"Je ne travaillerai pas avec un élu RN maire d'Avignon", affirme Tiago Rodrigues, directeur du Festival d'Avignon
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Un grand entretien ce matin, alors que le plus grand festival de théâtre au monde, le Festival d'Avignon, démarre dans deux semaines. Il se déroulera du 4 au 26 juillet. Nous avons le bonheur de recevoir son directeur ce matin en studio. C'est aussi un très grand metteur en scène, auteur de La Distance ou de Écubes, pas Écubes, des pièces qui ont connu un immense succès ces dernières années, qui continuent d'être jouées. Bonjour Thiago Rodriguez. Bonjour. Et bienvenue, merci d'être avec nous.
Nos auditeurs peuvent dialoguer avec vous, partager leur passion du théâtre, leurs questions également sur votre travail de mise en scène et sur ce qui se joue dans cet espace extraordinaire qu'est Avignon, la plus grande scène de théâtre au monde pendant une quinzaine de jours, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Avignon, je le disais, capitale mondiale du théâtre, ce 4 juillet va démarrer la 80e édition du festival. On va parler de la programmation de cette édition du coréen, qui est la langue invitée, mais ça prend combien de temps de monter un festival pareil ?
au moins un an, c'est un travail quotidien de lundi à vendredi, parfois samedi et dimanche aussi, qui dure toute l'année, et on se projette déjà évidemment sur le festival 2027, alors qu'on est à fond sur le festival 26 et même un peu sur 28.
Alors Thiago Rodriguez, c'est votre quatrième édition en tant que directeur, votre mandat a été prolongé jusqu'en 2030, quel est le mot d'ordre du festival cette année ?
Ce sont les questions, les questionnements. On croit que le festival, qui célèbre sa 80e édition, et qui est un festival avec plein d'histoire, c'est aussi un festival avec plein d'avenir, et surtout un présent très important pour la France, pour l'Europe, pour le monde, qui est celui d'organiser une fête, c'est une fête quand même, l'été, vente de jour, la capitale mondiale du théâtre, éphémère mais réelle, à Avignon, qui propose depuis 1947, puis la fondation de ce festival par Jean Villard. Un théâtre élitaire pour tous. Exactement, l'exigence rendue facile à toutes et à tous.
Et l'idée, c'est précisément ça, c'est d'accompagner les artistes, parce que c'est un festival de création, plus de la moitié, ce sont des premières mondiales, du jamais vu, et on accompagne les artistes à construire leur spectacle, et donc à poursuivre ses questionnements, à partager ses questions avec le public, et après, le public aussi s'empare de ses questions, et débat. On connaît bien les débats d'Avignon.
Les débats d'Avignon sont passionnants et passionnés, et on s'en fait l'écho sur France Inter, puisque nous sommes partenaires et que nous accompagnons ce festival depuis des décennies, et c'est vrai que c'est extraordinaire, comme le théâtre est une matière, un art encore vivant. Pour tous ceux qui en sont restés à l'idée que c'était poussiéreux, que c'était des classiques, qu'on allait les voir rejouer quand on est à l'école. Le théâtre, il est là, il est plein de vie, et il nous interroge, Thiago Rodriguez.
Il nous propose de penser ensemble. Déjà, c'est une assemblée humaine. Avignon se transforme en capitale du théâtre, et ce n'est pas juste symbolique. C'est ce qui m'est fait tomber amoureux d'Avignon la première fois que j'y étais, c'était, j'arrive, je débarque pendant le festival, première fois à Avignon, et je marche dans la rue des Tenturiers, et la rue des Tenturiers, qui est peuplée de terrasses, de restos, les gens ne parlaient que de théâtre. C'était la seule chose qui occupait les débats, les conversations, et là, je me suis dit, voilà l'utopie rendue palpable.
Merci Jean Villard, merci à toutes les équipes que pendant presque 80 ans maintenant, ont démocratisé, décentralisé, et rendu le théâtre encore plus vivant.
Et cette utopie, c'est un peu la tour de Babel, puisque chaque année, depuis que vous êtes en poste, vous invitez des langues, alors vous avez invité l'anglais, l'espagnol, vous avez invité l'arabe, cette année, ça va être le coréen. Pourquoi le coréen ? Il y a une forme de soft power coréen qui vous fascine, qui vous intéresse ?
Plus que fascine, elle nous a rendu curieux sur ce qui est derrière ce soft power. On connaît le K-pop, on connaît le K-drama, on connaît évidemment la littérature, le cinéma coréen, mais est-ce qu'on connaît vraiment le théâtre, les arts vivants, la danse ? Et on s'est rendu compte que ça faisait 28 ans qu'il n'y avait pas d'artiste coréen dans la programmation du Festival d'Avignon. On a recherché, on a gratté, on a découvert des grands artistes, des grandes propositions. Neuf spectacles. Et en plus, après, c'est neuf spectacles de théâtre, danse, qui parlent d'une société aussi qu'on méconnaît et qui est encore une espèce de radiographie du XXe et XXIe siècle, cette péninsule divisée.
Et à partir de ça aussi, de la littérature, du cinéma, voilà, c'est un festival de grandes découvertes d'artistes méconnus, mais le public d'Avignon est précisément ça. Ce sont des curieuses, des curieux, même ceux qui viennent pour la première fois.
Ce sont parfois aussi des personnes qui ont un courage physique pour assister à des pièces longues, neuf heures parfois pour certaines, plus longues encore pour d'autres. Comment est-ce qu'on a ce rapport autant très particulier dans le théâtre, dans le spectacle vivant ? On assiste à des spectacles qu'on ne regarderait pas ailleurs, sous aucune forme, ni sur un écran, ni dans une salle de cinéma, ni dans un stade de foot ?
Quand on vient au Festival d'Avignon, on voyage au pays du théâtre. C'est ça toute l'idée de Jean Villard, de créer un pays du théâtre pendant les vacances pour que les gens puissent voyager au pays du théâtre. Comme ils voyagent, ils pourraient aussi voyager au Portugal pour la gastronomie, le climat, les plages, la culture. Moi, je suis portugais, donc je propose aussi cette alternative, mais le plan A, c'est quand même le pays du théâtre, Avignon. Et donc, quand on y vient, on vient avec une curiosité et aussi une disponibilité que peut-être on n'a pas pendant l'année. On se prête à des grands spectacles fleuves.
Cette année, on ouvre le festival avec une création d'un grand metteur en scène, pas seulement français, mais européen, mondial, Julien Gosselin, qui dirige le théâtre Lodéon, qui est un des grands artistes de théâtre de notre temps avec 5 heures à la Cour d'honneur. Ce voyage-là, cette aventure au Palais des Papes ne peut se produire qu'à Avignon.
Parce que pour nos auditeurs, c'est important de mettre en scène, même visuellement, dans leur imaginaire ce à quoi ça va ressembler. C'est-à-dire que ça va se dérouler dans la Cour d'honneur du Palais des Papes avec Maldoror. Décrivez-nous, c'est quelque chose de prodigieux, ce spectacle. Il est annoncé comme absolument sublime. Vous allez ouvrir la Cour du Palais des Papes à cette création. ça ressemblera à quoi ? Déjà,
il y a un grand événement. Julien Gosselin est aussi, entre guillemets, un enfant d'Avignon. Il a marqué déjà l'histoire récente du Festival d'Avignon et était marqué par le Festival d'Avignon dans son parcours artistique. Mais il a un théâtre qui mélange littérature, cinéma et aussi des grands interprètes comédiennes et comédiens. Et donc, c'est à partir de l'écrivain chilien Roberto Bolaño mais aussi de Lautré Hamon avec les chants de Maldoror que ce Maldoror se présente pour enquêter la question de la fascination du mal. Pourquoi les artistes, pourquoi les gens, nous, à travers l'art, sommes aussi fascinés par le mal ? Pourquoi cette obsession ?
Est-ce qu'on essaie de faire la radiographie pour mieux comprendre le monde ou est-ce qu'on est séduit aussi par le mal ? C'est un spectacle fleuve, un spectacle aussi qui propose au public de se déplacer de ses habitudes. Mais on vous retourne
la question parce que vous aussi vous êtes fascinés par le mal. Dans les pièces que vous avez réécrites de tragédies antiques par exemple, les cubes pas et cubes, plus récemment avec La Distance, c'est des choses qui nous confrontent à ce qu'il y a de plus sombre
dans la nature humaine. Mais toujours avec une réserve d'espoir. Je pense que, comme beaucoup de dramatures, d'artistes, de théâtre à travers les siècles, j'essaye de proposer un certain pessimisme dans ma fiction pour garder l'optimisme dans la vie. Depuis la tragédie grecque et l'Athènes ancienne, qu'on propose des histoires qui finissent mal la tragédie pour que la vie puisse bien se passer.
Vous parliez tout à l'heure d'un pays du théâtre. C'est un pays où il y a eu l'année dernière un peu de drapeaux palestiniens. Je rappelle que la langue invitée, c'était la langue arabe et ça a déplu un peu, ça a irrité celui qui est maintenant le nouveau maire d'Hiverdroite d'Avignon Olivier Galzy. Il a dit qu'il espérait qu'il n'y aurait pas trop de drapeaux palestiniens cette année, des évocations un peu trop poussées. Il a trouvé de cette question l'année dernière, vous aviez aussi signé une tribune, vous également et plusieurs personnalités dans Télérama. Pour lui, pour le maire d'Avignon, la culture doit rassembler et pas diviser.
Lui, il trouvait que c'était une façon de diviser cette question palestinienne. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
Je pense qu'il faut laisser le nouveau maire d'Avignon Olivier Galzy avec lequel nous sommes en dialogue, traverser une première fois le festival d'Avignon car il a fait ses déclarations en ne pas ayant visitant le festival l'année dernière. Le festival reste et restera un endroit de liberté d'expression, de liberté de création. Je pense aussi quand on devient maire où on s'oppose aussi, donc pas seulement
où on réunit. Oui, et surtout
quand on devient maire à Avignon, il faut aussi laisser passer le temps pour que le maire comprend que c'est aussi son festival, à lui, comme à chaque avignonnaise et avignonnais. Après, le festival d'Avignon est effectivement un endroit qui rassemble déjà. Ce n'est pas un endroit qui divise, c'est un endroit qui rassemble, qui unit, mais pas autour d'une pensée unique, autour d'un trésor de la démocratie qui est le dissensus, le désaccord. Nous vivons dans une époque, dans une société où on nous dit que le désaccord c'est irréconciliable, de plus en plus polarisé, fragmenté. Au festival d'Avignon, on a encore ce trésor et c'est pour ça qu'on se dit célébrons les questions.
Les questions nous permettent de nous rassembler et aussi de respecter la pluralité de voix et d'avoir ces débats passionnants. Mais c'est moins risqué
d'inviter la Corée ?
Ce n'est pas moins risqué d'inviter la Corée. La Corée, c'est aussi une péninsule divisée qui parle du monde, qui problématise le monde, mais pas seulement. Il y a énormément de spectacles cette année.
Oui, il y a beaucoup d'autres choses.
Il y a une grande diversité d'esthétiques et une grande diversité de visions du monde. Ça, c'est la nature, le code génétique joyeux, mais combatif, critique, la pensée critique aussi qui a lieu au festival d'Avignon.
Et c'est génial, Thiago Robirigues, de vous entendre parler, d'avoir cette voix, cette puissance. Vous êtes habité par le théâtre comme Bruno qui est au Standard et qui est avec nous sur France Inter ce matin. Bonjour Bruno. Bonjour. Et bienvenue. et vous aviez une question vous-même passionnée du festival d'Avignon.
Oui, tout à fait. Moi, je trouve qu'Avignon, pendant le festival, c'est une utopie totale à l'échelle d'une ville. Tout le monde se parle, partage tes coups de cœur, cherche une place, va consulter le mur d'échange au code Saint-Louis, mange sur le pouce entre deux représentations ou se pose pour laisser s'épanouir les émotions qu'on a pu accumuler. Donc, je pense qu'Avignon, pendant le festival, c'est comme une société idéale où l'art et la culture créent du vivre ensemble. C'est du bonheur et du mieux vivre. Et pour moi, Avignon, c'est le monde comme une scène de théâtre, dirait Shakespeare. Et Avignon invite le monde et nous invite à l'aimer.
C'est génial. Merci Bruno, en tout cas. Merci Bruno. Je suis d'accord. Le monde est une scène de théâtre ?
Absolument. Le monde est une scène de théâtre. Une scène de théâtre, c'est aussi une capsule du monde qui peut permettre de parler du monde. Et c'est vrai que le temps de jouiller, Avignon, le festival, invite le monde. Mais il faut aussi se dire que pendant toute l'année, Avignon, le festival appartient à son territoire. On travaille toute l'année, on travaille avec des centaines de partenaires de l'éducation nationale, du champ social. Et c'est pourquoi aussi le festival a de plus en plus de public local.
Parce que c'est ça qui est fascinant, c'est les records de fréquentation. L'année dernière encore, déjà, Avignon, 99% des salles remplissent un public franchement de plus en plus diversifié, contrairement à l'image élitiste qu'a pu avoir le festival il y a quelques décennies. La problématique, elle s'est renouvelée. Le théâtre est plus vivant que jamais en France dans la période contemporaine. Mais on a toujours, et ça se voit dans quelques questions d'auditeurs, l'idée qu'il faut démystifier l'image élitiste qui colle à la peau du festival. Pourquoi est-ce que ça reste toujours, alors que ça n'est pas vrai ? Je pense que le festival,
il subit les problèmes, parfois de perception, qui subit la culture en général, l'art en général. Et il faut se dire que, et moi je peux le dire en tant que portugais, parce que là, je n'ai pas le risque d'être chauvin, en France, il y a un service public de la culture qui est absolument précieux, qui est phare pour d'autres pays au monde, qui m'a inspiré à moi à partir du Portugal quand je travaillais là-bas, qui m'a fait venir en France pour y travailler et contribuer aussi à cette idée de décentralisation, de démocratisation. Le festival d'Avignon, évidemment, c'est un des grands drapeaux, dès qu'on parle de drapeaux, de cette idée de décentralisation et démocratisation des arts.
Et il y a un projet très fort pour nous, première fois, qui a beaucoup contribué à faire venir les dernières années des milliers, maintenant c'est déjà plus de 10 000 jeunes entre 13 et 19 ans qui découvrent le festival pour la première fois. Et ça c'est très important, de permettre à ces jeunes de se dire « ça c'est aussi pour moi, j'appartiens et ça m'appartient ».
Il y a une autre première, Thiago Rodriguez, c'est que pour la première fois le festival d'Avignon, il a une majorité de femmes qui dirigent les spectacles, 27 sur les 47 du festival IN. Vous avez dit « ça prouve qu'il est possible de le faire sans effort, de faire la parité sans effort ». C'est même plus que la parité là. Vraiment, ça n'a demandé aucun effort.
Aucun effort. Bien sûr, nous sommes soucieux. Il y a un principe de parité que nous cherchons depuis 2023. Toutes les programmations sont parité. Cette année, on a fait la programmation qu'on souhaitait faire et quand on a commencé à chercher les équilibres, à voir est-ce qu'on a suffisamment de théâtre, est-ce qu'on a suffisamment de création française et internationale, comment va la parité ? On savait déjà, il y a une majorité de femmes, ça s'est produit juste par la fascination, par le travail excellent qui font énormément de metteurs en scène françaises, internationales et qui sont, cette année, heureusement, majoritaires au Festival d'Avignon.
Il nous manque encore au moins 80 festivals d'Avignon pour historiquement créer l'équilibre qu'il faut.
Vous, vous êtes spécialiste de mise en scène spectaculaire et épurée, très épurée, où l'on est très directement en contact avec les acteurs. C'est très accessible. Qu'est-ce qu'un classique aujourd'hui ? Tiago Rodriguez ?
Je pense que le classique, et c'est une grande discussion, c'est quelque chose que quand on le voit, surtout en théâtre, quand on voit ce classique, on a la sensation qu'il nous a bouleversés aujourd'hui et qu'il continuera à bouleverser. Et ça, c'est très palpable quand on voit des spectacles. Je l'ai vécu énormément au Festival d'Avignon parce qu'on sait que le Festival d'Avignon, avec toute sa puissance, importance, visibilité, écrit aussi la chronique des arts vivants du monde actuellement.
Quand on révèle une artiste comme Carolina Bianchi qui retourne cette année et qui était pour la première fois en France et avec son travail en Europe en 2023 au Festival d'Avignon et retourne cette année avec sa trilogie, le troisième chapitre de sa trilogie Cadella Força et présente aussi en marathon pendant dix heures à l'Opéra du Grand Avignon cette trilogie, on sait qu'on contribue à un moment qui va devenir canonique dans quelques années
pour l'histoire du théâtre. Vous, vous êtes un immense admirateur de Tchékov, Russe, XIXe siècle, la mouette, les trois sœurs. Tchékov, il a inventé une dramaturgie des occasions ratées, de la communication impossible. On se souvient l'année dernière qu'il y avait la pièce Le Soulier de Satin de Claudel qui avait fait beaucoup parler. Qu'est-ce qui va aujourd'hui être l'objet de toutes les discussions ?
Je pense qu'au Festival d'Avignon avec 47 spectacles et 300 autres événements les opportunités de trouver sont classiques entre guillemets.
La pièce qui on dit ça c'est la mémoire inoubliable que je prends d'Avignon elles sont plusieurs mais il y a deux juste pour deux exemples d'un côté d'une grande contemporanité je pense au spectacle Silence de Lucien Thunez et Mathilde Monnier en spectacle de danse et de musique c'est un concert chorégraphé très joyeux mais en même temps on assiste à une espèce de révolution musicale et chorégraphique que j'invite à découvrir à la carrière de Boulbon et à la suite encore à la carrière de Boulbon qui est un des lieux mythologiques du festival après la cour d'honneur du Palais des Papes aussi à la carrière de Boulbon si on parle de classique Molière 5 heures de Molière 7 pièces de Molière par les flamands fous de Tégestan qui revitalisent cette littérature et qui font réentendre aux français la mélodie de Molière Oui ?
Oui bien sûr on retrouve Molière et on redécouvre Molière avec les Tégestans
Mais ils sont importants pour vous parce que c'est eux les Tégestans qui vous ont convaincu de continuer le théâtre alors que vous aviez 20 ans qu'est-ce qu'ils ont de particulier ? C'est quoi leur patte, leur style ?
Une énorme liberté dans leur amour des mots des histoires mais c'est vraiment des interprètes qui prennent des décisions folles sur scène il y a une espèce de radicalité de la liberté du comédien sans metteur en scène en collectif qui est très joyeuse et qui nous fait parfois redécouvrir ce qu'on pensait connaître déjà par exemple 7 pièces de Molière d'une autre manière et on redécouvre aussi le sens profond de cette littérature de ces auteurs dans nos vies à travers ces flamands des Tégestans
On parlait tout à l'heure du succès l'année dernière du festival il y avait 42 spectacles plein à 99% il y en a 47 alors on se demande jusqu'à combien de spectacles ça va aller alors certains ont attribué ce succès au film Avignon avec Baptiste Lecaplin qui a popularisé un peu le festival est-ce que vous pensez aussi qu'il y a une forme de recherche de catharsis de recherche de fiction et d'un ailleurs alors que les temps sont particulièrement bousculés en ce moment
L'année dernière était une année absolument record exceptionnelle au niveau de la fréquentation mais je pense aussi c'était une année de preuve de vie du service public de la culture quand on pose la question est-ce que les salles sont pleines à qui ça sert est-ce que c'est pas un entre-soi Avignon était à 99% de fréquentation il nous restait quelques billets dans un tiroir qu'on n'a pas arrivé à vendre mais pour le reste les salles étaient pleines pleines pleines et pleines dans le public de plus en plus divers alors que les fidèles les militants les passionnés comme Bruno du festival d'Avignon ils sont fidèlement pour nous accompagner aussi
Puisque vous consacrez la dernière soirée du festival à l'aube des questions que faire ? Demandez Sonia dans l'Oncle Vania de Tchékov que je citais tout à l'heure votre auteur l'un des auteurs que vous aimez le plus il faut vivre vivre Oncle Vania il faut vivre c'est ça la réponse du théâtre ?
Il faut vivre il faut faire du théâtre il faut participer de cette manière au monde je pense que le théâtre nous permet avec l'assemblée humaine tous et toutes présentes dans un même lieu qui n'est pas nécessairement une salle parce que chez nous il y a des grands monuments des chapères des gymnases des déclatres mais être ensemble au même endroit et se poser des questions à travers la poésie du théâtre
Récemment vous avez rencontré Scurati qui est un immense auteur italien ça vous fait rire mais il a fait un best-seller M consacré à Mussolini et il n'en finit pas d'écrire il a écrit trois tomes extraordinaires sur ce dictateur du XXe siècle ça ça peut devenir par exemple le matériau d'une pièce que vous vous aimeriez mettre en scène ?
Je suis toujours à la recherche de idées pour des pièces et en dialogue et ça c'est la richesse pour moi je parle à titre personnel là sur France en Terre oh quelle chance à titre personnel entre être directeur du Festival d'Avignon et être aussi artiste la joie d'avoir des dialogues avec des grands artistes bien plus importants et fascinants que moi de pouvoir parler un jour avec Antonio Scurati l'autre jour avec Anne-Theresa de Kersmarker ou avec Claire Denis de pouvoir me enrichir me rappelle toujours de pourquoi aussi je me mets au service de ce festival j'espère aussi que le public qui vient à Avignon a cette capacité d'enfuser en mille idées par minute et après passer toute l'année à digérer ce repas ce banquet de questions et d'art qu'on leur propose il faut donner envie
juste d'un mot donner envie de aller voir votre dernier spectacle votre dernier spectacle qui est au Grand Palais qui a commencé hier soir et jusqu'à samedi sur le deuil de votre père no yogurt for the dead décrivez-nous ce qu'on y voit et ce choix d'aborder cette question aussi douloureuse quand on vous sent aussi vivant aussi vibrant Thiago Rodriguez
c'est vraiment une pièce qui fait un duel contre la mort mon père il était journaliste et les dernières semaines de sa vie à l'hôpital il savait déjà qu'il n'allait pas survivre cette maladie et il voulait écrire une dernière reportage un dernier article de journal il m'a demandé de la porter en cahier il a écrit en titre pas de yaourt pour les morts le titre de la pièce et après ce titre il a essayé d'écrire un article après son décès j'ai récupéré ses affaires personnelles et dans ce cahier il n'y avait rien il y avait juste quelques lignes il n'arrivait plus à écrire et il m'a mis quelques années mais un jour je me suis dit je vais faire une pièce pour écrire moi avec du théâtre le reportage qu'il n'a pas pu écrire le théâtre vaincra sur la mort
ça c'est votre pièce qui se joue au Grand Palais en ce moment beaucoup d'auditeurs posent des questions sur le Rassemblement National et sur ce maire Rassemblement National qui a interdit le maire de Castres Florian Azema qui a interdit la pièce d'Alexis Michalik le passeport qui est consacré à un migrant érythréen et qui l'a déprogrammé en tout cas dans sa ville vous vous aviez déclaré que vous refuseriez d'organiser le festival à Avignon s'il y avait une municipalité RN si le RN remportait la présidentielle en France qu'est-ce que vous feriez ?
je vais juste corriger parce que j'ai jamais dit que je refuserais d'organiser le festival vous délocaliseriez ?
non non non j'ai dit que je ne travaillerais pas avec un élu RN maire d'Avignon ça après c'est un problème de l'élu moi je défends ma responsabilité c'est de défendre la mission et les valeurs du festival d'Avignon si on pense à la fondation du festival et à ses valeurs progressistes républicains démocrates je pense que c'est la responsabilité de n'importe quel directeur du festival d'Avignon de le faire en toute liberté et en refusant le travail avec l'extrême droite et en défendant surtout par la positive le besoin de cet espace de liberté de création de liberté d'expression et qui est un espace aussi de solidarité par exemple avec des artistes comme Alexis Michalik qui était sujet à la censure et plein d'autres que de plus en plus sont sujets à la censure à Avignon ils peuvent venir ils seront libres ils ont toute la liberté de prendre sa parole et de montrer ses drapeaux
le festival est plus fort c'est magnifique de vous en entendre parler je signale à nos amis auditeurs que Jocelyn Gosselin sera dans Totemique l'émission de Rebecca Manzoni la semaine prochaine et puis juste pour terminer Thiago Rodriguez une phrase d'une auditrice Anne-Laure de 7 vous seule sur la scène de la cour d'honneur du Palais des Papes avec 10 spectateurs autour de lui jouant sa pièce By Heart est l'une des plus fortes émotions de théâtre de toute ma vie je pense qu'il n'y a pas de plus belles conclusions je vous souhaite une sublime journée et un magnifique festival
là moi qui parle beaucoup que je suis très bavard comme vous avez vu et très passionné j'ai plus de mots
merci infiniment bonne journée silence comme Shakespeare dirait
c'est parti
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