L'interview d'Europe Nuit : Nicolas Dupont-Aignan
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Nicolas Dupont-Aignan.
Bonsoir monsieur.
Le 11 novembre d'aujourd'hui, ce 11 novembre qui lance le centenaire de la guerre de 14-18 a été marqué par les traditionnelles cérémonies. Et on l'a vu aussi bien ce matin sur les Champs-Elysées que cet après-midi à Oyonna dans l'Ain. Il y a eu des sifflets de quelques militants d'extrême droite ou opposant au mariage pour tous contre le président. Des interpellations ont eu lieu. Vous dites quoi ? C'est sacré le 11 novembre ou on peut concevoir qu'il y ait des mouvements de mécontentement qui s'expriment même ce jour-là ?
Mais c'est sacré bien évidemment parce que ce n'est pas François Hollande qui est sur les Champs-Elysées. C'est le président de la République et on honore nos morts. Pour autant, si un jour sacré comme celui-là, il y a ces manifestations, ces sifflets, et pas seulement sur les Champs-Elysées qui d'ailleurs étaient vides, mais aussi à Oyonna, il faut en prendre la mesure. C'est pas banal. Donc ça veut bien dire qu'au-delà de ce jour sacré, il y a une protestation, il y a une colère sourde d'une force incroyable qui est dans le pays aujourd'hui.
Et je crois que le gouvernement, le président de la République, ferait mieux d'entendre au lieu de caricaturer tout de suite en disant « Ah, ce sont des gens d'extrême droite ». Sans doute ceux-là.
Qui récupèrent les bonnets rouges bretons.
Voilà. Donc on voit très bien qu'on est en train de nous enfermer dans une espèce de lutte entre d'un côté l'extrême droite et de l'autre la République. C'est pas ça. C'est qu'il y a une colère profonde à laquelle il n'est pas répondu depuis des années dans notre pays. Des années. C'est pas simplement Hollande. C'était avant. Et ça s'est aggravé encore avec Hollande. Donc c'est ça l'enjeu. Et je suis très inquiet de voir la surdité du président.
Pour rester un moment sur le thème du souvenir, si je puis dire. On a vu l'autre jour à Colombay-les-de-de-Eglises le numéro 2 du Front National et la première adjointe au maire de Paris, Anne Hidalgo, se recueillir sur la tombe du général de Gaulle. Pour vous, c'est de la récupération politique ou on peut admettre que la mémoire du général de Gaulle appartient à tout le monde ?
Écoutez-moi, chaque année, depuis longtemps, avec Philippe Séguin d'ailleurs, je me rends à Colombay. C'est curieux, les années électorales, il y a toujours beaucoup plus de monde. Hors élection, il y a moins de monde. Bon, personne n'est obligé d'être gaulliste. Personne. Le général de Gaulle n'appartient non plus à personne. Je ne me permettrais pas de le revendiquer. En revanche, voir ceux qui l'ont combattu ou qui sont les héritiers de partis qui l'ont combattu toute leur vie aller sur la tombe, il y a de quoi parfois être un peu songeur, mais l'histoire fera le tri et le peuple français est le seul jus. Ça, ça vaut pour le PS comme pour le FN ? Oui, bien sûr. M.
Philippot est peut-être sincère quand il vient sur la tombe du général de Gaulle, mais il appartient à un parti, le Front National, qui dépose chaque année une gerbe officielle sur la tombe du maréchal Pétain. Or, je rappelle que le maréchal Pétain a condamné à mort le général de Gaulle. Donc, il y a un moment... Personne n'est obligé d'être gaulliste, mais il y a un moment où il faut être cohérent. Et je crois que les Français n'en peuvent plus de ces simagrés politiciens, en plus sur les tombes.
Alors, je reviens à ces mouvements de grogne que l'on observe, et notamment le mouvement des bonnets rouges en Bretagne. Vous êtes sensible à ce climat que l'on résume par la formule du ras-le-bol fiscal, qui s'exprime de cette façon-là contre les cotaxes en Bretagne. On parlera dans un instant de votre rapport sur les paradis fiscaux. Vous pensez que cette taxe-là, par exemple l'éco-taxe, n'est ni faite ni affaire ?
C'est un scandale absolu, l'éco-taxe. Parce que derrière l'éco-taxe, il y a quoi ? Il y a l'installation de portiques privées sur des routes nationales, qui privatisent à terme les routes nationales. C'est-à-dire que je suis absolument convaincu que derrière la taxe sur les poids lourds, il y a la taxe sur les véhicules. Et que c'est toujours l'idée qu'a la technostructure Bercy depuis longtemps. Après avoir privatisé les autoroutes, ils veulent faire payer les Français sur les routes nationales. Et donc, moi je pense qu'il faut démonter ces portiques et que le gouvernement doit trancher.
J'ajoute que s'il y a une éco-taxe à mettre en œuvre pour protéger l'environnement, il faut la mettre aux frontières. C'est-à-dire que les pays, les produits importés de Chine, d'Inde, qui ont une empreinte carbone, comme on dit, très forte, c'est eux qui doivent être taxés. Mais ce n'est pas les producteurs locaux. C'est incroyable de voir à quel point les gouvernements...
Donc là, on recrée des frontières dans l'espace Schengen qui existent.
Bien évidemment, mais la taxe carbone au niveau européen, aux frontières européennes, il faut bien voir que les entreprises délocalisent pour aller polluer en Chine ou ailleurs où il n'y a pas de normes environnementales. Donc si vraiment on veut protéger l'environnement, ce n'est pas en Europe qu'il faut taxer, c'est aux frontières. Et j'ajoute que tous les gouvernements, parce que cet éco-taxe, c'est le bébé du gouvernement Fillon et du gouvernement Héros. Donc il faut annuler cet éco-taxe au plus vite.
Nicolas Dupourignan, vous avez donc remis un rapport à Isabelle Guigou, la présidente de la Commission des Affaires étrangères, qui vous avait confié une mission sur les paradis fiscaux, à la fois à vous et aux communistes Alain Boquet, député du Nord. D'abord, par curiosité, vous avez bien travaillé l'élu gaulliste et l'élu communiste la main dans la main ?
Oui, parce que vous savez, on est quand même des êtres de raison. Et au-delà de nos différences, on a découvert avec effroi qu'on va mettre l'éco-taxe, on va augmenter la TVA au 1er janvier. Et puis pendant ce temps-là, il y a des dizaines de milliards d'euros de fuite fiscale par des escrocs, des criminels. Et donc, on est tombé d'accord sur le fait que, par exemple, on pourrait très bien éviter la hausse de TVA au 1er janvier si on savait lutter contre les escrocs à la TVA, qui sont des bandes organisées.
Ce que vous appelez les parasites fiscaux.
Oui, et puis si on était beaucoup plus ferme vis-à-vis des parasites fiscaux, comme le Luxembourg, qui est un État voyou au cœur de l'Union européenne.
Vous iriez jusqu'à dire que si on luttait efficacement contre ces paradis fiscaux, qui finalement n'ont pas disparu, malgré toutes les proclamations, notamment celles qui étaient faites au début de la crise par Nicolas Sarkozy, on pourrait faire baisser la pression fiscale et l'État n'y perdrait pas un euro ?
C'est ce que je propose dans mon livre. Je propose un pacte de modération fiscale. D'un côté, des mesures beaucoup plus sévères contre ce que j'appelle les voleurs de la République. Et puis de l'autre, une baisse d'un impôt, notamment l'impôt sur les PME, les artisans, les commerçants, pour inciter aux relocalisations. Car on ne résoudra pas nos équilibres sociaux, on ne résoudra pas nos problèmes si on ne relocalise pas le million d'emplois qu'on a perdu depuis 10 ans. Donc il faut pour cela baisser la pression fiscale. Mais on peut baisser la pression fiscale sur les gens honnêtes, si on n'est plus sévère, sur les gens malhonnêtes. Mais ça, encore faudrait-il qu'on s'en donne les moyens.
En un mot, pourquoi on n'y arrive pas à fermer, à éradiquer ces paradis fiscaux ? Bon, on ne peut pas le faire seul, ce n'est pas un État contre tous, mais il y a un problème de courage politique collectif ?
Oui, il y a un problème de courage politique, il y a une inertie administrative, il y a aussi certaines complicités. Un banquier suisse nous a dit que si la France faisait la lumière sur les comptes en Suisse, c'est la République qui sautait. Alors pas tous, heureusement. Je pense qu'il va falloir faire le ménage très vite.
Des affaires Cahuzac cachées. Exactement.
Et puis si on ne fait pas le ménage très vite, le peuple s'en chargera. Et on voit bien que dans le climat pré-révolutionnaire qui est le nôtre, on ne peut pas accepter cette mollesse d'État qui n'est pas nouvelle, soyons honnêtes, mais qui est de plus en plus insupportable à mesure que la crise se développe. Climat pré-révolutionnaire. Mais c'est une évidence. Mais attendez, moi je vis au milieu de mes concitoyens, dans ma ville.
C'est un sens historique, c'est pour ça que je souligne l'expression.
Oui, mais vous avez raison, mais c'est une évidence. On ne peut pas continuer à matraquer fiscalement les Français et à laisser certains, et notamment certaines multinationales, tourner les règles. On ne peut pas continuer à laisser les voyous en liberté et les victimes toujours, jamais compensées. Ça ne peut pas continuer comme ça. Notre pays a besoin d'un renouveau.
Merci Nicolas Dupont-Aignan et ce livre, donc Les voleurs de la République, enquête sur les parasites fiscaux, est paru chez Fayard.
Merci à vous.
Nicolas Dupont-Aignan