Agriculteurs en colère : "Dans toutes les réunions commerciales, il faut la présence de producteurs et de consommateurs", d'après Nicolas Chabanne
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Questions et réponses
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Est-ce que ça vous semble être une bonne idée ?
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Dites-nous Nicolas Chabanne, votre modèle en quelques mots.
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Mais ce n'est pas un prix plancher, ça ?
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donc dans C'est qui le patron, ils ont identifié un juste prix pour ce pack de lait ?
- 3:10OuverteRéponse directe
Et ça devient le prix conseillé par le consommateur, c'est ce qui est indiqué sur votre pack de lait ?
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Pourquoi vous arrivez à faire ce que les autres n'arrivent pas à faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Elle a été créée en 2016. »
- 0:33PrésentateurFait
« de mettre en place des prix planchers pour que les agriculteurs vivent mieux de leur travail. »
- 0:42Invité politiqueFait
« C'est vraiment la bonne direction et la bonne voie. »
- 2:40Invité politiqueFait
« c'est uniquement les producteurs, c'est-à-dire qu'on a demandé à l'ensemble des producteurs par un vote »
- 4:29Invité politiqueChiffre
« C'est devenu d'ailleurs la brique la plus vendue de France. »
- 5:13Invité politiqueFait
« il n'y a jamais de promotion sur cette brique de lait »
- 5:19Invité politiqueChiffre
« 98% de magasins qui suivent le prix voté conseillé. »
- 7:05Invité politiqueChiffre
« il y a 100 millions de produits en France solidaires vendus par an »
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France Info. Bonsoir à toutes et à tous, l'invité éco de France Info depuis le salon de l'agriculture ce soir. Une édition particulièrement mouvementée sur fond de crise agricole. Bonsoir Nicolas Chabanne. Bonsoir. Vous êtes le fondateur de Séquil Patron, une marque au modèle économique un peu particulier. On va y revenir. Cette marque, elle a été créée en 2016. Elle dit rémunérer le producteur au juste prix. Vous avez entendu comme nous la proposition ici même au salon du chef de l'État Emmanuel Macron de mettre en place des prix planchers pour que les agriculteurs vivent mieux de leur travail. Est-ce que ça vous semble être une bonne idée ?
C'est vraiment la bonne direction et la bonne voie. Tout ce qui va permettre à un moment donné de prendre en considération la rémunération juste des producteurs. Il faut s'y intéresser. Après dans la mise en place, c'est pas aussi simple que ça. Parce qu'il y a des particularités. Il faut que ce soit vraiment un prix minimum qui ne devienne pas finalement une forme de plafond. Mais dans ce cas-là, il vaut mieux saluer le fait que, évidemment, le chef de l'État s'intéresse prioritairement à ce sujet et trace une voie. Et puis nous, on a après cette expérience des 7 ans où on peut expliquer comment ça marche quasiment à coup sûr.
Alors dites-nous Nicolas Chabanne, votre modèle en quelques mots.
Le modèle collectif, on est une coopérative de consommateurs, c'est vraiment de demander individuellement à chaque producteur. Vous voyez déjà qu'il y a un petit décalage. Ce n'est pas une règle de principe globale. Fini les experts et les visions un peu technocratiques de la rémunération des producteurs. Nous, consommateurs, on veut que ce soit le producteur qui le dise.
Mais ce n'est pas un prix plancher, ça ?
Oui, mais c'est une façon peut-être... En créant un juste revenu, vous créez naturellement un prix plancher. Un prix plancher ne crée pas forcément un juste revenu. Donc en fait, en partant de juste revenu, vous allez vous retrouver avec une notion clé, c'est la vérification que c'est bien le cas. Parce que si demain on crée un prix plancher, qui le crée ? Qui vérifie auprès des producteurs que ça ne devient pas, comme vous le dites, un prix plafond ? Nous, consommateurs, on se rend compte aujourd'hui que le sort des producteurs qui disparaissent dans nos campagnes parce qu'ils n'arrivent pas à survivre, c'est notre destin à nous.
Donc il y a une nouveauté depuis quelques temps, c'est qu'on est prêts à nous mobiliser pour nous assurer qu'ils gagnent leur vie. Et c'est comme ça que durablement on pourra transformer les choses.
Et donc vous êtes venu avec un pack de lait, les consommateurs que vous représentez, donc dans C'est qui le patron, ils ont identifié un juste prix pour ce pack de lait ?
Alors vous voyez, cette question je vais préciser, c'est pas les consommateurs qui ont décidé du prix, c'est uniquement les producteurs, c'est-à-dire qu'on a demandé à l'ensemble des producteurs par un vote, voilà ce qui se passe, vous avez des coûts de production qui montent. Nous, on ne négocie pas en tant que consommateurs avec les producteurs. On veut qu'ils gagnent leur vie pour que cette phrase ne soit pas ni de la com' ni du marketing, mais une réalité. Et ce sont les producteurs depuis le début qui fixent la rémunération qui devient celle qui est la leur à partir du moment où on achète le produit.
Et ça devient le prix conseillé par le consommateur, c'est ce qui est indiqué sur votre pack de lait ?
Ça c'est une notion, on ne s'est pas rendu compte. Quand on a marqué sur le pack prix, votez, conseillé, les prix sont libres, on a en fait créé quelque chose qui permettait d'éviter que le prix, par une baisse de la concurrence entre enseignes, parte vers le bas. Parce qu'à la fin, vous savez, quand les prix baissent, quand les promotions se mettent en marche, ce n'est pas le magasin qui vous offre des centimes, c'est le producteur. Parce qu'on ira chercher chez lui les centimes qu'on vous aura offerts.
Et c'est-à-dire que vous, Nicolas Chaban, avec C'est qui le patron, vous arrivez à imposer un juste prix, le prix dont vous venez de nous parler, au distributeur final, puisque vous êtes quand même distribué dans pas mal d'enseignes, dont les plus grandes, Leclerc, Auchan, etc.
Oui, c'est vrai que...
Pourquoi vous arrivez à faire ce que les autres n'arrivent pas à faire ?
Alors, parce que nous sommes des consommateurs, parce que dans cette aventure, il n'y a pas de chiffres et de stratégies financières. À la fin de l'année, s'il reste de l'argent, tout revient au soutien des producteurs. Comme on est sorti de cette notion-là, on a la possibilité de prendre l'argent au départ pour le donner aux producteurs. Cette inversion-là, elle a fait que quand les consommateurs... En un mot, quand vous êtes dans un rendez-vous avec un distributeur, vous venez en tant que consommateur, on est 16 millions. Vous dites, voilà, le prix à 1,27, on l'achètera. C'est devenu d'ailleurs la brique la plus vendue de France. Il n'a pas à être plus royaliste que le roi.
Il estime quand même qu'on est bien placé pour savoir ce qu'on peut faire au niveau de nos achats. Et en ayant réécrit toute l'histoire, le magasin à sa part, le fabricant à sa part, tout ça est très raisonnable, mais le producteur est protégé.
Et donc, c'est-à-dire que vous arrivez à vendre le pack de lait au prix que vous avez estimé juste auprès du distributeur, libre à lui, après, de faire des promos, de le vendre plus bas, ou de le vendre plus cher, parce que moi, je l'ai vu plus cher, votre pack de lait.
Alors, effectivement, autre bonne question pour comprendre, il n'y a jamais de promotion sur cette brique de lait, parce que ça créerait effectivement une économie par le bas qui risquerait à un moment donné d'impacter le producteur. Si vous l'avez vu quelquefois plus cher, on a un chiffre de 98% de magasins qui suivent le prix voté conseillé.
Et ce qui est incroyable, je vais vous raconter ça, mais c'est incroyable, quand le prix est plus cher ou moins cher, moins cher, c'est encore plus beau, les sociétaires, il y en a là sur le stand, les consommateurs dans la coopérative, eh bien, ils disent au magasin, non, non, ne baissez pas le prix, mettez-le au prix voté conseillé, parce qu'on n'a pas envie à un moment donné que le producteur soit pénalisé.
Alors, revenons à notre débat principal. Cette loi est galime 4, qu'appelle de ses voeux Bruno Le Maire. A quoi doit-elle ressembler pour que nos auditeurs comprennent un peu ce qui pourrait être la loi future, selon Nicolas Chaban ?
Elle doit ressembler à ce qu'elle a été au départ. Je me permets de dire que la loi EGalim 1 a été directement inspirée de cette initiative de consommateurs.
La loi EGalim est celle qui permet de faire les négociations commerciales entre les distributeurs.
Voilà, en protégeant le producteur. Donc, ça a été inspiré de la démarche des consommateurs. Il y a une chose, et je crois qu'on va être entendus enfin. Pour que les acteurs qui gèrent la notion de prix et d'achat au producteur puissent le faire différemment, il faut que dans toutes les réunions commerciales, il y ait l'acteur qui soit le seul capable de redistribuer les cartes différemment, c'est le producteur et le consommateur. Il faut qu'on s'invite au moment où les grandes marques choisissent de donner un juste prix ou pas au producteur. Alors là, on lèvera la main en disant, monsieur la grande marque, c'est avec mon argent que vous faites tout ça, on veut que ce soit différent.
Alors qu'aujourd'hui, ce sont les industriels et les distributeurs, il n'y a pas les producteurs, il n'y a pas les consommateurs.
Il faut vous rendre compte. C'est-à-dire qu'en 40 ans, les deux acteurs les plus importants, producteurs et consommateurs, n'ont jamais été dans ces rendez-vous.
Et dernière question, Nicolas Chaban, à votre avis, si cette loi évolue dans le sens que vous souhaitez, ça permettrait que les agriculteurs vivent dignement de leur travail ?
On le voit humblement, il y a 100 millions de produits en France solidaires vendus par an, dans le cadre de cette démarche, c'est une progression constante, c'est la brique de lait la plus vendue et celle qui progresse le plus. Au-delà des chiffres, c'est des sourires côté producteur. Il faut croire dans ce bon sens qui rassemble producteurs et consommateurs.
Merci beaucoup Nicolas Chaban, fondateur de C'est qui le patron ? Invité éco de France Info ce soir depuis le salon de l'agriculture Porte de Versailles à Paris. Merci beaucoup.