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interviewRMC — Face à Face· 10 avril 2023 18 min

Face à Face : Benoît Payan et Manuel Bompard - 10/04

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face, à Pauline de Malherbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC BFM TV et exceptionnellement, on accueille aussi les téléspectateurs de BFM Marseille-Provence. Nous sommes à Marseille avec mon invité, le maire de Marseille, Benoît Payan. Bonjour Monsieur le maire, merci de prendre le temps de vous adresser à nos auditeurs, à nos téléspectateurs qui suivent évidemment avec beaucoup d'émotion ce qui se passe ici.

La première question que j'ai envie de vous poser, c'est est-ce que le mot espoir, qui est le mot que vous avez encore prononcé cette nuit, malgré la découverte de deux corps sans vie, est-ce que le mot espoir, il est juste ou est-ce que c'est parce que vous croyez au miracle ou est-ce que vraiment on peut y croire ?

0:50
Invité

L'espoir, c'est que les marins pompiers nous disent que dans des situations pareilles, au moment où on parle, il reste de l'espoir et qu'on peut trouver encore des victimes en vie. Et donc on continue les recherches comme on les a démarrées la nuit dernière, pas à pas, on y va doucement pour ne pas éventuellement faire de mal, blesser ou tuer des personnes qui seraient encore en vie. Puis viendra un moment où ça ne sera plus le cas, mais il y a encore de l'espoir de retrouver quelques victimes encore en vie, quelques survivants. Et je veux qu'on garde cet espoir. Il faut le garder tant que c'est possible.

Viendra le moment où, bien évidemment, tout ça ne sera plus permis, mais ça l'est encore.

1:31
Présentateur

Encore, 32 heures après, il y a deux corps sans vie qui ont été retrouvés cette nuit. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

1:38
Invité

Cette nuit vers minuit, deux corps ont été trouvés à 20 minutes d'intervalle. Ils ont été excavés, sortis des décombres plus de deux heures plus tard parce que justement, ça a été une opération extrêmement difficile. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus. La police judiciaire, la police scientifique, le procureur de la République, la procureure de la République sont sur l'identification des corps. Vous savez qu'il y a des familles qui sont prises en charge avec une cellule psychologique. Je ne veux pas en dire plus. Je ne peux pas en dire plus pour le moment. Dans quelques moments, dans la matinée, on pourra en dire plus. Je vous en dirai plus, bien évidemment.

On comprend votre discrétion, on comprend votre émotion. Je veux qu'on conserve et qu'on protège les familles.

2:19
Présentateur

En parlant effectivement avec les habitants du quartier, ils évoquent les habitants de cet immeuble, ils évoquent ce couple de retraités bouchés qui était au rez-de-chaussée, ils évoquent cette vieille dame de 85 ans, paroissienne dont le curé nous parlait tout à l'heure. Il était en direct à 6h40 sur RMC. Ils pensent tous évidemment à chacun d'entre eux. Vous disiez en fait des victimes qui sont sous les décombres. Combien ? On a parlé de 8, de 9 ?

2:44
Invité

C'est l'estimation qui est faite. C'est-à-dire qu'on sait avec certitude que 8 personnes sont disparues dans le 17 et que probablement une neuvième habitant le 19 rue de Tivoli est aussi portée disparue. Mais après, on peut avoir un couple qui avait des invités. On peut avoir un couple où une personne n'était pas là. Donc, on doit rester très prudent. Il ne peut pas y avoir de certitude. Donc, on sait que c'est au moins 8 disparus sur le 17, 1 disparu sur le 19. Mais on doit rester très prudent quant aux personnes qui étaient dans l'immeuble au moment, à minuit 50, avant-hier, hier, au moment où ça s'est passé. Donc, on garde là aussi beaucoup de prudence.

Il s'agit de vie humaine, il s'agit de famille, de gens qui sont extrêmement inquiets. Et donc, on avance pas à pas. Ce qui est mis aujourd'hui à la disposition, évidemment, des Marseillaises et des Marseillaises, ce qu'on peut vous dire, c'est que c'est 8 à 9 personnes. Ça peut être moins, ça peut être plus.

3:41
Présentateur

Avec, évidemment, des questions sur les causes. On va y revenir sur les secours tels qu'ils s'organisent. Mais il y a aussi tous ceux qui ont dû être évacués. 199 personnes évacuées. Est-ce qu'il y en aura davantage ? Est-ce qu'il devra y en avoir davantage ? Ou est-ce que le reste se tient ?

3:56
Invité

Non. Au moment où je vous parle, évidemment, il n'y aura pas, il ne devrait pas y avoir de nouveaux évacués. 200 personnes évacuées, 33 immeubles évacués. Je souhaite que le plus rapidement possible, les gens puissent regagner leurs appartements, puisque justement, la structure du quartier, la structure des immeubles, tiens, ce n'est pas, on n'est pas dans un quartier type...

4:16
Présentateur

Ce que vous nous dites ce matin, monsieur le maire, c'est que le quartier n'est pas vétuste.

4:20
Invité

Pas du tout.

4:20
Présentateur

Il ne s'agit pas d'un quartier, et même les évacuations, il faut bien qu'on comprenne, ce n'est pas parce que les immeubles manqueraient de s'effondrer, ou parce qu'ils auraient été fragilisés.

4:28
Invité

Les immeubles tout autour, jouxtant le 17, le 19 et le 15 de la rue de Tivoli, eux, ont été fragilisés. Il faut imaginer que l'explosion, que le souffle, que la déflagration a évidemment désintégré certaines façades, certains garages et certaines entrées, que certains immeubles sont fragilisés, mais pour le reste, ce sont des immeubles qui sont évacués pour faire et fabriquer un périmètre de sécurité. Pour autant, on a permis, et on l'a fait encore ce matin, à une vieille dame d'aller récupérer son chat, accompagnée par des pompiers, accompagnée par la police. Ils réintégreront au fur et à mesure, du temps qui passe, leurs appartements. Pour les immeubles qui sont vraiment dans le pays.

Je pense que probablement, les premières personnes pourront réintégrer d'ici demain leurs appartements, mais on doit rester prudents. Pourquoi ? Parce que tout évolue. Et il peut y avoir un immeuble qui, jouxtant le 17 ou le 19, peut s'effondrer. Et qui, lui aussi, peut entraîner une fragilisation. Mais au moment où je vous parle, les structures tiennent bien.

5:36
Présentateur

Les secours sont sur place, avec le gaz qui a été coupé dans tout un périmètre. Est-ce qu'il faut comprendre, même si vous restez très prudent sur les causes, que malgré tout, c'est ce qui vous paraît, au moment où on se parle, la cause la plus vraisemblable ?

5:48
Invité

La police judiciaire est là-dessus. Sur ce travail d'investigation, la police scientifique est sur ce travail, bien évidemment, d'investigation. Mais comprenons bien qu'au moment où on parle, on est encore à la recherche de survivants. Ce qui ne permet pas un travail d'investigation.

6:03
Présentateur

C'est la seule question qui compte à ce moment où on se parle.

6:06
Invité

Pour moi, oui. Je veux qu'on aille au bout de ces démarches. Et en effet, la recherche de survivants est ma priorité. Et quand on recherche des survivants, quand on est sur place, il faut imaginer que le travail scientifique, de précision qui est fait par les marins-pompiers, ne permet pas à la police judiciaire d'accéder au site comme elle le ferait sur un site où les opérations de secours sont terminées, et où les investigations scientifiques et judiciaires peuvent commencer. Même si la police judiciaire, même si le parquet travaille autour de ces questions-là, c'est d'abord la priorité aux marins-pompiers. Et ça restera la priorité aux marins-pompiers et à la recherche des survivants.

Et puis ensuite, viendra le moment où les causes seront affinées et où probablement, quand on regarde la violence de l'explosion, quand on sait à quel point, et je sais que sur votre antenne, les choses ont été parfaitement expliquées hier, avec beaucoup de pédagogie, quand on sait la violence de l'incendie, les chaleurs anormalement élevées, il y avait des flammes oranges, mais je vous ai aussi parlé de flammes bleues.

Vous imaginez des températures, une extrême chaleur, parce que ces immeubles s'effondrant sur des matières inflammables, les recouvrant, je vais parler de manière triviale, mais pour que tout le monde comprenne, vous imaginez un four de béton sous lequel brûlerait des matières toxiques et inflammables. On rendu, pour les chiens, pour les caméras thermiques, les secours extrêmement périlleux. Il a vraiment fallu déployer toute la palette de nos capacités techniques et celles du bataillon des marins de pompiers de Marseille. Elles sont exceptionnelles, quasiment uniques en France, pour pouvoir travailler avec des drones, avec du matériel scientifique.

Aujourd'hui, les pompiers, les femmes et les hommes sont sur place, les chiens sont sur place, et on continue les recherches.

7:46
Présentateur

Merci beaucoup. Merci à vous. Merci à Pauline de Malab. Le mot que vous retenez et qu'on retient, évidemment, de votre intervention, je vous laisse aller retrouver les secours. Merci beaucoup. Le mot qu'on retient, c'est évidemment celui d'espoir. Espoir que la mairie, que tous les élus, mais aussi tous les secours avec qui on parle depuis ce matin, veulent conserver. Après le maire, le député, Manuel Bompard, bonjour. Bonjour. Vous êtes le député de la France Insoumise. Ma première question, elle est aussi celle-là. Je vois que vous travaillez tous ensemble, main dans la main, quels que soient les bords politiques, quels que soient les services.

Il y a une solidarité absolue des habitants, des élus.

8:20
Benoît Payan

C'est notre devoir quand on est confronté à un drame de cette nature, quelles que soient les étiquettes politiques des uns et des autres. Bien évidemment, notre responsabilité, c'est de travailler collectivement. Je veux remercier, saluer le travail des équipes municipales, bien évidemment. Le travail des marins-pompiers de Marseille, ça a été dit, mais je veux le redire ici, qu'ils font un travail extraordinaire et qu'ils le font. C'est important que tout le monde le comprenne dans des conditions de dangerosité très importantes. Vous l'avez dit, mais un premier immeuble s'est effondré dans la nuit de samedi à dimanche et au petit matin du dimanche, un deuxième immeuble s'est effondré.

Donc tout le monde comprend que les personnes qui ont travaillé dans l'intervalle sur les décombres étaient sous une menace et l'ont fait au péril de leur vie. Donc oui, bien sûr, c'est notre responsabilité. Et j'en profite aussi pour saluer la solidarité extraordinaire des marseillaises et des marseillais. Là aussi, vous l'avez souligné, mais je veux vraiment insister sur ce point. Marseille est confrontée à une situation très difficile, mais Marseille fait bloc, Marseille fait face.

9:18
Présentateur

Marseille qui a été aussi particulièrement sensible à la question de l'explosion. Plusieurs habitants me le disaient ce matin, ça n'a rien à voir avec la rue d'Aubagne. Mais en fait, on ne peut pas s'empêcher d'y penser parce que la douleur, elle est toujours là. Les Marseillais, debout, mais quand même traumatisés.

9:33
Benoît Payan

Forcément, quand vous avez connu un événement aussi dramatique que celui de la rue d'Aubagne, quand il y a une explosion, quand il y a un effondrement, quand vous avez des images comme celles qui ont commencé à circuler dans la nuit de samedi à dimanche, il est naturel que dans la tête des habitantes et des habitants, ça rappelle et on se dise, « Ah, est-ce que c'est encore un drame de cette nature ?

» Et c'est un drame, bien sûr, mais c'est important de préciser, ça a été dit tout à l'heure, que selon les informations qui sont à notre connaissance, en tout cas, aucun de ces immeubles n'était frappé par des difficultés, aucun n'avait subi un arrêté de péril, les marins-pompiers n'avaient pas été amenés à faire des interventions sur ces différents immeubles. Et donc, il semble qu'on soit plus tôt, même s'il faut toujours parler au conditionnel, sur une cause accidente.

10:21
Présentateur

Vous avez pu, Manuel Bompard, vous échanger avec des habitants évacués, ils s'inquiètent de la suite, évidemment, ils sont obligés de vivre, je dirais, jour par jour, mais même heure après heure, certains me disaient tout à l'heure, parce qu'ils sont quand même revenus tout près d'ici, en espérant pouvoir récupérer quelques affaires, ils me disaient, voilà, j'ai dormi à l'hôtel Ibis la nuit dernière, mais je ne sais pas où je serai ce soir. Est-ce que vous avez commencé à réfléchir à la suite ? Le maire disait que peut-être dès demain, certains habitants pourraient rentrer.

10:48
Benoît Payan

D'abord, je veux dire que c'est compréhensible, bien évidemment, que les personnes qui ont été évacuées, le chiffre, c'est 199 personnes qui ont été évacuées, se posent la question de ce qui va se passer demain ou après-demain. Pour l'instant, les solutions de relogement, d'hébergement qui leur ont été proposées, pour partie, ce sont des proches ou des familles qui les accueillent, ou des habitants du quartier, et pour partie, ce sont des personnes qui sont hébergées dans des hôtels.

Et je crois pouvoir dire, même si ce n'est pas de ma responsabilité directe et immédiate, que la municipalité de Marseille et les services qui travaillent sur ce sujet vont faire en sorte qu'ils puissent être hébergés, en tout cas de manière temporaire, tant qu'il y aura besoin. Pour certains d'entre eux, ils pourront retrouver ensuite leur logement. Pour d'autres, notamment les immeubles qui sont les immeubles mitoyens, la question qui va être posée ensuite, forcément, c'est la question de relogement pérenne.

11:42
Présentateur

Parce que certains, pour qui c'était une urgence, c'est une urgence qui va durer.

11:46
Benoît Payan

Forcément, et puis vous avez bien vu que, malheureusement pour les personnes qui habitaient, l'immeuble qui s'est effondré aujourd'hui à ce stade, à l'heure où je vous parle, il n'y a pas aujourd'hui de survivants. Mais sur les deux immeubles mitoyens, il y a des personnes qui ont été évacuées et qui ne pourront pas retrouver leur logement, puisque une partie, en tout cas, de l'immeuble s'est effondrée. Donc la question qui va être posée, c'est forcément celle de relogement pérenne. Et je forme le vœu, effectivement, que tous les services soient mobilisés pour faire en sorte que ces relogements soient effectués le plus rapidement possible et que personne ne se retrouve sans solution.

12:21
Présentateur

Est-ce que vous avez l'impression que l'État a pris la mesure ? On a l'impression parfois que Marseille est très éprouvée. Récemment, évidemment, il y a eu un certain nombre d'actualités. Il y a évidemment Aubagne qui est dans toutes les mémoires ici. Et je n'imaginais pas, avant d'arriver ici, à quel point la cicatrice n'était visiblement pas complètement refermée pour qu'elle ait été rouverte de manière si vive. Est-ce que vous vous dites, quand même, les Marseillais sont solidaires, mais est-ce que les Français sont suffisamment solidaires ? Est-ce que l'État fait ce qu'il faut, fera ce qu'il faut ?

12:53
Benoît Payan

Je le souhaite. Moi, je souhaite effectivement que tout soit fait. Et clairement, s'il y a un tel ressentiment sur le drame qui s'est passé le 5 novembre 2018 sur la rue d'Aubagne, c'est qu'il y avait une profonde injustice, qui avait un sujet sur lequel les Marseillaises et les Marseillais étaient inquiets depuis des mois et des mois et des années et des années, qui étaient des situations d'insalubrité, des marchands de sommeil et des gens qui se faisaient de l'argent sur la misère de citoyennes et citoyens qui n'avaient pas d'autres possibilités. Encore une fois, c'est important de préciser qu'on est dans une situation très différente ici.

13:29
Présentateur

Ici, on est dans un quartier qui a été, au contraire, plutôt rénové. L'immeuble en question du 17 rue Tivoli venait d'être ravalé. Ça ne donne en effet pas le sentiment d'un quartier insalubre. Les habitants, d'ailleurs, le revendiquent. Mais certains me disaient ce matin, oui, mais en même temps, la façade est belle. Mais derrière, ça reste fragile. Et ils espéraient que tout avait été fait pour les tuyauteries, pour tout ça. Est-ce que vous avez des inquiétudes de ce point de vue-là ? Est-ce qu'en parlant avec les secours, ces inquiétudes-là naissent ?

13:56
Benoît Payan

Honnêtement, on ne peut jamais être sûr de rien. À ce stade, en tout cas, je n'ai pas d'éléments qui me permettent de dire qu'il y avait une difficulté sur les tuyauteries de gaz, par exemple, si c'est la question que posaient les personnes que vous avez interrogées. Maintenant, vous le savez, il y a une enquête extrêmement précise qui est en cours, qui va avoir lieu et qui doit déterminer très précisément les circonstances de l'explosion et ensuite de l'effondrement. Comme tout le monde, j'espère qu'on ne va pas, dans cette enquête, découvrir qu'il y a eu une difficulté. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus à ce stade.

Mais voilà, je souhaite, puisque c'était votre question, que le plus rapidement possible, on puisse connaître les circonstances précises de ce qui s'est déroulé, même si ça a été dit par le maire de Marseille, et je veux le souligner, la priorité aujourd'hui, c'est d'essayer de sortir des personnes vivantes des décombres, tout simplement.

14:50
Présentateur

Emmanuel Macron a exprimé sa solidarité, quelques heures après le drame. Depuis, il ne s'est pas à nouveau exprimé. Est-ce que vous espérez qu'il viendra ?

14:56
Benoît Payan

En tout cas, le ministre de l'Intérieur est venu dimanche, le ministre du Logement vient aujourd'hui.

15:05
Présentateur

Il a été sur RLC tout à l'heure à 7h50, juste avant de prendre son avion et d'arriver. Il devrait être sur place vers 9h, 9h30.

15:11
Benoît Payan

Après, le président de la République fera ce qu'il juge utile de faire. Moi, il ne m'appartient pas de lui dire ce qu'il doit faire. Ce que j'en attends, j'en attends que l'État, bien évidemment, se tienne aux côtés de la ville de Marseille, des habitantes, des habitants, pour faire en sorte que toutes les personnes qui ont été touchées par ce drame puissent le plus rapidement possible, pour celles qui, bien évidemment, seront des survivantes de ce drame, puissent retrouver une vie la plus normale possible.

Je crois qu'il faut que toutes les personnes qui nous écoutent comprennent que c'est des gens qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien, sont sortis en urgence de leur logement, sont partis sans aucune de leurs affaires personnelles. Et donc, c'est extrêmement difficile pour eux de retrouver une vie normale. Et je souhaite que l'État se tienne aux côtés des Marseilleuses.

15:58
Présentateur

Moi, c'est ce que je ressens, effectivement, ce matin, après avoir discuté avec ces gens du quartier, et puis avoir vu certains revenir un peu hébétés, ayant évidemment dormi que quelques heures, et qui revenaient avec des grands sacs en plastique, espérant pouvoir accéder à leurs affaires. Ils se sentaient très seuls, même si, évidemment, il y avait une forme de solidarité. Ils disaient, on a donné notre numéro de téléphone, mais on n'a pas été rappelés. J'imagine que c'est ce qui sera fait aujourd'hui. Qu'est-ce que vous vous retenez des paroles de ceux que vous avez rencontrés qui sont les évacués ?

16:26
Benoît Payan

Ce que vous dites, une sorte d'état peut-être de sidération. C'est quelque chose d'extrêmement soudain. Vous n'y attendez pas. Vous êtes en pleine nuit, après minuit, on est un samedi soir, dans un week-end de Pâques. Certaines personnes sont allées passer une soirée, sont rentrées à la maison, s'apprêtaient à se coucher. Il y a une forme de quelque chose d'extrêmement soudain. Mais moi, ce que je veux retenir, c'est quand même la solidarité des Marseillaises et des Marseillais qui a été extrêmement forte. Je pense que c'est important de retenir ça, même si je comprends que des personnes se retrouvent dans une situation de solitude absolue et extrême.

Je sais que des choses sont mises en place. Il peut toujours y avoir des dysfonctionnements. Je pense que tout le monde peut le comprendre. Non, non, mais vraiment, ils disent tous la solidarité.

17:10
Présentateur

Ils y sont extrêmement sensibles. Leur solitude, elle provient aussi d'une forme d'évêtement. Certains disent, j'ai mes petits chats qui sont là à quelques dizaines de mètres, mais ne pouvant pas y accéder. Merci Emmanuel Bompard, en tout cas, d'avoir été en direct avec nous sur RMC, sur BFM TV, sur BFM Marseille-Provence. Le mot qu'on retient, c'est évidemment celui d'espoir. L'espoir, c'est le mot que vous avez tous envie d'affirmer ce matin. 32 heures, je le disais, 32 heures après le début des recherches, 32 heures après l'explosion.

Encore au moment où on se parle, derrière nous, derrière la caméra, il y a ces sapeurs-pompiers, ces pompiers marins de Marseille qui y vont et qui viennent et qui tentent d'aller au plus près, qui se relaient. J'ai vu des équipes se relayer dès l'arrivée, alors même qu'il faisait encore nuit et que je suis arrivée pour RMC. Ces pompiers qui se relayaient jusqu'à ce que l'aube arrive, jusqu'à ce que certains habitants encore quittent le quartier. Une vieille dame de 80 ans qui est sortie avec deux sacs qui n'avaient pas bougé de chez elle depuis l'explosion et qui a donc fini par évacuer le quartier, son beau-frère qui était venu la chercher.

On voit cette solidarité encore au moment où on se parle. Merci en tout cas, Emmanuel Bompard. Merci à vous tous. Merci.

18:27
Locuteur

Merci. Merci.

Face à Face : Benoît Payan et Manuel Bompard - 10/04 — Benoît Payan · Pourquijevote