pas être condamnée. Donc déjà, c'est non pas un passe-droit, mais enfin elle bénéficie de ça.
Et puis on voit même qu'en cassation, les juges de cassation disent, si elle devait être condamnée en appel, ou si le parquet devait faire appel de sa relax, nous la jugerions rapidement pour qu'elle puisse être candidate si nous devions... Peut-être avant la présidentielle. Donc c'est quand même des faisceaux d'indices qui permettent de penser que la justice ne joue pas contre Marine Le Pen, mais fait son travail. Et en tout cas, moi je considère que la justice là-dessus fait son travail.
Marine Le Pen qui sera chez vous, à Marseille, en fin de semaine, pour aller soutenir son candidat, la Marine Marseille, Franck Alizio. Candidat qui est donné dans un sondage publié par la Marseillaise ce matin, sondage BVA, à égalité avec vous au premier tour. 30% des voix pour chacun d'entre eux. Est-ce que si le RN gagne Marseille, dans deux mois, ce serait un échec personnel pour vous qui gérez la ville ?
D'abord oui, je le prendrais comme un échec personnel. Je crois qu'il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Ce serait aussi un échec pour Marseille, parce que je ne vais pas convoquer l'histoire, je ne vais pas convoquer Vichy en expliquant. Les gens savent plus ou moins qui est le Rassemblement National. Mais ce serait un échec surtout pour l'idée qu'on se fait de cette ville. Vous savez, Marseille, c'est une ville qui, par son ADN, s'est construite sur des strates successives de gens qui, venant d'ailleurs, se sont acclimatés à cette ville. On fait que M. Alizio, comme moi-même, sommes des enfants d'immigrés. Des enfants d'Italiens, des enfants d'Espagnols.
Puis ensuite, il y a eu d'autres parties de l'Afrique qui est arrivée, des gens des pays de l'Est. Et Marc Fauvel, ces gens-là, moi je veux qu'ils continuent de vivre ensemble. Et je crois que le RN, s'il devait arriver à Marseille, il casserait l'unité de cette ville. Tout ce qui fait cette ville.
Une des questions qui va se poser chez vous et dans sans doute beaucoup de villes, c'est de savoir ce que fera la gauche, ou plutôt les gauches, au second tour. Dans ce même sondage dont je parlais il y a quelques instants, le candidat de la France Insoumise, Sébastien Delogueux, est à 14%, au-dessus de la barre des 10% qui permet de se maintenir. Au soir du premier tour, s'il peut se maintenir, est-ce que vous décrochez votre téléphone pour lui demander de se retirer ?
Sans langue de bois ? Non, c'est à lui de prendre ses responsabilités. Mais s'il vous appelle, vous le prenez au téléphone ? Évidemment, mais c'est à lui, mais pas pour faire un accord. C'est à lui, je vais vous expliquer les choses. On est dans une ville où jamais le RN n'aura été aussi prêt de gagner. Où jamais l'histoire sera à ce point de bascule. Et Marc Fauvel, vous imaginez, pour des gens comme LFC qui raconte toute la journée, nous sommes antiracistes, nous sommes unitaires. Vous n'imaginez pas qu'il ne se retire pas ?
Mais attendez, vous imaginez qu'aujourd'hui, le candidat à la FI fait sa campagne contre moi, en expliquant que je suis le pire des hommes de droite, que je suis infréquentable. Mais il n'aurait pas d'honneur s'il devait dire au soir du premier tour, je vais avec la liste du printemps marseillais. Il n'aurait pas de cohérence politique.
Vous l'appellerez à se retirer, mais vous ne gérerez pas si vous gagnez la ville avec lui.
C'est à lui d'être, c'est à lui, c'est à lui. Mais vous ne gérerez pas la ville avec lui ? Mais comment voulez-vous qu'après qu'il raconte sur moi, fasse ce genre de choses ? Moi, je suis pour la cohérence en politique. Vous savez, quand j'ai quelqu'un et que je dis en face de moi, il est infréquentable, je ne peux pas faire de politique avec lui, il est insupportable. Vous savez ce que je fais ? Si j'ai perdu, je sors du jeu.
Une question concrète, très simple. La priorité des Français et des Marseillais dans cette élection, c'est la sécurité. Vous avez doublé le nombre de policiers municipaux à Marseille. Il y en a 800, il y en avait 400 à votre arrivée à la mairie de Marseille. Question très simple. Est-ce que vous êtes prêt à leur donner plus de pouvoirs ? Par exemple, le pouvoir de contrôler, on va prononcer le mot, les usagers des stupéfiants. Ce qu'ils ne peuvent pas faire aujourd'hui. Est-ce que vous êtes prêt à le faire ?
Ce qu'ils pourront faire quand on verra le décret d'application, etc. Est-ce que vous souhaitez qu'ils puissent le faire ? Oui. Je pense d'abord que, un, vous l'avez dit, ma police municipale, elle date de 1971. Ni vous, ni moi, ni n'étions-nés en 1971. Quand j'arrive, donc entre 1971 et 2020, 400 policiers sont recrutés. J'ai recruté en 5 ans et demi autant de policiers qu'en 5 ans.
Mais tout ça, je viens de le rappeler.
Et donc, je vais continuer. C'est-à-dire qu'on va aussi doubler le nombre de policiers pour les 6 années qui viennent. Je réponds à la question très claire que vous m'avez posée. Plus de pouvoirs ? Mais oui. Ouvrir les coffres des voitures ?
Contrôler, verbaliser les usagers ?
Moi, je suis pour que chacun reste dans ses prérogatives. Si plus de prérogatives sont données à la police municipale, alors moi, je verrai ce qui est le plus efficient sur le terrain. Je ne me substituerai jamais à la police nationale. Parce que c'est trop facile de dire, nous, police nationale, et encore une fois, je veux saluer mes policiers nationaux, mes policiers municipaux, mes policiers nationaux à Marseille. Parce que, croyez-moi, à Marseille, ils font un travail formidable.
Renaud Appagnan, vous avez eu des déclarations très fortes sur les narcotraffics. Vous avez dit qu'il faut couper la tête de la pieuvre. Est-ce qu'un petit bout de cette pieuvre, aujourd'hui, c'est le consommateur ? C'est celui qui fume un joint ou pas ?
C'est un petit bout de la pieuvre, mais ce n'est pas la tête. Encore une fois, ce qui leur donne...
Mais ils font partie du trafic, ou pas ?
Mais s'il n'y avait pas de consommateurs, on n'en serait pas là. Et donc, c'est pour ça que la question... Quand des gens parlent de légalisation, par exemple, ils posent aussi une question qui est légitime. Est-ce que oui ou non, il faut légaliser ? Est-ce que la légalisation va arrêter le narcotrafic ? Moi, je n'y crois pas. Mais je pense que toutes les solutions doivent être mises sur la table.
Et quand vous seriez capable de dire, comme avait dit Eric Dupond-Moretti il y a quelques années, chaque pétard a le goût du sang séché sur le trottoir.
Je pense qu'aujourd'hui, ce qui fait l'argent du narcotrafic, c'est plus la cocaïne qu'autre chose. C'est plus les consommateurs de cocaïne qui, aujourd'hui, de manière récréative, s'amusent à, pardonnez-moi, s'en mettre plein le nez, en passant des soirées absolument formidables. Et en effet, il y a certaines personnes qui ont le goût du sang dans leur bouche. Mais je ne confondrai jamais celles et ceux qui assassinent, qui tuent, à une personne qui, occasionnellement, a fumé quoi que ce soit. Et donc, personne ne me fera dire qu'il faut se retrancher derrière les consommateurs pour finalement se laver les mains et de se battre contre les trafiquants de drogue.
Vous savez, prenons ce qui s'est passé à Medellin, ce qui s'est passé en Colombie, et notamment avec les États-Unis, avec la DEA. Les Américains, ils ne s'en sont pas simplement pris à leurs consommateurs. Les Américains, ils sont allés prendre Escobar, le Medellin, Cali. Alors, on n'en est pas là, parce que vous savez, la différence, c'est que moi, ils ne sont pas à Marseille. Et donc, moi, j'attends de la France qu'elle fasse un travail à l'international, qu'elle fasse un travail... Oui, alors, pas tout à fait la même chose. Mais, pardonnez-moi, qu'elle remonte les circuits d'argent, de blanchiment, qu'elle nomme des juges qui sont spécialisés, qu'elle nomme un parquet spécialisé.
Et il faut y aller. Et il faut y aller sans hésiter.
Un mot, depuis quelques jours, les 1 200 salariés d'Orange, qui travaillent dans le 3e arrondissement de Marseille, près d'un point d'île, n'ont plus le droit de venir travailler sur place. La direction dit qu'ils ne sont plus en sécurité. Ce matin, vous avez été interrogé sur ce sujet, Benoît Payan. Vous avez dit qu'il faut arrêter avec le Marseille bashing. C'est ce que vous avez répondu ce matin. On parle d'impact de balles sur la façade, et qui, pour certaines, ont même traversé des vitres pour aller se loger dans les bureaux où travailler ces personnes. Ça, c'est du Marseille bashing.
Non, c'est quand... C'est ce que vous avez dit. C'est quand... Marfauvel, vous êtes un grand journaliste. Et donc, je pense qu'à la 6e question, au bout d'un moment, je pense que Marseille mérite autre chose que le seul débat autour de la sécurité. Je prends ça très au sérieux. Et quand je vous dis très au sérieux, c'est très au sérieux. Parce que je n'aurais pas doublé la police municipale. Je ne dirais pas que je vais encore la doubler. Je n'aurais pas fait... Je n'aurais pas triplé mes effectifs de nuit si je ne pensais pas qu'à Marseille, il y a un problème d'insécurité. Ce que je dis, c'est que sur cette question-là, en effet, je comprends les salariés.
Mais je dis qu'on ne peut pas se jeter sur tous les sujets pour que, au moindre sujet, au moindre problème, alors qu'on trouve une solution pour les salariés, on en fasse, finalement, l'alpha et l'oméga des discussions politiques. Marseille, qui me parle... Mais non, mais qui me parle ? Pas du tout, au contraire. De quoi on a parlé, là, jusqu'à maintenant ? Est-ce qu'on a parlé du nombre de personnes qui viennent visiter Marseille ? Est-ce qu'on a parlé du fait que Marseille soit la première destination touristique en termes de culture après Paris ? Est-ce qu'on a parlé du nombre de restaurants qui ouvrent ? Est-ce qu'on a parlé du nombre de galeries qui ouvrent ? On ne l'a pas fait ?
Eh bien, vous l'avez fait.
Vous avez laissé le mot de la fin. Le mot de la fin, je n'ai pas eu le temps de vous interroger sur Roland Courbis, grande figure du foot et du foot marseillais qui nous a quittés.
Et qui était mon voisin quand j'étais petit. Et donc, je suis doublement triste. Et moi, mon voisin, merci beaucoup Benoît Payon.
Benoît Payan