Législatives anticipées, programmes économiques des gauches unies et du RN... Le 8h30 franceinfo de Bruno Le Maire du vendredi 14 juin 2024
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Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Jean-René Baudot. Après des jours de négociations, un accord a été trouvé entre les partis de gauche, accord sur des candidatures uniques et aussi accord sur un programme commun. Est-ce que le fait que la gauche arrive en ordre rassemblée, est-ce que ça change quelque chose pour vous ?
Parce qu'il change quelque chose, c'est leur programme, qui est un délire total. C'est 1981 puissance 10.
C'est l'assurance du déclassement, l'assurance du chômage de masse
et l'assurance de la sortie de l'Union Européenne. Sortie de l'Union Européenne, puisque le programme dit que cette alliance de gauche refusera la contrainte austéritaire du pacte de stabilité. Nous sommes 27, les 26 autres États ont accepté ce pacte de stabilité qui permet de revenir dans les clous budgétaires et de garantir le bon équilibre entre croissance et rétablissement des comptes. L'Union de la gauche jette ça par-dessus bord, refuse le pacte et donc refuse la discipline européenne, refuse l'Europe. C'est la première fois qu'une Union de la gauche tourne le dos à l'Europe. Effondrement économique garanti également. Regardez les propositions qui sont faites. SMIC a 1600 euros net.
Aujourd'hui il doit être à 1398 euros net. Plus 200 euros sur le SMIC. C'est l'assurance du retour à la situation de 1981, le chômage de masse, je dis bien de masse pour tous les Français.
Mais est-ce que toutes ces annonces qui sont aujourd'hui dans ce programme, est-ce qu'elles ne correspondent pas aussi à des attentes d'une grande partie de la population ?
Parce que c'est des attentes, Jean-René Baudot, d'avoir le retour du chômage de masse. Enfin on a mis des décennies. Non mais l'indexation des salaires, l'abrogation des retraites, l'abrogation d'autres textes comme ça. Une allocation pour les plus jeunes, taxer les plus riches. Jean-René Baudot, on peut toujours promettre qu'on va raser gratis, on peut toujours promettre que le salaire en moyen sera 2000 euros pour tout le monde, on peut toujours promettre qu'on va indexer les salaires sur l'inflation, mais il faut en tirer les conséquences.
Et je le dis avec beaucoup de gravité à tous les électeurs de centre-gauche, à tous les sociodémocrates qui savent qu'il y a une économie, qui savent tout simplement qu'il y a une réalité économique. Et qu'en général, quand on oublie la réalité économique, elle se rappelle cruellement à vous. Après 1981 et les folies de François Mitterrand, il y a eu 1983 et le tournant de la rigueur. Quand vous faites 1981 puissance 10, quand vous faites 1981 en 2024, attendez-vous au pire économiquement. Le retour du chômage de masse avec l'indexation des salaires et le SMIC à 1600 euros net. La faillite des comptes publics avec l'augmentation de 10% du point d'indice.
La retraite à 60 ans qui est absolument impossible à financer. Tout ça se traduira, et je le dis, avec plus que de la gravité. Avec vraiment de la peine pour la France. Voir que des partis politiques de gauche peuvent encore proposer un programme qui est aussi décalé par rapport à la réalité du monde. Ça me consterne. Voir qu'un ancien président de la République...
Vous trouvez que c'est pire que le Rassemblement National, Bruno ?
Je ne fais pas des comparaisons pour savoir qui est pire que l'autre. Je prends chaque programme un à un. Et je lis les propositions honnêtement et simplement. Je dis juste à Gateland Bray que voir un ancien président de la République qui appartient à la famille sociale démocrate, cushionner un projet de déclassement de la France et de sortie de l'Union Européenne, là aussi. Je trouve ça consternant. Et ça montre le moment de folie politique dans lequel nous sommes tombés. J'appelle chacun à reprendre ses sens.
François Hollande, mais aussi Raphaël Glucksmann ce matin, qui explique que le seul moyen de battre le Rassemblement National, c'est de faire cette union de gauche. Cette union de gauche qui est très fédératrice. Alors qu'Emmanuel Macron voulait rallier à lui des personnalités de ce bord-là. Il misait sur l'impossible entente des partis. Et finalement, non seulement l'union à gauche n'est pas morte, mais elle est revitalisée encore plus forte qu'avant. Est-ce que ce n'est pas un échec pour vous, l'échec de votre stratégie ?
Il ne s'agit pas de battre le Rassemblement National ou de battre l'extrême-gauche. Il s'agit juste de faire un choix lucide, en conscience, le 30 juin prochain et le 7 juillet prochain. Je dis à tous ceux qui nous écoutent, toutes celles qui nous écoutent, lisez les programmes. Prenez quelques instants, prenez les programmes, lisez les propositions, faites-vous une idée. Est-ce que revenir à la retraite à 60 ans, augmenter le SMIC à 1 600 euros net, augmenter de 10% le point d'indice, ça va améliorer la situation des Français ? Non. Est-ce que les mensonges du Rassemblement National...
Premier ministre sera issu de cette union des gauches s'ils arrivent devant le Rassemblement National ?
C'est à eux de décider qui sera Premier ministre, ce n'est pas tellement le sujet. Quand je regarde du côté de l'extrême-droite, je vois un programme qui est tissé de mensonges. Donc, ce n'est pas mieux. Je dis simplement à nos électeurs, aux électeurs de centre-droit, aux électeurs de centre-gauche, il y a encore une possibilité de résistance. Il y a encore une possibilité de continuer à porter une ambition pour la France. Donc, mobilisez-vous dans les jours et dans les semaines qui viennent pour que le 30 juin, on puisse déjouer les pronostics et avoir une victoire pour notre majorité.
Bruno Le Maire, le taux d'emprunt à 10 ans de la France s'est envolé. Hier, l'écart avec l'Allemagne est au plus haut depuis 2017. L'instabilité politique qu'on est en train de vivre, la crise politique du moment, est-ce qu'elle peut provoquer, selon vous, une crise financière ? Oui.
Et qui en serait responsable ? Mais seront responsables tous ceux qui appliqueront des programmes qui ne tiennent pas la route. J'ai parlé du programme de la gauche. Quand on regarde le programme de l'extrême droite, très franchement, ce n'est pas plus brillant. Les baisses de TVA qui sont promisées, je crois que M. Bardella a confirmé qu'il ferait les baisses de TVA sur l'essence, sur le gaz, sur l'électricité et sur l'alimentation. L'ensemble de ces baisses de taux de TVA représentent 24 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. C'est exactement l'équivalent de ce qu'il faut économiser en 2024 et de ce que j'ai prévu d'économiser pour équilibrer notre budget.
24 milliards d'euros de dépenses alors qu'il faudrait faire 24 milliards d'euros d'économie. Les marchés vont dire, désolé, vous n'avez pas les moyens de vous payer ces dépenses. Au passage, je rappelle que ces dépenses sont totalement inutiles parce que quand vous baissez la TVA, il n'y a pas un consommateur qui le voit dans sa poche. Ça va en général dans la poche du distributeur ou de l'industriel. Jamais dans la poche du consommateur. Vous claquez 24 milliards d'euros qui vont partir en fumée pour rien.
On a l'impression que c'est vous le chaos. C'est ça l'alternative pour les Français ?
Non, je dis simplement qu'il y a un bloc central. Il y a un bloc d'extrême droite avec ses mensonges, notamment en matière économique et financière. Il y a un bloc d'extrême gauche avec ses folies et son délire économique. Et puis, il y a un bloc central qui doit améliorer ses propositions, qui doit tenir compte des messages d'inquiétude, de colère qui ont été exprimés, mais qui, aujourd'hui, a des résultats en matière d'emploi, de réindustrialisation, de puissance économique qui sont solides. Et ce serait dommage de les gâcher en un seul vote.
Bruno Le Maire, si les marchés réagissent de cette manière-là, c'est aussi que notre dette, elle est actuellement sous surveillance. Elle a été dégradée par des agences. Est-ce que vous assumez une part de responsabilité ? Finalement, dans ce contexte que les agences, désormais, regardent avec beaucoup d'inquiétude ?
Écoutez, Jean-René Baudot, les écarts de taux entre l'Allemagne et la France n'ont jamais été aussi élevés depuis 17 ans. Donc, c'est bien qu'il s'est passé quelque chose. Il y avait une stabilité des écarts de taux entre la France et l'Allemagne depuis des mois.
Mais on ne partait pas de zéro, c'est ça ce que je veux dire.
Pardon, on avait une stratégie de rétablissement des finances publiques qui était cohérente, qui était validée par les marchés, et qui évitait d'avoir des taux qui flambent. Aujourd'hui, les taux français à 10 ans sont à 3,20. Ils ont pris 6 points de base depuis vendredi dernier, 8 points de base sur le spread entre la France et l'Allemagne hier encore. Nous avons 74 points de base d'écart de taux entre l'Allemagne et la France. C'est le niveau le plus élevé depuis 17 ans. Nous empruntons désormais plus cher que les Portugais.
Combien ça coûte cette petite affaire ? Mais si nos finances publiques avaient été plus saines au départ, peut-être que les réactions ne seraient pas comme ça.
Mais non, pardon, ça n'est pas la question de l'équilibre des finances publiques. C'est la question des projets qui sont sur la table pour savoir si nous pouvons, oui ou non, financer cette dette. Avec notre projet, la dette pouvait être financée. Avec les projets de l'extrême gauche et de l'extrême droite, la dette ne pourra pas être financée. Cette affaire coûte 600 millions d'euros dès cette année au moment où je vous parle. 4 milliards d'euros en 5 ans. Et plus ça se dégrade, plus ça coûte cher.
On va se retrouver dans un instant Bruno Le Maire. On va continuer à parler évidemment de cette campagne, de ce programme, de votre programme et du programme aussi du Rassemblement National. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, juste après le fil info de Claire Checaglini. Il est 8h41. Exit la réforme des retraites, celle de l'assurance chômage et sur l'immigration. Première mesure du Front populaire publiée ce matin par la députée écologiste Cyrielle Châtelain. Les partis de gauche s'engagent aussi à soutenir de manière inconditionnelle l'Ukraine. Production à l'arrêt à l'usine Perrier de Vergès dans le Gard. Plus aucune bouteille de Perrier vert n'en sortira d'ici la fin de l'été.
Conséquence de pollution des puits dans lesquels Nestlé puise l'eau. Information de la cellule Investigation de Radio France et du journal Le Monde. L'État met 700 millions d'euros sur la table pour acheter une partie d'Atos. Parmi les activités stratégiques de l'ex-fleuron informatique, le système de pilotage des réacteurs nucléaires. On n'est jamais aussi bien servi que par ses actionnaires. Je vous adore les gars. L'aura lancé Elon Musk, le patron de Tesla, a obtenu la validation de sa rémunération annuelle de 56 milliards de dollars. Le siège du constructeur automobile sera aussi transféré au Delaware, un paradis fiscal américain.
France Info
Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot.
Toujours avec Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, vous avez lancé un appel au patron pour réagir à cette menace du Rassemblement National. Sophie Binet, la patronne de la CGT ce matin, constate aussi que les patrons ne se sont pas engagés vraiment. Elle dit pour eux peut-être que c'est un mal nécessaire. Comment vous expliquez ce silence des patrons ?
Il y a eu quelques réactions. Je salue par exemple la réaction de Patrick Martin. Mais je pense que dans ces moments qui sont graves pour la France, chacun doit prendre position. Et je ne dis pas de prendre des positions politiques pour l'extrême droite, l'extrême gauche ou la majorité. Mais prendre position sur les propositions concrètes qui sont faites par les partis. Les chefs d'entreprise doivent prendre la parole.
Le programme économique du Rassemblement National dérange le moins en moins le patronat, pour être exact.
C'est sans doute qu'ils n'ont pas lu le programme attentivement. Mais une fois encore, ces baisses de TVA massives, ces dépenses massives, qui représentent au total 100 milliards d'euros, parce qu'on a oublié la retraite à 60 ou 62 ans.
Alors ça, Jordan Parler dit qu'il ne le fera pas dans un premier temps de revenir sur la réforme des retraites.
Donc il a menti. Donc il a menti. Et le programme du RN montre ce qu'il est. C'est un tissu de mensonge. Et quand M. Bardella nous dit je vais faire un grand audit des comptes publics, je rappelle juste qu'il a des députés qui sont à la commission des finances, qui ont accès à toutes les informations budgétaires et fiscales du pays, qui savent parfaitement quel est l'état des comptes de la nation.
En l'occurrence, il vous accuse vous d'avoir menti sur les comptes. C'est ce qu'il disait hier soir dans une vidéo postée. Il vous accuse vous d'avoir menti sur les comptes.
Je pense que c'est surtout lui qui ment à ses électeurs. Et que ses comptes sont totalement transparents. Ils sont à la commission des finances. Donc dans le fond, il ne fait que proposer un audit pour dissimuler ces mensonges. Ces mensonges sur la baisse de TVA, ces mensonges sur la nationalisation des autoroutes, ces mensonges sur les retraites, ces reniements qui vont venir et qui vont décevoir nos compatriotes.
Le RN veut revenir sur la hausse des prix du gaz de 11% prévus le 1er juillet. Est-ce que c'est une question de volonté politique ou c'est un miroir aux alouettes ? Qu'est-ce que vous allez faire, vous, pour les Français face à cette hausse des prix du gaz ?
C'est irresponsable. D'abord, les prix du gaz, aujourd'hui, ils sont plus bas qu'en janvier 2024, qu'au début de l'année. Ensuite, il faut bien entretenir les tuyaux de gaz, les infrastructures. Elle va faire quoi, Marine Le Pen et M. Bardella ? Ils vont laisser tout ça partir à volo ? C'est ça qu'ils veulent ? Une France qui part à volo ? Je crois qu'ils voulaient de l'ordre. Il faut aussi de l'ordre dans les infrastructures, les infrastructures gazières. Ça coûte de l'argent, il faut investir. Nous, nous avons d'abord protégé pendant la crise, crise gazière et crise de l'électricité. On a mis en place un bouclier tarifaire.
Nous avons surtout investi dans les réacteurs nucléaires et dans les énergies renouvelables dont ne veut plus Marine Le Pen. Ce qui fait que si vous n'avez pas assez d'énergie renouvelable, vous aurez moins d'électricité et donc une électricité plus chère. Et grâce à ces investissements, nous produisons beaucoup d'électricité aujourd'hui.
Mais aujourd'hui, c'est terminé le bouclier tarifaire.
Oui, d'accord, mais les prix d'électricité, Agathe Lambret, ont chuté grâce à une production plus importante. Ce qui fait que je peux garantir, mais garantir sans affaiblir les comptes publics, qu'au début de l'année 2025, les factures d'électricité des Français baisseront de 10 à 15%.
Mais ce n'est pas grâce à vous, puisque vous allez quand même augmenter les taxes sur l'électricité. Si les prix d'électricité vont baisser, c'est parce que les prix du marché de gros vont baisser.
Nous n'avons pas, je lisais aussi dans le programme du RN, nous n'avons pas augmenté les taxes sur l'électricité. Il y a toujours eu une taxe sur l'électricité qui sert à financer les réseaux électriques dans les départements d'outre-mer et en Corse. Et qui sert à financer le chèque énergie pour les plus modestes. C'est ça que veut supprimer Mme Le Pen, c'est ça que veut supprimer M. Bardella, le soutien au plus modeste avec le chèque énergie et le soutien aux réseaux électriques en Corse et dans les départements d'outre-mer. Mais regardons tous ces mensonges du RN, à quel point il ment aux Français.
Et comment vous vous adressez aux électeurs de gauche, vous ?
Mais exactement, je termine juste sur ce point, parce qu'il est très important le pouvoir d'achat. Et que je vois bien à quel point ça peut être dur pour nos compatriotes, la facture de gaz, la facture d'électricité. Mais moi je leur garantis, sans toucher au compte public, qu'en janvier et février prochains, leur facture d'électricité baissera de 10 à 15% parce que nous avons investi. Et je garantis à nos compatriotes d'outre-mer et de Corse qu'on continuera à financer les réseaux électriques dans ces départements parce que nous maintiendrons effectivement une fiscalité qui est nécessaire.
Et quand le Front National vous dit qu'il ne veut pas augmenter les taxes, ils vont faire comment pour payer ces réseaux ? Quand ils vous disent qu'ils renoncent aux énergies renouvelables, ils feront comment pour produire suffisamment d'électricité et faire baisser les prix ? Et quand ils vous disent qu'ils n'augmenteront pas les prix du gaz et qu'ils vont à nouveau claquer 4-5 milliards d'euros parce que l'argent public, ils s'en foutent, comment est-ce qu'ils financeront la rénovation des infrastructures gazières du pays ?
Bruno Le Maire, tout de même, cette hausse qui interviendra au 1er juillet, est-ce que ce n'est pas le pire moment ? On sera dans l'entre-deux-tours. Et pour vous, politiquement, comment porter cette hausse alors que toutes les oppositions vont vous tomber dessus ? Ce sera le meilleur argument possible. Est-ce que tout ça ne met pas aussi en lumière une forme d'improvisation dans le calendrier de cette dissolution qui ne s'est peut-être pas rendu compte qu'il y avait un irritant absolument total pour les Français au beau milieu d'une élection ?
Je pense que les Français, ils sont plus lucides que ça. D'abord, ils voient parfaitement que les prix du gaz varient en fonction du marché et qu'ils sont plus bas aujourd'hui qu'ils ne l'étaient au début de l'année 24. Ils ont aussi parfaitement compris une chose essentielle, c'est qu'il faut investir dans le renouvelable et dans le nucléaire pour avoir d'électricité décarbonée et être moins dépendant du gaz dont le prix varie. J'espère qu'ils comprennent...
En plus de 11%, ça ne va pas calmer la colère.
J'espère qu'ils comprennent que derrière le programme du Rassemblement National, il y a un programme de maintien de notre dépendance aux énergies fossiles, au gaz comme au pétrole. Marine Le Pen ne veut ni énergie renouvelable, ni véhicule électrique puisqu'elle veut maintenir les véhicules électriques en dehors du champ européen et maintenir des véhicules thermiques. Et au bout du compte, ça créera une dépendance permanente de la France aux énergies fossiles. Nous, nous avons une vision différente et nous portons une vision différente. Produire plus d'électricité décarbonée pour être indépendant et le prix de cette électricité, il va baisser.
Vous pensez que c'est attractif, à quelques jours du scrutin, d'annoncer un décret sur l'assurance chômage d'ici le 1er juillet ? C'est ce qu'a fait Gabriel Attal, alors que le président, lui, avait plutôt temporisé. Il s'était dit prêt à discuter de cette réforme qui irrite aussi et qui vise à durcir les règles pour les chômeurs. Vous, vous assumez, là ?
Moi, je pense que ce qui est attractif à Gatelambray, c'est le plein emploi. Et ce plein emploi, chacun doit le comprendre. Il vient des décisions économiques que nous avons prises. Il n'est pas tombé du ciel tout seul. Il vient de la réforme de l'assurance chômage, de la réforme du marché du travail, de l'augmentation des aides à la formation et à la qualification. Il vient du soutien à l'apprentissage. Il vient de la réindustrialisation que nous avons enfin engagée depuis 7 ans avec 600 usines qui ont été ouvertes et 130 000 emplois d'ouvriers qui ont été créés. Réduire la durée d'indemnisation tout en formant mieux ceux qui sont au chômage, en leur redonnant une nouvelle qualification.
C'est l'assurance pour la France, pour la première fois depuis 50 ans, d'arriver au plein emploi.
Et vous pensez que vous parlerez aux électeurs de gauche avec ce discours avec ces mesures ?
Mais je pense que les électeurs de gauche, ils savent que le chômage est un drame. Ils savent que le chômage de masse est un drame. Et j'espère qu'ils ont le souvenir de ces périodes de chômage de masse, suffisamment âgé pour m'en souvenir parfaitement, où tout le monde avait peur pour ses enfants et ses petits-enfants qui ne trouvent pas un boulot. Aujourd'hui, on trouve un boulot en France. Mais cette situation-là, elle peut se renverser du jour au lendemain. Vous appliquez demain, 8 juillet, le programme de l'Union de la Gauche. Le chômage de masse explose en l'espace de quelques semaines ou de quelques mois.
Nous, nous sommes fidèles à la promesse qui a été faite depuis le début, atteindre le plein emploi en France. Ça passe aussi par la réforme d'assurance chômage.
Bruno Le Maire, ministre de l'Économie. On se retrouve dans un instant, juste après le fil info de Claire Checaglini. Il est 8h50 sur France Info. Raphaël Glucksmann accuse Emmanuel Macron d'avoir plongé la France dans le chaos. Il a commis une faute immense dont il devra répondre devant l'histoire, explique sur France Inter la tête de liste place publique PS aux européennes. Ce midi, le nouveau Front populaire détaillera ses premières mesures en cas de victoire. Un programme fustigé par Bruno Le Maire sur France Info ce matin, c'est l'assurance de la sortie de l'Union Européenne. déclare le ministre de l'Économie.
Pendant ce temps, chez les LR, les règlements de comptes se jouent en devant la justice. Dès ce matin, vissé sur son fauteuil, Éric Ciotti a saisi en référé le tribunal judiciaire de Paris pour contester son exclusion. Les membres du bureau politique des LR se réunissent à nouveau pour enteriner leur décision. Dominique Boutonna, devant ses juges, le président du Centre national du cinéma, comparaît cet après-midi pour agression sexuelle sur son filleul. Le jeune homme, âgé de 21 ans, au moment des faits présumés, l'accuse d'avoir embrassé de force. Le cinquantenaire conteste cette version et évoque des baisers consentis. Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances.
Le président a consulté peu de personnes avant de décider de cette dissolution de l'Assemblée nationale. Est-ce que vous êtes parfaitement à l'aise, vous, avec cette décision ?
C'est une prérogative du président de la République. Article 12 de la Constitution, si ma mémoire est bonne, le président de la République exerce ses prérogatives constitutionnelles. Et le rôle ensuite des ministres et membres du gouvernement, c'est de se battre pour gagner ces élections législatives. Je pense que nous devons garder l'espoir, l'esprit de conquête et la détermination nécessaire pour gagner ces élections législatives.
François Hollande, à propos de cette décision, explique qu'elle intervient au pire moment et dans les pires des circonstances, au moment où l'Europe a une guerre à ses portes et où la France va accueillir les Jeux olympiques dans quelques jours. Peut-être que beaucoup de Français ont les mêmes inquiétudes, non ?
Surtout que François Hollande a pris la pire décision hier en soutenant un projet qui est en contradiction totale avec ce que lui-même a toujours porté comme social-démocrate.
Néanmoins, cette dissolution avait pour but ensuite de fédérer, de rassembler. Mais c'est Marine Le Pen qui a rallié le président des Républicains Éric Ciotti. Ce sont les partis de gauche qui se sont unis. Emmanuel Macron a eu beau appeler au rassemblement, à la fédération de projets. Cette main tendue n'a pas été saisie. Est-ce que vous êtes seul, Bruno Le Maire, aujourd'hui ?
C'est quand vous regardez la longue histoire de France, la belle histoire de France, qu'il y a toujours dans notre histoire des moments d'égarement, de folie collective, où toutes les digues tombent, où toutes les passions, toutes les pulsions prennent le dessus sur la raison cartésienne et sur la douceur française. Nous sommes à un de ces moments, un moment où la nation française est pleine de passions très violentes et où les digues ne tiennent plus. Les digues à gauche ne tiennent plus, c'est-à-dire qu'on fait des propositions dont chaque personne lucide sait parfaitement qu'elles conduiront à un déclassement immédiat, rapide et profond du pays.
Les digues ne tiennent pas davantage à droite, parce que Ciotti n'est que, hélas, la pointe émergée de l'iceberg. Quand je vois François-Xavier Bellamy qui dit que, sans aucune hésitation, il votera pour le Rassemblement National, voilà, il y a un effet d'entraînement ensuite. Et j'ai bien peur que d'autres puissent suivre élus locaux ou autres. Et cette digue qui a toujours tenu sous Jacques Chirac, sous Nicolas Sarkozy, entre l'extrême droite et la droite républicaine, désormais, elle est largement battue en brèche. Voilà, nous sommes à un de ces moments de passion violente, d'égarement des esprits qui ont toujours traversé l'histoire de France.
Et face à ces moments-là, il y a un seul esprit qui tient, un seul, celui qui m'anime, l'esprit de résistance. Il faut résister. Oui, ce n'est pas simple de dire qu'il faut continuer à réformer l'assurance chômage. C'est sûr que ça demande de l'esprit de résistance. Mais c'est ce qui va permettre d'atteindre le plein emploi. Oui, ce n'est pas simple d'assumer, je reviens à des propositions très concrètes, ce n'est pas simple d'assumer que lorsque le prix du gaz augmente, qu'il faut rénover les réseaux, il est responsable de continuer à rénover les réseaux.
Il n'est pas simple d'assumer, comme je l'ai fait en début d'année 2024, que revenir à la fiscalité qui existait sur l'électricité avant que nous rentrions de la crise est indispensable pour financer le chèque énergie les plus modestes et financer les réseaux dans les départements d'outre-mer.
Mais Bruno Le Maire, on ne nous gouverne jamais seul. Et même dans vos partenaires, on voit bien qu'Edouard Philippe semble prendre un peu ses distances avec la majorité.
Je termine juste, j'en ai eu beaucoup sur cette question de l'esprit de résistance. L'esprit de résistance, c'est accepter aussi par moment d'être un peu seul. Et faire de la politique, aimer l'histoire de France, c'est accepter, par moment, d'être un peu seul. Donc vous êtes seul, effectivement. Même dans la majorité, certains veulent être seul. Mais être un peu seul, ça veut dire que nos voix aujourd'hui, nous le voyons bien, peuvent avoir du mal à porter. Il n'empêche que ce qui rassemble notre majorité, les députés, les parlementaires, les élus, les ministres, le gouvernement, le Premier ministre Gabriel Attal, c'est le travail que nous avons fait depuis 7 ans.
C'est le projet ou c'est Emmanuel Macron ? Parce qu'on voit sur les affiches, il n'y aura pas forcément Emmanuel Macron sur les législatives. Est-ce que ce n'est pas le signe que lui aussi est devenu un irritant pour une partie de la population ?
Les élections législatives, elles sont conduites par un chef de gouvernement. Nous avons un excellent chef de gouvernement qui s'appelle Gabriel Attal, qui fait un boulot formidable, qui est populaire, qui sait parfaitement où nous devons aller, qui va présenter un projet demain. Je vais vous dire, ne nous posons pas trop de questions. Nous nous rassemblons derrière ce projet, derrière le chef de la majorité. On fait campagne, on se bat et on a cet esprit de résistance chevillé au corps.
Vous avez décidé de ne pas vous représenter aux législatives. Vous n'aurez plus de mandat. Vous avez déjà démissionné de la fonction publique. Vous vous préparez aussi à quitter Bercy, où vous êtes depuis 7 ans. Vous venez de fêter d'ailleurs vos 7 ans à Bercy. Est-ce que vous avez le vertige, Bruno Le Maire, aujourd'hui ?
Non.
Pas de vertige ?
Aucun vertige.
Vous savez ce que vous ferez ?
Ça n'a d'abord aucune espèce d'importance. Être libre. C'est une immense chance. Et le destin d'un tel ou un tel n'a aucune espèce d'importance. On est en campagne. On a 3 semaines devant nous pour convaincre. On doit garder cet esprit de résistance au fond de nous-mêmes, se battre pour nos idées, pour nos valeurs. À un moment où il n'y a plus de valeur, où tout est brouillé, où les idées sont confuses, où les projets ne tiennent pas la route, où les mensonges fusent de toutes parts, il y a un pôle de stabilité, un pôle de résistance, c'est le pôle de la majorité. On doit faire bloc dans ce pôle de la majorité.
On doit penser à nos candidats qui sont aujourd'hui sur le terrain, qui affrontent le vent de face. Et derrière eux, moi je pars dans quelques instants pour la Haute-Savoie, je vais aller défendre tous nos parlementaires de Haute-Savoie. Et vous ferez les candidats, comme vous avez dit sur la RMC. Alors quand vous avez les troupes qui sont en train de livrer le combat politique dans leur circonscription, le rôle des chefs, c'est d'être derrière eux et de ne pas faire preuve de quel qu'état d'âme que ce soit.
Bruno Le Maire, il nous reste quelques secondes. Vous êtes évidemment encore ministre de l'économie. Il y a un dossier qui a été... Une offre a été faite ce matin de 700 millions d'euros pour racheter les activités sensibles d'Atos, qui est un grand groupe informatique français. Quel est votre commentaire sur cette annonce qui a été faite ce matin, qui était très attendue, puisque c'est un fleuron de notre industrie qui est en difficulté ?
Nous avons tenu parole. J'ai toujours dit qu'il fallait préserver les activités stratégiques d'Atos, que ce soit la cybersécurité, les supercalculateurs. Nous le faisons. Nous avons pris nos responsabilités pour racheter avec d'autres entreprises qui pourraient être partenaires les activités stratégiques d'Atos et garantir que ces activités stratégiques, elles restent sous le contrôle total ou partiel de l'État et de la puissance publique.
Merci beaucoup Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique. Merci d'avoir été l'invité du 8.30.
Bruno Le Maire