Au bonheur des livres « Dans les silences de l'Histoire »
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] bonsoir et bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat au bonheur des livres ce soir nous deux invités ont sans doute bien des choses qui les distinguent mais elles ont en commun d'avoir publié un livre dans cette rentrée littéraire où elles évoquent l'histoire de leur famille maternelle histoire sur laquelle l'une et l'autre avait été jusqu'à présent discrète sinon secrète leur famille ont traversé les tragédies du XXe siècle européen leur aventure est une aventure de bruit et de fureur d'exils et de persécution mais de tendresse aussi une aventure d'amour et de ténèbres pour reprendre le titre du très beau livre de l'écrivain israélien à moscouze et c'est cette aventure à la fois bouleversante et passionnante que nous allons évoquer avec elle dans cette émission que nous avons intitulé Les silences de l'histoire Sonia de Villers bonsoir vous êtes une journaliste très connue de France Inter de sa matinale et vous publiez votre premier récit les exporter aux éditions Flammarion dans lequel vous racontez l'histoire de vos grands-parents [Musique] des Juifs roumains qui ont échappé à la fois aux persécutions antisémites et aux communes au système communisme de Ceausescu dans les années 60 au terme d'une d'un échange rocambolesque qui concernait aussi nombreux nombre de leurs corps et légionnaires et c'est ça que votre livre raconte on va en parler dans quelques minutes Lola Laffont bonsoir vous êtes chanteuse de rock ou à balkanique et vous êtes une écrivain qui a une oeuvre désormais derrière elle on se souvient notamment du récit sur Nadia Comaneci la gymnaste prodige de la Roumanie de Ciao ciescu ou bien le livre que vous avez écrit sur Patricia heart les adolescents ne jouent d'ailleurs dans votre œuvre une un rôle particulier et là dans cette rentrée avec quand tu écouteras cette chanson chez Stock vous tissez trois fils enfin en tout cas vous enchez des poupées russes vous revenez sur la figure d'Anne Frank à partir d'Anne Frank vous évoquez l'histoire de votre famille maternelle notamment de votre grand-mère venue de Pologne et puis troisième thématique c'est l'occasion pour vous de vous interroger sur votre rapport avec cette identité cette histoire familiale cette mémoire douloureuse mais commençons par le début donc dans cette collection on propose à un écrivain de s'enfermer dans un musée et vous vous avez choisi de vous enfermer dans le musée anne frank à Amsterdam qui est en fait l'annexe la cache ou se dissimulait Anne Frank sa famille une autre famille et où finalement les nazis l'ont découvert arrêtés déportés à Auschwitz où elle est morte en quelques mots pourquoi est-ce que c'est ce musée là que vous avez choisi alors il s'est imposé tout de suite j'ai su que je passerai la nuit là-bas j'ai l'impression que je me suis mise dans une situation où il était impossible justement d'échapper à ce vide à cette absence qui est à la fois celle de ma famille toute une génération et puis l'absence c'est une histoire européenne comme vous le disiez donc qu'est-ce que c'est ce gouffre et ça croisait aussi ma passion pour les icônes adolescentes qu'on croit tellement connaître et dont on s'aperçoit toujours qu'on ne les connaît pas du tout alors c'est moi je dois dire quand vous lisant j'ai découvert que Cannes Franck cette icône comme vous dites cette icône de la tragédie d'extermination par laquelle des générations d'écoliers ont découvert la Shoah que cette icône en fait avait vu sa ce qu'elle sa statue sculptée modifiée trafiqué en fonction de considération et vous nous raconter ça moi je l'ignorais complètement mais moi aussi et j'aime bien faire partager mes découvertes au fur et à mesure de l'écriture et s'il y a quelque chose que j'ai découvert et cette question a été vraiment importante pendant la nuit c'est la façon effectivement dans le texte le Journal d'Anne Frank a été malmené déjà la première chose on ne devrait pas l'appeler un journal puisque Anne Frank a réécrit entièrement son journal dans l'annexe c'est une écrivaine et ce sont les américains dans les années 50 qui l'ont renommé journal d'une jeune fille parce que c'était plus commercial et la question qui est vraiment venue pendant la nuit c'est qu'est-ce qu'on a fait d'elle en fait même quand on l'aime énormément qu'est-ce qu'on a fait d'elle comment on l'a lissé comment on a fait d'elle une statue de l'adolescence en écartant un petit peu sa pression politique la façon dont elle voyait même au travers d'un petit bout de fenêtre les nazis dans les rues d'Amsterdam et sa judéité aussi dans ce livre quand vous vous enfermez dans l'annexe dans la cage d'Anne Frank vous vous sortez si j'ose dire de votre propre placard et c'est l'occasion pour vous de revenir sur votre histoire familiale et à travers Anne Frank d'évoquer le passé de votre famille maternelle que rien ne apparaître dans votre nom ou dans votre œuvre précédente pourquoi est-ce que c'est à ce moment précis pourquoi est-ce maintenant que vous avez éprouvé le besoin de parler de ça peut-être parce que c'est mon septième livre et qu'il était temps peut-être aussi parce que je suis comme tout le monde je vis dans le monde actuel et que la montée des racismes la montée de l'antisémitisme fait qu'à un moment donné j'ai ressenti l'obligation personnelle de de ne pas être dans le silence peut-être aussi parce que il y a il y a vraiment c'est difficile de parler de ce livre sans évoquer le fait qu'autour de nous en Europe beaucoup de pays choisissent une extrême droite au pouvoir donc voilà je m'en suis pas rendu compte tout de suite mais je crois que tout ça c'est un peu mélangé en fait je trouve que la partie la partie sur Anne Frank enfin l'évocation d'Anne Frank la vérité Anne Franks la recherche archéologique sur la vérité d'Anne Frank et passionnante mais la partie la plus touchante c'est l'évocation de votre grand-mère Ida Goldman qui est parenthèse la tente de Pierre Goldman et de Jean-Jacques Goldman le chanteur enfin cette anecdotique c'est le trajet de cette grand-mère venu de sa Pologne fuyant la Pologne en raison de la misère et de l'antisémitisme venu en France tentant de s'intégrer plus ou moins bien apprenant tardivement à écrire ce nourrissant de la culture française à travers apostrophe j'ai eu l'impression que ce livre était évidemment un portrait d'Anne Frank mais était une reconnaissance de dette tendre à l'égard de votre grand-mère parce que finalement comme vous le dites c'est une femme qui a appris à lire le français à l'écrire à plus de 60 ans et qui était profondément littéraire qui était vraiment une amoureuse de la littérature qui ne ratait pas un numéro d'apostrophe parce que la littérature ou l'art ne pouvait lui parvenir que par des des spécialistes en fait ce qu'elle vénérait complètement et c'est vraiment c'est vraiment pour elle et par elle dans la mesure où elle m'a offert très concrètement une médaille Anne Frank quand j'étais adolescente en me disant ne l'oublie pas et sans rien d'autre et je n'ai jamais su d'où venait cette médaille quand je l'ai montré au directeur du musée il m'en avait jamais vu comme ça et j'ai eu cette médaille dans la poche pour aller à la rencontre de l'oubli en fait un petit peu alors à travers cette grand-mère vous évoquez aussi de la famille enfin votre famille est à travers une communauté en fait venue d'Europe centrale ou orientale intégrer en France mais qui s'intègre au sens intégré tout en s'intégrant un tout petit passage vous écrivez mes grands-parents ont survécu en faisant comme si la France avait vraiment arrêté une terre d'accueil ils ont fait de l'oublier un savoir ils ont prêté allégeance à l'amnésie le quotidien demeurait pour eux un espace hostile dans lequel il redoutait de mal faire d'être montré du doigt d'être traité comme des étrangers ils n'ont connu aucune sérénité sauf ces dimanche après midi où il se retrouvaient avec ses autres qui leur ressemblaient leurs amis polonais russes roumains tous membres de la même association juive laïque et communiste là le temps de quelques heures il quittait le français comme on se défait d'un habit trop étroit il reprenait de l'assurance il n'était plus ces gens venus d'ailleurs je pense que ça a été quelque chose de fondamental pour eux ce désir de d'abord cette cette idéalisation de la France qui leur a fait je sais pas qui leur avait beaucoup de tort dans un sens parce qu'ils sont venus en France parce que c'était la Déclaration des Droits de l'Homme Victor Hugo ils en parlait beaucoup et concrètement quand ils sont arrivés en France quelques années plus tard on leur a demandé de on les a obligés à porter l'étoile jaune il y avait ce paradoxe comme ça d'extrême reconnaissance et de silence puisque par exemple ils n'ont jamais parlé du veldive jamais ils se sont cachés et pourtant une des pires choses pour eux étaient d'être signalée comme étranger plus tard après et de alors ils avaient un accent bien sûr mais c'était quelque chose qui combattait est-ce que est-ce que dans le fait que vous ayez parlé si tard de cette avant de cette histoire est-ce que est-ce qu'il y avait dans le dans cette double identité la volonté d'être français mais en même temps le fait de garder par de véreux leur identique une identité auquel ils étaient attachés est-ce que ça a fabriqué comme une la jonction pour vous de vous taire est-ce qu'il y avait une obligation de discrétion parce que c'était le comment dirais-je la loi de l'intégration il y avait vraiment un mélange c'est-à-dire à la fois effectivement d'être la meilleure Française possible et puis le fait de savoir dans un sens qu'il ne le saurait jamais et donc autour d'eux il n'y avait jamais de français il y avait toujours des juifs russes des juifs polonais et moi je pense que ça m'a donné une distance aux choses qui me permet d'écrire j'ai l'impression c'est un rapport avec l'écriture c'est à dire que d'être de nulle part vraiment d'avoir un pied là et un pied là peut-être vous offre la distance qu'il faut pour raconter les choses et en particulier je pense à Anne Frank je ne suis pas une fan d'Anne Frank je ne suis pas rentrée dans le musée en étant une spécialiste une fan ce qui m'a permis peut-être de voir d'observer la façon dont on en parlait au début donc par exemple Hollywood a voulu en faire un symbole universel et là le mot il est très intéressant parce que que ça devienne un succès universel il fallait la lisser et en faire tout sauf une jeune fille juive persécutée par les nazis il fallait en faire une jeune fille qui écrivait son journal et qui parlait de sa mère effacer son particularisme pour la rendre universelle à fond quand tu écouteras cette chanson c'est un livre très bouleversant dans l'écriture à la fois pudique et précise parfois en colère une colère retenue est extraordinairement touchant je dois le dire ça doit vous parler Sonia de Villers ça doit vous parler parce qu'il y a quelque chose il y a évidemment une résonance entre vos deux livres comme LA FONT vous portez un nom bien français celui de votre père comme Lola la font quoi que vous soyez connu vous n'avez jamais évoqué ce souvenir et comme la lafonce se souvenir c'est une famille qui venue d'Europe centrale venue de Roumanie a connu des persécutions on va commencer d'ailleurs par la rappeler nous qui est votre famille d'où elle vient et quel est son trajet mes grands-parents sont de Bucarest tous les deux mon grand-père d'une famille juive plutôt modeste des gens qui avaient fait un crochet par les États-Unis leur nom avait été américanisés à Elisa Island il s'était installé au Texas mon grand-père s'appelle Harry donc il porte un nom américain ce qui est assez rare dans cette roue manies communistes et puis mes arrières grands-parents sont pris de nostalgie et font le voyage à l'envers au début du siècle donc ils vont tout connaître la première guerre la montée du fascisme dans l'entre de guerre la Roumanie fasciste parce que on le sait peu en France mais la Roumanie a combattu au côté d'Hitler et a même été le principal bras armé des nazis à l'est la Roumanie a eu son maréchal Pétain il s'appelle le maréchal Antonescu et les Juifs de Roumanie ont connu l'étoile jaune pas à Bucarest mais ailleurs ont connu des déportations massives ont connu des humiliations effrayantes ont connu la barbarie la sauvagerie de pogromes à répétition donc mes grands-parents se rencontrent en 1935 et ma grand-mère elle est issue d'une très grande famille d'intellectuelle juif les saigner les WITCH elle a 7 oncle à l'Académie et elle tire un orgueil effrayant et un devoir d'excellence qu'elle transmettra ensuite au générations futures ils sont assez étranges avis et Gabriela Greenberg devenu délai à nous roumaniser leur nom donc pour s'intégrer dans la Roumaine ils sont assez étranges parce qu'ils ont un talent pour l'amnésie et un goût pour l'amnésie il se fait mise les persécutions antisémites des années 30 ils oublient quasiment ce qui s'est passé pendant la guerre ensuite il participe au régime communiste ils sont des apparatchs en tout cas ils sont dans le système et puis venus en France on va venir dans quelles conditions hop il passe au Figaro il passe aux Figaro ça devient des gens d'abord qui s'éloignent de la chose politique mais qui bascule clairement à droite qui haïront toute leur vie qui pourrait ressembler à la gauche François Mitterrand qui était la grande figure socialiste de mon enfance c'était aïs chez mes grands-parents vraiment haïr c'est des gens qui ont adhéré avec beaucoup de convictions et de sincérité aux parties communistes comme beaucoup de Juifs en Europe de l'Est c'est des gens qui n'avaient pas changé non pendant la guerre ni avant la guerre c'est des gens qui ne s'étaient jamais senti juif qui avait cultivé une forme d'indifférence au judaïsme il y avait même une volonté d'assimilation forcée et ils n'ont ils n'ont changé de guerre de nom qu'après la guerre ils se sont choisis un nom dans un roman un nom qui ne voulait rien dire qui n'appartenait à personne un nom de fiction comme si vous les redevenir les maîtres de leur récit pouvoir écrire leur histoire réécrire leur histoire et ma mère et ma tante sont après la guerre avec ce nom pioché dans un roman ce nom non juif et mes grands-parents ont été les premiers à vouloir oublier comme les communistes au fond l'ont exigé des Juifs de Roumanie au fond il y a une grande entreprise de falsification de l'histoire les communistes n'avaient pas envie ne pouvaient pas assumer le passé fasciste de ce pays dont il prenait la tête et dont il prenait les rênes et au fond mes grands-parents ont oublié leur passé juifs et avec ce nom ce sont rebâtis une histoire profondément optimiste et quand ils ont été chassés parce qu'ils ont été choisis chassés en 1961 ils sont arrivés à Paris eux ils ont vécu très très seuls l'exil le déracinement c'est des gens qui ont vécu très seul loin des Roumains loin des Juifs et loin des communistes il faut raconter maintenant comment ils ont ils ont échappé au système communiste jusqu'à cette occasion à l'occasion de l'histoire de votre famille vous raconter quelque chose qui était je crois inconnu en très peu très peu connu du grand public totalement inconnu de moi c'est qu'il y a eu un mécanisme d'échanges marchandises dans laquelle des milliers de Juifs Roumains ont réussi à quitter la Roumanie en échange de de vaches de cochons de d'outils agricoles c'est-à-dire que la Roumanie c'est l'une des plus grandes communautés juives d'Europe de l'Est c'est presque 800 000 personnes avant la guerre il n'en reste plus que la moitié après la guerre mais ça concerne encore ça veut dire encore beaucoup de monde c'est presque 350 000 personnes et tous ceux qui n'ont pas été déportés seront donc exportés c'est-à-dire que à la fin des années 50 la Roumanie doit moderniser son agriculture et intensifier son élevage les caisses du régime sont vides la Roumanie a besoin d'une monnaie des chances et la Roumanie décide de vendre ses Juifs voilà ciao chez scout dire à six ans plus tard le pétrole et les Juifs sont nos meilleurs produits d'exportation elle va décider de vendre ses Juifs de monnayer le départ des Juifs de Roumanie dans un premier temps on ne les monnaillera pas contre contre des dollars ce qui sera le cas après massivement dans un premier temps on va les échanger famille par famille contre du bétail donc et principalement contre des pores c'est pour vous dire la pensée antisémite de ce régime communiste roumain donc oui mes grands-parents vont partir en 1961 et ils seront échangés contre des portes alors il y a un personnage qui est au cœur de ça que je trouve extraordinaire qui s'appelle Harry jacobert qui est un juif qui vit à Londres je sais pas s'il est anglais ou pas qui est un homme d'affaires et c'est lui qui va être le maître d'oeuvre de de cette bourse d'échanges entre des Juifs des marchandises et des dollars c'est un commerçant prospère c'est un spécialiste de l'import-export mais je trouve que ce personnage était énigmatique est-ce que c'est un ou est-ce que c'est un saint est-ce que c'est un est-ce que c'est un héros ou est-ce que c'est un il est tellement en cheville avec la police politique et les services secrets que ça doit pas être un saint voilà sauvé des centaines de milliers de Juifs il considérablement enrichi sur leur dos considérablement enrichi c'est tout sauf un pilote philanthrope manifestement maintenant c'est quelqu'un qui a été réglo dans le business c'est quelqu'un qui a fait du business sur le dos des Juifs quand les services secrets israéliens s'intéressent à lui il leur faut mais horreur horreur tellement il le mur et vous raconter aussi dans votre livre que il se bat par exemple pour sauver une fois qu'il a pris il a pris l'argent il va livrer la marchandise la marchandise c'est du bétail qui passe le rideau de fer de l'Ouest vers l'Est et des Juifs qui passent leur rideau de fer de l'Est vers l'Ouest donc il va livrer la marchandise il va remplir le contrat jusqu'au bout et c'est vrai que des centaines de milliers de Juifs de Roumanie lui doivent d'avoir vécu dans un pays libre et ils ont de la reconnaissance pour lui où ils le considère comme un ils ont de la reconnaissance pour lui et mes grands-parents non jamais su l'histoire du troc contre du bétail ils sont morts sans savoir il y a il a fallu attendre le mi-temps des années 2000 pour que s'ouvre d'archives du renseignement extérieur 20 et 20 000 pages archives environ et que cette histoire sorte au grand jour alors j'ai envie de vous poser la même question qu'à l'Olympe pourquoi est-ce que pourquoi est-ce que c'est maintenant est-ce que est-ce que finalement vos grands-parents dont on comprend très très bien que ces Juifs d'Europe centrale et orientale voulaient quelque part échapper au persécutions à leur situation minoritaire rentrer dans l'universel devenir des citoyens comme les autres et donc effacer d'une certaine manière leurs origines est-ce que ça a fonctionné comme une injonction de se taire pour vous le fait que votre mère a épousé un monsieur Devillers le fait que vous n'ayez jamais évoqué cette question est-ce que ça a été douloureux et angoissant pour vous de raconter tout ça ou est-ce que c'était au contraire libératoire je ne pense pas qu'on puisse se libérer d'injonction aussi lourde et aussi forte donc c'est un acte de transgression très clairement maintenant c'est la grande liberté des héritiers non traumatisées comme dirait yvanjablonca c'est à dire que moi je n'ai pas grandi avec un nom juif dans un pays antisémite j'ai pas connu les années 30 j'ai pas connu la guerre je n'ai pas été trahie par ce régime communiste dans lequel je croyais tant ce qui a été le cas de mes grands-parents et surtout je n'ai pas connu l'exil j'ai pas connu le déracinement qui a connu ma mère et ma tante quand elles avaient 14 et 16 ans donc moi je vis avec un nom français en France je vais parler pour la première fois depuis plusieurs générations la même langue que mes enfants et ce non traumatisme offre des libertés qui ne s'offraient pas aux générations précédentes de cette liberté je m’empare de la dire que s'emparer de la liberté c'est libératoire alors ici au bonheur des livres on s'intéresse évidemment au plaisir de nos lecteurs c'est même notre boussole et on a l'habitude de d'interroger l'un d'entre eux qui a une question à poser je crois que c'est l'une d'entre elles en l'occurrence puisqu'il s'agit de Gabriel est-ce que ses parents nommaient ainsi en l'honneur de Colette ou de votre grand-mère de Colette ou de ou de Chanel je ne sais pas mais Gabriel a une question à vous poser on écoute Gabriel [Musique] bonjour je m'appelle Gabriel j'ai 28 ans et je suis naturopathe et réflexologue vous êtes toujours aimé lire mais dans le cadre de mes études et de mon changement de vie j'ai été amené à lire beaucoup de livres de développement personnel mais aussi des nouvelles philosophiques voire spirituelle donc aujourd'hui j'aurais aimé vous parler d'un livre qui m'a été une véritable révélation ce livre c'est la prophétie des Andes de James reefield donc c'est un récit initiatique où le personnage principal au travers de plusieurs révélations va s'ouvrir aux synchronicité de la vie le message de l'auteur en fait c'est qu'il n'y a pas de hasard mais des coïncidences et qui est si on sait les écouter les accueillir nous délivre des messages sur nos chemins de vie donc pour introduire ma question à sauna de Villers je me suis longtemps interrogée sur le trauma transgénérationnel qui a été mis en lumière il y a plus de 20 ans par la psychanalyse et qui prouve l'impact et les répercussions possibles d'un choc psychique sur le génération suivante Sonia votre livre les exporter à mi-chemin entre quête identitaire personnelle et un ministre travaille d'enquêteur vous a permis d'exprimer au grand jour le lourd héritage de vos grands-parents passer sous le silence se rentrer évidemment de votre intimité j'aurais aimé savoir si l'écriture de ce livre vous a aidé à vous délester d'un poids et si je pars du postulat que oui comment cela s'est-il manifesté dans votre vie personnelle je vois que Gabriel et moi avons des préoccupations commune oui ce livre ne me délaisse en aucun cas dans d'un poids ce livre m'a permis d'exhumer quelque chose qui n'était pas nommé depuis donc trois générations dans ma famille et derrière cette prétendue indifférence au judaïsme cette farouche volonté de ne jamais se laisser assigner une identité et surtout pas une identité juive derrière ça il y avait trois générations de peur et je pense que la peur est une réalité psychique c'est à dire que mes grands-parents à la différence des aïeux dans la famille de lolan n'ont pas été déportés les Juifs de Bucarest aurait dû être déportés tout était prévu pour qu'il le soit y compris les trains et le camp de concentration leur était réservé ça a été décalé donc c'est un non-lieu ça n'a pas eu lieu et pourtant ils ont vécu dans cette peur et cette peur elle se transmet et elle fait des ravages bon je je j'aimerais parler des heures avec vous de ces deux sujets on peut pas malheureusement ni parler des heures avec les auteurs qu'on invite ni parler de tous les auteurs dont on aime les livres mais enfin on peut les évoquer et donc je vais vous demander à l'une et l'autre on va commencer par vous Sonia quel est le livre qui vous a marqué ces derniers temps attention c'est satisfait ou remboursé vous devez présenter un livre que nous que ceux qui nous suivent vont adoré vous allez adorer disparaître de Lionel du roi qui est paru à la fin de l'été chez mialeb barreau Lionel du roi c'est un très bon écrivain français un homme vraiment extrêmement profond et qui partout où il se déplace trimballe avec lui ses fantômes donc il y a à peu près toute la famille il y a les grands écrivains qu'il a aimé il y a les femmes qui l'ont quitté il y a tous ces enfants il y a ses frères ses sœurs il y a le fantôme très traumatisant de sa mère il y a ce père adoré qu'il est donc il est trimballe de vivre en livre et donc Lionel du roi décide d'en disparaître arrivant aux alentours de 70 ans de prendre son vélo car c'est un grand cycliste et de pédaler jusqu'à Stalingrad va-t-il arriver jusqu'à Stalingrad vous le saurez si vous êtes satisfait et nous rembourser entre temps il traverse la Roumanie voilà et il raconte la Roumanie d'aujourd'hui Lola c'est un premier roman qui m'a vraiment bluffé de Kinga vers cyclovska ça s'appelle pas de Blanche c'est au seuil je vais être un peu cruel avec les autres lectures que j'ai eu cet automne je n'ai pas pu lâcher ce qui n'a pas été le cas souvent c'est l'histoire d'une famille et d'une grande bourgeoisie qui va peu à peu devenir terrorisée par le monde autour d'elle et se renfermer sur elle-même jusqu'à devenir vraiment d'une paranoïa tout à fait alarmante mais surtout ce sont des portraits alors on pourrait dire qu'il est vraiment elle se passe tous les thèmes sociétaux on peut dire vraiment et la guerre en Syrie elle a peur de l'autre et le développement personnel justement comme nouvelle religion etc c'est à la fois drôle mais d'une d'une justesse et d'un rythme impressionnant donc voilà je vois vous êtes bien travaillé l'une et l'autre par les fantômes et l'enfermement mais quand on lit votre livre ou livre un c'est normal dans l'émission à au bonheur des livres on a aimé Camille de Toledo ça c'est le poche de la semaine qui a mis d'eau est un écrivain très étrange il écrit des versets et c'est une fuite vers ses souvenirs après la mort de sa mère de son père de son frère et c'est un livre assez étrange très entraînant qui a été salué comme un chef-d'œuvre au moment où il est sorti et qui est maintenant en poche Audrey Hepburn une star pour tous une petite collection qui évoque des stars de cinéma mais Audrey Hepburn évidemment on l'a choisi par écho à vous d'abord parce qu'on adore Audrey de beurre mais par ailleurs elle hollandaise sa mère était collaboratrice elle a participé à la résistance elle-même et elle a refusé de jouer Anne Frank vous le racontez d'ailleurs elle ne se sentait pas légitime justement par rapport à cette histoire dévoie elle aurait dû jouer Anne Frank au cinéma elle a refusé avec les autres comportements que vous évoquez dans votre livre oligarque chez Grasset c'est un auteur qui est un pseudonyme Elena Morosov ça aurait dû être mon ovna d'ailleurs Helena Morosov mais je ne sais pas qui c'est mais il connaît parfaitement les mécanismes financiers internationaux il écrit très bien c'est haltan et ça montre passionnant par les temps qui courent ça montre comment c'est fabriqué le système économique et financier de l'oligarchie poutinienne elle devrait-je dire puisque c'est maintenant je ne sais pas qui c'est personne ne sait ce qui s'est mais en tout cas c'est un grand connaisseur du système et enfin vous savez que c'est octobre rouge le mois consacré à la lutte contre le cancer du sein et donc dans ce cadre nous vous proposons de lire les montagnes roses de cette chanteuse rose qui avait écrit d'autres romans qui racontent là son combat contre le cancer voilà cette émission est terminée merci à Sonia Devillers et merci à la fond merci à Gabriel notre lectrice merci à vous qui nous avait suivi vous pouvez revoir cette émission sur le site de Public Sénat ou en podcast ou autre plateforme préférée et vous pouvez aussi nous retrouver la semaine prochaine même heure même jour même chaîne à moins que d'ici là nous ne nous soyons croisés dans une librairie bonsoir [Musique]
Laurent Lafon