Paul Molac : "On a changé la loi pour qu'on ne puisse plus s'opposer aux langues régionales"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h20.
Ça c'était hier dans l'après-midi sur les marches de l'Assemblée Nationale des députés
qui chantent l'hymne breton, une image forte, pour marquer un vote qui l'est tout autant. Une loi pour protéger et promouvoir les langues régionales a été adoptée hier à une forte majorité et ce contre l'avis du ministre de l'Éducation Nationale. Bonjour Paul Molac. Bonjour. C'est vous qui portiez cette loi, vous êtes député du Morbihan, membre du groupe Libertés et Territoires. Et je vous ai entendu dire en sortant de l'Assemblée que ce vote était historique. C'est à ce point-là ?
Oui, parce que la seule loi sur les langues régionales datait de 1951. Elle disait qu'on pouvait enseigner les langues régionales si on pouvait apprendre le français avec, en gros. Donc là, c'est vraiment une loi qui est beaucoup plus large parce qu'on parle de la signalétique, on parle des fameux signes diacritiques, le fameux N-Tildé de Fanche.
Ah oui, il a cette bataille judiciaire de cette famille qui avait appelé son fils, ou Sfanch, c'est ça ? Sfanch. Avec le Tilde, voilà.
Oui, tout à fait. On l'inscrit aussi dans le patrimoine. Et puis, on change la loi Toubon pour dire qu'on ne peut pas s'opposer à l'usage des langues régionales parce qu'elles sont en train de disparaître parce qu'on ne les utilise pas. Et puis, il y avait la grosse question, en fait, de l'enseignement.
Et donc, qu'est-ce que ça va changer ? Dans les services publics, dans l'éducation nationale ? Alors, on va commencer vite fait par les services publics et après, on va s'attarder un peu plus sur l'éducation nationale. Dans les services publics, ça veut dire quoi ? Quand je vais en Bretagne, je vais avoir toute la signalétique en breton et en français ?
Alors, vous pouvez effectivement avoir de la signalétique bilingue. C'était déjà possible, mais là, on le met dans la loi. C'est obligatoire ? On ne peut plus le contester. Non, non, ce n'est pas obligatoire, mais on ne peut plus le contester. Parce que le problème qu'on a, c'est que certains envoyaient les maires au tribunal en disant qu'on ne pouvait pas lire, que ça allait provoquer des accidents, etc. Donc là, si vous voulez, c'est autorisé. Parce que le problème en France, pour les langues régionales, tout ce qui n'était pas autorisé était défendu.
D'accord.
Et là, on autorise un certain nombre de choses. Alors, il n'y a pas d'obligation, parce que je pense que c'est bon que ce soit la population qui s'en empare et qu'il y ait une demande sociale.
Et surtout, ce qu'il faut préciser, c'est que ça ne remplace pas le français. Quand il y a ces signalétiques, c'est en plus du français.
Bien sûr. Bien sûr, parce que ça a été très clair. On a nos langues régionales, on a la langue nationale. Tout ça se complète. On n'est pas dans les vases communicants. Certains pensent qu'on chasse une langue quand on en apprend une autre. Au contraire, elles s'épaulent l'une l'autre, on les comprend mieux.
Et à l'école, alors, qu'est-ce qui va changer concrètement ?
Alors, à l'école, par exemple, on va pouvoir utiliser dans l'enseignement public la méthode dite par immersion. C'est-à-dire qu'à un moment donné, on décide de faire beaucoup, par exemple, beaucoup d'heures de langue régionale pour que les enfants installent la langue régionale comme il faut. Et on voit que ça ne pénalise pas du tout le français. Il y a une expérience au Pays Basque où on fait 100% en maternelle. Et quand on évalue les enfants au CP, ils ont un niveau de français supérieur à la moyenne.
Ce n'est pas des cours de Basque, de Breton ou d'Alsacien, c'est des cours de maths en Basque, en Breton ou en Alsacien. C'est ça. On vit dans la langue. On vit dans la langue. Et ça, ça ne se fait pas aujourd'hui ? Pas dans le public ? Parce que là, vous précisez l'école publique.
Ça se fait jusqu'à 50%. D'accord. Le ministère bloqué à 50%.
Et ça se fait dans le privé aujourd'hui ou pas ? C'est beaucoup plus développé dans le privé, l'enseignement des langues régionales.
Ça se fait effectivement dans l'enseignement associatif, oui, tout à fait.
Et qu'est-ce qui va changer encore cette loi ?
Alors, dans les conventions qui sont signées entre la région et l'État, je donne un but. Le but, c'est de proposer à tous ceux qui veulent de faire de la langue régionale. Je vous donne un exemple. Aujourd'hui, il y a à peu près 7% d'une classe d'âge en Bretagne qui est dans une classe bilingue pour apprendre le français et le breton. Et en fait, on sait que le potentiel, c'est 40% des enfants dont les parents voudraient qu'ils soient mis en classe bilingue. Et ça, on ne peut pas le faire parce qu'on n'a pas les moyens pour le faire. Et en fait, il faut former les enseignants. Donc, ce n'est pas de l'ordre du symbolique du tout ? Ce n'est pas de l'ordre du symbolique.
Il s'agit de répondre à la demande sociale.
Et alors, former les enseignants, ça veut dire que là, c'est du long terme parce qu'on ne va pas les trouver du jour au lendemain, ces enseignants.
Exactement. Mais on arrive à les former en 9 mois chez nous.
Il y a des CAPES dans toutes les langues ?
Alors maintenant, il y a des CAPES à peu près dans toutes les langues, oui.
Dans toutes les langues. Vous, par exemple, par curiosité, comment vous avez appris le breton ?
Alors moi, je l'ai appris dans une zone qui n'est pas une zone britophone à l'origine chez moi, parce qu'on est plutôt dans la zone du galop, c'est-à-dire c'est une langue d'oïl, assez proche du français, mais avec de grosses différences quand même. Et donc, je l'ai appris par cours du soir, par quelqu'un qui était prof de lettres classiques et qui donnait des cours du soir de breton.
Et après, je ne sais pas si vous avez des enfants, vous leur avez transmis cette langue, vous parlez avec eux de la langue ?
Oui, à un moment donné, j'ai appris le breton, je l'ai possédé suffisamment, et après, j'ai changé de langue à la maison, j'ai parlé breton à mes enfants, donc quelque part, ils peuvent dire que c'est leur langue paternelle.
Et parce qu'il y a besoin, justement, pour revenir à cette transmission, il y a besoin de l'école pour compléter ce que peuvent apporter les parents ?
Oui, parce qu'aujourd'hui, en fait, tous les enfants sont francophones, ils parlent français, et ils ne parlent pas autre chose. Et dans leur milieu familial, souvent, ils ne parlent que français. Parce qu'on a découragé, si vous voulez, la transmission familiale. Et donc, ça s'est perdu, et on a besoin de l'école, effectivement, pour pouvoir réinvestir dans ces langues.
Et ce serait pour quelles langues ? Il y a combien de langues régionales en France ?
Il y en a un bon nombre. Alors, toutes ne sont pas enseignées, parce que vous avez en particulier, dans les territoires d'Outre-mer, vous avez des langues où il y a très peu de locuteurs. Alors, en France, il y a le Basque, le Breton, l'Occitan, le Catalan, le Corse, l'Alsacien.
Ça, c'est toutes des langues qui sont enseignées.
Celles-là sont toutes enseignées. Et puis, il y en a d'autres, comme le Franco-Provençal ou le Flamand Occidental. Il y a une demande d'enseignement, mais pour l'instant, le ministère bloque.
Et donc, ça veut dire que les langues qui ne sont pas enseignées sont amenées à disparaître un jour ?
Je le pense vraiment, parce qu'aujourd'hui, il faut pouvoir transmettre les langues avec les moyens qu'on a aujourd'hui. Donc, l'école, y compris les médias, quelquefois.
Alors, il y a peut-être des gens qui se demandent, de manière provocatrice, mais est-ce que ce serait si grave si elles disparaissaient, ces langues ?
Moi, je pense que oui, parce que c'est tout un pan de notre histoire, mais tout un pan aussi de notre créativité, de notre culture qui disparaîtrait. Et je dis quelquefois, c'est comme si vous pensiez, votre petit doigt, il vous sert à quoi ? Rien, mais vous n'allez pas le couper pour autant. Donc, il y a quelque chose comme ça. Vous savez, la privation de langue, c'est très important. Il y a quelque chose qui est très bizarre chez moi, par exemple, bien que je ne su... J'ai appris le breton, quand je suis très ému, j'ai du mal à parler français, ça vient en breton directement.
Et vous rêvez en breton aussi ?
Ah ça, oui, ça m'arrive.
Le ministre de l'éducation, lui, ne soutenait pas cette loi, et Jean-Michel Blanquer a même dit que l'enseignement immersif dont on a parlé, était une forme de séparatisme. Vous répondez quoi ?
Qu'il serait temps qu'il mette son logiciel à jour. On n'est plus au 19e siècle, où il y avait une langue unique qui devait faire disparaître toutes les autres. Aujourd'hui, on est dans le plurilinguisme. On est avec des gens qui ont différentes allégeances, différentes... Et cette différence, visiblement, l'État français a du mal à la prendre en compte. Et je trouve que c'est dommage, parce qu'on est dans un monde, de toute façon, multipolaire, plurilinguiste, et puis c'est comme ça, et c'est très bien. Vous savez, mes enfants, ils sont passés par des écoles d'Iwan, pour une partie de leur scolarité. Quand ils arrivent au bac, ils sont quadrilingues.
Ils parlent breton, ils parlent français, ils parlent anglais, évidemment. anglais, et puis l'espagnol ou l'allemand, parce que c'est comme ça. Et donc, moi, je trouve ça très bien. Oui, c'est ça le sens de cette loi. C'est en plus et pas à la place d'eux. Complètement.
Merci, Paul Molac, député du Morbihan. Et c'est vous qui avez porté cette loi pour promouvoir, protéger les langues régionales, loi qui a été adoptée hier à l'Assemblée nationale. Merci, vous étiez l'invité du 5-7.