OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon, prisons, LR: l'interview de Laurent Wauquiez en intégralité
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BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Laurent Wauquiez. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes le président du groupe Droite Républicaine à l'Assemblée. Vous êtes candidat à la présidence des Républicains. C'est d'ailleurs jusqu'à ce soir que les Français peuvent adhérer aux Républicains pour être en mesure de voter le jour de cette opposition, en tout cas de cette course, de cette compétition, on va dire. Enfin, vous me direz quel est le mot le plus juste, entre vous et Bruno Rotaillot pour en prendre la présidence.
Beaucoup de questions à vous poser sur les prisons, bien sûr, sur ce qu'il se passe aussi entre la France et l'Algérie, mais aussi sur les OQTF parce que je voudrais que vous regardiez ce que Saint-Pierre et Miquelon ont répondu à votre proposition d'envoyer là-bas les OQTF. Regardez ces affiches, je les montre sur BFM TV, je les décris pour ceux qui nous écoutent. Donc, 146 jours de pluie, 365 jours de bonheur, campagne de pub pour Saint-Pierre et Miquelon, on quitte tout facilement, OQTF, on vient en quête de tranquillité familiale, OQTF, ouvriers qualifiés pour travailler dans le froid, OQTF. Heureusement qu'ils ont de l'humour.
Oui, mais heureusement que le sujet est sérieux. J'ai regardé, et évidemment je comprends la réaction des habitants de Saint-Pierre et Miquelon, mais attention, vous ne vous trompez pas, le sujet est extrêmement sérieux. On est sans doute sur un des domaines de plus grande faillite de l'État et de la sécurité dans notre pays. On parle de quoi ? On parle d'OQTF dangereux, on parle de délinquants, on parle de personnes avec un profil psychiatrique dangereux. On parle d'un système où dans notre pays, nous assumons de laisser ces gens dans la nature et dans 90% des cas d'être incapables de les reconduire dans leur pays.
Ça va y revenir, mais pourquoi Saint-Pierre et Miquelon ? Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ?
Mais pardon, je vais prendre un autre exemple. Hier, j'étais dans le Pas-de-Calais. On a décidé de créer une prison dans le Pas-de-Calais avec 200 narco-trafiquants. Vous croyez que tous les narco-trafiquants viennent du Pas-de-Calais ? Pour autant, je n'ai pas eu à ce moment-là des grandes indignations de personnes expliquant que c'était un scandale de mettre une prison avec les narco-trafiquants de France dans le Pas-de-Calais. Donc pourquoi Saint-Pierre et Miquelon ? D'abord, c'est à 4000 km d'ici. Aujourd'hui, les OQTF, quand on leur demande de rentrer chez eux, ils ont parfaitement compris le système. Ils savent qu'au bout de 90 jours, ils seront à nouveau dans la nature, en métropole.
Ça, ça peut être changé.
Ça peut être changé.
Ça peut être changé. Le délai, effectivement, peut être changé. Alors, il faut que la loi soit changée. Mais il est plus long, par exemple, en Allemagne.
D'accord, mais déjà, qu'est-ce qu'ils attendent au juste ? Qu'est-ce qu'attend François Bayrou ? Oui, vous avez raison, je milite pour qu'on allonge le délai. Et ça fait partie de ma proposition. Je suis tout à fait d'accord avec ça. Vous me permettrez de constater que tous ceux qui se sont indignés quand j'ai fait ma proposition, n'ont rien fait avancer pour l'instant. Donc, premier point, je suggère qu'on allonge le délai. Il y a ma proposition. Deuxième chose, ces OQTF ne rentrent jamais chez eux. Pourquoi ? Parce qu'ils ont compris qu'ensuite, quand ils sont libérés, ils restent en France, dans les quartiers, à pouvoir continuer leur trafic.
Là, le signal avec un effet dissuasif massif, c'est de dire c'est fini le laxisme. La seule option que vous avez, c'est soit rentrer chez vous, soit partir à 4000 km à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ensuite, pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon ? C'est en dehors de l'espace Schengen. Ce qui signifie qu'une fois qu'ils sont là-bas, ils ne peuvent plus rentrer en métropole. Ils seront face à une seule option, toujours la même, c'est soit vous rentrez chez vous, soit vous restez à Saint-Pierre-et-Miquelon. On est sur une petite île, très peu d'habitants, 5000 habitants.
5000 habitants et vous voudriez envoyer quoi ? 20 000, 25 000, 30 000 OQTF ?
Non, ma proposition, c'est de mettre les OQTF dangereux.
Et vous les estimez à combien ?
Commençons déjà par ouvrir un premier centre, de 120, 150 places, qu'on commence déjà par tester la proposition. Parce que ce qui m'a frappé quand j'ai mis cette idée sur la table, c'est l'ampleur de la réaction de tous ceux qui veulent que rien ne change. Mais ce qui devrait indigner, ce n'est pas ma proposition. Ce qui devrait indigner, c'est la situation dans notre pays et qu'on accepte ça passivement sans rien changer.
Mais si c'est 120 ou 150 personnes que vous identifiez dans un premier temps, pourquoi les envoyer là-bas ? Pourquoi ne pas créer un centre sur l'Hexagone ?
Mais vous avez vu la situation ? Ça ne marche pas. Quand vous les mettez dans l'Hexagone, ils choisissent de ne pas rentrer chez eux. Si vous les mettez là-bas, et quand ils auront compris que c'est à 4000 km d'ici, je suis convaincu que leur décision sera de rentrer dans leur pays. Et là, on change tout. Et puis, je vais dire les choses très simplement. Moi, je préfère qu'ils soient à 4000 km d'ici que libres dans nos rues. Parce qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, on peut les contrôler. Vous êtes sur une petite île, un petit archipel, dans lequel, si on augmente nos moyens de sécurité, on a la possibilité de les mettre hors d'état de nuire. Je vais donner une illustration très simple.
La semaine dernière, cinq OQTF extrêmement dangereux se sont évadés de Marseille. Ils sont dans la nature à l'heure où on parle. On serait à Saint-Pierre-et-Miquelon, en cinq minutes, on les aurait arrêtés.
De qui vous parlez ?
Cinq OQTF à Marseille, qui se sont évadés du centre de rétention. Du centre de rétention administrative. Et ça, ça ne gêne personne. Moi, ma préoccupation, ce n'est pas le bien-être des délinquants. C'est la sécurité des Français.
Mais vous pensez sincèrement ? Est-ce que c'est une proposition pour provoquer le débat ? Ou est-ce que vous vous dites, je l'appliquerai vraiment ?
Non, mais je suis convaincu qu'il faut qu'on fasse les choses. Parce qu'on ment aux Français quand on leur fait croire qu'on va réussir à reprendre la main sur l'insécurité et l'immigration sans rien changer. Est-ce que c'est une proposition neuve ? Oui. Est-ce qu'elle peut secouer du débat ? J'en suis conscient. Mais ma conviction, c'est que si on ne fait pas des nouvelles propositions, si on ne change pas la donne, on va continuer avec ce qu'on a connu, c'est-à-dire le meurtre de Lola, le meurtre de Philippines, les attentats de Mulhouse, et on fait quoi à chaque fois ? Des marches blanches, des minutes de silence, rien ne change.
Et donc non seulement c'est une proposition sérieuse, mais surtout faisable. Elle ne nécessite même pas de changer la loi ou la constitution. Il suffit de prendre la décision de mettre en place un centre de rétention pour les OQTF dangereux à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Laurent Wauquiez, lorsque vous constatez que la plupart de ceux dont vous parlez, par exemple Mulhouse, en réalité, pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas partis ? C'est aussi parce que l'Algérie avait refusé d'octroyer un laissé-passer consulaire. Et ça, qu'il soit à 4000 km de Paris ou qu'il soit à Mulhouse, ça ne changera pas.
Alors vous avez tout à fait raison, et c'est l'autre intérêt de ma proposition. C'est que ceux qui bloquent aujourd'hui, c'est qu'ils ne sont jamais volontaires pour rentrer chez eux. Et donc leur pays peuvent s'opposer à ce qui rentre. À partir du moment où face à cette alternative, 4000 km d'ici ou rentrer chez vous, les OQTF dangereux prennent d'eux-mêmes la décision de rentrer, leurs pays n'ont plus le droit de s'opposer à leur retour. Et c'est le dernier élément qui change tout.
Donc ça veut dire que vous voulez susciter chez eux la volonté de partir ?
Bien sûr, parce qu'aujourd'hui, ils n'ont aucun intérêt à partir. Dans 90% des cas, ils arrivent à rester. Si jamais ils sont là-bas, à 4000 km, au large des côtes canadiennes, on aura un effet dissuasif massif, et de même, ils prendront le chemin du retour. Et là, leurs pays ne pourront pas s'opposer à leur retour. C'est le dernier élément intéressant dans ce que je propose.
Je précise d'ailleurs, Laurent Wauquiez, que vous évoquiez à l'instant ces 5 OQTF dangereux qui s'étaient échappés dans la nature à Marseille. Et nos équipes viennent de vérifier. Vous avez parfaitement dit vrai. Il y a en effet 5 OQTF dangereux qui s'étaient échappés. 3 ont été reprises au moment où on se parle.
Mais vous vous rendez compte de ce dont on parle ? Une semaine ? Vous en avez encore 2 dans la nature ? Saint-Pierre-et-Miquelon ? Dans ce territoire-là, où on peut mettre des moyens de contrôle, en 5 minutes, vous les arrêtez ? C'est un petit archipel.
L'Algérie, les tensions extrêmes entre la France et l'Algérie, à nouveau, avec ce dernier épisode en date, un agent consulaire algérien qui a été arrêté en France soupçonné de l'enlèvement d'un influenceur exilé. La riposte algérienne a été d'expulser 12 agents français. La France a à son tour expulsé 12 agents consulaires algériens. Et Paris rappelle son ambassadeur pour consultation. Ce qui ne s'était jamais vu, c'est une crise d'une extrême gravité. Est-ce qu'on s'est fait avoir dans cette histoire ?
Oui, évidemment. Enfin, le résultat est lamentable. Il y a à peine 10 jours, on nous parlait d'un dialogue fructueux.
Enfin, on qui ? C'est-à-dire le président ? Oui, le président. Parce qu'il y avait une sorte de dissension quand même. On avait d'un côté un Bruno Retailleau, les Républicains, qui lui dit qu'il faut le bras de fer. Et effectivement, Emmanuel Macron, et notamment son ministre des Affaires étrangères, qui disait qu'il faut renouer le dialogue.
D'abord, je pense qu'il ne faut pas qu'on perde de vue quelle est la vraie question. Ça n'est pas en réalité une question diplomatique. Ce dont on parle, c'est la sécurité des Français. Quel est l'enjeu dans cette relation avec l'Algérie ? Le problème, c'est les délinquants et les criminels algériens qui sont sur notre sol et que le gouvernement algérien ne veut pas reprendre. En réalité, c'est pour moi le cœur du sujet. Et donc, la seule question, c'est comment est-ce qu'on installe définitivement un rapport de force qui force le gouvernement algérien, enfin, à reprendre ces criminels et ces délinquants ?
Et donc, la question n'est pas uniquement une question de courtoisie, d'échange d'ambassadeurs, d'expulsion. C'est la moindre des choses qu'on expulse des agents algériens maintenant au stade où on en est. La question, elle est beaucoup plus profonde. C'est comment est-ce qu'on arrive à créer enfin ce vrai rapport de force qui est indispensable ?
Donc, Bruno Retailleux avait raison quand il disait qu'il faut le bras de fer, il faut le rapport de force.
Oui, mais on est deux mois après l'attentat de Mulhouse. Et moi, ce qui me frappe, c'est que sa ligne de fermeté n'a pas été entendue. On est deux mois après. Je voudrais juste qu'on prenne un peu de recul. François Bayrou avait promis un audit des accords algériens.
En six semaines de mémoire.
C'est dépassé. Qu'est-ce qu'il en fait ? On peut avoir les résultats ? Vous ne pouvez pas avoir un Premier ministre qui a des paroles comme ça à l'égard des Français et ensuite, il n'y a rien qui se suit. Il a promis cette audite. Je demande que cette audite soit publiée et qu'on sache enfin qu'est-ce qui se passe ? Combien il y a de QTF ? Qu'est-ce que l'Algérie refuse de faire ? Où est-ce qu'on en est ?
Et on précise d'ailleurs qu'entre-temps, ça c'était effectivement il y a quelques semaines, entre-temps, Emmanuel Macron et le président Tebboune se sont parlé. Entre-temps, le ministre des Affaires étrangères s'est rendu en Algérie et a eu cet échange avec le président Tebboune. Il ne fallait pas le faire ?
Non, mais surtout, ce qu'il ne faut pas faire, c'est qu'il ne faut pas avoir des paroles qui ne sont pas suivies d'actes. Ça devient à mes yeux beaucoup trop la caractéristique du gouvernement de François Bayrou. Vous ne pouvez pas avoir des grandes paroles à l'égard des Français. On nous a parlé d'audite, on nous a parlé de riposte graduée. Il a parlé lui-même de la dénonciation des accords avec l'Algérie. Et à l'arrivée, deux mois après l'attentat de Mulhouse, soyons clairs, il ne s'est rien passé. Rien, c'est tout. Et donc, moi, ce que je demande, c'est d'abord que cette audite soit publiée, qu'on le sache enfin. Et deux, la deuxième chose, vous connaissez ma position.
Avec le gouvernement algérien, il y a une seule chose qui marchera, c'est la dénonciation des accords de 1968. Le reste, expulser des agents, avoir le rappel de l'ambassadeur, tout ça n'est pas à la hauteur du sujet. Parce que, comme je vous l'ai dit, le cœur du sujet, c'est un sujet de sécurité pour les Français.
Faut-il rompre les relations, au moins un temps, avec l'Algérie ? Faut-il assumer de les rompre ?
Il faut assumer de dénoncer les accords de 1968. Parce que, comprenez bien mon raisonnement, je ne suis pas dans un raisonnement de relations diplomatiques avec l'Algérie. Mon raisonnement, c'est comment on protège les Français. Comment est-ce qu'on assure la sécurité ? Cet accord de 1968, il est clé pour le gouvernement algérien. C'est le seul vrai outil de pression. Il faut le dénoncer.
Les attaques sur les prisons, il y a eu trois nuits d'attaques, avec douze cibles sur tout le territoire, à la fois les prisons, mais aussi les agents pénitentiaires, parfois jusqu'à leur domicile. Angoisse, menace pour les agents pénitentiaires. Est-ce que tout cela est au fond le signe que la politique pénale est enfin ferme ? Et que donc il y a une sorte de réaction ? Est-ce que c'est le prix à payer pour mettre en place une vraie fermeté dans ce pays ?
D'abord, et je vous remercie de l'avoir mentionné, j'ai une pensée pour les agents pénitentiaires. C'est une profession qui est très souvent oubliée, alors qu'ils sont sur la première ligne de front. Et dans ce qui s'est passé, c'était évidemment les premiers visés. On parle d'attaques à leur domicile. Mais je crains malheureusement qu'il faille voir les choses de façon plus large. En réalité, on est en train d'assister à une perte totale de contrôle de la situation de la sécurité et de l'ordre public dans notre pays. On ne parle pas de la Bolivie, on ne parle pas du Mexique, on parle de la France. Regardez juste ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux.
À Saint-Ouen, vous avez une école à côté d'un point de deal, on ferme l'école. À Grenoble...
Temporairement, le temps de régler, dit-on, le problème du point de deal. Mais effectivement, c'est désastreux.
Vous vous rendez compte ? Il y a 20 ans, on vous aurait dit, à l'époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, on va fermer une école plutôt qu'un point de deal. Mais jamais on n'aurait laissé faire ça. On mesure l'ampleur...
On a demandé aux parents, en l'occurrence. On a demandé aux parents qui, évidemment, à court terme, se disent c'est quand même plus sécurisé pour nos enfants de les éloigner.
Mais donc, on est dans une situation où on n'est plus capable d'assurer la sécurité d'une école et où les parents eux-mêmes sont tellement conscients de la défaillance de l'État qu'ils disent, pour protéger nos enfants, fermer l'école. Vous vous rendez compte de ce qu'on est en train de se dire ? Là, sur le plateau, vous avez eu une attaque à la Grenade, dans un café à Grenoble. On tire à la Kalachnikov en plein jour. On a eu les meurtres catastrophiques de Thomas et d'Elias, une violence purement gratuite. Et maintenant, les délinquants ont si peu peur qu'ils attaquent à la Kalachnikov nos prisons.
Et donc, ce que je veux dire par là, c'est que ce qui me préoccupe, c'est qu'à chaque fois, on franchit un cran supplémentaire. On est en train de perdre la main sur la situation de la sécurité dans notre pays.
Est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, il y a une forme de mexicanisation en France ? Vous venez de faire la référence.
En fait, je vais vous dire, pardon, mais je me fiche un peu de ces commentaires dont sont devenus les politiques.
C'est vous qui avez mentionné spontanément le Mexique. Vous imaginez bien que dans l'esprit des gens, c'est aussi à ça que ça fait référence.
Non, mais ce que je veux dire par là, c'est que je ne cherche pas la formule. Enfin, c'est trop facile. Un politique n'est pas là pour faire un commentaire.
Mais moi, je ne vous demande pas une forme, mais je vous demande, est-ce que vous estimez que la réalité aujourd'hui, quand on dit mexicanisation, quand on fait référence comme vous venez de faire au Mexique, c'est à la fois effectivement l'extrême violence et c'est aussi une forme de corruption, parfois parce que ça finit par rentrer dans le monde de la justice, le monde des prisons. Est-ce que vous estimez qu'on est en train de vivre cela aujourd'hui ? Est-ce qu'on est en train d'avoir un État narcotrafic ?
Non, je pense que le problème, ce n'est pas un État narcotrafic. Je pense que c'est un État dans lequel on n'assure plus la sécurité de nos compatriotes et qu'on est sans doute devenu en Europe le pays dans lequel la sécurité est le moins assurée. Celui qui connaît le plus de délits, celui qui a le moins de places de prison. Et après, ce qui m'intéresse, c'est de faire des propositions. Je pense qu'on a un problème majeur avec notre politique pénale qui n'intervient qu'une fois qu'on a des délinquants multirécidivistes, ultra dangereux. Et que c'est exactement l'inverse qu'il faut faire. Il faut sanctionner dès le premier délit.
Ça veut dire des petites peines immédiates ?
Exactement, à l'image de ce qu'ont fait les Pays-Bas. Des petites peines immédiates, courtes peines de prison, intervenir tout de suite dès le premier délit. Ce qui suppose d'avoir beaucoup plus de places de prison. Et là, ma proposition, c'est que construire des places de prison, ça prend du temps. On a fait une loi spéciale pour construire Notre-Dame. On a fait une loi spéciale pour construire les équipements des Jeux olympiques. Je me bats pour qu'il y ait une loi spéciale permettant d'accélérer de façon considérable la construction des places de prison. On nous parle, et c'est bien, de 3 000 places en préfabriquées dans les deux ans qui viennent. C'est un premier pas. Il en faut 40 000.
Il en faut 40 000. Et donc, ce que je propose, c'est qu'on mette en place une loi spéciale d'urgence pour construire rapidement les places de prison dont notre pays a besoin. Je le répète, en Europe, nous sommes 17e. 17e sur le nombre de places de prison. Premier pays touché par les délinquances armées.
Il faut évidemment reforcer ça aussi avec le ratio et le nombre de personnes emprisonnées.
Non, pardon. Ça prend en compte ce ratio. C'est-à-dire, quand on dit 17e, ça prend en compte le ratio de population.
Laurent Wauquiez, est-ce que vous considérez, vous venez de dire que l'État était dépassé, que la question sécuritaire était largement dépassée aujourd'hui ? Est-ce que vous considérez, en effet, qu'il faut entendre derrière vos propos que le ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, est dépassé ?
Non, ce que je considère juste, c'est qu'on a un besoin urgent d'arriver à passer des paroles aux actes.
Non, je ne considère pas complètement qu'il est dépassé, mais je dis juste qu'il est dépassé.
Non, pas du tout.
Ce que je pense, c'est qu'on a un problème global de dégradation continue de la sécurité dans notre pays, que Bruno Rotaillot essaye de tenir, et c'est un travail à temps plein, un discours de fermeté, que je constate qu'on lui met beaucoup de bâtons dans les roues, au niveau de François Bayrou et d'Emmanuel Macron, et que mon travail à moi, c'est d'avoir des propositions qui soient fortes permettant d'amener enfin les résultats dont on a besoin et d'exercer la pression sur François Bayrou et Emmanuel Macron, parce que je constate trop souvent sur l'Algérie, sur le sujet des prisons, sur la question des OQTF, qu'en fait, il y a des discours, mais qu'il n'y a rien qui suit derrière.
Et ça, je n'en veux pas.
Il y a eu combien d'adhésions au moment où on se parle ? Je le disais, il y a encore jusqu'à ce soir. Ceux qui voudraient pouvoir voter pour la présidence des Républicains doivent être inscrits sur les listes, c'est-à-dire adhérents au parti avant ce soir. Il y a combien d'adhésions au moment où on se parle ?
Au total, on doit avoir à peu près 100 000 personnes qui sont adhérents des Républicains, ce qui est extraordinaire. C'est-à-dire qu'il y a une vraie attente d'une parole de droite, la droite pour laquelle moi je plaide, c'est-à-dire qui parle à la fois, on en a beaucoup parlé ce matin, de sécurité et d'immigration, mais aussi de l'équilibre entre le travail et l'assistanat et la préoccupation de la dépense publique.
Vous pensez que vous pouvez gagner ?
Ce n'est pas que je pense que je vais gagner, c'est que je suis convaincu que je vais gagner. Parce que je sens qu'il y a une dynamique qui est en train de s'installer. En fait, et vous l'avez dit au début, moi je ne propose pas un duel, je propose un duo. Je propose qu'on soit chacun dans notre rôle. Bruno Retailleau, ministère de l'Intérieur, et ça nécessite un ton plein vu l'explosion de l'insécurité. Mais de l'autre côté, ce que moi je peux apporter, c'est-à-dire ces nouvelles propositions, cette proposition de rupture, et surtout une parole libre. Parce que je ne suis pas sous l'autorité d'Emmanuel Macron, de François Bayrou. J'ai fait ce choix de ne pas entrer au gouvernement.
Vous trouvez qu'il est sous l'autorité ?
C'est la définition d'un ministre dans une équipe gouvernementale. Ça s'appelle la solidarité gouvernementale. Vous ne critiquez pas le Premier ministre, vous ne critiquez pas le Président de la République. Il ne le fait jamais d'ailleurs, et c'est normal. Moi, je suis libre. Quand il se passe n'importe quoi, quand par exemple, et je l'avais fait à votre micro, François Bayrou ne veut pas avancer sur l'interdiction du voile, je peux réagir. Il y a un sujet qui m'a marqué, je ne sais pas si vous avez fait attention, et qui est un exemple de ma liberté. François Bayrou a expliqué, par exemple, il y a deux jours, que les Français ne travaillaient pas assez. Je crois que c'est faux.
Vous avez en France des Français qui travaillent beaucoup.
Alors, ce n'est pas exactement ce qu'il a dit. Il a dit qu'on ne travaille pas assez chez les jeunes et chez les plus âgés. C'est-à-dire, il dit que ceux qui bossent, bossent beaucoup, mais le problème, c'est qu'on arrive sur le marché du travail trop tard et qu'on en part trop tôt.
Il a dit, nous ne travaillons pas assez en France. Je ne suis pas d'accord avec ça. Je pense qu'il y a des Français qui travaillent beaucoup, qui payent énormément d'impôts et de charges, et qui ont le sentiment de payer pour que d'autres touchent les aides sociales, avec un système qui a dérivé en direction de la Sistana. Et que le problème clé dans l'équilibre de main de la dépense publique en France, c'est de faire des économies et pas d'augmenter les impôts, et de le faire en contraignant la Sistana, parce qu'aujourd'hui, on est en train d'écœurer la France qui travaille.
Le problème, ce n'est pas que les Français, globalement, ne travailleraient pas assez, c'est que vous avez des Français qui travaillent beaucoup, et d'autres qui sont dans la Sistana et profitent du système. Et on n'a pas suffisamment corrigé ça.
Une dernière question, Laurent Wauquiez, vous l'avez peut-être vu, la Cour suprême du Royaume-Uni estime qu'une femme, je cite, est définie par son sexe biologique. C'est considéré comme une définition qui en exclut les trans. Est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez qu'en France, on doit arriver à cette définition-là aussi ?
Là, je suis désolé, mais je n'ai pas vu cette décision. Donc je ne vais pas commenter une décision de justice que je ne connais pas, mais c'est avec plaisir si jamais vous me la transmettez. Mais vous comprenez que je ne vais pas faire la machine.
C'est quoi une femme pour vous aujourd'hui ?
Vous ? Ça vous convient comme réponse ?
Oui, ça, en l'occurrence, ça me convient parfaitement. La question, c'est est-ce qu'une transgenre peut être considérée comme une femme pour vous ?
Moi, ce que je considère, c'est qu'on a un sexe homme, on a un sexe femme. Ça fait partie de ce qui est transmis à notre naissance. Ensuite, bien sûr, il y a cette question des transgenres. Pour des raisons personnelles et familiales, vous comprendrez que je ne sois pas amené à donner plus de réponses dessus. Après, ma réponse à moi...
Pardon, mais je veux dire, vous parlez rarement de votre famille, donc je suis un peu surprise.
Je ne vais pas rentrer dans les détails. Moi, je suis attaché, et vous le savez, je suis attaché à ce qu'on n'aboutisse pas dans une société où on finit par tordre ce qui nous a été transmis par la nature et par notre naissance.
Merci Laurent Wauquiez, président du groupe Droite Républicaine à l'Assemblée et candidat, on l'a bien entendu, à la présidence des Républicains. Merci à vous.
Laurent Wauquiez