Migrants : "Il faut lutter contre l’emploi illégal d’étrangers" (Jean-Christophe Dumont, OCDE)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:28OuverteRéponse directe
Êtes-vous convaincu que les Européens ne se sont pas déchirés sur la question des migrants ?
- 0:58OuverteRéponse directe
Pourquoi est-ce si important la question du travail irrégulier ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Est-ce que les dirigeants s'occupent de ce point-là de sommet en sommet ?
- 2:13RelanceRéponse directe
La lutte est-elle assez ferme contre le travail illégal ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Quel est le but des centres pour examiner les demandes d'asile ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Qui va mettre en œuvre ces centres finalement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30InvitéFait
« la bonne nouvelle c'est effectivement que les Européens ne se sont pas déchirés sur cette question-là »
- 0:44InvitéFait
« Il y a des propositions intéressantes qui doivent donner lieu à des plus amples discussions »
- 0:55InvitéFait
« la question de la lutte contre l'emploi illégal des étrangers »
- 1:06InvitéFait
« pour ceux qui sont déboutés du droit d'asile et qui peut-être ne seront pas retournés dans leur pays d'origine, la seule façon finalement de pouvoir se maintenir, c'est de travailler de façon irrégulière »
- 2:22InvitéChiffre
« c'est environ 7000 personnes qui ont été régularisées pour motif économique en 2017 »
- 2:28InvitéChiffre
« On les retrouve dans tout un tas de secteurs, notamment dans l'autorinerie-restauration, pour près de 40% »
- 3:02InvitéFait
« Le but, c'est effectivement de pouvoir s'assurer que les gens ne disparaissent pas dans la nature avant que leur demande d'asile soit étudiée »
- 3:25InvitéFait
« Elle est identifiée comme une des causes »
- 4:06InvitéFait
« Là, c'est effectivement dans le suivi des discussions du Conseil »
- 4:36InvitéFait
« il y a eu un glissement dans la terminologie »
- 4:44InvitéChiffre
« la plupart de la migration en Europe, c'est presque 1,4 million de personnes qui sont venues de pays tiers »
- 4:57InvitéChiffre
« En France, c'est 28 000 titres de séjour qui sont donnés pour des personnes qui ont un contrat de travail et qui viennent d'un autre pays »
- 5:36InvitéFait
« l'immigration de travail a effectivement augmenté »
- 5:44InvitéChiffre
« 27 000, presque 28 000 qui ont été octroyés l'an dernier »
- 5:51InvitéFait
« La France est un des pays où cette immigration de travail est finalement la plus faible »
- 6:14InvitéFait
« Ce sont plutôt les dispositifs administratifs, notamment le test du marché du travail »
- 6:23InvitéFait
« Elle a été créée en 2008, elle n'a jamais été actualisée depuis »
- 6:54InvitéFait
« Non, ça ne me surprend pas »
- 7:00InvitéFait
« l'opinion publique surestime le nombre d'immigrés qu'il y a en France »
- 7:06InvitéChiffre
« ils répondent 18%, alors qu'en réalité, c'est environ 9% »
- 7:16InvitéFait
« il y a une surestimation »
- 7:23InvitéChiffre
« il y a seulement 28% des Français qui pensent que les réfugiés vont s'intégrer »
Temps de parole
- Invité75 %
- Présentateur21 %
- ?3 %
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C
'est l'interview éco, on retrouve Jean-Lemarie et son invité. Bonsoir Jean-Christophe Dumont. Bonsoir. Les Européens ont donc trouvé un accord sur les migrants. C'est un sujet que vous connaissez par cœur, vous travaillez à l'OCDE, vous êtes le chef de la division des migrations internationales, vous avez suivi ça très près,
est-ce
que vous êtes convaincu
?
Écoutez, la bonne nouvelle c'est effectivement que les Européens ne se sont pas déchirés sur cette question-là, comme c'était éventuellement annoncé. Il y a des propositions intéressantes qui doivent donner lieu à des plus amples discussions, notamment sur la question très importante et sensible des migrations secondaires. Il y a d'autres sujets qu'on a laissé de côté, par exemple la question des routes légales pour l'immigration de travail et aussi la question de la lutte contre l'emploi illégal des étrangers.
Pourquoi est-ce
que c'est si important ? Ça vous en parle régulièrement, la question du travail irrégulier, illégal, du travail au noir pour le dire plus concrètement. Pourquoi est
-ce
que c'est si important
pour vous ? C'est important
parce que pour ceux qui sont déboutés du droit d'asile et qui peut-être ne seront pas retournés dans leur pays d'origine, la seule façon finalement de pouvoir se maintenir, c'est de travailler de façon irrégulière. S'il
n
'y a pas cette demande de travail irrégulier dans le secteur informel et parfois même au-delà, quand vraiment les pratiques sont les plus malveillantes, et bien effectivement l'effet d'appel sera d'autant diminué. Donc il faut évidemment traiter les causes profondes de cette migration irrégulière en aidant les pays d'origine à se développer et à fournir les emplois nécessaires aux jeunes qui rentrent sur le marché du travail. Mais il faut également regarder de l'autre côté de la frontière,
chez nous, en
Europe,
et traiter cette question de l'emploi illégal d'étrangers parce que c'est une des causes aussi des migrations irrégulières.
Est-ce que les dirigeants s'occupent de ce point-là
?
De sommet en sommet, la question des migrations
revient ? La question
-là est explicitement mentionnée dans l'agenda européen pour la migration.
Elle
est identifiée comme une des causes. Mais effectivement, on voit bien, ça ne fait pas encore l'objet des discussions au niveau intergouvernemental. La
lutte n'est pas assez
ferme, assez féroce contre ce travail-là, contre ce travail illégal
?
Écoutez, le fait est que dans un certain nombre de pays, si on prend le cas de la France, c'est environ 7000 personnes qui ont été régularisées pour motif économique en 2017. On les retrouve dans tout un tas de secteurs, notamment dans l'autorinerie-restauration, pour près de 40%. Donc effectivement, il y a là des besoins de main-d'oeuvre qu'on retrouve d'année en année, qui pourraient tout à fait être pourvus par des voies légales, qui existent d'ailleurs, mais il se fait qu'elles ne sont pas utilisées. Donc c'est une question importante et effectivement qui doit se traiter aussi en accroissant la pression sur les employeurs qui sont malveillants.
En attendant, c'est toute la question difficile des arrivées. Les Européens ont prévu la nuit dernière d'ouvrir des centres pour examiner le cas de chaque demandeur d'asile. Quel est le but, là
?
Le but, c'est effectivement de pouvoir s'assurer que les gens ne disparaissent pas dans la nature avant que leur demande d'asile soit étudiée.
Et
puis, de fait, si elle est rejetée, qu'ils puissent être retournés dans les pays d'origine plus rapidement, plus facilement. En tout état de cause, effectivement, il faut accélérer le traitement de la demande d'asile. Là-dessus, il y
a
un consensus en Europe. La France, avec sa nouvelle loi sur l'immigration et l'asile, propose des solutions pour aller dans ce sens. Mais ça ne résout encore une fois qu'une partie de la question. Il faut aussi travailler sur ces causes profondes de la migration irrégulière. Et pour ceux qui obtiennent l'asile, il faut évidemment renforcer, accélérer les processus d'intégration. Là aussi, on peut faire beaucoup mieux et plus vite.
Sur ces centres, encore une fois, il y
a
la mise en œuvre d'abord, ou la non mise en œuvre. On va voir comment ça se passe. Mais le président de la République déclarait tout à l'heure que la France n'ouvrirait pas de centre sur son sol. On sait que les Italiens qui sont en première ligne ne sont pas davantage pressés de le faire. Qui va le faire finalement
?
Écoutez, là, c'est effectivement dans le suivi des discussions du Conseil.
On n'y est pas, on n'y est pas. Que cette question n
'est pas tout à fait, me semble-t-il. Mais le principe a été acté. Sa mise en œuvre peut être extrêmement compliquée. Et donc, ça ne fera pas du jour au lendemain. C'est une évidence.
Derrière, il y a une autre idée, Jean-Christophe Dumont. C'est distinguer ceux qui viennent pour des raisons humanitaires, par exemple parce qu'ils fuient la guerre. Et puis ceux qui viennent pour des raisons économiques, pour gagner leur vie chez nous, en Europe. Que pensez-vous de cette distinction ?
En tout cas, il y
a
eu un glissement dans la terminologie. On a l'impression qu
'il n'y a plus
que deux types de migrants. Il y a effectivement les réfugiés et les migrants économiques. Mais on oublie que la plupart de la migration en Europe, c'est presque 1,4 million de personnes qui sont venues de pays tiers. Et qui sont venues durablement s'installer avec un statut tout à fait légal. En France, c'est 28 000 titres de séjour qui sont donnés pour des personnes qui ont un contrat de travail et qui viennent d'un autre pays. Éventuellement des étudiants qui changent de statut, mais aussi des gens qui obtiennent un premier titre de séjour. Écoutez, il ne faut pas réduire la migration à cette question du réfugié et de l'asile.
Parce que finalement, la plupart des migrants viennent dans des routes tout à fait légales, pour des raisons familiales, pour des raisons d'études, pour des raisons de travail. L
'immigration en
hausse d'ailleurs, d'après votre organisation, d'après l'OCDE. L'immigration en France a augmenté encore l'année dernière. Notamment l'immigration de travail, j'ai noté plus 20%. Comment ça se fait, ça
? Alors
l'immigration de travail a effectivement augmenté. Notamment, il
y a plus d'étudiants... 20% sur un volume
important ou pas ? C
'est combien ? 28
000 titres qui ont été octroyés... 27 000, presque 28 000 qui ont été octroyés l'an dernier. Écoutez, ce n
'est
pas très important. La France est un des pays où cette immigration de travail est finalement la plus faible. C'est à la fois lié au fait que peut-être qu
'il
y a effectivement des réserves de main-d'oeuvre, des gens qui sont prêts à prendre ces emplois. Il y
a
encore un taux de chômage élevé. Il y
a
un potentiel pour accroître le taux de participation sur le marché du travail. Mais en même temps, c'est lié, c'est un rapport de l'OCDE qu'on a publié récemment qui le montre, à tout un tas de difficultés administratives. Ce n
'est
pas tellement le cadre légal qui pose problème. Ce sont plutôt les dispositifs administratifs, notamment le test du marché du travail. Il y
a
une liste de métiers en tension pour lequel il n
'y
a pas d'évaluation de la situation de l'emploi. Elle a été créée en 2008, elle n'a jamais été actualisée depuis. Ce qui veut dire qu'il n
'y a
plus que 15% des métiers qui sont dans la liste qui sont encore en tension aujourd'hui. Clairement, le pilotage de l'immigration de travail doit être renforcé en France. C'était un des messages de ce rapport qu'on a publié en novembre dernier.
Est-ce que vous avez
vu, Jean-Christophe Dumont, ce sondage Odoxa Dentsu Consulting pour France Info et le Figaro, publié ce matin ? 6 sondés sur 10 estiment que la France accueille, ouvrez les guillemets, trop de migrants.
Est
-ce que ça vous surprend, vous le spécialiste
? Non, ça ne me surprend pas. On a vu ça dans d'autres sondages. C'est à relier à deux choses principalement. La première, c'est que, disons, en général, l'opinion publique surestime le nombre d'immigrés qu'il y a en France. Quand on leur demande combien il y a d'immigrés ressortissants de pays tiers en France hors UE, ils répondent 18%, alors qu'en réalité, c'est environ 9%. Donc, deux fois plus. Donc, il y
a
une surestimation. Le deuxième point, c'est qu
'ils
n'ont pas confiance dans le fait que le processus d'intégration va être réussi. Donc, il y a seulement 28% des Français qui pensent que les réfugiés vont s'intégrer, comparé, par exemple, à presque 50% des Canadiens, 48% aux Etats-Unis, 43% au Royaume-Uni. C'est-à-dire qu'en France, on pense que l'intégration ne fonctionne pas. D'où la nécessité de renforcer les politiques d'intégration. Il faut savoir que si les immigrés, par niveau d'éducation, âge et sexe, avaient le même taux d'emploi que les natifs, ça serait 10 milliards de recettes fiscales chaque année pour la France.
Merci. Jean-Christophe Dumont de l'OCDE, chef de la division des Migrations Internationales. Merci. Merci.