Fabien Gay : "Entre les labels, les mentions, le marketing, les consommateurs ont du mal à se retrouver"
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Redonner de la clarté aux étiquettes des produits qu'on consomme, c'est ce que recommande un rapport du Sénat. Il faut une information plus lisible et plus fiable. Ce rapport, vous l'avez co-écrit. Fabien Guay, bonjour. Bonjour. Vous êtes sénateur communiste et directeur du journal L'Humanité. Alors le problème numéro un, c'est pas tant un manque d'informations, au contraire, c'est un trop-plein.
Oui, un trop-plein. On a voté beaucoup de lois parce qu'il y a un besoin de transparence, ce qui est logique. Mais aujourd'hui, entre les labels, les scores, les mentions, les allégations, le simple marketing, les consommatrices et les consommateurs ont un peu du mal à s'y retrouver. Il y a aujourd'hui 12 mentions obligatoires et il y a presque 400 labels environnementaux. Et donc, ça devient impossible pour les consommatrices et les consommateurs de s'y retrouver, de faire le tri, de hiérarchiser et donc de pouvoir se déterminer dans leur acte d'achat.
D'autant qu'il y a certaines informations, certaines mentions, par exemple, qui ne servent pas à grand-chose puisque c'est une obligation de la loi. On a l'impression qu'ils mettent en avant quelque chose d'important alors que finalement, c'est juste obligatoire.
Oui, par exemple, si on reprend une question sur les cosmétiques, ne pas être testé sur les animaux. En Europe, c'est simplement la loi. Donc, de rappeler la loi, c'est très bien. Ils en font un outil marketing alors qu'en réalité, c'est simplement la loi.
Et c'est pareil pour tous les produits ou certains sont plus concernés que d'autres ? Vous avez la beauté, l'alimentaire ?
C'est un peu tout. Par exemple, je prends une grande marque de café. Il y a plusieurs allégations, ou plutôt marketing, sur la question environnementale. Mais il y en a une qui, pour moi, est trompeuse. Par exemple, c'est neutralité carbone. Il est impossible de dire qu'une dosette de café est neutre en carbone parce que c'est en vérité incalculable et invérifiable. Ce que nous a bien dit le ministère, d'ailleurs, de l'agriculture et de l'alimentation. Donc, le mettre et la poser sur leurs produits, ça revient en réalité à tromper le consommatrice et le consommateur.
Et puis, ce que vous soulignez aussi dans votre rapport, c'est que non seulement, voilà, il y a plein plein d'informations et que généralement, on ne passe pas des heures dans un supermarché, on va vite. Et en rayon, on n'y passe pas 70 secondes, je crois. C'est ça que vous avez dit ?
70 secondes dans un rayon, vous achetez en réalité 3-4 produits et moi qui fais les courses, mais comme beaucoup d'autrices et d'auditeurs, en réalité, on va dans ce qu'on connaît. On va, si je reprends les pâtes, on va dans les rayons de pâtes et en général, on rachète la même marque.
Et on ne prend pas le temps de lire les étiquettes.
Et on prend en réalité peu de temps pour lire l'étiquette.
Alors, faisons un point sur les labels. Il y a combien de labels en France ? Vous en avez identifié combien ?
Alors, il y en a beaucoup, beaucoup. Sur la question rien qu'environnementale, il y en a 400. Après, vous avez les labels, le label rouge est le plus connu, mais vous avez les AOP, les IGP. Et par exemple, sur les labels, nous, on appelle en réalité à labelliser les labels. On appelle parce qu'aujourd'hui, une marque ou un agro-industriel peut créer son propre label. Donc, entre le label rouge, pour en citer un, qui est le label le plus connu et qui dit quelque chose, et entre le label créé par un industriel, on a un peu du mal à s'y retrouver.
Et d'ailleurs, la plupart ne sont pas des labels d'État et validés et vérifiés. C'est plutôt des labels faits par les industriels.
Tout à fait.
Et il y a des labels aussi, des associations de consommateurs ? Est-ce qu'il y a des organismes indépendants ? Tout ça est mélangé, c'est ça ?
En réalité, entre le label certifié, le label que l'on connaît, je reprends des AOP et des IGP qui veulent dire que c'est un produit du terroir ou de tel territoire, et le label qui est construit, fabriqué de toute pièce par un agro-industriel, on a un peu du mal à s'y retrouver. C'est pour ça que nous appelons à labelliser les labels.
Et qui les contrôle ? Qui valide la pertinence scientifique des critères d'évaluation ?
Alors, il y en a plusieurs, mais si par exemple je prends le Nutri-Score, parce qu'on a un gros... Ça, c'est scientifique. C'est des scientifiques français qui ont fait le Nutri-Net, qui a donné aujourd'hui le Nutri-Score à la française. C'est celui que vous retrouvez en général en bas à gauche, entre la lettre A, E, vert, rouge. Ça, ce sont des critères objectifs et scientifiques. Et d'ailleurs, 60% des produits alimentaires aujourd'hui ont généralisé le Nutri-Score. Et nous, on appelle à le généraliser pour l'ensemble des produits.
Pour vous, il faudrait en garder combien ? Combien sont réellement utiles des labels ? Vous dites qu'il y en a plus de 400, on n'en a pas besoin de 400 réellement.
Non, il faut faire le tri. Par exemple, sur la question environnementale, je pense que si on était sur une dizaine de labels environnementaux, entre celui qu'on connaît le mieux pour le consommatrice et le consommateur, le AB, et puis le label européen, maintenant c'est les petites étoiles, et puis quelques-uns qui pourraient dire, par exemple, le HVE, haute valeur environnementale, c'est-à-dire en général des produits qui fondent la transition écologique, voilà, si on en avait 4-5, je pense que chacun et chacune pourraient mieux s'y retrouver que les 400 aujourd'hui.
Alors, dans votre rapport, il y a toute une partie aussi sur les applications qui évaluent les produits, et qu'on est de plus en plus nombreux à utiliser, on le voit dans les rayons des supermarchés. 25% des consommatrices et des consommateurs. Avec le téléphone en main à vérifier 2-3 choses dans les rayons, c'est quoi le problème avec les applications ?
Il n'y a aucun problème, nous on ne veut pas freiner l'innovation privée, ou citoyenne, ou engagée, il y en a plusieurs, il y a du privé, il y a du militant, il y a du citoyen, tant mieux, mais il y a besoin là aussi de certifier. Pourquoi ? Je prends la plus connue, et tant pis, je vais la citer, Yuka, moi je n'ai aucun problème avec elle, sauf que lorsqu'elle propose une alternative, c'est-à-dire que vous scannez un produit A, et elle vous dit, voilà la qualité nutritionnelle, et attention, ce n'est pas très bon, on vous propose une alternative B, ou C, ou D. Ça, pour le coup, il y a besoin de transparence de l'algorithme. Comment le produit B, C, ou D vous est proposé ?
On a auditionné, on a eu du mal à comprendre, ils nous ont dit, en réalité, c'est les produits qui sont le plus scannés, dans tel type de... Par exemple, si on reprend les jambons, on scanne tous les jambons, et on propose l'alternative qui a été le plus scannée. Nous, on pense qu'il y a besoin de transparence de l'algorithme, d'avoir un cahier des charges des pouvoirs publics, qui puisse certifier un certain nombre d'applications.
Et le gendarme de Toussaint, c'est la DGCCRF, la direction...
Le parent pauvre.
Voilà, de la concurrence de la répression des fraudes. Le parent pauvre, dites-vous, combien de personnes travaillent actuellement sur ce sujet ?
Très peu. On a du mal à savoir, parce que la DGCCRF s'occupe de beaucoup de choses. Elle peut vérifier les cahiers des charges, elle peut faire les contrôles sanitaires. Il y a les scandales Vuittoni, Ferrero et tant d'autres. Et puis, elle contrôle aussi les mentions et les tic-tacs. Et en réalité, ils nous ont dit, déjà, il y a très peu de personnel, c'est 1000 à 1500. Tout compris. Oui, tout compris. Et ça veut dire qu'il y a du personnel sur le terrain, mais aussi du personnel, je dirais, dans le ministère, ce qui est normal. Donc, très peu d'agents sur le terrain. Et sur la question du contrôle des mentions, parfois, c'est un par département.
Et les effectifs ont baissé ces dernières années. Vous réclamez aussi plus de moyens pour les associations de consommateurs, parce que, là aussi, les dotations ont été réduites. Vous qui naviguez dans les hautes sphères politiques, est-ce que ça vous semble à l'ordre du jour, ces préoccupations ? Cette envie de remettre des moyens sur le contrôle ?
Ah ben non, on va plutôt vers moins. Quand on dit le pouvoir public et les politiques, pas toutes et tous, mais lorsque la droite dit qu'il faut diminuer le nombre de fonctionnaires, il faut toujours dire où ça va. C'est moins dans l'éducation nationale, c'est moins dans la police, moins dans la justice, et moins dans les contrôles sanitaires. Et donc, c'est vrai qu'on a perdu beaucoup d'agents sur ces dix dernières années. Et nous, par exemple, nous invitons, mais j'avais déjà fait un rapport sur les fausses t'es cachées, donnée aux associations en 2019. Je pointais déjà le manque de contrôle, et je disais qu'il fallait remettre des moyens. Donc ça, c'est un choix politique.
Il y a un budget rectificatif qui va être adopté en juillet. Je poserai un amendement pour donner des moyens, notamment la DGCCRF.
Fabien Guay, il nous reste une trentaine de secondes. Une dernière question. Est-ce que c'est une maladie très française ? Toutes ces étiquettes archi-complètes avec plein d'informations. Et est-ce qu'il y a une harmonisation européenne ?
Alors, par exemple, sur le Nutri-Score, j'y reviens, il y a plusieurs Nutri-Score dans le monde. Le Nutri-Score français est celui qui est le plus utilisé, déjà par sept pays européens. Et à la fin de 2022, la Commission européenne va en imposer un. Et dont nous nous proposons, nous invitons, que ce soit le Nutri-Score, la française, qui devienne la référence européenne et mondiale, parce qu'une nouvelle fois, elle s'appuie sur des données scientifiques.
Merci Fabien Guay, sénateur communiste et donc auteur d'un rapport sur toutes ces étiquettes et tous ces labels, ces mentions, qu'on voit partout sur les emballages. Il faut faire le tri, c'est ce que vous nous dites, et vous nous l'avez bien expliqué. Merci à vous. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada
Fabien Gay