Patrick Kanner : « Olivier Faure est le plus légitime à occuper Matignon »
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:22OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous pensez pouvoir trouver un accord avec lui, accord que vous n'avez pas trouvé dans les trois semaines précédentes ?
- 0:49RelanceRéponse partielle
Ça veut dire que ça va changer le contenu de vos discussions ?
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Concrètement, quelle va être votre demande ce matin à Sébastien Lecornu ?
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Vous ne dites pas, c'est soit un Premier ministre de gauche, soit on ne discute pas.
- 2:05FerméeRéponse directe
Si vous obtenez tout ça, y compris la suspension de la réforme des retraites, avec un Premier ministre qui est de nouveau issu du camp présidentiel, il n'y a pas de problème.
- 4:15FerméeRéponse partielle
Si ce matin, Sébastien Lecornu vous confirme qu'il part sur une suspension de cette réforme, il y aura accord de nous censurer avec le Bloc central ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueFait
« nous n'avons jamais refusé de rencontrer ni les premiers ministres, ni manifestement les premiers ministres démissionnaires. »
- 0:43Invité politiqueFait
« il est passé de premier ministre de la septième puissance économique du monde à négociateur en chef. »
- 1:35Invité politiqueFait
« justice sociale, notamment avec une vraie mesure de pouvoir d'achat. »
- 1:40Invité politiqueFait
« justice fiscale, c'est-à-dire on demande à ceux qui ont les moyens de prendre en charge ce que les autres n'ont pas. »
- 1:51Invité politiqueFait
« plan de relance, logement, etc. »
- 1:51Invité politiqueFait
« suspension de la réforme. »
- 3:46Invité politiqueFait
« pour l'intérêt du pays, pour l'intérêt des Français, il y a cette proposition de suspendre la mesure d'âge, très concrètement, pour pouvoir avancer. »
- 4:54Invité politiqueChiffre
« certains disent 3 milliards, d'autres disent 4. En tout cas, à l'échelle de ce que ça peut représenter, à savoir permettre au pays de fonctionner, je vais vous dire, ça vaut bien moins cher qu'une crise politique qui dure et qui affaiblit notre pays. »
- 5:41Invité politiqueFait
« On n'est pas quand même farfelus. Nous sommes d'une formation politique qui a gouverné le pays pendant des années, dans la cinquième en politique, pardon, la plus révélateur, vu l'instabilité. »
- 5:59Invité politiqueFait
« le coût de cette suspension doit être compensé par des recettes nouvelles, notamment sur les plus hauts patrimoines et les plus hauts revenus. »
- 6:14Invité politiqueChiffre
« Rappelez-moi un peu le chiffre de notre dette publique, 3 400 milliards d'euros. »
- 8:51Invité politiqueChiffre
« la taxe Zuckman était un élément important, mais parce qu'elle ramenait beaucoup d'argent, 15 milliards d'euros selon nous, un vrai rendement politique. »
- 10:00Invité politiqueFait
« ce n'est pas constitutionnel, c'est contraire à l'esprit de nos institutions de la Ve République »
- 11:28Invité politiqueFait
« les Français lui ont donné cette légitimité, certes par défaut, mais lui ont donné cette légitimité »
- 15:01Invité politiqueFait
« il n'y aura plus d'accord programmatique avec la France insoumise, ce qui a été le cas en 2022 avec la NUPES, ce qui a été le cas en 2024 avec le NFP. »
- 15:35Invité politiqueFait
« La seule préoccupation de LFI, le seul mentor, c'est est-ce que M. Mélenchon peut être présent au second tour ? »
- 21:07Invité politiqueFait
« je pense que là, l'exemple italien, à mon avis, est en train d'inspirer une partie de la droite »
Temps de parole
- Patrick Kanner77 %
- Présentateur17 %
- Invité4 %
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Bonjour Patrick Cannaire, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes sénateur du Nord, président du groupe socialiste ici au Sénat. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice Vesserodon du groupe EBRAS, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice.
Bonjour Aurélien, bonjour Patrick Cannaire. Bonjour.
Patrick Cannaire, vous vous rendez à Matillon ce matin, rencontrez Sébastien Lecornu.
Une fois de plus.
Une fois de plus. Est-ce que vous pensez pouvoir trouver un accord avec lui, accord que vous n'avez pas trouvé dans les trois semaines précédentes ?
Déjà, il y a une question de forme. Tout d'abord, nous allons à Matignon, nous n'avons jamais refusé de rencontrer ni les premiers ministres, ni manifestement les premiers ministres démissionnaires. Même si M. Lecornu a changé de statut, il est passé de premier ministre de la septième puissance économique du monde à négociateur, en chef.
Ça veut dire que ça va changer le contenu de vos discussions ?
Écoutez, nous, on sait ce qu'on veut. Manifestement, il y a du bouger, même des gros bougers, qui se préparent. Donc, comme on l'a toujours dit, notre problème, ce n'est pas d'aller chercher des postes ou des places. Notre problème, c'est de ramener aux Français des bonnes choses. Parce qu'on estime qu'aujourd'hui, il faut apaiser le pays sur le plan social pour pouvoir l'apaiser sur le plan politique.
Mais concrètement, vous dites, on sait ce qu'on veut. Concrètement, quelle va être votre demande ce matin à Sébastien Lecornu ?
Alors, je terminerai par le plus gros. Notre demande, ça a toujours été connue. Et depuis, notamment, je vous ai ramené nos travaux de Blois. C'est là où nous avons préparé notre projet pour le pays. justice sociale, notamment avec une vraie mesure de pouvoir d'achat. Justice fiscale, c'est-à-dire on demande à ceux qui ont les moyens de prendre en charge ce que les autres n'ont pas. Plan de relance, logement, etc. Et suspension de la réforme.
Mais juste, pardon, ça veut dire que vous êtes encore sur un travail de fond. Vous ne dites pas, c'est soit un Premier ministre de gauche, soit on ne discute pas.
Attendez, la question du casting, c'est la conclusion d'une démarche politique. Ce n'est pas un préalable.
Donc, si vous obtenez tout ça, y compris la suspension de la réforme des retraites, on va y venir, avec un Premier ministre qui est de nouveau issu du camp présidentiel,
il n'y a pas de problème. Si on obtient tout ça, la logique voudrait que ce soit nous qui le mettions en œuvre. C'est ce que nous demandons.
Mais pas forcément, puisqu'il y a des bougées dans le camp présidentiel.
Depuis un an, nous demandons à mettre en œuvre. Vous savez, j'ai toute confiance dans le camp présidentiel. Mais vu ce qui se passe depuis maintenant quelques jours, on se demande où est la colonne vertébrale. Nous, on a une colonne vertébrale. Nous demandons à pouvoir mettre en œuvre notre projet politique. Et nous demandons nos responsabilités à Matignon, parce que toutes les étapes précédentes ont échoué. M. Barnier-Heller a échoué. M. Beyrou-Modem a échoué. M. Lecornu-Renaissance a échoué. Est-ce qu'il y a une session de rattrapage ? Excusez-moi, mais ce n'est pas à nous de le dire. C'est au président de la République.
– Mais ce n'est pas non. C'est-à-dire, ce qui compte, c'est le projet. Ce n'est pas forcément le casting. – Ce qui compte, c'est l'intérêt… – Si Sébastien Lecornu est renommé, hypothèse, ce n'est pas grave.
– Ce qui compte, c'est l'intérêt des Français, mais je vous reconfirme que pour être sûr que tout ceci soit mis en œuvre, il vaut mieux que ce soit plutôt un membre de la gauche de responsabilité.
– Mais il vaut mieux, mais ce n'est pas une ligne rouge. – Il vaut mieux, mais ce n'est pas une ligne rouge.
– Il vaut mieux, et nous continuons à le demander. Voilà.
– Vous avez l'air un peu plus optimiste ce matin, je me trompe.
– Écoutez, je regarde la télé comme vous, j'ai vu quand même qu'hier soir, Mme Borne considérait que sa propre réforme. Et on parlait des rendez-vous à Matignon. Moi, je peux vous dire qu'on était, avec Boris Vallaud et Olivier Faure, trois fois, quatre fois, cinq fois à Matignon pour rencontrer Mme Borne, à l'époque de 2023. C'était Niette, Niette, c'était Mme Niette et Mme 49-3. Et là, écoutez, je suis content de voir que pour l'intérêt du pays, pour l'intérêt des Français, il y a cette proposition de suspendre la mesure d'âge, très concrètement, pour pouvoir avancer.
– Marine Tondelier disait hier, on n'a jamais été aussi près d'avoir Matignon, vous le pensez aussi ?
– Marine Tondelier essaie de rapprocher tous les points de vue. Il ne m'a pas échappé qu'hier, elle avait signé deux communiqués de presse contradictoires. Donc voilà, j'ai beaucoup de respect.
– On va y venir sur les divisions à gauche, mais juste sur la suspension de la réforme des retraites. Si ce matin, Sébastien Lecornu vous confirme qu'il part sur une suspension de cette réforme, il y aura accord de nous censurer avec le Bloc central ?
– Il est évident qu'il va nous le confirmer. Je ne vois pas Mme Borne faire cette déclaration hier, au journal Le Parisien.
– On peut la faire en son nom propre, sans être suivi par son foi.
– Ça c'est du rêve. – Donc pour vous, c'est qu'il y a du Sébastien Lecornu derrière. – Mme Borne n'a pu s'exprimer que s'il a eu un feu vert. J'ai bien entendu que le président de la République a découvert ça par hasard. Bon, je ne suis pas né de la dernière pluie.
– Donc pour vous, c'est que Sébastien Lecornu cautionne cette suspension de la réforme des retraites ?
– Bien sûr, parce que tout le monde veut sortir de la crise. Et quand on regarde le coût, il y a un certain coût, cette suspension. Vous en le chiffrez précisément, certains disent 3 milliards, d'autres disent 4. En tout cas, à l'échelle de ce que ça peut représenter, à savoir permettre au pays de fonctionner, je vais vous dire, ça vaut bien moins cher qu'une crise politique qui dure et qui affaiblit notre pays. Vous avez vu quand même les résultats. Le spread, le taux d'emprunt augmente comme jamais, etc. Notamment l'emprunt à sur 10 ans. Donc il faut en sortir vite. Et pour en sortir vite, cette mesure est bonne.
– Juste, puisque vous parlez du coût, ce matin, Yael Brune-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, elle dit que ça la gêne, cette suspension de la réforme des retraites, mais qu'elle pourrait la soutenir si c'est dans un deal global sur le budget. Est-ce que vous allez vers cette solution ? On la suspend, mais derrière, on trouve des financements.
– Mais c'est ce que nous avons proposé. On n'est pas quand même farfelus. Nous sommes d'une formation politique qui a gouverné le pays pendant des années, dans la cinquième en politique, pardon, la plus révélateur, vu l'instabilité. Donc on a fait notre travail. Et pour nous, le coût de cette suspension doit être compensé par des recettes nouvelles, notamment sur les plus hauts patrimoines et les plus hauts revenus.
– Roland Lescure, le ministre émissionnaire de l'économie, dit ce matin, modifier la réforme des retraites coûtera des centaines de millions en 2026, des milliards en 2027.
– Rappelez-moi un peu le chiffre de notre dette publique, 3 400 milliards d'euros. – Vous disons, on n'est plus à ça près. – 3 400 euros. Je me dis qu'il faut relancer le pays, il faut faire repartir le pays dans un climat politique apaisé. Il faut redonner confiance aux chefs d'entreprise. Vous savez, moi, j'ai dans ma famille des chefs d'entreprise qui me disent, mais nous, on ne bouge pas. Tant que ce n'est pas stabilisé, on ne bouge pas. On ne réinvestit pas. Ce qui veut dire qu'il y a des emplois qui vont disparaître. Ça veut dire que des recettes fiscales ne vont pas rentrer dans les caisses parce que le pays, État, est bloqué.
Eh bien, nous, nous vous proposons un déblocage du pays sur le plan économique par une mesure politique qui est attendue par une immense majorité des Français.
– Vous êtes prêt à travailler avec Gabriel Attal ? Vous disiez tout à l'heure, je n'ai pas compris si c'était de l'humour, vous disiez que vous aviez confiance dans l'entourage présidentiel.
– Écoutez, moi, je n'ai pas rencontré Gabriel Attal. Je sais qu'Olivier Ford l'a rencontré. – Ils se sont parlés ?
– Ils se sont parlés, oui.
– Qu'est-ce qu'il se sont parlés ? – Ils se sont parlés dans les couloirs de LCI, avec d'ailleurs Marine Tondelier qui était aussi présente. Moi, je pense que Gabriel Attal montre qu'il est en train de prendre de l'autonomie par rapport au président de la République. Je crois que d'ailleurs, il n'a jamais pardonné au président de la République la dissolution du 9 juin 2024, qu'il a mis à terre très concrètement. Et ça s'est vu, y compris physiquement, c'est Gabriel Attal. Donc, M. Attal comprend qu'il faut encore une fois sortir du blocage. Est-ce qu'il veut être l'homme de la situation ? En tout cas, il peut participer à ce déblocage. La vraie question qui est posée, ce n'est pas M.
Attal, c'est M. Macron. Est-ce que M. Macron donne des consignes à ce qui reste de Renaissance ? Parce que Renaissance est devenu un parti groupusculaire, chacun le sait bien, avec des députés qui ne viennent même plus siéger à l'Assemblée nationale. On l'a vu à la fin de la session dernière. Donc, c'est quelque chose qui part en délitement, manifestement. Est-ce que M. Macron donne des consignes aux uns et aux autres ? Est-ce que le Président de la République donne des consignes pour sortir notre pays de l'impasse ? C'est toute la question qui est...
– Patrick Lanner, juste pour qu'on comprenne bien, si ce matin Sébastien Lecornu vous dit qu'on suspend la réforme des retraites, vous sortez de Matignon en disant qu'on est sur un accord de non-censure ?
– Nous sortirons de Matignon en disant que nous voulons des confirmations sur les trois grands sujets qui sont les nôtres, suspension des retraites, vous l'avez dit, de la réforme, pas si c'est pas non-déros, la réforme de Mme Borne, deuxièmement, mesures pour le pouvoir d'achat, troisièmement, justice fiscale. C'est notre trio gagnant.
– C'est ça qu'il avait déjà évoqué, une forme de taxation des plus riches, et de la justice fiscale avec des baisses d'impôts pour les gens qui sont au-dessus du SMIC.
– Il a même évoqué l'idée que dans le débat parlementaire, on pourrait aller plus loin. Alors vous avez bien compris que pour nous, la taxe Zuckman était un élément important, mais parce qu'elle ramenait beaucoup d'argent, 15 milliards d'euros selon nous, un vrai rendement politique. S'il imagine d'autres dispositifs qui fassent que, ce ne sont pas les petits qui payent pour les gros, permettez-moi l'expression un petit peu triviale et populaire, eh bien nous regarderons ça de près.
– Donc c'est pas la taxe Zuckman ou rien, c'est ce que vous nous dites.
– Exactement, mais on l'a toujours dit. Il n'y a pas de fétichisme chez nous. Ce qu'on veut, c'est un rendement et qui fasse que le principe, ce ne soit pas de faire payer, encore une fois, les petits. Nous n'avons pas la dissolution compulsive, nous n'avons pas la démission de M. Macron compulsive. Nous demandons une cohabitation, parce qu'on estime qu'on sera mieux placé pour mettre en œuvre tout ça que n'importe qui d'autre, mais nous allons regarder ce qui est proposé. Vous savez, c'est M. Macron qui nomme le Premier ministre, ce n'est pas votre serviteur.
– Donc quand Édouard Philippe, hier, appelle à une présidentielle anticipée après le budget, en disant qu'Emmanuel Macron doit préparer sa sortie, vous n'êtes pas sur cette ligne ?
– Non, non, et puis je m'étonne qu'un ancien Premier ministre, vous me direz qu'il n'est pas le seul, manifestement, appelle à la démission immédiate ou même différée du président de la République. Tout d'abord parce que ce n'est pas constitutionnel, c'est contraire à l'esprit de nos institutions de la Ve République, et puis parce qu'il affaiblit la fonction. Enfin, imaginez-vous la situation, M. Macron dit « je m'en vais au mois de mars 2026 ». Que vaudra sa parole, y compris sur le plan international, dans le contexte terrible qui est le nôtre ? Non, il ne faut pas affaiblir, je n'ai pas de sympathie particulière pour M.
Macron, mais je ne veux pas affaiblir la fonction de président de la République. Ce serait dramatique, encore une fois, dans la période qui est la nôtre. Et je pense que là, M. Philippe fait une faute politique qui est sûrement liée aux résultats des sondages qui, aujourd'hui, sont mauvais. Pour lui, en tout cas, il n'est plus la personne recours évidente qu'il était il y a encore quelques mois.
– Donc il est dans un calcul personnel, selon vous ?
– Je pense qu'il va accélérer le mouvement, il va accélérer le mouvement, et nous, nous ne sommes pas dépendants du bon vouloir et du calendrier électoral de M. Édouard Philippe. L'intérêt de la France…
– Mais surtout, est-ce que vous êtes prêts, vous, à une présidentielle anticipée au PS ? Est-ce que vous êtes prêts, s'il y a une présidentielle anticipée ?
– On ne se pose pas la question. – Vous y allez avec lui ? – Est-ce que vous avez vu un leader socialiste dire « nous voulons une démission, voire même pire, une distribution », comme le dit LFI de M. Macron ? La réponse est non. Donc nous, nous souhaitons que le président de la République aille jusqu'au bout de son mandat, parce qu'il est légitime, les Français lui ont donné cette légitimité, certes par défaut, mais lui ont donné cette légitimité, et donc seul lui pourrait imaginer de démissionner, et je crois que ça amènerait du chaos au chaos, ce n'est pas souhaitable.
– Vous dites « on est prêt à gouverner », pardon, mais qui est derrière ce « on » ? Parce qu'on a vu hier des réunions à gauche, alors les écologistes étaient d'un côté avec la France insoumise, après ils étaient avec vous, la France insoumise et les écologistes appellent la gauche à s'unir, – Il y a qui derrière ce « on » ?
– Moi j'ai toujours revendiqué pour le Parti Socialiste une responsabilité particulière, parce que nous sommes la première force politique à gauche, et parce que nous avons déjà gouverné ce pays, que nous avons amené la gauche à gouverner ce pays quatre fois dans la Ve République. Je n'ai pas changé d'avis. Et donc, nous avons des partenaires privilégiés pour gouverner. Europe Écologie Les Verts, les écologistes, le Parti Communiste, Place Publique que je n'oublie pas, avec qui nous avons fait campagne, avec Raphaël Glucksmann en mai et juin 2024. Nous avons aussi des radicaux de gauche. Enfin, je dirais, cette grande famille social-démocrate et écologique doit pouvoir se rassembler.
Et pour ça, il faut clarifier les choses. J'ai bien vu que Mme Tourdelier essaye d'être au centre du jeu, y compris en faisant un grand écart, parfois, qui doit lui faire mal aux adducteurs. Mais une fois que cela est dit…
– Il y a quand même un sujet d'incarnation. Il y a quand même un sujet d'incarnation. Parce que même si vous deviez, si un homme ou une femme de gauche devait aller à Matignon, il y a un sujet d'incarnation. Est-ce que cette idée que ce soit quelqu'un de non-partisan qui aille à Matignon pour incarner la gauche, c'est quelque chose qui chemine chez vous ?
– Alors, tout d'abord, je ne vois pas ce que ça veut dire qu'un gouvernement technique. Je ne comprends pas. Un gouvernement technique, il devra quand même passer devant le vote de l'Assemblée nationale, le débat au Sénat. Il y aura bien une confirmation politique. Donc ce gouvernement dit technique sera finalement un gouvernement politique si c'était le choix du président de la République. Dans toutes les hypothèses, je considère qu'il vaut mieux avoir des politiques à la tête de Matignon. Ça a toujours été le cas. Mais encore une fois, M. Macron, à la main, en la main.
– Mais vous souhaitez que ce soit qui, Olivier Faure ? Si demain, il doit y avoir un Premier ministre de Gauche ?
– Sur vos plateaux, sur tous les plateaux, j'ai toujours dit que c'était le primus inter pares, le premier parmi ses pères, donc Olivier Faure, qui était le mieux placé, le plus légitime pour pouvoir occuper ses fonctions. Mais Olivier Faure a dit lui-même, mais si c'est l'un des nôtres, il faut accepter. Donc je prends acte de cette proposition de mon premier secrétaire du Parti socialiste. Et je considère que c'est plutôt un socialiste qui devrait être à la tête…
– Mais qui, si ce n'est pas Olivier Faure ?
– Ah ben, attendez, on n'est pas encore là. – Vous ? – Si je suis appelé, peut-être que je réfléchirai. – Mais dans toutes les hypothèses… – Pourquoi vous n'avez pas dit non, là ? – Dans toutes les hypothèses, vous savez, je ne sonde pas l'esprit de M. Macron qui est très compliqué. Et c'est lui qui est, encore une fois, excusez-moi de le répéter pour la xième fois sur votre plateau, à la main de cette désir.
– Alors vous dites, Marine Tondelier, il doit y avoir une clarification. Mais est-ce qu'il ne doit pas aussi y avoir une clarification dans votre camp ? Hier soir, au 20h de France 2, Olivier Faure a été interrogé sur d'éventuelles alliances avec la France insoumise, en cas notamment de législatives anticipées. Il n'a pas dit clairement qu'il n'y aura plus jamais d'alliance avec la France insoumise. Est-ce que la clarification, elle doit aussi se faire au PS ?
– Non, mais nous sommes clairs par rapport à cela. Je veux dire, il n'y aura plus d'accord programmatique avec la France insoumise, ce qui a été le cas en 2022 avec la NUPES, ce qui a été le cas en 2024 avec le NFP. Voilà, tout ça, c'est derrière nous. Nous voulons un accord programmatique avec ceux qui ont envie de gouverner.
– Mais ça n'empêche pas des candidats communs dans certaines circonscriptions, voire villes ?
– Permettez-moi d'aller jusqu'au bout de ma pensée. – Qui est allé, qui a accepté de négocier à gauche avec M. Lecornu et le Premier ministre précédent ? Le PS, le PC, les Verts, place publique, LFI ? LFI ne veut pas négocier. La seule préoccupation de LFI, le seul mentor, c'est est-ce que M. Mélenchon peut être présent au second tour ? C'est leur seul objectif. L'intérêt des Français, excusez-moi, ils s'en moquent complètement. Ils ont une seule préoccupation, c'est Mélenchon ou le chaos, voire peut-être même les deux.
Donc dans ce cadre-là, nous n'avons rien à faire avec une extrême gauche que j'ai toujours considérée comme étant partie du paysage politique français, mais qui ne souhaite pas gouverner ce pays, en tout cas pas aujourd'hui, manifestement. Donc si demain il y avait une dissolution, ce que je ne souhaite pour notre pays, je souhaite un accord politique qui permette de nous en sortir par le haut, si demain il y avait une dissolution, il n'y aura pas d'accord programmatique avec LFI, je vous le confirme.
Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas dans certaines circonscriptions des candidatures communes ?
Écoutez, des candidatures communes, sûrement pas. Des accords électoraux de second tour qui feraient que, à regarder au cas par cas. Mais dans toutes les hypothèses...
– Vous pourriez encore demain appeler à voter pour un candidat de la France nationale ?
– Les socialistes reprennent leur totale autonomie, et ce n'est pas Mme Panot qui, comme elle l'a dit il y a quelques semaines dans un journal, va nous donner, va nous consentir 100 ou 110 circonscriptions. Ça, c'est une époque révolue.
– Et vous avez les moyens de gagner des circonscriptions, de gagner des villes ? – Bien sûr. – Sans accord à gauche, en étant divisée ?
– Attendez, je dis sans accord avec LFI, je peux vous dire oui. – Oui, sans accord avec la France nationale. – La gauche, la gauche, celle de la responsabilité, je vous l'ai décrite il y a quelques instants, et c'est avec elle que nous devons privilégier, effectivement, ces accords.
– Est-ce que vous avez compris la réaction de Bruno Rotaillot, dimanche soir, qui, après avoir accepté d'aller au gouvernement, finalement, a dit qu'il n'irait pas ?
– Comment voulez-vous que je comprenne quelque chose qui est incompréhensible ? Je pense que M. Rotaillot est en train de perdre ses bases. Pourtant, je le connais bien, nous connaissons bien ici, bien évidemment au Sénat, mais on sent que là, il est tiraillé, c'est peut-être la limite de l'exercice, entre son désir de rester à Beauvau, au ministère de l'Intérieur, la pression de M. Wauquiez, la base politique de LR… – C'est d'abord un problème interne, vous voulez dire ? – Ah oui, je pense, oui. Tout cela montre qu'il a certes gagné largement contre M. Wauquiez, mais qu'aujourd'hui, la base n'est plus aussi alignée sur M. Rotaillot qu'elle ne l'était il y a encore quelques temps.
– Et sa bisbille avec Bruno Le Maire, vous l'avez analysée comment ? Ça vous a paru une bonne explication ?
– Écoutez, ça me paraît complètement lunaire, cette affaire, je vous le dis. Ce que je sais, c'est que M. Rotaillot a été très critique avec M. Le Maire quand celui-ci était ministre de Bercy, enfin le Mozart de la finance, devenu finalement un joueur de piano mécanique, et quand il était lui-même ici le patron du groupe LR. Donc les relations sont très tendues, manifestement, et M. Rotaillot n'oublie pas que M. Le Maire a quitté LR.
– Après, il n'était pas le seul, les sénateurs étaient très critiques sur le fait que Bruno Le Maire n'était pas souvent au Sénat.
– Exactement, c'était vraiment la cible privilégiée du groupe LR, mais de l'ensemble d'ailleurs de la haute assemblée. M. Rotaillot doit retrouver, il doit se ressaisir, je le dis à Bruno Rotaillot encore une fois que je connais bien, il doit se ressaisir parce qu'il y a eu cette déclaration et cette décision de faire tomber le gouvernement, de fait, article 8 de la Constitution, démission du gouvernement, mais il y a eu autre chose, il y a eu sa prise de position hier matin, suite au résultat de l'élection partielle du Tarn-et-Garonne, de la première sous-transcription du Tarn-et-Garonne. – Pas une voix pour la gauche, dit-il.
– Pas une voix pour la gauche, et quand Mme Mabrouk, sur CNews, lui repose la question, il dit, pas une voix pour la gauche, mais quelque part il sous-entend que finalement le bon choix, c'est d'aller voter pour l'élection de droite.
– Hier soir il a dit qu'il laissait ses électeurs libres, et que de toute façon ça ne servait plus à rien de donner des consignes.
– Un rétro-pédalage, mais moi j'étais très choqué, parce que cette gauche, Mme Bourdonc, que je tiens à saluer pour son très bon résultat de premier tour, dans une transcription a été députée Mme Valérie Rabault, voilà, il ne faut jamais l'oublier, Mme Bourdonc, elle était la candidate socialiste, et à côté d'elle, je dirais même contre elle, elle avait une candidature LFI vers NFP. Donc ce n'était pas une candidate plutôt entre les dents, LFI d'extrême-gauche. – Donc Bruno Retailleau aurait pu faire un effort, vous voulez dire ?
– Il aurait pu être dans une neutralité bienveillante, et il aurait pu éviter de créer un front anti-républicain, comme il l'a fait hier, et ça je le regrette profondément.
– Sophie Prima hier soir sur RTL, elle n'a pas fermé la porte à une possibilité de gouverner avec le Rassemblement national, ça dépend pour quoi faire, dit-elle, nous n'avons pas que des désaccords avec le RN.
– Qu'est-ce qu'on appelle l'union des droites ?
– Vous pensez que les LR vont vers l'union des droites ?
– L'anecdote entre guillemets Retailleau sur la première conception du Tarn-et-Garonne, la déclaration de l'homme Prima, et bien d'autres, montrent qu'il y a un vent mauvais qui est en train de souffler sur LR. Les clins d'yeux de M. Bardella à l'égard du reste de la droite m'inquiètent beaucoup.
– Une recomposition politique à l'échelle française ?
– Oui, oui, je pense que là, l'exemple italien, à mon avis, est en train d'inspirer une partie de la droite, et moi je demande aux gaullistes, et je pèse mes mots, aux gaullistes de ne pas oublier leurs racines, et leurs racines c'est de combattre l'extrême droite, quelle qu'elle soit, même s'il a un plus beau visage, même s'il porte des cravates, il faut combattre l'extrême droite.
– Merci Patrick Cannaire, merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin. Fabrice Laune de l'Est républicain, Emmanuel Macron, le fond total, c'est à Laune de votre journal.
– Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada
Patrick Kanner